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EAN : 9782930657387
223 pages
Éditeur : murmure des soirs (01/10/2017)

Note moyenne : 4.67/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Qu’est-ce qui pousse Camille à quitter la vie citadine, pour une maison isolée au fond des bois avec son chat et son lapin ? Un besoin de faire le point, dans une solitude totale. Totale ? Un inconnu frappe à la porte. Que lui veut-il ? Et pourquoi laisse-t-elle, jour après jour, cet homme aux yeux clairs prendre ses aises chez elle ? Un roman lumineux sur l’ouverture aux autres, la beauté des rencontres de hasard et le refus des préjugés.

Martine Rou... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
jplegrand2015
  19 novembre 2017
"Comment peut-on se sentir proche d'un total étranger ? Il y a un lien entre nous, incertain et invisible, un lien sans existence réelle, impossible à définir. Ou plutôt si, un lien entre deux lueurs éloignée, une sorte d'amitié interstellaire. As-t-on jamais vu des étoiles se rejoindre ?» Ce passage est assez représentatif de « La solitude des étoiles » , le nouveau roman que vient de publier Martine Rouhart
Comme à son accoutumée, l'auteur a particulièrement soigné la construction de son récit, insérant entre ses parties principales, de courts extraits d'autres auteurs sur le sujet de l'univers et qui constituent autant de « respirations textuelles ». Cela ajoute encore au charme de l'ouvrage qui laisse une impression de musique de chambre , avec les voix de ses personnages principaux que souligne la ligne de basse de ce ciel étoilé dont tour à tour Hubert Reeves, Joane Baker, Philippe Jaccottet ou encore Anne Perrier nous livrent quelques notes.
L'histoire est à la fois simple et captivante : elle ménage de réelles surprises qu'il serait malvenu de dévoiler ici. le personnage principal, Camille, la quarantaine, est une femme éprouvée par l'existence. David, son premier amour l'a profondément déçue. Un jour sur la digue d'Ostende, un voyou les a attaqués tous deux ; David s'est réfugié derrière Camille, submergé par une lâcheté que, sans doute, il ignorait lui-même. La rupture était inévitable. Elle a ensuite épousé Bruno, un mari tranquille et peu « plan-plan » qui, victime d'une crise cardiaque, l'a laissée prématurément veuve. Depuis, sa vie s'enlise : tranquille et discrète en apparence, Camille connait le tourment de qui se sait progressivement s'éteindre mais ne peut s'empêcher de creuser sa solitude , de contribuer à son propre échec. Aide-vétérinaire dans une clinique pour animaux et malgré son amour pour ceux-ci, elle peine à s'impliquer, son insensible dérive l'éloignant chaque jour davantage d'une vie de plain pied avec la réalité. Un jour elle commet une grave erreur professionnelle : elle se sent sombrer. Éperdue, Camille a pourtant une qualité qui n'est pas pour rien dans la résurrection qui l'attend : elle sait, même aux heures les plus sombres que la vie est là et vaut mieux que le néant. Elle est sensible à «ce que recèlent de simple, d'infime, d'évident et de presque inaperçu les choses de la vie. C'est peut-être çà , dit-elle, qui m'a évité le pire jusqu'ici, sauvegardée des précipices ». Camille décide donc de se reprendre en mains : elle part se ressourcer quatre mois dans une petite maison au fond des bois.
Dans ce lieu retiré, à la fin d'une après-midi pluvieuse, un homme pourtant frappe à sa porte : c'est Théodore, un homme étrange, grand mais peu soigné, vaguement inquiétant avec ses allures de errant. Les visites de Théodore vont se multiplier, se muant en une espèce de rituel initiatique où chacun se découvre et s'enrichit en se dépouillant de ses appréhensions, de ses préjugés… A l'issue de ces quatre mois, Camille retrouve cet élan si longtemps contenu : elle revit.
Ce très beau roman se recommande par un style simple, guidé par le souci constant du mot juste, vivifié par un sens poétique qui, au détour d'une phrase, fait se déposer çà et là, comme les sédiments d'un début de poème.
Remarquable aussi, l'organisation du récit en un réseau de correspondances qui lui donne son unité. Bien sûr, il y a cette trouvaille : le ciel étoilé qui , au-dessus de nos têtes, est un rappel constant de ce fourmillement d'êtres humains en apparence si proches et pourtant si éloignés les uns des autres. Mais il y a également cette symbolique de l'enfermement suggérée dès l'entame du livre par la description de l'endroit où vit Camille : un petit appartement en lisière d'un zoo dont le balcon est en saillie de la fosse aux hippopotames…. A l'image des bêtes sauvages ainsi enfermées, les personnages du roman sont eux-mêmes « encagés » dans leur propre vie, leurs habitudes, leur histoire personnelle et les drames qui, parfois les ont meurtris ou même détruits. Il y a plus : ce zoo, comme tout établissement de cette nature, brise ce qui constitue un animal sauvage, ce qui fait sa spécificité dans le milieu naturel à savoir précisément sa sauvagerie, son instinct. A l'instar de ces animaux « castrés » de leur vie véritable, tous les personnages du roman marchent à côté de leur destin et comme eux, sont bridés dans leur élan vital , dans cette force sauvage qui, chez l'homme s'appelle la liberté. A partir du zoo, il me semble également voir se décliner toute une thématique de la violence et de l'agressivité : strictement contenue ou annihilée chez les animaux en captivité, révélatrice chez David, bridée chez Camille incapable de s'affirmer vraiment, destructrice dans le cas de Théodore.
Précisément, Théodore ! Sans doute le personnage le plus insolite du roman. Voici comme il apparaît à Camille lors de leur première rencontre : « On ne s'en rend pas compte immédiatement, la lumière de ses yeux est surprenante. Vraiment très clairs. Gris ou bleus, je ne saurais dire exactement, une teinte qui doit varier selon la couleur du ciel ; ils ont la transparence de l'eau. Deux petites marres sous un ciel nuageux ». Sous des cheveux sales mais avec une stature de Commandeur, quelque chose d'un dieu grec qui se serait dissimulé sous une apparence misérable, un Ulysse revenant en Ithaque. Plus loin la description se précise. Au passage de Théodore, Camille « respire des effluves capiteuses, familières, une sensation de retour aux origines ou de fin de quelque chose : des exhalaisons presque enivrantes de sous-bois, des senteurs de feuille, une odeur de terre humide, de tombe ? » Plus loin Camille voit encore en cet être curieux, « un grand arbre massif et fragile ».
Le contact avec Théodore n'est guère aisé. Il est là, présence trop lourde dans son mutisme et absence trop présente dans ses errances. Alors, quand les mots restent bloqués, Théodore sort de la poche intérieure de sa veste, une petite flûte en bois et s'en met à jouer. « Un chapelet de sonorités douces s'élève, des notes qui ont la légèreté de l'air et la fragilité des songes »… Derrière ce personnage à la fois déroutant et terriblement attachant se cache pour moi une espèce de Dionysos déchu (N'était-il pas à l'origine un dieu de la végétation ) : il évoque comme lui une ambivalence faite d'une attirance dont la sensualité n'est pas absente, mais aussi d'une forme de menace qui ne peut être exclue (cette odeur de tombe ?). On peut déceler aussi une manière d'Orphée qui vient chercher Camille dans son enfer personnel et la ramène à la vie, Camille ayant la sagesse de ne plus se retourner vers le passé et ses ressassements.
Une fois le livre refermé, il demeure un charme dont on reste prisonnier quelque temps. Une poésie continue d'infuser en nous ses sortilèges .Une conception du temps et du sens de la vie se dégage également au fil des oeuvres de Martine et de celle-ci en particulier. Un temps qui n'est plus simplement assassin du rire des enfants ou porteur de mort mais qui est une occasion pour chacun de se construire : « On n'a jamais fini de devenir ce que l'on est »
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adtraviata
  22 décembre 2017
Veuve, Camille vit dans sa bulle très bien protégée (ou presque) de toute intrusion extérieure et est particulièrement « fière » de ce système de protection qui tient ses collègues, voisins et même sa mère à bonne distance. En réalité, elle s'est enfermée elle-même, coupée d'elle-même et un beau jour, son inconscient se rappelle sans doute à elle dans une négligence qu'elle commet dans son étier d'assistante-vétérinaire. Elle part donc, avec son chat et son lapin, s'enterrer à la campagne, dans une maison perdue dans la forêt, pensant que plus de solitude encore soignera son mal-être. Contre toute attente, c'est l'irruption quotidienne de Théodore (le bien nommé), un sans abri taciturne qui va peu à peu lui révéler son secret. En contrepoint à la voix de Camille, celle de Suzanne, sa mère, sociable et bien entourée, et des extraits de textes scientifiques ou poétiques sur les étoiles. Des étoiles solitaires qui naissent ensemble dans une explosion gazeuse mais restent le plus souvent éloignées les unes des autres. Une métaphore qui prend évidemment tout son sens en suivant les trajectoires de Camille, Théodore et Suzanne.
J'ai bien aimé ce roman intimiste, de saison car il se passe pour une bonne partie à l'approche de l'hiver, sans doute parce que je me suis un peu reconnue dans la répugnance de Camille aux liens sociaux : l'auteur, Martine Rouhart, décrit son univers psychique avec tant de finesse qu'elle ne paraît jamais antipathique, je l'ai suivie sur son chemin d'étoile morte à étoile brillante, j'ai cru à cette rencontre improbable avec Théodore. Cette histoire presque banale qui va se révéler poignante est portée par une écriture élégante, poétique, pleine d'empathie.
Un beau texte porté par une « petite » maison d'édition belge exigeante.
Lien : https://desmotsetdesnotes.wo..
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nathavh
  16 février 2018
J'ai découvert Martine Rouhart à l'occasion d'une belle soirée littéraire "une roulade littéraire corsée", il y a un peu plus d'un an.
J'avais découvert sa plume avec son précédent roman "Proche lointain" dont le billet se trouve ici.
Merci Martine de m'avoir proposé ton dernier roman, le sixième "La solitude des étoiles" paru dans une maison d'éditions belge à découvrir "Murmure des soirs", un régal ♥ J'ai vraiment passé un excellent moment.
Quelle évolution dans l'écriture, j'ai vraiment été touchée par cette plume magnifique, très poétique.
De quoi parle-t-on ?
De solitudes, de rencontres, du hasard qui n'existe pas.
Camille a 45 ans, elle vit seule à côté d'un zoo. Assistante vétérinaire, elle a plus d'affinités avec les animaux qu'avec les Hommes !
Camille a été déçue par l'attitude de son premier amour, elle a perdu Bruno son mari il y a trois ans. Avec lui elle menait une vie pépère, tranquille.
Depuis son départ, elle s'enferme dans sa solitude. Elle nous dit :
"Je fuis les gens et pourtant la solitude me pèse, étrange paradoxe."
Elle décide de faire le point, de faire un break. Destination : les Ardennes, une maison isolée en bordure des bois. Objectif : se retrouver seule avec elle-même, son chat et son lapin ! Elle traîne avec sa solitude jusqu'au jour où on frappe à sa porte. Qui ose ainsi perturber son isolement ?
C'est Théodore ! Il s'invite chaque jour. Il frappe, entre, ne dit rien ou presque. Il vit dans les bois, sans abri, il à l'apparence d'un clochard et sent le sous-bois , la terre, l'âcre !
C'est un peu comme un animal sauvage à apprivoiser.
Peu à peu, Camille se rend compte que cet homme va faire changer son attitude, elle le guette, l'attend chaque jour.
Petit à petit, il va se livrer, lui conter ses secrets, et elle va s'ouvrir enfin.
Une plume magnifique, très poétique. Des mots très bien choisis. le style est simple, la construction intéressante. Camille nous conte son existence, sa mère Suzanne aussi se livre. Entre chaque 'confidence", un petit texte bien choisi sur l'univers et les étoiles, apporte un intermède, une respiration.
Des parallèles avec l'univers, un ciel étoilé, des êtres différents, les étoiles ne se rapprochent pas et pourtant ...
Magnifique récit, je suis sous le charme.

Ma note : ***** 9.5/10
Lien : https://nathavh49.blogspot.b..
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
adtraviataadtraviata   22 décembre 2017
Comment peut-on se sentir roche d’un total étranger ? Il y a un lien entre nous, incertain et invisible, un lien sans existence réelle,impossible à définir. Ou plutôt si, un lien entre deux lueurs éloignées, une sorte d’amitié interstellaire. A-t-on jamais vu des étoiles se rejoindre ? Me voilà partie dans des rêveries sur le monde des étoiles. Théodore et moi, un couple d’étoiles comme on en voit dans le ciel, tournant inlassablement autour d’un centre de gravité commun... (p. 110)
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adtraviataadtraviata   22 décembre 2017
Je regarde la neige voleter comme autrefois je regardais la pluie têtue de la fenêtre de ma chambre, durant des après-midi entières. Des événements silencieux qui m’ont toujours fascinée. Au fond je me complais dans la routine et les menus faits du quotidien, répétés jour après jour. Tout ce qui est lent, régulier, me rassure et m’apporte un genre de paix de l’âme. Le va-et-vent incessant des vagues, les cascades d’eau qui chutent, indifférentes, et les nuages qui passent, leur inconsistance qui s’effiloche… Ce que recèlent de simple, d’infime, d’évident et de presque inaperçu les choses de la vie. C’est peut-être ça qui m’a évité le pire jusqu’ici, la sauvegarde des précipices. Ces moments volés où, sans le savoir, j’apprenais à aimer la solitude intérieure et les souffrances qu’elle cause. (p. 82)
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nathavhnathavh   16 février 2018
Pourquoi les gens se sourient-ils si peu dans les métros, dans la rue, dans leur vie précipitée ? Un regard, un sourire, des brèches pour percer tous les murs, pour toucher, pour trouver l'autre.
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nathavhnathavh   16 février 2018
Des personnes qui nous sont proches on croit tout savoir, mais on ne sait en fin de compte pas grand-chose de leurs vrais désirs et de leurs pensées. Toujours loin d'eux en vivant à côté.
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nathavhnathavh   16 février 2018
Les tristesses, toutes ces vieilles choses, on les balaye de sa mémoire comme le vent les feuilles mortes, mais elles ne disparaissent jamais. Elles s'entassent dans les recoins telles des araignées et il y a toujours un moment où elles réapparaissent.
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