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EAN : 9782070327515
129 pages
Gallimard (16/03/1993)
3.88/5   104 notes
Résumé :
Rien de plus fragile que la faculté humaine d'admettre la réalité, d'accepter sans réserves l'impérieuse prérogative du réel. Cette faculté se trouve si souvent prise en défaut qu'il semble raisonnable d'imaginer qu'elle n'implique pas la reconnaissance d'un droit imprescriptible - celui du réel à être perçu - mais figure plutôt une sorte de tolérance, conditionnelle et provisoire. Le réel n'est généralement admis que sous certaines conditions et seulement jusqu'à u... >Voir plus
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Quoi de plus facile à accepter que le réel ? Sa définition, son existence n'est-elle pas évidente ?
Clément Rosset, dans ce court essai de 130 pages, nous démontre à quel point on peut transiger avec le réel.
Ouvrage divisé en trois partie, nous découvrons dans le premier chapitre l'illusion oraculaire et ce qu'elle suppose. L'auteur fait la synthèse des travaux réalisés jusqu'alors et au travers d'exemples nombreux nous offre une relecture intéressante de différents mythes. le second chapitre est lui consacré à l'illusion métaphysique. J'avoue que les raccourcis de l'auteur m'ont perdu par moment. le dernier chapitre sur l'illusion psychologique était nettement plus digeste et accessible et conclut l'ouvrage sur une réflexion sur l'homme et son statut d'être de papier.
Intéressant mais un pu abscons par moment, cet essai est une passionnante première approche du thème de l'illusion et du double.
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Dans cet opuscule, le philosophe Clément Rosset s'attache à décrypter les mécanismes de l'illusion, qui reposent selon lui sur la perception erronée d'un « double » du réel. Un double par définition inexistant, car le réel se caractérise par son unicité, son « idiotie » (du grec idiotes : simple, particulier).

Cette notion de double illusoire apparaît de la façon la plus évidente dans la tradition oraculaire, dont le mythe d'Oedipe est l'exemple le plus connu : le héros grec tue son père et épouse sa mère précisément parce qu'il cherchait à conjurer ce funeste destin, prédit par l'oracle de Delphes. D'où le sentiment d'avoir été trompé. Rosset cite malicieusement l'expression enfantine : « c'est pas du jeu ! ». Il y a dans ce mythe et ses autres avatars une impression de mystification qui interpelle le philosophe et l'amène à démasquer le double du réel : si l'on se sent trompé par un événement indésirable, c'est que l'on attendait autre chose, alors que le réel n'admet pas un autre. Il s'est produit de la seule façon dont il pouvait se produire. En pensant le contraire, ne devenons-nous pas aussi aveugles qu'Oedipe ?

De fil en aiguille, c'est toute la métaphysique qui se retrouve sur le banc des accusés : on préfère un ailleurs, un au-delà, un passé ou un futur fantasmatiques, « anywhere out of the world ». Pour Rosset, l'illusion est par nature ironique, puisqu'elle accuse le réel d'être une illusion : « l'ici et maintenant » ne sont qu'un ici-bas ou un samsara. À ces chimères, Rosset oppose celles de Nerval, au point de citer intégralement le fort beau poème Delfica, dont les vers portent la trace d'un présent qui se suffit à lui-même, car il comporte tout le passé et le futur, à la manière de Nietzsche. À la fuite éperdue de la métaphysique (qui m'évoque l'image de Gogol s'épuisant à voyager vers l'Italie de ses rêves dans l'attente désespérée de l'inspiration divine pour la seconde partie de ses Âmes mortes), on peut opposer une convergence bienheureuse du temps et de l'espace. Hic et nunc, enrichis de ce qu'ils furent et de ce qu'ils seront.

Dans la dernière partie, Rosset traite le double d'un point de vue plus spécifiquement psychologique. le double reflète l'inquiétude d'être imparfait par rapport à un moi idéal. Ce double devient alors notre reflet vampirique dans le miroir, source d'une inquiétante étrangeté. Figure romantique et fantastique par excellence, le double affaiblit son sujet pour lui conférer tout son caractère tragique (renouant ainsi avec la tradition oraculaire). Qui est William Wilson, sinon l'héritier de Narcisse, tué par l'emprise d'un reflet dont il n'arrive pas à se délivrer et qui l'emporte nécessairement dans sa chute ? Clément Rosset montre que derrière l'aspect utopique dont l'affuble la tradition métaphysique, le double est en fait une phobie : la peur de ne pas exister. Et c'est cette peur qui rend le double plus fort, jusqu'à la démultiplication. Je ne peux alors m'empêcher de penser à Romain Gary et Émile Ajar, ou encore à Pessoa et à tous ses hétéronymes. Pessoa dont le nom signifie… personne. Nom et oeuvre oraculaire s'il en est, puisqu'à travers l'autre, on en reviendra au même : « je ne suis personne, absolument personne », ou encore : « pour créer, je me suis détruit ».

Soit on en finit avec le double, soit celui-ci nous finit (au sens de limitation ou de mort), puisque le réel nous ramène de force à la non-existence de son double. Constat amer, d'autant plus quand on observe la prégnance du double dans les mythes et l'imaginaire collectif. Il semble bel et bien avoir toujours accompagné la conscience humaine au point d'en devenir un élément essentiel. Envisager que celle-ci puisse s'en départir, n'est-ce pas déjà tomber dans le piège du double ?
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Parmi les nombreuses références citées par Clément Rosset, l'exemple d'Oedipe sur l'illusion oraculaire est très éclairante. C'est en essayant de ruser avec le destin, de le « doubler » qu'il l'accomplit finalement.

Le réel a toujours raison : on ne se refait pas. Mais, dans l'illusion métaphysique ou psychologique, on insiste : le réel, non, ça ne peut pas être « que ça ». La technique générale de l'illusion (à la différence du déni de l'aveuglement) est de faire d'une chose deux pour supporter le réel.

Rosset explique que les différents aspects de l'illusion renvoient à une même fonction (protéger du réel), à une même structure (non pas refuser de percevoir le réel mais le dédoubler) et à un même échec (reconnaître trop tard dans le double le réel même dont on croyait s'être gardé).
L'homme espère qu'il y a « plus », que A diffère un tant soit peu de A : ici doit s'éclairer d'un ailleurs. Mais à la fin, la mort, toute chose coïncide en soi. Toute chose a le privilège de n'être qu'une, ce qui la valorise infiniment, et l'inconvénient d'être irremplaçable, ce qui la dévalorise autant : il n'y en avait pas deux, mais ensuite il n'y a plus, plus rien.

Dans un texte plaisant, pas trop trop compliqué, Clément Rosset développe brillamment son propos, paraît quelque fois forcer le réel (disons) pour le faire fonctionner avec sa théorie, comme on entre dans une chaussure un peu étroite. Mais il retombe toujours… sur ses pieds, la critique ne faisant qu'ajouter une deuxième couche, et parce que la négation du double n'est pas une forme de retour à la singularité mais aussi dédoublement… Bref, on n'en sort pas. « Il y a un moment où cesse le domaine des preuve, où on bute sur la chose elle-même, qui ne peut se garantir d'autre part que de par elle-même. »

On peut toujours et légitimement se demander si la théorie coïncide effectivement avec la réalité. Également si elle est d'un « réel » intérêt. Mais elle offre en définitive un prisme intéressant par lequel observer la réalité et penser notre rapport avec elle. Une grille de lecture fonctionnelle... un dédoublement fructueux !
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Clément Rosset, philosophe sans causes éperdues.


Il ne croyait pas aux idéalismes philosophiques de ses congénères. Les causes plébiscitées de leurs systèmes lui apparaissent comme pleutrerie d'enfants racornis, grelottant de peur à l'idée de regarder la réalité dans son plus simple appareil. Mon existence ne serait-elle rien d'autre que cette pauvre et triste merde ? se demandent-ils – et de la recouvrir d'une couche de spéculations métaphysiques (où l'on rappelle s'il le fallait que même la science ou la politique, toutes disciplines immanentes qu'elles soient, sont aussi empreintes d'un sirupeux idéalisme qui s'ignore). Ce faisant, ces peine-à-jouir de la réalité creusent sans cesse plus profondément la fosse dans laquelle on jettera leur carcasse, toujours plus déçus de la réalité à mesure qu'ils imaginent un monde délirant régi par l'idéalité qui est la leur.


Avec Clément Rosset, on réalise que le véritable matérialisme n'est encore jamais arrivé, et on le regrette.
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Admettre le réel est une faculté fragile car elle peut être suspendue à tout moment lorsque la réalité n'est pas acceptable. La reconnaissance du réel semble dès lors procéder d'une sorte de tolérance, conditionnelle et provisoire.

Parmi les attitudes extrêmes d'évitement de la réalité, il y a le recours au suicide ou le refoulement qui mène quelquefois à la folie. L'aveuglement à l'aide de substances toxiques équivaut à se crever les yeux comme Oedipe. Ces formes de refus restent marginales et exceptionnelles et c'est l'illusion qui représente la forme la plus courante de mise à l'écart du réel. Selon Clément Rosset, féroce, les « illusionnés », sont plus gravement atteints que les cas cliniques de schizophrénie ou de refoulement, car "on ne saurait en « remontrer » à quelqu'un qui a déjà sous les yeux ce qu'on se propose de lui faire voir. "

Cet essai envisage d'illustrer le lien entre l'illusion et le double. le thème du double dépasse largement celui du dédoublement de personnalité que l'on rencontre en littérature romantique. Il est présent dans un vaste espace culturel que l'auteur décrit à l'aide de multiples exemples tirés d'oeuvres et légendes diverses. L'essai comprend trois parties selon l'objet du double étudié : l'événement, le monde, l'homme. Je propose de reprendre ici "l'événement et son double", je reviendrai dans un second billet sur les deux suivants.

Deux histoires pour comprendre ce qu'est l'illusion oraculaire.

1. Dans Oedipe Roi de Sophocle, un oracle prédit qu'Oedipe tuera son père et épousera sa mère. Adopté par les souverains de Corinthe, il les fuit car ayant eu connaissance de la prédiction, il ne veut pas tuer ses parents supposés. Ce qui l'amènera en chemin à tuer son véritable père et à épouser sa mère, confirmant ainsi l'oracle en voulant l'éviter.

2. Une conte arabe raconte qu'un vizir se présente tremblant de peur devant le calife de Bagdad : il a croisé dans la foule une femme au teint très pâle qui a fait un geste vers lui et il pense que la Mort l'a désigné. Il demande au calife la permission de fuir à Samarcande où il sera dès le soir. le calife en sortant de son palais rencontre la Mort et lui demande pourquoi elle a effrayé son vizir. Elle répond qu'elle n'a pas voulu l'effrayer, mais a eu un geste de surprise en le voyant là ,car elle l'attend à Samarcande le soir.

Dans les deux cas, il y a réalisation de l'oracle d'une façon autre que celle qu'on attend. À partir de là, Clément Rosset tente de faire saisir la subtile perception de la réalité qui, avec ou sans oracle, paraît systématiquement différente de ce qui est attendu. Comme si l'événement réel qui survient était un double, limité, différent de ce qui aurait pu survenir. La formule habituelle «C'était bien cela» : implique à la fois une reconnaissance et un désaveu: "Reconnaissance du fait annoncé et désaveu du fait que l'événement ne s'est pas accompli d'une autre façon. L'unique comble l'attente en se réalisant, mais la déçoit en biffant tout autre mode de réalisation."

(suite sur mon blog)
Lien : http://www.christianwery.be/..
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Citations et extraits (36) Voir plus Ajouter une citation
(au sujet de « L’atelier » de Vermeer)

Renoncer à se peindre de face équivaut à renoncer à se voir, c’est-à-dire renoncer à l’idée que le soi puisse être perçu comme une réplique qui permette au sujet de se saisir lui-même. Le double, qui autoriserait cette saisie, signifierait aussi le meurtre du sujet et le renoncement à soi, perpétuellement dessaisi de lui-même au profit d’un double fantomatique et cruel ; cruel de n’être pas, comme le dit Montherlant : « car ce sont les fantômes qui sont cruels ; avec des réalités, on peut toujours s’arranger ». C’est pourquoi l’assomption jubilatoire de soi-même, la présence véritable de soi à soi, implique nécessairement le renoncement au spectacle de sa propre image. Car l’image, ici, tue le modèle. Et c’est au fond l’erreur mortelle du narcissisme que de vouloir non pas s’aimer soi-même avec excès, mais, tout au contraire, au moment de choisir entre soi-même et son double, de donner la préférence à l’image. Le narcissique souffre de ne pas s’aimer : il n’aime que sa représentation. S’aimer d’amour vrai implique une indifférence à toutes ses propres copies, telles qu’elles peuvent apparaître à autrui et, par le biais d’autrui, si j’y prête trop attention, à moi-même. Tel est le misérable secret de Narcisse : une attention exagérée à l’autre. C’est d’ailleurs pourquoi il est incapable d’aimer personne, ni l’autre ni lui-même, l’amour étant une affaire trop importante pour qu’on commette à autrui le soin d’en débattre. Que t’importe si je t’aime, disait Goethe ; cela ne vaut que si l’on accorde implicitement que l’assentiment d’autrui est également facultatif dans l’amour que l’on porte à soi-même : que t’importe si je m’aime.
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S'il est vrai que l'événement a surpris l'attente alors même qu'il la comblait, c'est que l'attente est coupable, et l'événement innocent. La duperie n'est donc pas du côté de l'événement, mais du coté de l'attente. L'analyse de l'attente déçue révèle qu'il se crée en effet, parallèlement à la perception du fait, une idée spontanée selon laquelle l'événement, en se réalisant, a éliminé une autre version de l'événement, celle-là même à laquelle précisement on s'attendait.
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Rien de plus fragile que la faculté humaine d'admettre la réalité, d'accepter sans réserves l'impérieuse prérogative du réelle. Cette faculté se trouve si souvent prise en défaut qu’il semble raisonnable d’imaginer qu’elle n’implique pas la reconnaissance d’un droit imprescriptible – celui du réel à être perçu – mais figure plutôt une sorte de tolérance, conditionnelle et provisoire. Tolérance que chacun peut suspendre à son gré, sitôt que les circonstances l’exigent : un peu comme les douanes qui peuvent décider du jour au lendemain que la bouteille d’alcool ou les dix paquets de cigarettes – « tolérés » jusqu’alors – ne passeront plus. Si les voyageurs abusent de la complaisance des douanes, celles-ci font montre de fermeté et annulent tout droit de passage. De même, le réel n’est admis que sous certaines conditions et seulement jusqu’à un certain point : s’il abuse et se montre déplaisant, la tolérance est suspendue. Un arrêt de perception met alors la conscience à l’abri de tout spectacle indésirable. Quant au réel, s’il insiste et tient absolument à être perçu, il pourra toujours aller se faire voir ailleurs. (...)
Toutefois, ces formes radicales de refus du réel restent marginales et relativement exceptionnelles. L’attitude la plus commune, face à la réalité déplaisante, est assez différente. Si le réel me gêne et si je désire m’en affranchir, je m’en débarrasserai d’une manière généralement plus souple, grâce à un mode de réception du regard qui se situe à mi-chemin entre l’admission et l’expulsion pure et simple : qui ne dit ni oui ni non à la chose perçue, ou plutôt lui dit à la fois oui et non. Oui à la chose perçue, non aux conséquences qui devraient normalement s’ensuivre. Cette autre manière d’en finir avec le réel ressemble à un raisonnement juste que viendrait couronner une conclusion aberrante : c’est une perception juste qui s’avère impuissante à faire
embrayer sur un comportement adapté à la perception. Je ne refuse pas de voir, et ne nie en rien le réel qui m’est montré. Mais ma complaisance s’arrête là. J’ai vu, j’ai admis, mais qu’on ne m’en demande pas davantage. Pour le reste, je maintiens mon point de vue, persiste dans mon comportement, tout comme si je n’avais rien vu. Coexistent paradoxalement ma perception présente et mon point de vue antérieur. Il s’agit là moins d’une perception erronée que d’une perception inutile. (...)
Dans le cas de Boubourouche, le fait qu'Adèle ait dissimulé un amant et le fait qu'il soit cocu deviennent miraculeusement indépendants l'un de l'autre. Descartes dirait que l'illusion de Boubourouche consiste à prendre une "distinction formelle" pour une "distinction réelle" : Boubourouche est incapable de saisir la liaison essentielle qui unit dans le cogito, le "je pense" au "je suis", liaison modèle dont une des innombrables applications apprendrait à Boubourouche qu'il est impossible de distinguer réellement entre "ma femme me trompe" et "je suis cocu".
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Le chichi se caractérise d’abord, bien entendu, par un goût de la complication, qui traduit lui-même un dégoût du simple. Mais il faut comprendre le double sens de ce refus du simple, dût-il sembler qu’on tombe ainsi soi-même dans le travers qu’on prétend étudier de l’extérieur. En un premier sens, le dégoût du simple exprime seulement un goût de la complication […]. Mais en un second sens, qui n’élimine pas le premier mais au contraire l’approfondit et l’élucide, le dégoût du simple désigne un effroi face à l’unique, un éloignement face à la chose même : le goût de la complication exprimant d’abord un besoin de la duplication, nécessaire à l’assomption en dérobade d’un réel dont l’unicité crue est instinctivement pressentie comme indigeste.
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C'est pourquoi toute pensée raisonnable fait un arrêt obligatoire, dans la conduite du raisonnement, du moment où l'on atteint la chose même. Aristote et Descartes appellent ce moment du même mot : l'évidence, le directement visible, sans le secours et la médiation du raisonnement. Il y a un moment où cesse le domaine des preuves, où l'on bute sur la chose elle-même, qui ne peut se garantir d'autre part que de par elle-même. C'est le moment où la discussion s'arrête et où s'interrompt la philosophie : adveniente re, cessat argumentum.
Il est toutefois un domaine où l'argument ne cesse pas, parce que la chose ne se montre jamais : et c'est justement mon domaine, le moi, ma singularité Il me manque, pour m'arrêter raisonnablement à moi-même, d'être visible. Sans doute puis-je, si j'en crois sur ce point Aristote, décider que je suis un homme, mais je ne peux, en revanche, réussir à penser que je suis un homme, justement celui-là que je suis. L'idée selon laquelle je suis moi n'est qu'une vague présomption, encore qu'insistante : une "impression forte", comme dit Hume. Et Montaigne : "Notre fait, ce ne sont que pièces rapportées". Et Shakespeare : "nous sommes fais de l'étoffe des songes" - de songes dont l'étoffe est elle-même de papier : vienne le papier à manquer, comme dans l'histoire de Courteline, et le songe se dissipe.
Une solution, dans ce cas désespéré consiste à s’accrocher au papier : puisque ma personne est douteuse, qu'au moins les documents qui en font foi soient d'une solidité à toute épreuve. C'est la solution inverse de celle de Vermeer, qui abandonne le moi au profit du monde : ici on abandonne le monde au profit du moi, et d'un moi de papier. Le double effacera le modèle.
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"J'entre ici en perdante. Je sais que les mots ne pourront rien. Je sais qu'ils n'auront aucune action sur mon chagrin, comme le reste de la littérature. Je ne dis pas qu'elle est inutile, je dis qu'elle ne console pas." C'est ainsi que débute Inconsolable, le livre que nous explorons au cours de cet épisode.
À travers un récit porté par une narratrice confrontée à la mort de son père et qui scrute, au quotidien, la douleur, la tristesse, le monde qui n'est plus le même et la vie qui revient malgré tout, son autrice, la philosophe Adèle van Reeth, tente de regarder la mort en face et de mettre des mots sur cette réalité de notre condition d'êtres mortels. C'est un livre qui parle de la perte des êtres chers et qui est en même temps rempli de vie.
Adèle van Reeth nous en parle au fil d'un dialogue, où il est question, entre autres, de la difficulté et de la nécessité d'écrire, de la vie avec la tristesse et d'un chat opiniâtre. Et à l'issue de cette conversation, nos libraires Julien et Marion vous proposent de découvrir quelques livres qui explorent la question du deuil.
Bibliographie :
- Inconsolable, d'Adèle van Reeth (éd. Gallimard) https://www.librairiedialogues.fr/livre/21563300-inconsolable-adele-van-reeth-gallimard
- La Vie ordinaire, d'Adèle van Reeth (éd. Folio) https://www.librairiedialogues.fr/livre/20047829-la-vie-ordinaire-adele-van-reeth-folio
- le Réel et son double, de Clément Rosset (éd. Folio) https://www.librairiedialogues.fr/livre/501864-le-reel-et-son-double-essai-sur-l-illusion-e--clement-rosset-folio
- L'Année de la pensée magique, de Joan Didion (éd. le Livre de poche) https://www.librairiedialogues.fr/livre/1177569-l-annee-de-la-pensee-magique-joan-didion-le-livre-de-poche
- Comment j'ai vidé la maison de mes parents, de Lydia Flem (éd. Points) https://www.librairiedialogues.fr/livre/16192372-comment-j-ai-vide-la-maison-de-mes-parents-une--lydia-flem-points
- Rien n'est su, de Sabine Garrigues (éd. le Tripode) https://www.librairiedialogues.fr/livre/22539851-rien-n-est-su-sabine-garrigues-le-tripode
- Vivre avec nos morts, de Delphine Horvilleur (éd. le Livre de poche) https://www.librairiedialogues.fr/livre/21199965-vivre-avec-nos-morts-petit-traite-de-consolati--delphine-horvilleur-le-livre-de-poche
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