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Lisa Rosenbaum (Traducteur)
EAN : 9782246160724
453 pages
Grasset (15/03/1989)
4.12/5   32 notes
Résumé :
Ce livre raconte l'histoire du petit David Schearl, débarqué à New York avec ses parents, Juifs d'Europe centrale, et plongé dans la vie sinistre des bas quartiers de la métropole.

Source : Electre
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Corboland78
  31 juillet 2014
Henry Roth (1906-1995) est un écrivain américain. Né en Europe centrale, il émigre vers les États-Unis à l'âge de trois ans avec sa famille et passe son enfance au sein de la communauté juive de New York. Son premier roman, L'Or de la terre promise, publié en 1934 passe inaperçu. Henry Roth laisse alors de côté ses ambitions littéraires et épouse, en 1939, Muriel Parker, fille d'un pasteur baptiste et pianiste qui renoncera à sa carrière pour l'accompagner dans l'État du Maine où il exerce plusieurs métiers (garde forestier, infirmier dans un hôpital psychiatrique, aide plombier…). Henry Roth sombre dans une dépression chronique. C'est en 1964 (1968 pour la traduction française), soit trente ans après, que L'Or de la terre promise est réédité et vendu à plus d'un million d'exemplaires. Ce succès inattendu convainc l'auteur de se remettre à écrire. En 1994, soixante ans après la publication de son premier roman, A la merci d'un courant violent sort en librairie, premier volume d'une autobiographie qui en comprendra cinq, tous commentés sur ce blog.
Le jeune David et sa mère Genia débarquent à New York en 1911, dans le flot d'immigrés européens, pour retrouver Albert Schearl, le chef de famille arrivé précédemment. L'enfant a 6 ans et nous allons le suivre durant ses deux premières années en terre promise, comme le dit avec une ironie amère le titre du roman. Très vite l'enfant va être confronté à la dure vie qui l'attend, la violence latente du père, la dureté du monde qui l'entoure, l'alternance de méchanceté et d'amitié des copains de sa rue du ghetto juif mais aussi l'amour de sa mère, seul refuge où il pourra toujours se blottir. le gosse, peut-être aussi surprotégé par sa mère, est toujours angoissé et nerveux, mais on le serait à moins quand on voit le peu d'amour que lui témoigne son père, au point que David préfère le savoir au travail qu'à la maison.
Et c'est là que le talent d'Henry Roth se révèle, le lecteur chemine aux côtés de l'enfant mais aussi au coeur de ses pensées et nous constatons que sa vision du monde et des choses est en partie faussée par son imagination, grossissant certains faits, s'effrayant vite d'autres. Tous les enfants sont ainsi mais David pousse le bouchon assez loin. Roth avance dans son récit mais sans empathie particulière pour David, ce qui en accentue la dureté.
Roman dur donc, un père affligé d'un complexe de persécution maitrisant mal sa violence, une tante Bertha aussi vulgaire que grande gueule, une mère soumise tentant de colmater les plaies ; mais aussi découverte de la religion juive pour David auprès d'un rabbin pas commode ou découverte de la vie tout court lors de scènes mémorables (le vol des bouteilles de lait à son père livreur par des va-nu-pieds et l'explosion de violence en résultant, l'expédition à son corps défendant avec un camarade pour que celui-ci puisse « coincer » une des nièces de David dans un sous-sol etc.)
Le roman est dense, Henry Roth utilise le langage phonétique pour restituer l'accent yiddish et l'anglais mal maitrisé par les immigrants. Dès les premières pages on est impressionné par la puissance du texte, surtout sachant qu'il s'agit d'un premier roman. Quant à l'épilogue, il est d'une force incroyable, débutant par une lessive de linge sale en famille hallucinante – voire insoutenable - où chacun déballe les horreurs ou les vérités qu'il taisait depuis toujours, pour se poursuivre par une longue scène complexe à suivre (car traitée comme du Joyce) aboutissant à un feu d'artifice (si j'ose cette image, néanmoins appropriée) dramatique, qui laisse le lecteur k.o. quand le bouquin s'achève.
Un très bon roman c'est certain mais qui peut ne pas plaire à tout le monde. J'ai dit qu'il était dur, mais il est moins « raide » (dans tous les sens qu'on peut donner au mot) que ceux qui suivront, il reste donc le plus abordable pour ceux qui voudront découvrir l'univers de cet écrivain.
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StCyr
  26 mai 2022
David Schearl, petit émigré juif d'Europe centrale, vit avec ses parents l'existence du prolétariat de l'East side New Yorkais. L'enfant est un être particulièrement émotif et sensible qui trouve le réconfort dans le giron maternel, toujours en demande d'affection et d'attention. Principal motif de terreur pour David, son père, être inexorable et dur, enchaînant les travaux de peine, qui reproche à son épouse cet amour qu'il juge débilitant pour un enfant qui doit devenir un homme. Face à cette situation conflictuelle David opte pour la fuite, dévalant les escaliers en quête de quelque aventure de galopin pour oublier cette atmosphère délétère. Et quand l'angoisse et les peurs se font trop envahissantes il se retire en lui-même, s'assourdissant d'une logorrhée bien de son âge et convoquant tout un monde onirique et fantasmagorique pour supplanter l'incompréhensible de ce monde d'adulte.
À travers le prisme forcément singulier d'un enfant de la diaspora juive, c'est un roman d'aspiration lyrique, onirique et psychologique, utilisant volontiers la technique du courant de conscience, qui nous est proposé, ce qui est assez rare dans une littérature américaine à dimension plutôt béhavioriste. Bien que se situant dans un environnement populaire et cosmopolite ce roman n'est pas une oeuvre du réalisme social ou misérabiliste mais avant tout un récit sur l'enfance.
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Bruno_Cm
  03 avril 2022
Je n'avais jamais entendu parler ce ce livre, trouvé par hasard. Et considéré, lit-on sur la 4e de couverture qu'il s'agit là d'un chef-d'oeuvre de la littérature juive-américaine. Pas faux. Livre impressionnant. Ecrit en 1930. Il est incontestablement précurseur de plein plein de romans plus tardifs. Une enfance, encore une, posée dans le N.-Y. populaire de l'entre deux-guerre, la communauté juive et les autres... Les découvertes, l'apprentissage, la folie, les émotions... dans une écriture combinant différentes langues baragouinées et un style très maîtrisé. Tout ça est limite parfait.
Un passage sur la fin, longue suite de morceaux de sensations, de propos confus, de regards éclatés multiples donnent un côté joycien au livre. Avant de redevenir plus classique sur la fin.
Si vous aussi le trouvez par hasard, vous ne le regretterez sans doute pas.
Coup de chapeau au traducteur qui a dû incontestablement faire un excellent travail, pas du tout simple !
(Hormis, une fois de plus, le titre de la version francophone, qui ne respecte pas le symbolisme de l'original, "Call it sleep".)
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ChezVolodia
  04 octobre 2018
Tout le roman est vu travers les yeux de cet enfant nerveux, angoissé. L'or de la Terre Promise allie la description féroce du prolétariat cosmopolyte à New York au lyrisme propre à une inspiration inquiète, qui transfigure les évènements les plus sordides en aventures tour à tour merveilleuses ou terrifiantes.
Protégé par sa mère, dont la figure inoubliable enveloppe de tendresse et de générosité ce roman cruel, le petit David n'en fait pas moins l'apprentissage de la misère, de la méchanceté et de la sottise, entre un père morose et violent, une tante vulgaire, un rabbin répugnant et pitoyable, des camarades brutaux, obsédés par le sexe.
Loin d'être la démonstration d'une idée politique ou le procès du paupérisme, l'Or de la Terre promise est le cauchemar éveillé d'une jeune émigrant juif, c'est-à-dire, un roman qui allie selon les mots du critique américain Irving Howe, le réalisme le plus froid à la fantasmagorie la plus débridée
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
Corboland78Corboland78   31 juillet 2014
Debout devant l’évier de la cuisine, les yeux fixés sur les robinets de cuivre qui brillaient si loin de lui et sur la goutte d’eau pendue au bout de leur nez, qui grossissait lentement, puis tombait, David pris conscience une fois de plus que ce monde avait été créé sans tenir compte de lui. Il avait soif, mais la cuvette de fer reposait sur des pieds presque aussi hauts que sa propre personne. Il aurait beau étendre le bras ou faire de grands sauts, jamais il n’atteindrait le lointain robinet. D’où venait cette eau qui se cachait dans la courbe secrète du cuivre ? Où allait-elle quand elle descendait en gargouillant le long du tuyau d’écoulement ? Quel univers étrange devait se cacher derrière les murs d’une maison ! Mais il avait soif.
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Bruno_CmBruno_Cm   01 avril 2022
Le lendemain, quand David se réveilla, il eut l'impression d'avoir reposé longtemps les yeux ouverts sans pouvoir se rappeler où, ni qui il était. Jamais encore la mémoire n'avait tant tardé à lui revenir. On eût dit que son cerveau se remplissait goutte goutte comme une bouteille sus un très mince filet d'eau. Avec d'infinies précautions, des antennes tâtèrent le passé. Où ? Quoi ? L'une après l'autre, les navettes se mirent en mouvement, se réveillèrent. La trame du matin se défit, devint celle de la nuit, puis celle de la veille au soir. Annie ! Oh ! Il secoua désespérément la tête, mais ne réussit pas à chasser le souvenir.
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Bruno_CmBruno_Cm   01 avril 2022
"Voilà comment vous traitent les années, mon fils. Chacune d'elles, quand elle débute, vous montre ses deux mains, comme ça..." Elle ferma les siennes, les étendit devant elle. "Tiens, choisis !" Puis, les rouvrant : "Et toutes les deux sont vides. On fait ce qu'on peut? ais ce qui est douloureux, c'est de lutter... et, en fin de compte, de ne sauver que soi."
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Bruno_CmBruno_Cm   01 avril 2022
La pluie tombait toujours, mais on ne la voyait qu'aux endroits où elle brouillait la lumière des lointains réverbère? Comme des doigts glacés, elle couvrit son visage, s'infiltra par le col de son pardessus La devanture de la confiserie luisait faiblement au coin de la rue I se hâta en direction du magasin, pataugeant dans des flaques invisibles, contractant ses doigts de pied pour moins sentir le froid. Balayées par la pluie, sombres, désertes ,les rues lui parurent terrifiantes, d'autant plus terrifiantes qu'il était seul.
Il n'aimait pas son père. Il ne l'aimerait jamais. Il le détestait.
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Bruno_CmBruno_Cm   01 avril 2022
Le personnage traqué et inquiet de David Schearl est la vivante incarnation de la phrase de G. M. Doughty : "Chaque Sémite est un homme enfoncé jusqu'aux yeux dans la boue, mais dont les sourcils touchent aux cieux." (Dans la préface de Irivng Howe)
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