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EAN : 9782707314529
173 pages
Éditeur : Editions de Minuit (30/09/1993)
3.88/5   104 notes
Résumé :
Du père, on ne savait que peu de choses, sinon que sa mort, à quarante et un ans, un lendemain de Noël, avait entraîné, par une sorte de « loi des séries », celles de la petite tante Marie et du grand-père maternel. Quel était donc cet homme qui avait ce pouvoir de faire le vide derrière lui ? Un homme illustre ? Comme il en existe des millions. De ceux qui se tuent à la tâche pour assurer un semblant de bien-être à leur famille et qui, rattrapés par un quotidien dé... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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domisylzen
  02 novembre 2017
C'est l'histoire d'un héros du quotidien, d''un père qui se démène pour les siens.
Représentant en porcelaine, il connait tous les recoins de Bretagne. A des solutions pour tout, travaille le dimanche ou les jours fériés. Rassemble et épingle au mur les cartes Michelin pour visualiser l'ensemble de cette belle région. Est rarement chez lui, mais n'hésite pas à reprendre la voiture pour emmener sa famille se divertir, parfois à Paris qu'il connait comme sa poche.
Son histoire nous est racontée par son fils, qui tout jeune n'a pas compris pourquoi son héros a disparu si vite.
Un style fluide et une accélération progressive au niveau de l'intensité de la lecture.
Un témoignage intense d'un fils pour son père.
C'est une fois qu'ils ont disparu que l'on peut mesurer tout l'espace que ces demi-dieux occupait.
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michdesol
  24 novembre 2020
Jean Rouaud nous fait revivre ici son père Joseph.
Dans la première partie du livre, c'est le père qu'il a connu alors qu'il était enfant : un père voyageur de commerce, comme on disait alors, sillonnant la Bretagne dans sa voiture chargée des objets les plus divers, allant en semaine d'un client à l'autre avant de rentrer en famille le week-end. A travers le regard de son père l'auteur dresse un tableau ému de la Bretagne d'après guerre, une province qui se transforme sous les coups de rabot du remembrement et où le poids de l'Église est encore important. Les trente glorieuses (l'expression n'est pas prononcée) seront aussi l'apogée du culte de la voiture, dont on suivra les évolutions. Joseph perdra la vie alors que l'auteur aura une dizaine d'années.
La deuxième partie revient sur la jeunesse de Joseph marquée par les années de guerre. Il refusera de partir pour le STO, et entrera dans la Résistance. Ce qui nous vaut une scène superbe où le résistant Joseph Rouaud a le culot de narguer l'occupant allemand sur une scène de théâtre.
Mais pourquoi donc cette référence dans le titre à l'oeuvre de Plutarque Vies parallèlesdes hommes illustres ? En quoi Joseph est-il un homme illustre à l'instar des célébrités dont Plutarque nous raconte la vie ?
Parce que Joseph est un héros, et il l'est doublement :
Dans la partie I il fait preuve de l'héroïsme quotidien de tant d'hommes et de femmes usant leur vie au travail, sacrifiant les plus belles de leurs heures afin de nourrir leur famille et d'assurer un avenir à leurs enfants.
Dans la partie II c'est le héros de la Résistance .
Voilà un livre sensible, magnifique hommage d'un fils à son père, écrit dans une langue superbe, imagée et fluide dans ces longues phrases ondoyantes.
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zabeth55
  24 janvier 2015
C'est un texte dense, sans blancs, sans dialogues, avec des paragraphes très longs, des lignes serrées….et pourtant, le style est fluide, le ton juste, la narration agréable.
C'est celle d'une enfance en Bretagne, une mère commerçante, un père représentant.
C'est aussi l'histoire de la Bretagne remembrée avec le tumulte que ça a provoqué.
Le livre est un hommage à son père, mort jeune, à quarante et un ans, un « homme illustre »
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Doubleplusgood
  30 mai 2021
J'ai fait la connaissance de Jean Rouaud l'année dernière avec Les champs d'honneur, où il racontait une partie de sa famille en Bretagne, avec beaucoup de talent. Cela m'a donné envie de continuer avec Des hommes illustres où l'auteur nous parle de son père, ce héros, mort prématurément à 41 ans. Il nous en parle avec infiniment de tendresse, d'admiration et d'humour, tout en n'oubliant pas de truffer son roman d'anecdotes loufoques (un magasin de porcelaines entièrement lavées dehors en plein champ avec l'aide du village, une procession religieuse où le curé en extase fonce droit sur une bouse de vache sur le chemin, etc).
A côté de ça, un passage plus douloureux sur cette période où la Bretagne fut définitivement défigurée par un remembrement rural imbécile et ravageur. Dévastateur aussi pour les Bretons qui passèrent, contraints et forcés, du rang de paysans à celui d'exploitants agricoles.
Malgré tout, l'humour est bien présent, et ce livre ne m'a donné qu'une envie: continuer la découverte de cet auteur qui décidément a tout pour me plaire.
Challenge des 50 objets 2021-2022
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Herve-Lionel
  11 juin 2014
Janvier 2000
N° 219

DES HOMMES ILLUSTRES - Jean ROUAUD - Éditions de Minuit.
Qu'est ce qui pousse Jean Rouaud à parler de ce père, mort jeune, mais dont la disparition entraîna celle de sa tante et du grand-père maternel, comme si la voie qu'il avait tracée vers le trépas devait impérativement être suivie par les membres de son immédiate parentèle.
Il est, et peut-être uniquement pour son fils qui en retrace la vie, puisant dans les souvenirs de famille et les improbables archives, un « homme illustre ». Mais ces hommes illustres-là, nous en avons beaucoup connus sans qu'ils laissent dans la mémoire collective la moindre trace de leur passage sur terre.
Ce genre de héros ne peut qu'avoir un caractère familial, à tout le moins si on veut bien gommer ce qu'il aurait fait de mal ou de moins bien.
Ce récit sélectif ne me gêne pas, un homme reste un homme avec ses défauts et on n'en voudra pas à un fils de célébrer la mémoire de ce père tôt disparu. D'autant que les événements de la 2° Guerre mondiale aidant, on perçoit mieux les destins qui s'entrecroisent, ceux qui sont promis rapidement à la mort et ceux qui doivent y échapper parce qu'ils ont une mission à accomplir, une lignée à engendrer!
Il n'est pas forcément facile de parler des siens, entre zones d'ombre et volonté de rendre hommage pour les faire en quelque sorte échapper à la mort. Que sait-il vraiment de ce père? Apparemment il n'a de lui que l'image d'un perpétuel absent, un être que la mort a prématurément arraché à l'affection des siens, d'un jeune homme qui a dû, comme beaucoup d'entre nous sans doute étouffer ses aspirations, composer avec son talent et ses ambitions pour s'engouffrer dans cette société où il fallait bien gagner sa vie, d'un homme qui se dévoile au hasard de la correspondance d'étrangers ou de témoignage d'amis qui l'ont connu.
A-t-il rempli sa mission, ce fils qu'un roman et un prix ont rendu célèbre, de le faire revivre de cette vie étrange qu'ont les personnages de roman, de le faire sortir de cet anonymat de la mort, de lui redonner une image comme en ont les êtres qui ont un temps fait partie de l'humanité?
Voilà donc, avec ce roman qui n'en est pas vraiment un puisqu'il est surtout et presque exclusivement autobiographique, une nouvelle invitation à visiter l'arbre généalogique des Rouaud, et cette branche-là porte le nom de Joseph, « le grand Joseph » dont il nous conte par le menu une large tranche de vie.
Jusque là, le lecteur attentif et amateur de Jean Rouaud ne savait que peu de choses de ce père, tout juste une évocation mise dans la bouche posthume de sa mère dans « Pour vos cadeaux ». Nous le voyons, jeune d'abord, puis ensuite marié, père de famille, voyageur de commerce comme on disait alors, sillonnant la Bretagne au volant d'une voiture qu'il ne changeait après qu'elle eut passé la barre fatidique des cent mille kilomètres pendant que sous couvert du remembrement on en assassinait le cadastre.
C'est presque un portait intime que ce fils donne de son père. Nous le voyons collectionner les vieilles pierres qu'il destine à l'édification d'une improbable construction, sorte de Facteur Cheval à qui la mort n'aurait pas permis de mener à bien ses projets architecturaux, nous le devinons bon père de famille, attentif au bien-être des siens et pour cela ne ménageant pas sa peine. Breton, peut-être, mais pas fervent catholique, concédant seulement à sa vieille bigote de tante une confession annuelle et une participation active aux cérémonies de la Fête-Dieu puisque sa présence à la messe dominicale était des plus raccourcies...
Il faut dire que l'auteur ne se prive pas de se laisser aller à son penchant pour l'humour. J'ai parfois bien ri en lisant Jean Rouaud qui n'est pas un auteur triste malgré ce qu'on pourrait croire!
C'est pourtant le registre de l'émotion qu'il choisit pour évoquer l'agonie de son père avec cette étrange et surprenante façon de s'adresser directement à son lecteur comme pour faire partager sa peine.
La phrase est longue, parfois difficile à suivre. Dite à haute voix, elle rend rapidement l'élocution haletante, mais cela ne suffit pas, à mes yeux à classer Jean Rouaud parmi les auteurs difficiles à lire.
© Hervé GAUTIER
Lien : http://hervegautier.e-monsit..
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
ides60ides60   28 juillet 2010
La Bretagne avait le don de ces commerces composites où les couples réunissaient leurs talents comme on ajoute une corde à son arc dans l'espoir d'améliorer l'ordinaire. Certains étaient de vrais maître Jacques : maraîchers le matin, coiffeurs l'après-midi, agents d'assurances le soir. Le débit de boisson était l'appoint obligé. N'exigeant de son propriétaire aucune formation spécifique sinon de réussir à remplir les verres à ras bords ( avec ce coup de main précis qui imprime un demi-tour à la bouteille afin d'éviter que la dernière goutte ne glisse le long du goulot), il garantissait un revenu minimum mais constant, la baisse de la consommation n'atteignant les plus fervents que sur leur lit de mort.
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michdesolmichdesol   15 octobre 2020
Quant à monsieur René, c'était un cadran solaire à lui tout seul. Et le soleil n'avait pas besoin de se montrer pour que rougisse son nez : rutilant, bourgeonnant, une fraise des quatre saisons. C'était un vétéran de Quatorze qui finissait ses jours à l'hospice et progressait à petits pas glissés en s'aidant de deux cannes. Sa journée était occupée par deux grands tours de la place, avec arrêt systématique à chaque café. Dans l'intervalle, il retournait prendre son repas à la cantine. Considérant sa vitesse de déplacement à quatre temps (un pied, une canne, l'autre pied, l'autre canne) et la côte sévère reliant l'hospice au bourg, on pouvait dire de monsieur René qu'il était un homme très occupé.
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aimeryjoesselaimeryjoessel   20 août 2018
La modernité se reconnaît en ce qu'elle refuse d'accommoder les restes : comment faire manoeuvrer dans ces champs peau de chagrin les volumineuses machines qui abattent en une heure le travail hebdomadaire de dix hommes ? Comment engraisser la terre sans que cet apport azoté profite au liseron et aux pâquerettes ? Comment empêcher les étourneaux de picorer le grain semé, avalant par là même la récolte escomptée ? Comment conseiller au paysan d'abandonner un sol ingrat en lui vantant les mérites du monde ouvrier et les délices de la cité ? Comment regrouper ce qui est dispersé : les champs, les maisons, les animaux ? Comment disperser ce qui est regroupé : les générations, les mémoires ? Le grand ensemblier, dans le secret de son cabinet, débarrasse une table encombrée. Sur ce terrain déblayé il redessina de vastes rectangles bien dégagés, traça des pistes stabilisées larges et étroites, et, jugeant que cela était bel et bon, apposa sa signature au bas de son grand oeuvre. La lettre de cachet expédiée dans la lointaine province, l'arasement pouvait commencer.
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michdesolmichdesol   15 octobre 2020
Il avait la passion des vieilles pierres. Ce qui veut dire que, bien qu'elle batte à deux pas, il nous a peu emmenés à la mer. La mer, pour l'ancienneté, ne craint personne, elle était déjà là aux premiers matins du monde. Mais ce côté fuyant, cette eau qui dort au-dessus des gouffres, cette vague qui va et vient sans se décider vraiment, cette marée qui se retire et revient six heures plus tard reprendre comme un voleur le morceau de plage qu'elle vous a donné – la mer ne correspond en rien à notre père. Lui, on le rangeait spontanément dans la catégorie des solides.
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michdesolmichdesol   15 octobre 2020
Dès qu'on quittait une nationale pour s'enfoncer dans le dédale de la campagne bretonne, il fallait compter avec les troupeaux de vaches qui barraient de leur démarche désabusée toute la largeur de la chaussée, opulentes, lascives, le pis ballottant entre les pattes arrière à presque toucher terre, ruminant entre leurs gencives le même ennui incommensurable, comme si de porter sur leurs flancs ballonnés cette étrange géographie de continents bruns et d'océans ivoire les avait convaincues que le monde, elles en avaient fait le tour.
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Videos de Jean Rouaud (33) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean Rouaud
"Tout paradis n'est pas perdu" Une conférence de Jean Rouaud, écrivain, Prix Goncourt 1990, organisée en mars 2017 par L'Université Populaire d'Amiens, en partenariat avec la Maison de la culture d'Amiens et la Librairie du Labyrinthe.
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