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Critique de Leraut


Leraut
  12 février 2020
Majestueux, ce récit est une voix qui conte. Tendez l'oreille ! Subrepticement, le charme opère. Les boucles des mots sont des bruissements. Les sons des myriades qui s'élèvent à perte de ciel. L'incipit : « Le père était un homme limpide. » enclenche une veillée au coin du feu où les vies vont s'enlacer et pourvoir aux destinées en grandeur. Le père conte l'histoire de vie d'Anton qui, à son tour sera le narrateur de sa vie. Le réel est en osmose avec l'imaginaire qui change de camp. Le brillant compose ce récit. Nous ne sommes jamais perdus dans les champs littéraires. Poupées gigognes qui vont s'emboîter les unes dans les autres avec brio. L'écoute est sereine. L'écriture aérienne, solaire, précise, renforce le moment d'une lecture qui monte crescendo. Miroir d'un cheminement de vie. Anton est abandonné par ses parents bien trop pauvres et affamés pour garder auprès d'eux ce petit oisillon. Il va être recueilli par M. Panchewiak, un peintre qui modèle des pianos de noir, d'essences et de sens. « -Sais-tu pourquoi le noir de la nuit est si profond ? -Non maître. -Parce que Dieu a peint l'obscurité sur la douceur de la nuit. » Persévérant, attentif à l'enfant, ce maître d'apprentissage est un sage. Il va transmettre à Anton les couleurs de l'hédonisme. Un art qui fusionne en profondeur et dont le lisse est fraternité et la beauté cette loyauté d'un travail qui glorifie. Anton va s'émanciper jusqu'au jour où. On aime le pouvoir des pages qui tournent avec lenteur et délectation. On est sensible à l'ambiance riche de philosophie. Les enfants se touchent. Anton et l'enfant qui écoute son père. Anton resurgit en clarté sur les pages rendant ce récit vivifiant, plausible. L'heure du conte est dépassée. Nous pénétrons dans le grave, dans ce réel qui change la donne. Anton est maintenant adulte. Son propre fils devient le narrateur, le flambeau en main, il conte à son tour. Nous ne sommes pas dans un récit- chorale. le subtil est signifiant. Ce dernier a un frère Brubeck. Le père (Anton) élève des chevaux et les revend à M. Peck l'intendant militaire. Des chevaux glorieux, dressés en amour mais à la destinée fragilisée par les affres des guerres. La vie est rude, l'orage gronde. le vrai et l'apocalyptique. Que va-t-il se passer ? Brubeck doit partir. Prévenir l'intendant Peck d'un aléa dû à l'orage. Les chevaux sont fragilisés, ils doivent être soignés avant la vente. Il ne reviendra pas. Où est-il ? Là on sent un signe de l'auteur envers les embrigadements des jeunes du XXIème siècle encerclés dans l'horreur Djihadiste. A-t-il fugué ce temps de labeur, de rude ? Vers quelles contrées est-il en train de forger sa destinée ? Anton part à sa recherche. Il ne reviendra pas. Et là… et là « Nostra Requiem » prend un envol époustouflant. L'histoire enfle, gonfle, palpitante, empreinte de cette oralité qui délivre un alphabet d'honneur. Deux frères, en dualité, en cornélienne posture, Brubeck le violent. Le frère doublé d'un ami Spinoz vont s'affronter. Deux camps emblématiques, deux contraires avec au centre le pur Spinoz. Que va-t-il se passer ? Piégés dans les bourrasques intérieures, dévorantes, l'histoire devient une spirale. Parabolique, la teneur se teinte de fantastique. Nous sommes dans le point de la folie qui mène au paroxysme de l'horreur. Les dires de l'auteur Ludovic Roubaudi, et ce brillant qui construit « Nostra Requiem » sont voués au culte. On en bouge plus. Nous pénétrons dans le trou noir. Les oralités deviennent paraboliques. L'action métaphysique. « Nostra Requiem » est un récit serré comme un café fort. Il est d'une puissance telle qu'il emporte tout sur son passage. Intuitif, « le labyrinthe du fou » signe la fin. Sans la nommer juste dire que ce récit retient la nuit. On ne s'échappe pas de « Nostra Requiem » C'est un grand livre puissant. Un fleuve au fort courant. Eclaireur, il lance des signaux à notre contemporanéité. Majeur.
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