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Critique de finitysend


finitysend
  17 août 2016
Je n'ai rien contre Jules Vernes ( à part un certain racisme relatif , qui place l'éthique un peu trop bas à mon gout ) . Il est incontestablement le grand père , ou le précurseur , de la SF française .
Il est l'auteur d'une oeuvre de mise en fiction de la science pas de doute , souvent en tout cas il y a la mise en lumière d'un horizon positiviste dans ses textes . ...
Mais pourtant , savez-vous que Wells refusa toute affiliation avec Jules Vernes ? Il ne le fit pas par francophobie ou par mépris de la remarquable oeuvre de Jules Vernes . Il le fit pour une question de fond :
En effet la science-fiction était déjà née et Wells ne comptait pas Vernes au nombre des auteurs de science-fiction . Et je vais vous dire : il n'avait pas tort ( même si ceci se discute pour certains textes )
A mon humble avis l'auguste Vernes était plutôt , dans une dynamique scientiste , très XIXème siècle , que dans de la science-fiction véritable . Ses textes ont néanmoins clairement contribués à faire bouger les lignes .
Le père de la science-fiction française , c'est J-H Rosny Aisne , l'auteur de la guerre du feu . Il est le fondateur de l'utilisation du merveilleux scientifique dans le cadre d'une authentique mise en fiction de la science , souvent sur de vastes perspectives temporelles, avec une véritable volonté de prospective et d'analyse des variables découlant de ce processus d'analyse autour d'un aspect scientifique ( sciences dures et autres ) , en rapport avec « l'humain » existentiel . Chez cet auteur la SF est dès lors un véritable langage assortie d'une recherche qui va au-delàs d'une affirmation scientiste et positiviste .

Les fictions préhistoriques ou bien celles de lointains futurs ( comme le véritable espace opéra de ce recueil ) , relèvent de la même dynamique .
Il est difficile aujourd'hui de trouver l'ensemble de ses oeuvres , mais une grande partie est généralement réédité au lance pierre , régulièrement ...
Il est l'auteur de fabuleux récits de science-fiction au sens strict et contemporain du terme .
Ce recueil vient à point nommé proposer la lecture de textes variés qui illustrent parfaitement mon petit laïus autour du merveilleux scientifique comme le vocabulaire d'un langage .
C'est un témoignage sur les premiers textes de SF francophones authentiques .
Je joins ici deux critiques : La mort de la terre et les Xipéhuz , publiés dans ce recueil .

Le court roman les Xiphéuz .
Quand je l'ai lu pour la première fois , j'étais époustouflé , car je l'ai placé dans son contexte et il m'a semblé jaillir du néant .
Un ovni en somme .
Publié en 1887, il a incontestablement quelque chose d'époustouflant et il est visionnaire du point de vue de l'histoire du genre .
Dans un lointain passé en Médie vraisemblablement , mais avant la naissance des grandes civilisations , l'homme devra triompher d'une forme de vie (jaillie de nulle part) à base de cristaux , pour survivre .
Le récit rappelle le style antique et fait par exemple penser à des textes comme l'Anabase par exemple ...
Le ton est épique et les phrases sont séduisantes .
Il y a comme une grandiose retenue dans ces pages .
Le récit est très factuel , qui sont les Xipehuz ? Que sont-ils ? Comment les vaincre ?
C'est à mon humble avis le premier réel récit de science-fiction francophone .
Il fait honneur au genre car il est tragiquement réussi et sa conclusion est éthique autant que dramatique .
Si vous avez un quart de millième d'intérêt pour la science-fiction , lisez ce texte en ligne !
C'est le grand ancêtre très honorable du genre , versant francophone.
Comme dans La mort de la terre l'auteur mobilisera l'apparition d'une forme de vie minérale .

La mort de la terre date de 1912 , le style est marqué par une vive éloquence tragique , qui vient à point chanter un chant funèbre .
Celui de la mort de la terre et de la disparition des hommes , les derniers hommes ( un intitulé bien connu de P. Bordage ), ainsi que des oiseaux et de tout ce qui vit .
Ce monde d'un lointain futur voit l'eau se raréfier dramatiquement , les océans ont disparus de longue date .
Un nouveau règne du vivant , les ferromamagnétaux , prennent le statut de règne dominant du vivant .
Un ordre qui rend la vie impossible à tout ce qui est du règne précèdent , car inexorablement ils aspirent le fer présent dans toute matière vivante .
Uniquement le fer travaillé par la métallurgie humaine ou par la biochimie naturelle ...
Le roman est une longue suite de tragédies , des sources qui disparaissent , des gestions de pénuries , des recherches d'eau et des explorations de nouvelles contrées , ainsi que d'endiguement des ferromagnétaux , qui avancent et évoluent inexorablement vers la dominance de cette terre qui n'est pas morte pour tout le monde , mais qui vit autrement .
Alors que la terre que nous connaissons et que l'homme meurt aussi , l'amour perdure et cet aspect des choses fait de ce texte une véritable tragédie aux accents lyriques et classiques .
Ce qui est visionnaire , c'est que l'auteur déploie en filigrane de son récit , la responsabilité humaine dans cette catastrophe annoncée , qui est décrite et qu'il argumente .
L'homme en méprisant son milieu , se détruit lui-même en même temps qu'il détruit tout ou partie de la création et surtout , la science à ce stade , aussi avancée qu'elle soit , ne le sauvera pas !
Mais de cette destruction nait autre chose où les règnes du vivant que nous connaissons , n'ont et n'auront plus jamais leur place !
Un texte précurseur et dramatiquement lyrique , de la science-fiction pure et dure , du début du siècle .

Si J-H Rosny ainé était américain , il y a longtemps que l'on aurais tiré des films de ses oeuvres et il y longtemps que ce patrimoine serait conservé et qu'on l'enseignerait en facultés ...
Mais non , nous sommes en France , et on se moque donc de cultiver et de préserver ce patrimoine , dont la conservation relève simplement d'un élan altruiste , sporadique et héroïque d'éditeurs et de simples lecteurs .
Typique et désolant ...

PS 1 : L'auteur était d'origine belge , ce détail ne l'empêche pas d'être francophone.
D'avoir publié presque toute son oeuvre à Paris , avec son frère . Et enfin , d'avoir été membre de l'académie française.
PS 2 : lisez au minimum les Xipéhuz , on le trouve en libre accès sur le vaste net .
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