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EAN : 9782070360604
160 pages
Éditeur : Gallimard (28/03/1972)

Note moyenne : 3.69/5 (sur 1613 notes)
Résumé :
Cette pièce a été représentée pour la première fois à Paris, à la Comédie des Champs-Élysées, le 15 décembre 1923, sous la direction de Jacques Héberlot, avec la mise en scène et les décors de Louis Jouvet. Les rôles étaient tenus par Mrs.
Coutant-Lambert, Irma Perrot, Iza Reyner, Mag. Bérubet,
J. Tisserand ; et par MM. Louis Jouvet, A. Héraut, Evséeff, Gaultier, Ben Danou, Salis, Mamy, Saint-Isles.

LE TAMBOUR - Quand j'ai dîné, il y a... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (130) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  29 juillet 2012
Jules Romains écrit cette pièce de théâtre au début des années 1920, c'est-à-dire à une époque où la société d'aujourd'hui commence à se dessiner ; celle où la crainte de mourir de faim cède le pas à des peurs moins ancestrales.
Il s'agit de créer d'autres peurs que l'apocalypse ou la famine et la médecine saura se tailler la part du lion dans ce faisceau de craintes. (Combien de laboratoires biomédicaux dans les plus grosses entreprises cotées en bourse à l'heure actuelle ?)
Je mets en parallèle cette pièce prémonitoire avec des ouvrages ou des films plus récents comme L'Aliéniste de l'excellent auteur brésilien Machado de Assis, comme le film Bowling For Columbine de Michael Moore ou encore comme l'essai d'Ulrich Beck La Société du Risque.
L'auteur sait avec beaucoup d'humour nous livrer une réflexion philosophique sur un sujet de société — le marché de la peur — la commercialisation du risque.
Vous reconnaîtrez nombre de situations que vous avez déjà connues (achat d'une extension de garantie, test complémentaire, assurance spéciale, etc.).
À l'heure actuelle, ne cherche-t-on pas à toujours créer de nouvelles peurs pour les mieux commercialiser (bug de l'an 2000, grippe aviaire, réchauffement climatique, H1N1, le fameux "principe de précaution"...) ?
Knock est un sinistre charlatant, froid et calculateur, l'exact sosie de l'abbé Troubert de Balzac (voir le Curé de Tours), qui joue à fond sur les cordes sensibles de la cupidité et de la crainte sur la grande lyre humaine.
Lui-même avait été escroqué par son confrère prédécesseur lors de l'estimation de la clientèle, qui n'a aucun scrupule à livrer la population aux mains d'un homme tel que Knock.
Toute la succulence réside dans la façon dont Knock doit, dès la première entrevue, prendre l'ascendant sur le patient, le dominer via la peur de la maladie, au point de laisser l'autre en position de quasi vénération pour son praticien. Bravo à Jules Romain pour cette grande finesse tant psychologique que sociologique.
Et quand bien même vous ne trouveriez aucun intérêt au propos de la pièce, lisez-la seulement pour rire et vous ne serez pas déçus car c'est drôlement bien écrit et écrit bien drôlement, en tout cas, c'est mon peu salubre avis, c'est-à-dire, bien peu de chose.
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Jeanfrancoislemoine
  06 mars 2019
Rien que la couverture est jubilatoire...Cette pièce de théâtre sert de prélude à ce qu'est devenue la médecine dans bien des cas , un métier lucratif , un bénéfice à partager avec tous les réseaux sanitaires du coin .A partir du médecin , une sacrée toile se tisse :pharmacie , transports sanitaires ,kinésithérapie, ostéopathie, soins infirmiers ....Loin de moi l'idée de contester qui ou quoi que ce soit , la médecine a participé à l'éradication de nombreuses pathologies incurables il n'y a pas si longtemps. La médecine et les médecins méritent tout notre respect mais il est vrai qu'au delà du désir de soigner s'est développé chez nombre d'entre eux un fort désir de " bien vivre " . Le développement des déserts médicaux en est la preuve ,être médecin est devenu un métier qui a tout de même perdu une partie de son humanisme , une partie du désir d'entraide . Bien loin de notre époque , la seule vocation , et dans bien des domaines , hélas . Bon , ainsi va la vie , la vie moderne , où se faire soigner a un coût .... comme tout , du reste...
Le docteur Parpalaid , lui , ne pouvait pas s'enrichir : pratiquement aucun malade dans le village où tout le monde allait bien , respirait la santé , jusqu'à l'arrivée du célèbre docteur Knock , successeur dudit Parpalaid . Un court arrêt pour une remarque qui pourrait paraître déplacée : Knock , vous imaginez la plaque de votre médecin , docteur Knock , ça ne vous semble pas un peu suspect , ce nom , un peu clownesque , un peu ... charlatan ? Non ? Ah , ça vient de moi , alors , excusez-moi....
La suite est extraordinaire : la publicité, les consultations ( à mourir de rire ...ou de peur , c'est selon ) ,la salle d'attente qui se remplit .Bref , l'art et la manière de rendre malade une population en bonne santé. Knock est un génie qui mérite d'être connu ( !!! ) et qui a bien compris toutes les méthodes peu orthodoxes qui vont lui permettre de s'enrichir et ....de guérir des malades qui s'ignoraient.
Prémonitoire d'une époque que nous connaissons bien désormais ? Moi , je ne prends pas parti , je ne dis rien mais tout de même , Jules Romains a frappé fort ..et bien . Soyons clairs , cette parodie doit être prise ... comme une parodie , même si certaines situations ....
Et quand un Louis Jouvet incarne le docteur Knock... voilà une oeuvre mythique , à lire absolument , à déguster sans modération . Un dernier mot , j'adore mon médecin et je suis heureux , en vieillissant , de pouvoir compter sur une médecine de qualité , servie par des gens compétents et...dévoués.
Désolé , j'ai oublié les étoiles . Pour moi , aucune hésitation : 5.
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HORUSFONCK
  14 mars 2019
Impossible, pour moi, de dissocier Knock du superlatif Louis Jouvet qui incarna ce médecin avec un talent à nul autre pareil.
Knock est une oeuvre drôle et farceuse, visionnaire d'un temps à venir de sur-médicalisation par une médecine devenue affairiste.
Knock campe une sorte de personnage magnétique, à l'autorité bon enfant.
Un médecin à mi-chemin entre le gourou et l'entrepreneur en élevage intensif des malades!
Une pièce qui se relit et se revoit sans lassitude.
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Ziliz
  10 mai 2013
On se déplace rarement chez le médecin dans la bourgade de Saint-Maurice. Et pour cause : faute de motivation, le Docteur Parpalaid n'a pas l'oreille très complaisante, ses réponses restent évasives. Alors on se débrouille (on ne va quand même pas payer pour se voir conseiller une tisane !), et on ne voit pas beaucoup le pharmacien non plus. Lorsque Knock reprend le cabinet, tout change. Consultations gratuites une demi-journée par semaine, écoute attentive, diagnostics alarmistes mais aussi pleins de bon sens pour une meilleure hygiène de vie.
Philanthrope, ce Docteur Knock ? les gens adorent confier leurs petits malheurs, quitte à en rajouter/inventer... Filou ? Commercial ? Ingénieux en tout cas et ne ménageant pas sa peine. Il va faire prospérer sa "petite entreprise", ainsi que celle du pharmacien. Cela en faisant lourdement payer les patients fortunés, et en mettant une partie de la population au lit - pour le plus grand plaisir de ces "malades" (imaginaires), ravis d'être enfin l'objet d'attention.
Cette pièce a été écrite dans les années 1920. J'ignore quel accueil elle reçut à l'époque mais l'humour n'a pas vieilli. Ce texte visionnaire (sur l'art "capitaliste" de créer et développer un besoin) est pertinent, malicieux et jubilatoire. Je l'ai relu avec bonheur.
--- Livre découvert en 6e, en lecture imposée. J'avais beaucoup aimé, la prof avait dû nous le rendre limpide ; pas sûr que tout y soit accessible dès douze ans sans décryptage. Un premier pas réussi pour moi vers le théâtre écrit, qui m'a sûrement aidée à surmonter Molière les années suivantes (auteur génial pour les adultes, mais totalement indigeste au collège) et à continuer à lire des pièces avec plaisir.
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araucaria
  20 décembre 2012
Pièce de théâtre qui est devenue un très grand classique. Texte très agréable à découvrir, teinté de cynisme. Ce triomphe de la médecine, n'est-il pas aussi celui du charlatanisme? Comment un médecin se battit une solide clientèle en inventant des maladies à ses patients? Une affaire qui marche car elle fait s'enrichir le médecin, le pharmacien et l'aubergiste qui héberge la clientèle. le médecin s'enrichit sur le dos de ses victimes mais personne ne pourrait désormais se passer de ses services... Pièce qui nous montre comment un roué peu se jouer de la naïveté.
Une pièce qu'il faut avoir lue.

Lien : http://araucaria.20six.fr
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Citations et extraits (127) Voir plus Ajouter une citation
VilloteauVilloteau   09 décembre 2012
KNOCK, la fait asseoir.

Vous vous rendez compte de votre état?

LA DAME
Non.

KNOCK,il s'assied en face d'elle.
Tant mieux. Vous avez envie de guérir, ou vous n'avez pas envie?

LA DAME
J'ai envie.

KNOCK
J'aime mieux vous prévenir tout de suite que ce sera très long et très coûteux.

LA DAME
Ah! mon Dieu! Et pourquoi ça?

KNOCK
Parce qu'on ne guérit pas en cinq minutes un mal qu'on traîne depuis quarante ans.

LA DAME
Depuis quarante ans?

KNOCK
Oui, depuis que vous êtes tombée de votre échelle.

LA DAME
Et combien que ça me coûterait?

KNOCK
Qu'est-ce que valent les veaux, actuellement?

LA DAME
Ca dépend des marchés et de la grosseur. Mais on ne peut guère en avoir de propres à moins de quatre ou cinq cents francs.

KNOCK
Et les cochons gras?

LA DAME
Il y en a qui font plus de mille.

KNOCK
Eh bien! ça vous coûtera à peu près deux cochons et deux veaux.

LA DAME
Ah! là! là! Près de trois mille francs? C'est une désolation, Jésus Marie!

KNOCK
Si vous aimez mieux faire un pèlerinage, je ne vous en empêche pas.

LA DAME
Oh! un pèlerinage, ça revient cher aussi et ça ne réussit pas souvent. (Un silence.) Mais qu'est-ce que je peux donc avoir de si terrible que ça?

KNOCK, avec une grande courtoisie. Je vais vous l'expliquer en une minute au tableau noir. (Il va au tableau et commence un croquis.) Voici votre moelle épinière, en coupe, très schématiquement, n'est-ce pas? Vous reconnaissez ici votre faisceau de Turck et ici votre colonne de Clarke. Vous me suivez? Eh bien! quand vous êtes tombée de l'échelle, votre Turck et votre Clarke ont glissé en sens inverse (il trace des flèches de direction) de quelques dixièmes de millimètre. Vous me direz que c'est très peu. Évidemment. Mais c'est très mal placé. Et puis vous avez ici un tiraillement continu qui s'exerce sur les multipolaires.

Il s'essuie les doigts.

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araucariaaraucaria   19 décembre 2012
Le tambour : Quand j'ai dîné, il y a des fois que je sens une espèce de démangeaison ici. Ca me chatouille, ou plutôt ça me gratouille.
Knock : Attention. Ne confondons pas. Est-ce que ça vous chatouille, ou est-ce que ça vous gratouille?
Le tambour : Ca me gratouille. Mais ça me chatouille bien un peu aussi...
Knock : Est-ce que ça ne vous gratouille pas davantage quand vous avez mangé de la tête de veau à la vinaigrette?
Le tambour : Je n'en mange jamais. Mais il me semble que si j'en mangeais, effectivement, ça me gratouillerait plus.
+ Lire la suite
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Nastasia-BNastasia-B   19 octobre 2013
MOUSQUET : Le docteur Knock nous quitte, et le docteur Parpalaid revient.
MADAME RÉMY : Ah ! mais non ! Ah ! mais non ! Moi je vous dis que ça ne se fera pas. (À Knock.) Ou alors il faudra qu'ils vous enlèvent de nuit en aéroplane, parce que j'avertirai les gens et on ne vous laissera pas partir. On crèvera plutôt les pneus de votre voiture. Quant à vous, monsieur Parpalaid, si c'est pour ça que vous êtes venu, j'ai le regret de vous dire que je ne dispose plus d'une seule chambre, et quoique nous soyons le 4 janvier, vous serez dans l'obligation de coucher dehors.
LE DOCTEUR PARPALAID : Bien, bien ! L'attitude de ces gens envers un homme qui leur a consacré vingt-cinq ans de sa vie est un scandale. Puisqu'il n'y a plus de place à Saint-Maurice que pour le charlatanisme, je préfère gagner honnêtement mon pain à Lyon — honnêtement, et d'ailleurs largement. Si j'ai songé un instant à reprendre mon ancien poste, c'était, je l'avoue, à cause de ma femme, qui ne s'habitue pas à l'air de la grande ville.

Acte III, Scène 8.
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Nastasia-BNastasia-B   08 mars 2012
LE TAMBOUR: Attendez que je réfléchisse! (Il rit.) Voilà. Quand j'ai dîné, il y a des fois que je sens une espèce de démangeaison ici. (Il montre le haut de son épigastre.) Ça me chatouille, ou plutôt, ça me grattouille.
KNOCK (d'un air de profonde concentration): Attention. Ne confondons pas. Est-ce que ça vous chatouille, ou est-ce que ça vous grattouille?
LE TAMBOUR: Ça me grattouille. (Il médite.) Mais ça me chatouille bien un peu aussi.
(...)
KNOCK: Ça vous fait mal quand j'enfonce mon doigt?
LE TAMBOUR: Oui, on dirait que ça me fait mal.
KNOCK: Ah! Ah! (Il médite d'un air sombre.) Est-ce que ça ne vous grattouille pas davantage quand vous avez mangé de la tête de veau à la vinaigrette?
LE TAMBOUR: Je n'en mange jamais. Mais il me semble que si j'en mangeais, effectivement, ça me grattouillerait plus.
+ Lire la suite
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gillgill   12 avril 2015
Dans "l’Écho de Paris", Mr André Beaunier dit :
"Ce triomphe de la médecine est une charmante comédie, et terrible, très gaie, souriante, et qui va jusqu'à l'éclat de rire, et qui avec son air de plaisanter, ne plaisante pas, mais décrit en caricature bien ressemblante une folie des plus dangereuses.
Quelle folie ?
Celle des médecins, plus exactement, celle de la médecine...
Jules Romains a trouvé, pour son docteur Knock, des formules admirables, d'une magnifique drôlerie, où l'on aperçoit la vérité, puis les inconvénients de la vérité, puis l'erreur et aussi le mensonge, et les analogies du mensonge, de l'erreur et de la vérité....
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