AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontres

Jean Rosenthal (Autre)
EAN : 9782070376797
416 pages
Gallimard (14/10/1985)
3.5/5   47 notes
Résumé :
Dès son enfance, Lucy Nelson a conçu la haine de l'homme. Mariée à dix-sept ans, elle emploie toute son énergie à transformer son mari et à le viriliser. Elle croit qu'elle doit faire respecter le bien autour d'elle. Sa bonté l'entraîne à tout casser, à briser les gens, et sa quête de la perfection finit par la conduire au suicide.

Un implacable portrait d'une certaine femme américaine, par l'auteur de "Portnoy et son complexe".
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura
Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
3,5

sur 47 notes
5
3 avis
4
1 avis
3
3 avis
2
1 avis
1
0 avis

ThibaultMarconnet
  02 septembre 2021
Anatomie de la folie dans une nuit américaine
La neige tombe, le brouillard monte lentement du sol et la grisaille finit par tout envahir. le froid mord dans la peau comme un renard affamé. On cherche un chemin, une issue, jusqu'à apercevoir une maison située à quelques pas de là. On s'approche et on frotte aux carreaux givrés pour essayer de voir ce qui se trame à l'intérieur.
Une faible ampoule pend au plafond, et des gouttes de lumière maladive tombent sur différents visages : il y a là Willard Carroll, sa femme Berta, leur fille Myra ainsi que le gendre, Duane Nelson, surnommé "Whitey". La soupe refroidit dans les assiettes et le coeur n'est pas à la fête, c'est le moins qu'on puisse dire. La Grande Dépression vient de passer par là, ramenant la fille au bercail dans lequel son père compte bien la maintenir en éternelle enfant. Seulement, il y a comme qui dirait quelqu'un de trop, un intrus : un mécano sans emploi qui, contraint et forcé, a suivi son épouse chez ses beaux-parents, le temps de se refaire. Mais ce qui devait n'être que provisoire va durer longtemps, beaucoup trop longtemps...
Le ventre de la femme est arrondi. On appelle cela un "heureux événement", n'est-ce pas ? Mais les expressions toutes faites sont parfois trompeuses. Bientôt, une petite fille va naître : Lucy. Elle aime bien jouer avec son papa de temps à autre. Mais celui qu'elle préfère par-dessus tout, c'est bien son grand-père, "Papa Will", ainsi qu'elle l'a surnommé. Il est comme du bon pain, Papa Will : jamais un mot au-dessus de l'autre, l'air droit et respectable, passant tous ses caprices à sa petite-fille adorée. Et puis, il n'est pas comme son vrai papa, ce soûlographe incapable de garder un boulot plus de quelques mois d'affilée. La petite Lucy grandit auprès d'une mère sans grande personnalité, Myra, fourrée dans les jambes de son père, receveur des Postes de son métier. Voilà qui tombe bien, un livre est une lettre dont chaque lecteur peut se faire le destinataire. Prenons donc un coupe-papier, décachetons et lisons le texte qui était caché sous l'enveloppe.
Au fil des années, Lucy développe une véritable haine à l'égard de son père, et de tous les hommes qui ne rentrent pas dans son schéma étriqué de petite fille capricieuse. Car celle-ci rêve d'un modèle familial tout droit sorti d'un film mièvre à souhait ou des pages d'un magazine bien comme il faut, dans lequel papa, maman et elle poseraient, tout sourire, autour d'une bonne grosse dinde de Thanksgiving. Mais la douce utopie du foyer idéal conduit à la catastrophe : à vouloir vivre sans histoire, on fonce tout droit se cogner dans le mur du réel. Et la douleur n'en est que plus grande.
D'ailleurs, est-ce que le docile Papa Will ne serait pas un peu responsable, malgré ses airs de sainte nitouche ? Non, voyons, c'est impossible, Papa Will n'est pas comme ça : il a une jolie petite âme bien lustrée, qu'il fait reluire le soir avec le torchon de ses remords. Peut-être qu'en fouillant bien, on trouverait la mauvaise conscience d'avoir dû reconduire à l'asile sa folle de soeur, Ginny, après l'en avoir fait sortir sans succès. Et le cycle du malheur semble bien prêt de se reproduire.
Lucy est une adolescente maintenant, un joli brin de fille avec un visage qui a du caractère. Roy Bassart, qui la courtise assidûment avec les clics de son appareil photo, en sait quelque chose. D'ailleurs, à force de la coucher sur du papier argentique, l'envie irrésistible lui vient de la coucher purement et simplement sur sa banquette arrière. Elle semble si inoffensive, Lucy, comme un petit oiseau qui serait tombé de son nid. Mais le grand échalas va vite déchanter. Lucy est enceinte de ses oeuvres : il se doit donc de l'épouser, même si celle-ci n'en meurt pas d'envie. Qu'importe, elle va le mater ce rêveur impénitent, oh oui, elle va lui apprendre à filer doux et à être un "homme". Et tant pis pour la casse !
Avec son deuxième roman, Philip Roth, qui avait déjà montré un admirable talent dans le premier, "Laisser courir", continue de gratter la plaie des faux-semblants d'une Amérique obsédée par la bienséance, les bonnes moeurs et la fausse vertu : tous ces mensonges qui font qu'on se croit doté d'une âme belle, noble et sans tache ; un coeur brillant, mais poisseux comme une pomme d'amour. "Quand elle était gentille" est une anatomie de la folie dans une nuit américaine, tellement précise qu'elle en fait froid dans le dos. le lecteur assiste, impuissant, à la croissance d'une démence inéluctable dans le corps d'une jeune mère.
On voudrait crier, tenter, dans un ultime effort, de sauver cette pauvre fille en détresse, mais il est trop tard pour ramener Lucy à la raison : elle est désormais passée de l'autre côté d'une frontière invisible dont on ne revient pas vivant.
© Thibault Marconnet
Le 2 septembre 2021
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          215
Allantvers
  08 octobre 2018
Philip Roth aura traîné tout au long de sa carrière la réputation d'un homme qui détestait les femmes. Jugement un peu rapide et caricatural à mon sens, y compris à l'égard de ce roman-ci qui dresse le portrait d'une femme non seulement pas gentille du tout mais même complètement psycho-rigide, castratrice, d'une hystérie froide. Pire: folle en fait.
Mais à travers les indignations, les frustrations et ultimatums de cette femme qui s'est construite contre un modèle paternel totalement défaillant et une mère soumise et cherche à imposer par tous les moyens à son jeune mari une normalité étouffante pour se protéger, c'est moins son procès que celui d'une Amérique hypocrite et inhibante qui masque la violence des rapports sociaux, en particulier ceux imposés aux femmes, sous des dehors d'une conventionnalité factice, invivable pour ses citoyens les plus entiers et les moins flexibles comme notre héroïne, qui n'y survivra pas.
J'ai adoré cette plongée dans l'Ohio profond des années 40, qui démarre comme une étude de moeurs pour finir presque en thriller sous la plume acérée de Philip Roth, déjà au mieux de sa forme dès son deuxième roman.
Reste une question néanmoins : pour quoi ce titre?!
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          290
ibon
  13 juin 2018
Lucy Nelson de sa naissance à sa mort. Les premiers chapitres installent sa haine des hommes depuis l'enfance. Mais ça, on ne le comprend qu'en lisant la quatrième de couverture.
Pour tout dire, je n'ai pas compris grand chose des cent premières pages. Seulement qu'elles présentaient les contours d'un personnage qui n'est pas encore au premier plan: Lucy Nelson.
Un flou artistique ou un récit monotone et bavard? Avec des personnages qui s'ajoutent les uns aux autres sans que j'aie compris leurs rôles. Si bien que quand tante Irène et oncle Julian sont apparus dans la généalogie déjà fournie de Lucy, j'ai supposé qu'il y aurait encore cousin Machin et cousine Bidule à venir alors j'ai refermé le mille feuille familiale sans attendre de couche supplémentaire.
Déçu! Quand bien même la tournure des phrases m'a laissé entrevoir le potentiel de Philip Roth.
Commenter  J’apprécie          290
indramandarine
  24 février 2022
C'est une lecture éprouvante que Quand elle était gentille, une lecture qui met à l'épreuve les capacités d'empathie du lecteur, sa patience, sa tolérance. Mais elle a le mérite d'aborder les thèmes de la santé mentale et des personnalités toxiques, d'une façon assez exceptionnelle sous la plume de Philip Roth.
C'est un portrait, oui. Celui d'une femme américaine du milieu du 20ème siècle, partagée entre des possibilités d'émancipation et les conventions à respecter pour y avoir réellement accès — émancipation sous conditions qui ne sont finalement que des chaînes supplémentaires.
Elle naît au sein d'une famille pseudo dysfonctionnelle : un père alcoolique peu enclin au travail, une mère apathique et dépendante, une grand-mère désintéressée qui n'aspire qu'à la tranquillité, un grand-père vieux-jeux et démuni qui semble ne pensait qu'au bien être de sa fille chérie... Rapidement, Lucy travaille à ne pas être *comme eux*. C'est une adolescente, puis une jeune femme odieuse, capricieuse, en quête d'une perfection inatteignable, obsédée par la bienséance, qui pense toujours être dans son bon droit, “du côté du bien” et supérieure aux autres. Elle s'autodétruit à se battre continuellement contre ses proches — qui passent leur temps à ne rien vouloir lui dire — et conçoit une haine des autres qui l'empêchera d'être heureuse.
Je ne suis pas sûre qu'il y ait une once de bonté en Lucy (voir le résumé de quatrième de couverture de l'édition poche). Il y a surtout du mépris pour tout ce qui n'est pas elle, du dégoût pour tout ce qui n'obéit pas aux règles de son monde intérieur — ses grandes valeurs et sa conception de la morale.
C'est d'ailleurs Roy qui trouvera les mots justes lorsqu'il lui reprochera, au téléphone depuis la maison de son oncle (où il est parti se réfugier avec son fils de 3 ans), sa “détestable manie de vouloir tout régenter comme un tyran impitoyable”. Car c'est exactement ce qu'elle n'aura de cesse de faire, d'abord avec son père, puis avec Roy — mais également avec le médecin du collège de Fort Kean et un certain nombre d'autres figures masculines.
Difficile de comprendre où elle a puisé cette image idéalisée de l'Homme — homme protecteur/qui subvient aux besoins de sa famille/qui prend les choses en mains, homme qui impose ses idées et ses opinions, mais également homme distingué, respectueux, ne commettant jamais d'erreur — mais elle s'acharne, encore et encore, à attendre des figures masculines qui croisent son chemin qu'elles soient infaillibles et sans défaut. Pourtant, il est évident qu'un partenaire répondant à toutes ces catégories n'aurait pu s'accorder avec sa soif de contrôle.
Et lorsqu'elle se trouvera dans une situation particulièrement délicate et que son père se présentera à elle avec la seule solution possible, elle trouvera un prétexte pour ne pas l'accepter : elle choisira le jugement et la condamnation plutôt que l'écoute et la compréhension et, dans son orgueil, prendra la chemin qu'elle ne voulait pas, retournant la condamnation contre elle-même.
Si les hommes sont la première cible de ses griefs, les femmes ne sont pas en reste : Lucy ne supporte pas de les voir ‘soumises' à leur mari et les trouve toutes insipides et sans caractères — elle va jusqu'à les imaginer victimes par naïveté et faiblesse sans comprendre qu'elles agissent parfois par nécessité.
Paradoxalement, la seule femme qui s'approchera un tant soit peu des attentes de Lucy (la propriétaire de Roy) ne lui conviendra pas davantage, et ceci pour une raison qui apparaît très simple : Mrs. Blodgett ne sacrifie pas ses propres règles pour convenir à la jeune femme.
Tout au long du récit, les exigences de Lucy se confrontent à la réalité.
À chaque conflit, il y a un nouveau paradoxe mis à jour et on finit par comprendre que le problème réel de Lucy n'est pas d'avoir à côtoyer des personnes sans morale, sans dignité, sans caractère (selon son point de vue) mais d'avoir à faire face à des hommes et femmes qui ne sont pas et n'agissent pas exactement comme elle le désire.
C'est finalement sa paranoïa — seule contre tous — qui la mènera à sa perte, dans une scène finale où rage et orgueil la feront courir sans réfléchir.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          52
remm
  02 juin 2022
« Quand elle était gentille » est ma première lecture de ce grand nom du roman états-unien du XXème siècle, dont j'ai toujours croisé les livres un peu partout mais dont je n'avais jamais lu une ligne. C'est chose faite et je pense qu'on m'a bien conseillé ; ce livre m'a l'air d'être l'introduction idéale à cet auteur puisqu'on est à ses débuts. Certaines influences se font ressentir, notamment la Madame Bovary de Flaubert. La narration suit cette même structure étrange et surprenante, collant d'abord à un personnage pour ne dévoiler que tardivement le véritable protagoniste de l'histoire. Sauf qu'ici, au lieu de suivre seulement le futur mari, on suit le grand-père, puis le père, puis la mère et enfin et seulement le pauvre Roy. On n'entre dans l'esprit de Lucy qu'après avoir été dans la tête de tous ces personnages et d'ores-et-déjà, comme dans une bonne tragédie, on sait que le poids de ce lourd passé familial a scellé son destin.
Comme chez Flaubert, aucun jugement n'est émis de la part du narrateur/auteur, ce dernier s'efface dans ses personnages par l'intermédiaire du discours indirect libre. En découle une certaine frénésie qui fait très « roman moderne » – ce qui donne des parties, des paragraphes très longs, rendant difficile de faire des pauses et de reprendre sa lecture, mais cela participe sans doute de l'expérience. Car il s'agit bien là d'une expérience tant cette lecture est éprouvante.
En effet, au fur et à mesure que l'on entre dans la tête de Lucy Nelson, on plonge dans une folie dévorante, une paranoïa et une misanthropie insidieuses. On s'attache à elle, on méprise comme elle tous les autres personnages mais, progressivement, le doute s'installe. Et lorsqu'arrive cette fin extraordinaire et explosive, on est pris au dépourvu. On a le sentiment d'un dénouement de film d'horreur, tant on a l'impression d'être jeté dans un bain glaciale : c'est un brusque retour à la réalité, les points de vue de tous les personnages convergent et se focalisent sur Lucy, mais aussi sur le lecteur qui est dans la tête de Lucy. Je ne sais pas si c'est pertinent mais je m'imaginais en tout cas, durant toute cette scène de fin chez les Sowerby, le dénouement de Rosemary's Baby, lorsqu'est révélée la conspiration et que le personnage féminin, la mère et son enfant, sont seuls contre tous.
L'aspect « oeuvre de jeunesse » vient sans doute aussi du fait que le livre déborde d'idées et d'énergie, de personnages, de scènes et de temps forts – c'est un livre au final foisonnant mais la maîtrise de l'auteur prévient le sentiment de confusion qui pourrait en découler. J'ai eu le sentiment de lire une « oeuvre de jeunesse » peut-être aussi en raison de la véritable haine et des puissantes émotions qui se dégagent de cette histoire.
Je retiens quelques scènes en particulier : la première relation sexuelle de Lucy et Roy aux frontières du consentement (mais le caractère de Lucy n'est-il pas tel qu'elle ne se serait en fait jamais laissée toucher par qui que ce soit, dans tous les sens du terme ?), tout le passage où Roy hésite à se marier lorsque Lucy apprend qu'elle est enceinte, et le dénouement tragique. Les rares et brefs moments d'éclaircie, lorsqu'elle part à la fac, lorsque Roy lui dit qu'il rêverait d'avoir une fille, lorsque Lucy a confiance en elle et se sent à l'aise avec sa belle-famille, offrent de beaux contrepoids aux terribles passages de rechutes et de drames : de belles montagnes russes en somme.
Pour autant je ne sais pas si le reste de l'oeuvre de Roth m'intéresserait tant que cela, au vu de ce qu'on m'en a dit. Ce roman était peut-être davantage un exercice ou un hommage.
Par ailleurs je ne l'ai pas lu en anglais mais dans la traduction de Jean Rosenthal - quelques tournures de phrases mais parfois un peu confus et sorti de la lecture mais c'était très rare, j'imagine que c'est une bonne traduction mais suis très intéressé par une tentative de relecture dans la langue originale de l'auteur !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30

Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   17 septembre 2021
Edward, en fait, ne faisait pas la sieste ; au début de la discussion il s’était précipité de sa chambre dans la salle de bains et avait ajusté le petit crochet qui bloquait la porte. Lucy frappa et frappa. Elle lui promit toutes sortes de douceurs si seulement il voulait bien simplement soulever le petit crochet. Elle expliqua que papa était énervé par quelque chose qui était arrivé dans son travail, mais que personne n’était furieux contre personne. Papa était parti travailler et rentrerait pour dîner comme tous les soirs. Est-ce qu’il ne voulait pas jouer son jeu avec papa ? Elle le supplia d’ouvrir. En même temps elle pressait de toutes ses forces contre la porte, pensant qu’elle parviendrait à faire sauter la vis des vieilles planches de la maison. En fin de compte elle dut donner de grands coups d’épaule dans la porte pour y arriver.
Edward était assis sous le lavabo, un gant de toilette sur son visage. Il se mit à sangloter nerveusement en l’entendant approcher et elle dut le bercer dans ses bras pendant une demi-heure avant de pouvoir le persuader que tout allait bien.

(p. 280-281)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   21 septembre 2021
Il le répétait, il n’allait pas ramener un enfant de trois ans et demi vivre un jour de plus avec quelqu’un qui, il était désolé mais il allait devoir le dire…
"Dire quoi !
— Qu’il déteste comme du poison, voilà !
— Qui déteste qui comme du poison, Roy ?
— (…) C’est "toi" qu’il déteste !
— (…) Je ne te crois pas !
— Je déteste maman, elle avait la figure toute noire ! Voilà ce qu’il me criait, Lucy !
— Tu mens, Roy !
— Alors pourquoi s’enferme-t-il dans les cabinets ?
— (…) À cause de toi ! cria-t-elle. Parce que tu ne fais pas ton métier !
— Non, Lucy, à cause de toi ! À cause de tes hurlements, à cause de ta détestable manie de vouloir tout régenter comme un tyran impitoyable ! Parce qu’il ne veut plus jamais revoir ta sale figure sans cœur, et moi non plus ! Jamais !
— Roy, tu es mon mari ! Tu as des responsabilités ! Tu vas monter tout de suite dans cette voiture — tout de suite, tu m’entends — et peu importe si tu roules toute la nuit…"
Mais à l’autre bout du fil il y eut un déclic ; on avait coupé.

(p. 351-353)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
AllantversAllantvers   07 octobre 2018
Si seulement ils disaient : Non, non Lucy tu ne peux pas. Non Lucy nous l'interdisons. Mais aucun d'eux, semblait-il, n'avait plus la conviction ni l'endurance de s'opposer à un choix fait par elle. Pour survivre, cela faisait longtemps qu'elle avait dressé sa volonté contre la leur : c'était la bataille de son adolescence, mais c'était fini maintenant. Et elle avait gagné. Elle pouvait faire tout ce qu'elle voulait au monde - même épouser quelqu'un qu'elle méprisait secrètement.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120
ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   21 septembre 2021
"C’est mon père ! Raconte-moi l’histoire.
(…) "Lucy, il est au pénitencier de Raiford, en Floride."
Elle s’était levée. "Mais ce n’est pas sa faute, n’est-ce pas ?
— Non, je n’ai pas dit…
— Tu ne dis jamais ! Jamais !
— Ma chérie, je ne dis jamais quoi ?
— Il a été poussé à voler parce qu’il était si triste, c’est ça ? Il ne savait pas ce qu’il faisait ! À peine l’avait-il fait qu’il a voulu tout rapporter !
— Lucy…"
(…) Avant qu’il ait pu l’arrêter, elle était dans l’escalier.
Sa mère était allongée, la tête dans l’oreiller.
"Maman, commença-t-elle, Mr. Muller vient de quitter la maison. Tu le sais, maman ? Tu m’entends, maman ? Tu viens de renvoyer de la maison la seule chance d’avoir une vie convenable. Et pourquoi ? Maman, je te demande pourquoi ?
— Laisse-moi…, dit-elle d’une voix à peine perceptible.
— Pourquoi ? Pour que tu gaspilles encore vingt ans ? Pour que tu sois de nouveau humiliée ? Injuriée ? Privée de tout ? Maman, qu’est-ce que tu crois que tu fais ? Qui crois-tu protéger ? Maman, à quoi peut-il rimer de dire à Mr. Muller de s’en aller, quand cet idiot, ce crétin, cet abruti…
— Mais tu devrais être heureuse !
— Quoi ?" Tout d’un coup, elle était sans force. Sa mère était assise dans son lit. Elle avait le visage bouffi, les yeux cernés. Elle se mit à hurler : "Parce qu’il est là où tu as toujours voulu qu’il soit !" »

(p.336-343)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
ThibaultMarconnetThibaultMarconnet   22 septembre 2021
— (…) Ma femme avait affaire avec toi autrefois. Du temps où elle me disait qu’il y avait encore quelques signes prouvant que tu étais un être humain. Mais il s’est avéré que je n’aurais jamais dû suivre son conseil, il y a quatre ans, quand tu as commencé à planter tes crocs dans ce garçon.
— Ce garçon m’a séduite, Julian ! C’est devenu le devoir de ce garçon de…"
Il se détourna et regarda sa femme. "Le devoir", dit-il en ricanant.
Elle bondit de son fauteuil. "Le mot ne vous plaît peut-être pas, Julian, mais je le répète. C’était son devoir envers moi…
— Oh, dit-il en secouant la tête, tout le monde a ce devoir envers toi. Mais vis-à-vis de qui as-tu un devoir sacré, Lucy ? J’ai oublié, me semble-t-il.
— Envers mon enfant, répondit-elle. Envers la progéniture que nous avons eue, mon mari et moi ! Envers quelqu’un qui fait ses premiers pas dans la vie ! Le devoir de veiller à ce qu’il ait un foyer, une famille et une éducation convenable ! Qu’il ne serve pas de jouet à tous les monstres qui emplissent ce monde affreux !
— (…) Eh bien, sainte Lucy, dit-il en passant une main sur son visage mal rasé, ne t’inquiète donc plus tant de ta progéniture. Parce que ta progéniture ne peut pas te sentir."

(p. 366-367)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30

Videos de Philip Roth (52) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Philip Roth
Dans "Les Nétanyahou", l'écrivain américain Joshua Cohen revient sur un épisode anecdotique de l'enfance de "Bibi" Netanyahou : le recrutement du père dans une université américaine. Une anecdote métaphorique questionnant le sionisme et l'identité juive-américaine avec humour.
Dans ce nouvel ouvrage inspiré de faits réels, l'héritier de la tradition littéraire juive-américaine de Saul Bellow et Philip Roth recouvre la réalité d'un voile de fiction. le critique littéraire Harold Bloom — dont les souvenirs inspirent le roman — devient Ruben Blum, un historien américaniste spécialiste de la taxation. Avec son épouse Edith et leur fille Judith, les Blum forment une famille américaine moyenne d'origine juive mais ayant délaissé le traditionalisme religieux pour l'académisme et la modernité. Exit les fêtes religieuses passées au temple, place à la télévision en couleurs et au réfrigérateur. Une famille presque parfaitement assimilée.
Or le livre s'ouvre sur le rappel désagréable qu'ils ne le sont pas tout à fait. Ruben Blum devra accueillir un aspirant-professeur venu d'Israël, un certain Ben-Zion Netanyahou, au seul prétexte qu'il est le seul Juif de son université. le plongeon dans les recherches de Ben-Zion Netanyahou est un moyen pour Joshua Cohen d'évoquer l'histoire du sionisme et ses courants variés. Notamment le "sionisme révisionniste" de Ben-Zion qui, plus tard, inspira la politique d'un certain Benyamin Netanyahou, aux commandes d'Israël pendant douze ans.
Puis, dans la deuxième moitié du livre, la rencontre entre les Blum et les "Yahou" donne à voir un choc des cultures entre les Juifs d'Israël et les Juifs de la diaspora américaine — une occasion de plus pour sonder l'identité particulière des juifs-américains.
A mi-chemin entre le roman de campus et le roman historique, Joshua Cohen creuse sa page d'une encre humoristique corrosive et terriblement actuelle. Et ce alors que "Bibi" Netanyahou ne quittait le poste de premier ministre qu'en juin 2021, après un règne ayant porté le sionisme révisionniste à son apogée.
Olivia Gesbert invite à sa table l'auteur Joshua Cohen pour présenter son dernier livre.
#JoshuaCohen #Netanyahou #Littérature _____________
Prenez place à La Grande Table pour rencontrer d'autres personnalités qui font l'actualité de la culture, ici https://www.youtube.com/playlist?list=PLKpTasoeXDrpsBVAaqJ_sANguhpPukaiT ou sur le site https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-1ere-partie
Suivez France Culture sur : Facebook : https://fr-fr.facebook.com/franceculture Twitter : https://twitter.com/franceculture Instagram : https://www.instagram.com/franceculture
+ Lire la suite
autres livres classés : contemporainVoir plus
Notre sélection Littérature étrangère Voir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura





Quiz Voir plus

Freud et les autres...

Combien y a-t-il de leçons sur la psychanalyse selon Freud ?

3
4
5
6

10 questions
386 lecteurs ont répondu
Thèmes : psychologie , psychanalyse , sciences humainesCréer un quiz sur ce livre