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ISBN : 2369424273
Éditeur : Nouveau Monde (15/09/2016)

Note moyenne : 4.67/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Recueil de textes qui restitue le travail de journaliste de Joseph Roth. Du reportage de guerre à l'analyse politique, en passant par la chronique judiciaire, l'écrivain privilégie une démarche de témoin direct.
Ses reportages, par leur construction et leur style, ressemblent à des nouvelles.
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
kielosa
  17 juillet 2018

Les 7 années de journalisme de Joseph Roth, de 1919 à 1926, ont eu des effets les plus bénéfiques sur son oeuvre littéraire publiée ultérieurement, puisqu'il y a appris le grand art de la concision. À mon avis, c'est exactement cette qualité de la formulation concise et précise, qui donne à la création purement littéraire de ce maître autrichien la survalue rare, qui a probablement incité son ami, le grand Stefan Zweig, à déclarer qu'il était un meilleur romancier que lui.
Apparemment je ne suis pas le seul à souligner cette caractéristique de son oeuvre, car l'écrivaine Florence Noiville note à ce propos dans le magnifique Cahier de l'Herne, consacré à lui et dirigé par Carole Ksiazenicer-Matheron, en réponse à la question " Qu'est-ce qui rend l'oeuvre de cet écrivain unique ? " : "Sur le plan de l'écriture d'abord, je suis toujours frappée par la netteté et la précision du style chez Roth. Des phrases courtes qui le rendent extrêmement tranchant. Et puis il y a une espèce de charme, de légèreté. C'est une écriture qui n'est jamais datée. " (page 23). En fait, la critique littéraire du journal le Monde traduit merveilleusement mon ressenti à la lecture de ses romans au cours des 2 dernières décennies.
Non pas que la production journalistique de Joseph Roth se limiterait à cet apprentissage, pour lequel il a eu comme professeur entre autres Egon Erwin Kisch, loin s'en faut. Dans le présent ouvrage, une anthologie de ses écrits journalistiques qui totalisent plus de 3000 pages, sélectionnés, traduits et commentés par l'auteur Hugues van Besien, nous faisons la connaissance d'un homme particulièrement lucide, "un exceptionnel observateur, quasi prémonitoire parfois...un témoin agissant." Et encore, en tant que journaliste du "Frankfurter Zeitung" (le journal de Francfort), un quotidien conservateur, il a été obligé de soigner et modérer son langage pour ne pas choquer les lecteurs bien-pensants. Bien sûr Roth n'écrivait pas uniquement pour ce quotidien allemand important, mais même pour des journaux de Prague et Vienne, il ne pouvait pas se permettre trop de cynisme et sarcasme. Être un des journalistes les mieux payés de ces années exigeait évidemment son tribut. Quoique "sa radicalité et son mordant en font une sorte de poil à gratter dans les colonnes de la respectable "Frankfurter Zeitung".
Comme journaliste il a couvert les grands problèmes de son temps : la guerre russo-polonaise de 1920, l'assassinat de Walther von Rathenau, Juif, ministre des affaires étrangères et fils du fondateur de la société AEG, en 1922, la montée du nationalisme, la violence xénophobe et l'antisémitisme, ainsi que les luttes toujours plus virulentes entre l'extrême gauche et droite.
N'en demeure que le reportage de Roth "ressemble souvent à une nouvelle par sa construction et le styliste acéré est bien présent"
Certains de ses articles ont, par ailleurs, trouvé un écho plus tard dans son oeuvre littéraire. À titre d'exemple je cite le cas du réfugié de l'est qui fuit la Russie en troubles et que l'on retrouve dans son héros fictif de Franz Tunda, en route d'Irkoutsk en Sibérie à Vienne, dans son ouvrage : "La fuite sans fin", que j'ai chroniqué le 2 janvier dernier.
En 1925, foncièrement déçu et inquiet par la situation en Autriche et en Allemagne, il aurait voulu que son journal le nomme correspondant permanent à Paris : la France lui paraît déjà comme la "terre d'un exil d'élection". Souhait frustré. Comme compensation on lui propose soit l'Italie, soit un voyage en URSS. Il opte pour la Russie, où il voyage pendant 4 mois, de juillet à novembre 1926, 10 ans après la Révolution d'octobre et l'instauration du régime communiste par Lénine. le récit de son séjour en Russie occupe une place prépondérante dans cet ouvrage (141 des 382 pages). Il est vrai aussi qu'il y a parcouru d'énormes distances, telle son expédition en bateau sur la Volga entre Nijni Novgorod et la capitale de la fourrure Astrakhan, à plus de 1500 kilomètres, avec des excursions à Kazan et Samara, tout en engageant la conversation avec un maximum de personnes de tous horizons devant un verre de vodka, je m'imagine.
Assistant à Moscou, le 7 novembre 1926, à la parade militaire pour l'anniversaire de la Révolution, Joseph Roth note dans l'article pour son journal : "Derrière la place Rouge, dans les rues, L Histoire attend, le visage voilé ". Son reportage de l'URSS est truffé de trouvailles et perles de ce genre.
Avant son départ vers l'est, il entame son essai important "Juifs en errance", qu'il publiera en 1927. Une analyse pénétrante et subtile de la situation de plus en plus précaire des Juifs peu avant l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler et que j'ai commenté le 10 juin 2017.
C'est en 1930 que paraît sa première grande oeuvre littéraire "Job : Roman d'un homme simple", suivi, 2 ans plus tard, par "La Marche de Radetzky", qui constitue pour beaucoup de critiques son chef-d'oeuvre. L'histoire du déclin de son Empire austro-hongrois.
Juste avant, en 1929, il avait sorti son "Gauche et droite", qui pour être honnête m'a légèrement déçu. Probablement que comme Balzac, il avait un besoin urgent de sous, car ce livre donne l'impression qu'il l'a écrit à la va-vite.
Joseph Roth occupe une place de choix parmi mes auteurs favoris, ce qui m'a amené à rejoindre la Société Joseph Roth de Belgique et des Pays-Bas et m'a conduit à me porter volontaire pour une présentation de sa vie et de son oeuvre lors de la prochaine rencontre du "navire bruxellois" - le groupe de la capitale belge - de Babelio, ce dimanche 22 juillet.

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Kirsikka
  31 octobre 2016
De Joseph Roth, je n'avais lu jusqu'ici que Notre assassin, qui m'avait beaucoup plu aussi bien par son intrigue et son atmosphère un peu hors du temps, que sa construction et son écriture. Joseph Roth, journaliste proposé dans la liste des livres proposé par Babelio dans l'opération masse critique a donc suscité ma curiosité. Et j'ai eu la bonne surprise de le trouver dans ma boîte aux lettres (trouver des livres dans ma boîte aux lettres est toujours pour moi un bonheur, allez savoir pourquoi).
Dès les premières lignes de la préface, l'accent est mis sur la grande capacité d'écriture de cet auteur prolixe, dont il est dit que les nombreux articles représentent la moitié des six volumes de l'édition de référence de son oeuvre complète.
Il est question aussi de radicalité et de son ton "poil à gratter" dans les colonnes du journal respectable qu'était le Frankfurter Zeitung. On apprend ainsi qu'il existait dans le journalisme germanophone de l'époque un canon, une catégorie d'écriture de presse nommée "feuilleton", dont les auteurs formaient une sorte d'aristocratie au sein des rédactions. C'était là, selon le théoricien de cette forme d'écriture, Benno Reifenberg, "l'exégèse permanente de la politique".
Le livre est dense, les articles recensés vont de 1919 à 1926, sans doute la période la plus féconde de Joseph Roth en tant que journaliste. Mais à aucun moment la lecture n'est fastidieuse ; et cela, bien que les conflits politiques et guerriers décrits dans ces pages soient le plus souvent difficiles à comprendre pour le non-spécialiste de l'histoire de l'après Grande Guerre en Allemagne, en Ukraine ou dans les régions des empires déchus que se disputent ou qu'occupent les vainqueurs du conflit qui vient de s'achever. Bien au contraire, on mesure avec ces articles très divers toute la complexité de la période, et l'acuité de Joseph Roth sur les événements petits ou grands observés et relatés permet de comprendre ce qui est en train de se former, qui aboutira vingt ans plus tard à la Seconde Guerre mondiale. Les nombreuses notes aident également à replacer dans son contexte la violence d'une époque très agitée.
Dès 1919, l'antisémitisme est omniprésent en Allemagne ; Joseph Roth déploie toute sa verve et sa causticité pour moquer l'absurdité et la bêtise dangereuse des porteurs de croix gammée, symbole des mouvements nationalistes et antisémites qui seront absorbés et rassemblés quelques années plus tard par le parti nazi.
On ne peut que saluer également l'engagement personnel du journaliste qui parcourt les terrains de conflits et les champs de bataille, rencontre les protagonistes des diverses armées en présence, mais témoigne aussi de la vie des sans-abris à Berlin, d'une dispute violente dans un café, de la peur des juifs souvent pris à partie, du procès des assassins de Rathenau ou de la censure qui s'exerce contre des affiches d'un film qui fut ensuite interdit.
Je n'ai pas encore achevé ma lecture, mais elle est passionnante ; il ne me restera plus ensuite qu'à découvrir l'oeuvre littéraire de Joseph Roth, qui s'est inspirée des nombreux articles du journaliste, afin d'approfondir la découverte d'un esprit observateur dont la finesse et l'humour féroce rendent compte de la dureté, de la vanité et de la complexité de son temps.
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adtraviata
  05 novembre 2016
Joseph Roth est né en 1894 en Galicie (aux confins de l'empire d'Autriche-Hongrie, dans l'Ukraine actuelle) et mort en 1939 à Paris. Avant de se consacrer à l'écriture de romans (le plus célèbre est La Marche de Radetsky, où il exprime sa nostalgie pour la monarchie, il a travaillé comme journaliste, à Vienne et à Berlin. Il ne cessera pas d'être journaliste puisqu'à Paris, où il s'exile dès l'arrivée des nazis au pouvoir, il a longtemps été chroniqueur pour le Frankfürter Zeitung.
Ce recueil couvre donc la période de 1919 à 1926, on y voit Roth couvrir des conflits qui suivent la première guerre mondiale et la chute de l'empire austro-hongrois, des « petits » conflits dont, je l'avoue, je n'avais jamais entendu parler, entre la Russie et la Pologne, en Silésie, en Rhénanie. En 1921, il se rend à Düsseldorf et parle notamment de l'occupation française en Allemagne. C'est dans cette série d'articles qu'il parle de la réhabilitation des Noirs : « Je dirais pour disculper les Noirs qu'ils ne portent pas de monocles, qu'ils n'inventent pas de mitrailleuses, qu'ils ne rédigent pas d'articles incitant à la haine, ne font pas d'attentats à la dynamite ni de discours, qu'ils ne peignent pas de croix gammée sur les murs, ne font pas de marché noir, ne prêtent pas d'argent avec intérêt et n'écrivent pas de Mémoires. Je pourrais prolonger à volonté la liste des motifs de les excuser. » (p. 115-116)
Cet extrait rend bien compte de l'esprit de Joseph Roth : outre qu'il se rend évidemment sur le terrain et raconte les faits de l'intérieur, sur un mode à la fois rigoureux et intime, il use d'un humour corrosif pour dénoncer le racisme et l'antisémitisme qui pointent leur nez très vite après la fin de la première guerre mondiale. En fait, Joseph Rot était assez visionnaire par rapport à la montée de ces fléaux, tout comme son ami Stefan Zweig.
Le dernier tiers du livre est consacré aux articles de la tournée en URSS, en 1926. Déjà à l'époque, une tournée nécessaire pour un homme de gauche. L'observation est précise, elle traque le quotidien dans les moindres détails d'un défilé militaire, par exemple. Sans illusion aussi.
L'oeuvre de journaliste de Joseph Roth tient une grande place dans ses écrits. Elle éclaire la vie d'un homme engagé, qui a fini submergé par la montée des totalitarismes, seul, alcoolique et sans argent à Paris. J'ai hâte maintenant de découvrir l'un ou l'autre de ses romans.
Un grand merci à Babelio et aux éditions du Nouveau Monde pour l'envoi de ce livre.
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jbicrel
  25 octobre 2016
Je crains de ne pouvoir écrire une critique digne de ce nom avant la date butoir alors en quelques mots : merci à Babelio Masse Critique pour cette découverte ! c'est un livre précieux, tellement bien écrit, qui me fait découvrir, telle qu'on ne me l'a jamais présentée, l'histoire des années 1919/1926 entre Allemagne Autriche Hongrie Pologne et Russie. Alors que l'histoire m'était jusque là connue par la lorgnette française, Joseph Roth me fait découvrir cette histoire par la lorgnette d'un journaliste juif allemand de terrain, fervent défenseur des régimes républicains, humaniste et pacifiste qui nous dresse des portraits et des scènes avec une plume incisive. Je m'aperçois souvent en le lisant que la réalité est bien plus extraordinaire que la fiction : le procès de Hitler en 1924 ou le temps de l'anarchisme de Pierre Ramus à Vienne suivi du rattachement du peuple de la République d'Autriche allemande aux États Unis d'Amérique en vertu du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ! Il y a dans cette anthologie bien d'autres articles étonnants et toujours très bien écrits ! Je vous racommande vraiment cette lecture !
Lien : http://www.lirelire.net/2016..
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
KirsikkaKirsikka   27 octobre 2016
Maintenant, il s'agissait de se mettre au travail. Des centaines de milliers d'ingénieurs en électricité et de mécaniciens furent appelés dans le pays. Il s'agissait d'abord de mettre de nouvelles têtes aux Autrichiens allemands grâce à un procédé électrique. Les juifs de l'est en profitèrent pour se venger des antisémites en leur donnant une tête à la physionomie juive prononcée, ce qui fit qu'on ne pouvait plus distinguer extérieurement les aryens des sémites. Les antisémites ne prirent pas la chose si mal que ça. C'était la première fois depuis la fondation de leur parti qu'ils avaient l'occasion de penser.
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KirsikkaKirsikka   27 octobre 2016
C'est pour cette raison que les affiches sont soumises au visa de la censure nationale et de la censure locale et comparaissent devant la loi. La loi a plusieurs yeux. Les yeux de la censure nationale sont des fonctionnaires un peu âgés, compétents en droit, dont la pruderie est bien compréhensible puisque le sens moral et l'éducation viennent avec l'âge et facilitent les carrières. L'oeil de la censure locale est un certain Langner, qu'on dit être un ancien sacristain, encore que contre son gré.
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Joseph Roth : Automne à Berlin
A Turin, non loin des rails du tramway puis dans celui-ci, Olivier BARROT parle du livre "Automne à Berlin" de Joseph ROTH. - Il rappelle brièvement le destin de J. ROTH, juif né en Galicie, venu habiter à Vienne, mobilisé en 1913 et mort à Paris en 1939 après de nombreux voyages en Europe.
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