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EAN : 9782266310772
352 pages
Éditeur : Pocket (12/05/2021)

Note moyenne : 3.34/5 (sur 286 notes)
Résumé :
La romancière Clarissa Katsef quitte son mari à la suite d’une découverte qui l’a profondément bouleversée et peine à trouver un nouveau toit. La chance semble tourner lorsqu’elle est admise, contre toute attente, dans la très convoitée résidence pour artistes CASA. Mais est-ce vraiment une chance ?
Après quelques jours passés dans son superbe appartement, au huitième étage d’un immeuble ultramoderne, elle éprouve un malaise diffus, le sentiment d’être observ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (109) Voir plus Ajouter une critique
Annette55
  24 mai 2020
C'est mon huitième livre de cette romancière rencontrée à un festival du livre à Saint- Louis près de Mulhouse , où elle dédicaçait «  Rose» en 2011, son oeuvre de l'époque.
Depuis la lecture de «  Elle s'appelait Sarah,» je n'ai pas cessé de lire cette romancière franco - anglaise.
Si les thèmes explorés sont toujours les mêmes à savoir la douleur du deuil, l'empreinte des lieux, les maisons, le poids des secrets , les changements climatiques , le lecteur découvre un roman d'anticipation qui nous entraîne dans un futur inquiétant , l'univers de l'intelligence artificielle, des drones et robots ....
Paris a été endommagé par des attentats, la Tour Eiffel n'existe plus , remplacée par un hologramme illuminé le soir.
Après la rupture violente avec son deuxième mari : François dont on découvrira les motifs dans des chapitres dédiés à des carnets intercalés avec la nouvelle vie de cette écrivaine Clarissa......
Elle emménage dans un appartement luxueux , ultra moderne avec vue imprenable sur la ville bouleversée construit dans l'ancienne zone d'attentats grâce au CASA : centre de synergie artistique... réservé aux artistes ...
Quel est cet organisme ?
Ce lieu privilégié est censé lui permettre de continuer son oeuvre.....?
Elle bénéficie d'une assistante - robot personnelle qui lui lit ses mails et effectue toutes sortes de tâches, nommée Madame Dalloway en référence à Virginia Woolf ,Ombre Fascinante qui plane sur le livre comme Romain Gary, d'ailleurs .
Beaucoup de références littéraires hantent et inspirent cette oeuvre.
L'auteure dissèque avec talent ,humanité, profondeur et humour ses personnages , sa fille Jordan, sa petite fille très proche d’elle, son premier mari américain Toby, François , son deuxième mari , décrits minutieusement .

..

Elle mène une intrigue diabolique, explore les menaces qui pèsent sur notre intimité, notre liberté et notre libre- arbitre ...
Où «  La littérature n'avait plus sa place, où des individus de tous âges , tous milieux , de toutes nationalités postaient la vidéo de leur suicide. Où lire ne réconfortait plus, Lire ne guérissait plus » «  Alors pourquoi Continuait - elle à écrire? Elle écrivait pour laisser une trace , même si elle ignorait qui la recueillerait . » ....
Sans rien dévoiler je dirai que la fin déçoit un peu , je ne suis pas adepte des romans de science fiction apocalyptique .
Le lecteur reste en proie à ses questionnements.
Cependant ce roman d'anticipation suscite une réflexion intense sur l'écriture , le pouvoir des lieux, les intrusions cauchemardesques dans notre vie personnelle , le malaise, le chagrin, les doutes ou la puissance d'une imagination trop fertile ?
Peut - être un prochain livre tranchera t- il ces questions?
« Les fleurs de l'ombre » ont été écrites simultanément en français et en anglais .
Le chat de l'histoire«  Chablis » ne rassure pas.... pour moi, amoureuse des chats....
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Eve-Yeshe
  31 mai 2020
Clarissa Katsef vient de quitter son mari après avoir découvert qu'il avait une double vie. Elle en a l'habitude mais cette fois, il semblerait que ce soit plus grave, puisqu'elle décide de faire ses valises illico presto et se met à la recherche d'un appartement. Lors d'une réception, quelqu'un lui parle d'une résidence flambant neuve réservée aux artistes. Étant elle-même écrivain, elle tente sa chance et après un « interrogatoire orienté » sa candidature est acceptée alors qu'elle n'y croyait guère.
Il faut dire que nous sommes dans un pays dévasté par des attentats commis par des drones, alors que les jeux olympiques de 2024 allaient commencer. Des immeubles, ont été éventrés ainsi que la tour Eiffel qui est toujours en chantier. La résidence CASA a été construite sur une zone particulièrement touchée et le but est de faire revenir les gens, dans des conditions de surveillance extrêmes : tout est verrouillé, tenu par des robots et autres joyeusetés : on ouvre la porte avec son empreinte oculaire, dans la salle de bain, sur le miroir, une plaque où Clarissa doit poser sa main tous les jours pour évaluer son état de santé, et cerise sur le gâteau, une « voix » (le style des voix d'un GPS mais cent fois plus sophistiquée car paramétrée après un interrogatoire non moins rigoureux.
Passionnée par Romain Gary et Virginia Woolf, Clarissa a visité leurs maisons car elle est attirée par les lieux et leur mémoire ainsi que leur influence sur ceux qui les occupent, surtout quand il s'agit d'écrivains qui ont choisi d'y mettre fin à leurs jours.
En hommage, elle a choisi comme pseudonyme le nom de Clarissa Katsev et appelé son robot Mrs Dalloway.
« Elle avait hésité au début entre Mrs Danvers et Mrs Dalloway, avant que sa vénération pour Virginia Woolf ne prenne le dessus. »
Très vite, elle se sent mal dans cet appartement luxueux mais déshumanisé, avec l'impression d'être épiée en permanence, et finit pas dépérir. Il y a des disparitions mystérieuses, des bruits inexpliqués, une psy férue d'informatique qui joue les garde-chiourmes, big brother n'est pas loin…
En fait, je n'avais pas tellement envie de lire ce roman car les chroniques ne semblaient guère enthousiastes et surtout ce thème me fait peur (la surveillance via les e-mails les applications, l'intelligence artificielle, les réseaux sociaux et leurs dérives ne m'inspirent que méfiance et cette lecture ne va arranger ma confiance. Mais, je voulais me faire ma propre opinion, et les romans que j'ai lus pendant le confinement sont assez éloignés de ce qui me plaît d'habitude.
Cette uchronie tient la route, et au passage tient plutôt en haleine et on a envie de savoir le fin mot de l'histoire : délire ou réalité ? et Clarissa empêtrée dans ses mariages, ses relations familiales compliquées et ceux qui doutent de sa santé mentale, c'est plutôt amusant.
En fait, je me suis beaucoup plus intéressée à tout ce qui concerne Virginia Woolf et Romain Gary que j'aime beaucoup, leurs citations servant de trame au récit, les relations familiales complexes de Clarissa, le deuil qu'elle a subi, ses mariages, et surtout son bilinguisme et la manière dont Tatiana de Rosnay a construit son intrigue sur ce thème, ainsi que les allusions au Brexit, à l'Europe qui se décompose, au dérèglement climatique qui a fait disparaître les plages, les canicules, bref ce qui nous attend si on continue « à regarder ailleurs pendant que la maison brûle ».
Le miel qui coûte aussi cher que le caviar car introuvable, ou encore les fleurs qui sont toutes artificielles car la végétation a tiré sa révérence, même les arbres sont synthétiques, cela fait froid dans le dos…
Petit bémol : j'avoue une certaine ambivalence comme je l'ai dit, car l'auteure accorde beaucoup de place aux derniers moments de ces deux auteurs qu'elle aime, au détriment de l'histoire en elle-même, (je me suis rendue compte que j'ai surtout souligné essentiellement leurs citations !) et cela ne suffit pas pour emporter le lecteur, par contre, cela donne envie de lire les biographies qui leur sont consacrées.
Dans l'ensemble, ce roman m'a quand même plu, même si l'intrigue me laisse sur ma faim, il m'a surtout donné une furieuse envie de commencer enfin à lire l'oeuvre de Virginia Woolf que je remets depuis des années au lendemain (la procrastination est très difficile à soigner chez moi !) et je ne sais pas si c'était le but de l'auteure… J'ai l'impression de tourner en rond en rédigeant cette chronique, j'en suis désolée…
Il y a longtemps que je n'avais pas lu un roman de Tatiana de Rosnay, depuis « Elle s'appelait Sarah » en fait, car il y avait toujours une certaine frustration, je trouvais les sujets trop « faciles » avec parfois une impression de romance qui me laissait sur ma faim, donc je n'en ai pas lu beaucoup…
Un grand merci à NetGalley et aux éditions Robert Laffont qui m'ont permis de découvrir ce roman qui tranche complètement avec les livres précédents de Tatiana de Rosnay.
#LesFleursdelombre #NetGalleyFrance
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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isabelleisapure
  20 avril 2020
Tatiana de Rosnay situe l'action de son dernier opus dans un futur inquiétant, où une partie de Paris a été détruite par de terribles attentats. A la place des immeubles haussmanniens se dressent des buildings ultra modernes, dont CASA, résidence d'artistes à l'accès est strictement réservé à quelques privilégiés.
Contre toute attente, Clarissa Katsef se voit attribuer un luxueux appartement, ultra moderne avec vue imprenable sur une ville bouleversée mais toujours majestueuse, pour un loyer des plus modiques.
Ce lieu privilégié devrait permettre à Clarissa de poursuivre son oeuvre littéraire. Elle voue une passion sans borne à Romain Gary et à Virginia Woolf.
Tout n'est pas si simple. Peu à peu Clarissa se sent prisonnière de ces lieux, elle a jour et nuit l'impression d'être surveillée sous la coupe d'une assistante virtuelle envahissante, qu'elle a baptisé Mrs Dalloway.
Entre deux chapitres nous présentant le quotidien de Clarissa, nous découvrons dans un carnet de notes, les raisons de la rupture avec son mari qui l'ont profondément blessées, la laissant au bord du dégout et absolument incapable de pardonner.
Tatiana de Rosnay signe un roman totalement addictif, le climat s'alourdit au fil des pages. On sent le piège qui se referme. L'intelligence artificielle trouve une place prépondérante à travers cette maison connectée.
La psychologie des personnages est disséquée avec minutie.
J'ai particulièrement aimé la relation étroite que Clarissa entretient avec sa petite fille.
Tatiana de Rosnay donne une grande place au travail d'écriture à travers Virginia Woolf et Romain Gary.
Un bon moment de détente pour lequel je remercie NetGalley et les Editions Robert Laffont.
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NathalC
  03 novembre 2020
Bof bof bof...
Cette histoire est brouillon et j'ai un gros sentiment d'inachevé en refermant ce roman.
Beaucoup de sujets sont ici posés : Dans un avenir proche, Paris ne ressemble plus à Paris suite à un attentat. La Terre semble subir depuis quelques années d'énormes perturbations climatiques. L'intelligence artificielle fait partie du quotidien de chaque humain, à tous les niveaux.
Les dangers de l'intelligence artificielle sont largement évoqués. Mais quels dangers ? Pour quelles raisons est ce dangereux ? Et là, pas de réponse. le roman se termine en "eau de boudin" !!!
Tout ça pour ça ?!!!
Dommage, Tatiana de Rosnay nous a habitué à tellement mieux...
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montmartin
  26 mars 2020
Merci aux éditions Robert Laffont et à Babelio pour l'envoi de ce roman.
Depuis sa séparation avec François, Clarissa une romancière cherche un appartement qui pourrait être une sorte de refuge, un endroit où elle se sente bien, qui l'abrite, qui la protège. Elle pense l'avoir trouvé à CASA une résidence réservée aux artistes. Une sécurité absolue, des caméras dans toutes les pièces. Elle vit seule avec Chablis son chat et Mrs Dalloway une assistante virtuelle. Chablis fait le dos rond, les oreilles aplaties comme s'il sentait une présence. Clarissa a l'impression que quelqu'un l'observe en permanence.
Tatiana de Rosnay nous entraîne dans un futur apocalyptique, des quartiers entiers de Paris ont été dévastés par des attentats, la tour Eiffel a été remplacée par un hologramme qui s'illumine le soir. Les robots se substituent aux humains. L'écriture est fluide et l'atmosphère suffisamment inquiétante pour intéresser le lecteur.
Je ne suis pas adepte des romans de science-fiction où règne l'intelligence artificielle. Mais compte tenu de la qualité des romans précédents de Tatiana de Rosnay, j'espérais un roman dont le suspens me tiendrait en haleine jusqu'au bout. Hélas ! La fin est complètement bâclée et le lecteur se retrouve abandonné au bord de la route.
« Pourquoi un artiste devrait-il se justifier ? Sa création parlait d'elle même. Des lecteurs lui demandaient de temps en temps d'expliquer la fin de ses livres. Cela la faisait rire, pleurer parfois, ou la mettait dans une rage folle. Elle écrivait pour inciter à réfléchir, et non pour donner des réponses. »
Sans commentaire.
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critiques presse (1)
Culturebox   29 avril 2020
Un roman d’anticipation fascinant sur lequel planent l’ombre de Virginia Woolf et Romain Gary doublé d’une réflexion sur l’écriture et le pouvoir des lieux.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (98) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   09 juillet 2020
Plusieurs années après les attentats, se souvint Clarissa, durant une période d’accalmie à la fois inespérée et inquiétante, qui avait coïncidé avec la dislocation de l’Europe et la lente agonie des abeilles, de terribles images s’étaient propagées avec la force d’une épidémie: des citoyens ordinaires incapables de supporter la cruauté du monde mettaient fin à leurs jours en direct sur les réseaux sociaux. Des individus de tous âges, de tous milieux, de toutes nationalités postaient la vidéo de leur suicide. C’était un défilé frénétique, une téléréalité atroce, qui dépassait l’entendement. La littérature n’avait plus sa place dans ce déferlement du direct, l’image régnait toute-puissante et obscène, sans jamais rassasier. Lorsque les écrivains avaient voulu se pencher sur les attentats, leurs livres n’avaient pas été lus, ou si peu. On se déplaçait éventuellement pour les écouter, lorsqu’ils présentaient leur texte, mais de là à l’acheter… Lire ne réconfortait plus. Lire ne guérissait plus.
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lenoutelenoute   15 mars 2020
Elle avait visité vingt appartements avant de trouver.
Personne ne pouvait imaginer l'épreuve que cela représentait, surtout pour une romancière obsédée par les maisons, par la mémoire des murs.
Ce qui était rassurant avec la résidence qu'elle habitait à présent, c'était le neuf. Tout était neuf. L'immeuble avait été achevé l'année précédente. Il se situait non loin de la Tour, de ce qui en restait. Après l'attentat, le quarter avait souffert. Pendant des années, cela avait été un no man's land dévasté et poussiéreux, ignoré de tous. Petit à petit, il était parvenu à renaître de ses cendres.
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NathalCNathalC   03 novembre 2020
Les robots étaient incapables de percer la magie aléatoire et si délicate de l'inspiration, de saisir comment une idée venait à un artiste, comment elle prenait naissance dans son cerveau, telle une perle façonnée par le hasard et les revers de la vie intime, peaufinée par l'émotion et la sensibilité, tout ce qui rendait les humains infiniment humains, et infiniment vulnérables. L'originalité, l'ambiguïté, la beauté procédaient de ces imperfections, de ces failles, de ces doutes.
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hcdahlemhcdahlem   09 juillet 2020
INCIPIT
Elle avait visité vingt appartements avant de trouver. Personne ne pouvait imaginer l’épreuve que cela représentait, surtout pour une romancière obsédée par les maisons, par la mémoire des murs. Ce qui était rassurant avec la résidence qu’elle habitait à présent, c’était le neuf. Tout était neuf. L’immeuble avait été achevé l’année précédente. Il se situait non loin de la Tour, de ce qui en restait. Après l’attentat, le quartier avait souffert. Pendant des années, cela avait été un no man’s land dévasté et poussiéreux, ignoré de tous. Petit à petit, il était parvenu à renaître de ses cendres. Des architectes avaient échafaudé des édifices néoclassiques harmonieux, ainsi qu’un vaste jardin enfermant le mémorial et l’espace réservé à la Tour, qui devait être reconstruite à l’identique. Avec le temps, cette partie de la ville avait retrouvé une certaine sérénité. Les touristes étaient revenus, en masse.
La voix douce de Mrs Dalloway se fit entendre :
— Clarissa, vous avez reçu de nouveaux courriels. L’un provient de Mia White, qui ne figure pas dans vos contacts, et l’autre, de votre père. Souhaitez-vous les lire ?
Son père ! Elle jeta un coup d’œil à sa montre. Il était une heure du matin à Paris, minuit à Londres, et le vieux bougre ne dormait pas. Il allait sur ses quatre-vingt-dix-huit ans et pétait le feu.
— Je les lirai plus tard, Mrs Dalloway. Merci d’éteindre l’ordinateur et les lumières du salon.
Au début, elle s’était sentie coupable de mener ainsi Mrs Dalloway à la baguette. Puis elle s’y était faite. En vérité, ce n’était pas désagréable. Mrs Dalloway n’apparaissait jamais. Elle n’était qu’une voix. Mais Clarissa savait qu’elle avait des yeux et des oreilles dans chaque pièce. Elle se demandait souvent à quoi Mrs Dalloway aurait ressemblé si elle avait réellement existé. Elle avait lu que Virginia Woolf avait pris une amie proche comme modèle pour ce personnage, une dénommée Kitty Maxse, ravissante mondaine qui avait connu une mort tragique en chutant dans son escalier. Elle avait entrepris une recherche pour découvrir les photographies sépia d’une élégante lady posant avec une ombrelle.
Clarissa se posta devant la fenêtre du salon, le chat blotti entre ses bras. L’ordinateur projetait son éclat dans l’obscurité grandissante. Se ferait-elle un jour à cet appartement ? Ce n’était pas tant l’odeur de la peinture neuve. Il y avait autre chose. Elle n’arrivait pas à savoir quoi. Elle aimait la vue. Tout en hauteur, loin de l’animation de la rue, elle se sentait en sécurité, bordée dans son refuge. Mais était-elle réellement en sécurité ? se demanda-t-elle, alors que le chat ronronnait et que la nuit noire semblait l’envelopper. En sécurité contre qui, contre quoi ? Vivre seule était plus dur que prévu. Que faisait François à cet instant ? Il était resté là-bas. Elle l’imagina en train de regarder une série en visionnage compulsif, les pieds sur la table basse. Quel intérêt de penser à François ? Aucun.
Les yeux myopes de Clarissa glissèrent vers la rue, où des vacanciers éméchés titubaient, l’éclat de leurs rires s’élevant jusqu’à elle. Ce nouveau quartier n’était jamais calme. Des hordes de touristes se succédaient sur les trottoirs dans une chorégraphie poussiéreuse qui l’éberluait. Elle avait appris à éviter certaines avenues, où des grappes d’estivants se percutaient, téléphones portables braqués vers les vestiges de la Tour et le chantier de la nouvelle construction. Il fallait sinon se frayer un passage à travers cette masse compacte, parfois jouer des coudes.
Depuis qu’elle vivait ici, elle ne se lassait pas d’observer l’immeuble d’en face, et toutes les vies derrière ses fenêtres. En quelques semaines à peine, elle avait déjà repéré les habitudes des différents locataires. Elle savait qui était insomniaque, comme elle, qui travaillait tard devant un écran d’ordinateur, qui se préparait un en-cas au milieu de la nuit. Parfois, elle utilisait même ses jumelles. Elle n’en éprouvait pas la moindre culpabilité, bien qu’elle eût détesté qu’on agisse de la sorte envers elle. Elle vérifiait toujours que personne ne la surveillait en retour. Mais on ne pouvait pas la voir ; elle était trop haut perchée, protégée derrière les corniches de pierre. Pourquoi sentait-elle malgré tout un œil peser sur elle ?
La vie des autres s’étalait sous ses yeux comme les alvéoles d’une ruche dans lesquelles elle pouvait butiner à sa guise, en alimentant son imaginaire à l’infini. Chaque ouverture offrait la richesse d’un tableau de Hopper. La femme du deuxième pratiquait son yoga tous les matins sur un tapis qu’elle déroulait avec précaution. La famille du troisième se disputait en permanence. Que de portes claquées ! L’homme du sixième passait beaucoup de temps dans sa salle de bains (oui, elle le distinguait à travers les carreaux pas assez opaques). La dame de son âge, au cinquième, rêvassait, allongée sur un canapé. Clarissa ne connaissait pas leurs noms, mais elle était la spectatrice privilégiée de leur vie quotidienne. Et cela la fascinait.

Quand elle s’était lancée dans la recherche d’un nouvel appartement, elle ne s’était pas rendu compte à quel point elle allait s’introduire dans l’intimité d’inconnus. Par la disposition des meubles, des objets, par les odeurs, les parfums, les couleurs, chaque pièce visitée racontait une histoire. Il lui suffisait de pénétrer dans un salon pour se représenter la vie de la personne qui vivait là. En un flash affolant et addictif, elle voyait tout, comme si elle était munie de capteurs internes spéciaux.
Elle n’était pas près d’oublier le duplex situé boulevard Saint-Germain, après Odéon. L’annonce correspondait exactement à ce qu’elle cherchait. Elle aimait bien le quartier, se voyait déjà en train de monter l’escalier aux marches lustrées. Mais le plafond était si bas qu’elle avait dû presque se tenir courbée pour entrer dans les lieux. L’agent immobilier, qui lui arrivait à l’épaule, lui avait demandé, hilare, combien elle mesurait. Quel crétin ! Elle avait tout de suite compris que la propriétaire travaillait dans l’édition, au vu des nombreux manuscrits empilés sur le bureau noir laqué. Certains éditeurs annotaient encore des textes sur papier, mais ils étaient de plus en plus rares. La bibliothèque débordait de livres, un bonheur pour un écrivain. Elle avait penché la tête pour déchiffrer le dos des ouvrages. Oui, il y avait deux des siens. Géomètre de l’intime et Le Voleur de sommeil. Ce n’était pas la première fois qu’elle découvrait ses livres au cours d’une visite, pourtant cela lui faisait toujours plaisir.
Le duplex était ravissant, mais miniature ; son corps mangeait tout l’espace, comme celui d’Alice au pays des merveilles devenant plus large que la maison. Dommage, car l’endroit était calme, ensoleillé, donnant sur une jolie cour intérieure. Elle n’avait pas pu s’empêcher de remarquer les produits de beauté dans la salle de bains, le parfum, le maquillage, et lorsque l’agent immobilier avait ouvert la penderie, elle avait détaillé les vêtements, les escarpins. Et très vite, l’image d’une femme s’était imposée, petite, gracile et soignée, jeune encore, mais seule. Sans amour dans sa vie. Sans sexe. Quelque chose de sec et d’aride s’insinuait ici. Dans la chambre à coucher marron glacé, le lit apparaissait telle une couche mortuaire, où elle ne voyait qu’un gisant fossilisé par un sommeil de cent ans. Personne ne jouissait entre ces murs. Ni seul ni accompagné. Jamais. Une profonde mélancolie exsudait de ce domicile. Elle avait fui.
Elle s’était mise à visiter un appartement par jour. Une fois, elle avait cru trouver. Un deux-pièces au cinquième étage, avec un balcon, près de la Madeleine. Très ensoleillé, une de ses priorités. Il avait été récemment refait et la décoration lui plaisait. Le propriétaire repartait en Suisse. Sa femme ne souhaitait plus vivre à Paris depuis les attentats. Clarissa s’apprêtait à signer le bail lorsqu’elle avait repéré, consternée, un pub de rugby au rez-de-chaussée. Elle était toujours venue dans la matinée, et n’avait pas remarqué le bar, fermé à ce moment-là. C’était en passant tard pour se faire une idée du quartier le soir qu’elle était tombée dessus. Le pub ouvrait jusqu’à deux heures du matin, tous les jours. Jordan, sa fille, s’était gentiment moquée d’elle. Et alors ? Elle n’avait qu’à mettre des bouchons anti-bruit, non ? Mais Clarissa détestait ça. Elle avait décidé de tester le niveau sonore en passant la nuit dans le petit hôtel situé face au bar.
— Nous avons des chambres agréables et calmes dans le fond, lui avait suggéré le réceptionniste lorsqu’elle s’était présentée.
— Non, non, avait-elle dit, je souhaite être face au pub.
Il l’avait dévisagée.
— Vous ne fermerez pas l’œil. Même sans match, il y a beaucoup de bruit. Et l’été, je ne peux même pas vous dire ce que c’est. Tous les voisins se plaignent.
Elle le remercia et tendit la main pour saisir la carte magnétique. Il avait eu raison. Elle fut réveillée régulièrement jusqu’à deux heures par des clients qui bavardaient sur le trottoir, leur pinte à la main. En dépit du double vitrage, une musique assourdissante se faisait entendre dès que les portes du pub s’ouvraient. Le lendemain, elle appela l’agence pour dire qu’elle ne prenait pas l’appartement.
Ce qu’elle voyait ne lui convenait jamais. Elle perdait espoir. François, de son côté, essayait de la retenir. Ne voulait-elle pas rester ? Elle n’avait rien voulu savoir. Pensait-il vraiment qu’elle allait fermer sa gueule et rester après ce qu’il avait fait ? Faire comme si de rien n’était ? Alors qu’elle n’y croyait plus, qu’elle s’était persuadée que la seule solution était de partir vivre à Londres dans le lugubre sous-sol de la maison de son père à Hackney, un deux-pièces loué à des étudiants, elle avait rencontré Guillaume. C’était à un cocktail pour l’ouverture d’une librairie-café à Montparnasse. Elle avait hésité à y aller, mais Nathalie, la charmante libraire, était un
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missmolko1missmolko1   04 mars 2020
Quand elle s’était lancée dans la recherche d’un nouvel appartement, elle ne s’était pas rendu compte à quel point elle allait s’introduire dans l’intimité d’inconnus. Par la disposition des meubles, des objets, par les odeurs, les parfums, les couleurs, chaque pièce visitée racontait une histoire. Il lui suffisait de pénétrer dans un salon pour se représenter la vie de la personne qui vivait là. En un flash affolant et addictif, elle voyait tout, comme si elle était munie de capteurs internes spéciaux.
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UNE BOULEVERSANTE AMITIÉ Le nouveau roman de Tatiana de Rosnay
Lui, dix-huit ans, fils de bonne famille, solitaire et rêveur. Elle, sans âge, sans domicile, abîmée par la vie et l'alcool. Tout les sépare. Pourtant, un jour, rue du Bac, à Paris, leurs chemins se croisent. Contre toute attente, une extraordinaire amitié se noue. de celles qui changent une vie. de celles qui forgent à jamais une personnalité. Saisir sa chance, affronter le mystère familial qui le hante, c'est ce que Célestine va transmettre à Martin. Et plus encore…
« Ce roman, je l'ai écrit en 1990. J'avais rangé le manuscrit dans un carton, puis l'avais oublié. Jusqu'au jour où, à l'occasion d'un déménagement, nous nous sommes retrouvés, lui et moi. Je l'ai relu avec émotion et il m'a semblé qu'il avait aujourd'hui une résonance particulière. Il est là, entre vos mains. » Tatiana de Rosnay
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Elle s'appelait Sarah

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