AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Jacques Roger (Préfacier, etc.)
ISBN : 2080702432
Éditeur : Flammarion (01/01/1995)

Note moyenne : 3.94/5 (sur 70 notes)
Résumé :
Qu'y a-t-il de naturel en l'homme ? Jean-Jacques Rousseau, dans son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, publié en 1755, imagine l'humanité dans sa condition primitive, à une époque où elle ne vivait encore que d'après sa constitution première. Le tableau qu'il dresse de cet état de nature originel fait ressortir l'existence de différences physiques mais d'aucune distrib... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
candlemas
  07 juillet 2019
J ai lu très jeune le Discours sur l origine et les fondements de l inégalité parmi les hommes, en même temps que le Banquet de Platon. Finalement le hasard -?- comme souvent fait bien les choses. d'abord parce que la prose particulièrement passionnée de JJ Rousseau dans ce court ouvrage a tout pour plaire aux jeunes esprits, ensuite parce que sa réflexion puise ses racines directement aux sources antiques.
Petite pensée pour tous les lycéens qui viennent de plancher sur l épreuve de philo, et n ont peut-être pas eu comme moi la chance d apprécier la lecture de ces textes de leur plein gré, le soir après une longue et belle journée de vendange...
Refusant de répondre à la question posée en titre dans une perspective juridique et historique, Rousseau nous invite à nous projeter dans un état de nature ideal, invitant chaque lecteur à redécouvrir -imaginer ?- cet état fondamental au fond de son coeur.
Dans cet état de nature, l homme est un animal comme les autres, tout au plus capable d une ingénierie technique plus perfectionnée. C est là ce que Voltaire dénigra avec férocité... et pourtant, depuis anthropologues , archéologues et autres scientifiques n ont jamais pu démontrer d autres fondements objectifs que l enterrement des morts et le perfectionnement de l outil...
Cet homme de nature , ni bon ni mauvais, mais ayant conservé des tendances naturelles que l homme moderne oublie -telles que l empathie- s est trouvé créer l inégalité en même temps que la propriété : avec la société, l homme se trouve enfermé dans un rôle, une fonction, notamment de production par le travail, et l appropriation des biens en vient rapidement à aliéner. C est ce qui sera repris bien plus tard par Marx.
Jugé souvent pessimiste, Rousseau fait le constat historique que si la propriété et la société en soi ne sont pas une mauvaise chose -par l échange et la spécialisation le loisir et les arts se sont développés , comme le justifient les penseurs libéraux anglais du même siècle - , pour autant l intelligence humaine se trouve alors mise au service d un égoïsme qui tend à assujettir l autre et accroître toujours plus les inégalités.
Dans le second discours, sur les sciences et les arts, C est la notion de Progrès que Rousseau met en cause avant l heure , et non l intérêt des sciences arts et techniques par eux-mêmes. Ne doutant pas de la pureté des intentions de l artiste et de l inventeur, du créateur en général, il constate pourtant que l utilisation, la vulgarisation -la standardisation dirait-on aujourd'hui - dévoie ces avancées au profit du luxe et de l oisiveté, par manque de vertu de l'homme civilisé, gagné par la mesquinerie et le paraître. Revenant aux anciens grecs et même à une certaine morale chretienne, il conclut que le salut , outre un possible retour à l état de nature, serait un gouvernement d élite , où les plus vertueux orientent au mieux l usage des sciences et techniques, au profit de tous, tout en maintenant une exigence morale forte, évitant l amollissement des corps et des esprits.
Je finirai sur un commentaire plus personnel : ces deux discours de JJ Rousseau figurent probablement parmi les fondamentaux de la pensée philosophique de notre temps, ayant exploré des thèmes maintes fois repris depuis. Outre la contribution à la notion de droit naturel, développée par la suite dans le contrat social, et qui irrigue encore aujourd'hui les principes constitutionnels et le droit international en termes de libertés fondamentales et de droits de l homme, la pensée philosophique de Rousseau peut être aussi bien prolongée dans les domaine des droits de l environnement, des animaux, des inégalités hommes-femmes, dans la reflexion contemporaine sur l éthique scientifique et technique, face à l hyper merchandising allienant l individu.
Mais ce qui fait aussi tout le charme de la lecture de Jean Jacques Rousseau, c est l extrême sensibilité qu il y met, dans cette langue ineffable du XVIIIeme siècle. Loin d affaiblir la démonstration, cette émotivité donne force de conviction et persuade. Il faut tout le cynisme d un Voltaire pour y résister, et c est heureux... bien que proteiforme, et pas toujours assumée en actes par son auteur même, cette pensée agite l esprit, et offre une base à maintes réflexions contemporaines. l'une des plus fondamentales et novatrices n est-elle pas justement cette mise en cause relative de la raison et la réhabilitation de l intelligence émotionnelle et d un ressenti conscient, plutôt que de faux principes de rationalité, masquant la forêt de préjugés inconscients ?
Il faut décidément lire et relire ces Discours. 5 étoiles à mon goût.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          398
PiertyM
  31 mars 2014
Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes: un discours facilement abordable avec des raisonnements des analyses qui évoluent progressivement. Il se dégage des propositions des syllogismes qui nous persuadent par moment d'arriver à la même déduction que l'auteur.
En effet, plusieurs pistes ont été exploitées par Jean-Jacques Rousseau afin de parvenir à interpeller notre conscience sur la fausse rupture entre les valeurs des instincts et celle de la raison, la fausse rupture entre le naturel et le social. C'est une forme de sonnette d'alarme sur une société ou une humanité qui en quelque sorte est bien mal partie pour mettre en oeuvre son humanisme.
Je me suis plongée agréablement dans cet univers de Rousseau , un bon voyage dans la pensée et on comprend mieux à présent ce qu'on ouï dire: Jean-Jacques Rousseau a dit l'homme est bon à l'étape naturel mais seule la société le déprave.
Commenter  J’apprécie          250
bina
  26 novembre 2012
Discours sur les sciences et les arts, Jean-Jacques Rousseau.
Je ne m'attendais pas à un tel discours sous la plume de Jean-Jacques Rousseau, et l'académie de Dijon, qui a organisé ce concours, a du être aussi bien surprise. Cela ne l'a pas empêché de désigner Rousseau comme lauréat, lançant ainsi sa popularité.
Je m'attendais, vu l'époque d'écriture, à une réflexion sur les Lumières, et nous entrons dans une diatribe contre les sciences et les arts, auxquels il oppose la vertu. Vertu dans son sens premier, celui d'être au service des autres. Il remonte à l'Antiquité et fait référence à de multiples civilisations, souvent disparues dans leur état premier, pour apporter de l'eau à son moulin.
Dans les siècles passés, selon lui, une civilisation qui refusait l'accès aux sciences et aux arts était forte, il était bon d'être ignorant, ces peuples perdaient leur puissance au fur et à mesure qu'ils « s'éclairaient ». Les sciences et les arts sont donc perçus comme « des guirlandes de fleurs sur des chaînes de fer », c'est-à-dire qu'ils servent à camoufler la réalité du régime oppresseur. La culture met un vernis d'hypocrisie sur les actions des hommes, ce qui ne permet plus de clairement comprendre l'Autre. Pour exemple, il met en avant Sparte, connu pour « la sagesse des lois » et son « heureuse ignorance », qu'il oppose à Athènes, dont le recours aux beaux-arts plonge l'état dans le vice. le vrai courage « s'énerve » (au sens littéral, privé de nerf), et les vertus militaires disparaissent, ainsi s'explique la chute de grands empires (grecs, romains…)
Il explique alors le processus de perversion : les arts sont nourris par le luxe, la jurisprudence par les injustices humaines, l'Histoire n'existe que parce qu'il y a des tyrans, des guerres, des conspirateurs. La science est donc INUTILE, car elle éloigne les hommes du droit chemin de la vertu. Si la science est inutile, les autres arts le sont encre plus
Il termine sa démonstration en précisant que ceux qui refusent de se plier aux conventions du succès, et de la gloire, ceux qui refusent de s'avilir (allusion à lui-même) sont donc condamnés à vivre dans l'oubli et la pauvreté.
En conclusion, j'ai été déçue par cette démonstration. Mais qui suis-je pour m'opposer au grand Rousseau ? Malgré sa démonstration, je ne parviens pas à le suivre. Il laisse complètement de côté les références à Dieu si fréquentes à cette époque, les arts et les sciences devant alors pour certains nous rapprocher de Dieu, et non nous en éloigner. Avec ce paradoxe de Rousseau, nous pourrions bien fabriquer un sujet de philo pour le bac, sur le rôle des sciences et des arts dans la société. Peut-être Rousseau avait-il une perception futuriste des Arts, lorsqu'on voit aujourd'hui le décalage entre la réalité de certaines oeuvres et leur valeur. Là effectivement, il y a perversion. Ou la remise en cause de la recherche pure, sans aboutissement concret pour le bien de tous.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
chartel
  30 octobre 2014
Que Rousseau peut être irritant avec son sale puritanisme calviniste. Il avait de quoi froisser les oreilles libérales de Voltaire et Diderot ! Mais il n'est tout de même pas possible de rester insensible à son sens de la justice. Quel esprit, quelle verve, quelle malice dans ses réponses aux réfutations, où il a l'art de sabrer les arguments adverses tout en gardant un air très courtois et innocent.
Si la lecture de ces deux discours aujourd'hui fait un peu sourire, et que le mythe du bon sauvage a un peu de plomb dans l'aile, il n'en reste pas moins qu'ils font écho aux préoccupations de nos sociétés contemporaines : problèmes environnementaux, crises démocratiques, dérives autoritaires, augmentation exponentielles des inégalités… Enfin, il faut rectifier ce que déclare une lectrice dans sa critique. Rousseau n'est pas contre la science et les arts, mais contre ceux qui les pervertissent. La science en elle-même est, au contraire, source de bienfaits pour les hommes. C'est juste qu'elle est trop souvent entre de mauvaises mains, qu'elle est souvent exploitée par des gens qui se targuent d'y entendre quelque chose.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
kristolikid
  12 décembre 2012
Livre riche d'idées singulières et pertinentes qui, toutefois, perd à mon sens de sa valeur par des arguments spécieux ou démentis par l'anthropologie, et par la haine de l'homme réel qui semble animer Rousseau au profit d'un homme inaccessible, perdu dans le passé et qui ressemble à un idéal de pureté, une mélancolie des origines, bref un problème avec sa mère.
La thèse résumée du Discours sur les sciences et les arts est que l'apparition des sciences et des arts (quelquefois on se demande si ce n'est pas la connaissance en général qui est visée) a corrompu les moeurs et détourné les hommes de la vertu.
Celle du Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes est que la socialisation des individus a introduit la propriété privée, donc la domination des uns sur les autres c'est-à-dire l'inégalité entre les hommes.
De nombreux passages sont agréables à lire, Rousseau se montre juste, humain, sensible et visionnaire (v. citations). Par exemple sur la consommation, on croirait que Rousseau connaissait déjà des Patrick le Lay ou des précurseurs du "temps de cerveau disponible". Il note « selon eux, un homme ne vaut à l'Etat que la consommation qu'il y fait ». Et puis en décrivant la propriété privée, et l'accumulation des richesses et des biens « on était malheureux de les perdre, sans être heureux de les posséder ». Fight club n'avait rien inventé, chier.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
kristolikidkristolikid   12 décembre 2012
Tant que les hommes se contentèrent de leurs cabanes rustiques, tant qu'ils se bornèrent à coudre leurs habits de peaux avec des épines ou des arêtes, à se parer de plumes et de coquillages, à se peindre le corps de diverses couleurs, à perfectionner ou embellir leurs arcs et leurs flèches, à tailler avec des pierres tranchantes quelques canots de pêcheurs ou quelques grossiers instruments de musique, en un mot tant qu'ils ne s'appliquèrent qu'à des ouvrages qu'un seul pouvait faire, et qu'à des arts qui n'avaient pas besoin du concours de plusieurs mains, ils vécurent libres, sains, bons et heureux autant qu'ils pouvaient l'être par leur nature, et continuèrent à jouir entre eux d'un commerce indépendant ; mais dès l'instant qu'un homme eut le secours d'un autre ; dès qu'on s'aperçut qu'il était utile à un seul d'avoir des provisions pour deux, l'égalité disparut, la propriété s'introduisit, le travail devient nécessaire et les vastes forêts se changèrent en des campagnes riantes qu'il fallut arroser de la sueur des hommes, et dans lesquelles on vit bientôt l'esclavage et la misère germer et croître avec les moissons.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
candlemascandlemas   06 août 2019
Jʼai tâché dʼexposer lʼorigine & le progrès de lʼinégalité, lʼétablissement & lʼabus des sociétés politiques, autant que ces choses peuvent se déduire de la nature de lʼhomme par les seules lumieres de la raison, & indépendamment des dogmes sacrés qui donnent à lʼautorité souveraine la sanction du droit divin. Il suit de cet exposé que lʼinégalité étant presque nulle dans lʼétat de nature, tire sa force & son accroissement du développement de nos facultés & des progrès de lʼesprit humain, & devient enfin stable & légitime par lʼétablissement de la propriété & des loix. Il suit encore que lʼinégalité morale, autorisée par le seul droit positif, est contraire au droit naturel, toutes les fois quʼelle ne concourt pas en même proportion avec lʼinégalité physique; distinction qui détermine suffisamment ce quʼon doit penser à cet égard de la sorte dʼinégalité qui regne parmi tous les peuples policés.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          54
kristolikidkristolikid   12 décembre 2012
Si nous suivons le progrès de l'inégalité dans ces différentes révolutions, nous trouverons que l'établissement de la loi et du droit de propriété fut son premier terme ; l'institution de la magistrature le second, que le troisième et dernier fut le changement du pouvoir légitime en pouvoir arbitraire ; en sorte que l'état de riche et de pauvre fut autorisé par la première époque, celui de puissant et de faible par la seconde, et par la troisième celui de maître et d'esclave, qui est le dernier degré de l'inégalité.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
chartelchartel   30 octobre 2014
Les liens de la servitude n’étant formés que de la dépendance mutuelle des hommes et des besoins réciproques qui les unissent, il est impossible d’asservir un homme sans l’avoir mis auparavant dans le cas de ne pouvoir se passer d’un autre ; situation qui n’existant pas dans l’état de nature, y laisse chacun libre du joug et rend vaine la loi du plus fort. [Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.]
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
chartelchartel   30 octobre 2014
Si l’on voit une poignée de puissants et de riches au faîte des grandeurs et de la fortune, tandis que la foule rampe dans l’obscurité et dans la misère, c’est que les premiers n’estiment les choses dont ils jouissent qu’autant que les autres en sont privés, et que, sans changer d’état, ils cesseraient d’être heureux, si le peuple cessait d’être misérable. [Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.]
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
Videos de Jean-Jacques Rousseau (29) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-Jacques Rousseau
Au début du projet Stratèges, il y eu une formation organisée par Patrick Picard. Puis l'IFÉ (Institut Français de l'Éducation) et le centre Alain Savary ont suivi les tests effectués en classe avec Kévin Gueguen et les autres enseignants de l'école Jean-Jacques Rousseau d'Argenteuil (92).
autres livres classés : philosophieVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Philo pour tous

Jostein Gaarder fut au hit-parade des écrits philosophiques rendus accessibles au plus grand nombre avec un livre paru en 1995. Lequel?

Les Mystères de la patience
Le Monde de Sophie
Maya
Vita brevis

10 questions
295 lecteurs ont répondu
Thèmes : spiritualité , philosophieCréer un quiz sur ce livre