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Gérard Mairet (Éditeur scientifique)
EAN : 9782253067245
157 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (06/03/1996)
  Existe en édition audio
Résumé :
Paru en 1755, le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes peut être considéré comme la matrice de l'oeuvre morale et politique de Rousseau : il y affirme sa stature de philosophe, l'originalité de sa voix, la force de son "système".
Résoudre le problème posé par l'Académie de Dijon - "quelle est la source de l'inégalité parmi les hommes et si elle est autorisée par la loi naturelle ?" -, en d'autres termes expliquer que riches... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
keria31
  21 mai 2015
Mon livre de philosophie préféré !
Voilà un ouvrage qui en son temps ne pouvait que faire parler de lui et qui a dû faire scandale auprès d'une partie de l'opinion : celle des conformistes, des monarchistes et des nobles.
Que fait en effet Rousseau ? Si ce n'est de démontrer le caractère injuste de sa propre société en s'appuyant sur un solide sens du raisonnement. Pour cela, il remonte, sur seulement une 100aine de pages, toute l'histoire des hommes pour démonter les ressorts complexes qui ont présidé à l'établissement des premières sociétés : celles d'un groupe comme celui de la famille, d'un village ou d'un Etat. Et avec le développement de ces formations s'est accrue la perception des inégalités qui selon Rousseau, existe à l'état de nature mais n'a cessé de s'amplifié avec celui de l'état social. Car les lois, selon lui, ne sont que le fruit d'une usurpation faite par un groupe d'hommes (plus malins et influents) pour consolider leurs acquis (née de l'invention de la propriété). Ce sont elles qui, certes, établissent l'ordre dans un groupe en proie aux conflits mais ce sont elles, surtout, qui maintiennent la sécurité et la stabilité de ceux qui possèdent. D'où l'écart qui se creuse dans les inégalités, entre ceux qui cumulent les possessions (la terre, les richesses et autres avantages : rang, notoriété, privilèges) et ceux qui ont beaucoup moins et qui deviennent de plus en plus nombreux. Autrement dit, ce qui est premièrement légal n'est pas juste car fondé, d'abord, sur un désir de puissance (celui de posséder) et non sur la raison. Quelle critique sociale et quelle désacralisation du pouvoir politique !
Cet ouvrage, on le sait, annonce celui qui va suivre :"Le contrat social" où Rousseau tente de répondre à cette question qui le turlupine (Comment créer un ordre social moins inégal ?) : ainsi naît la notion de volonté générale (dont on peut trouver un équivalent à celle d'intérêt général) qui posera les bases de notre république démocratique future. Ceci dit, c'est un livre à lire comme l'ébauche (et non la constitution) d'un régime politique qui mérite d'être approfondie.
Bref, j'admire le tour de force d'un esprit qui a su se poser des questions cruciales sur sa société et qui en démontent les rouages presque comme un scientifique. Pour sûr, il est le philosophe des Lumières qui a poussé plus loin la réflexion sur la critique sociale dont s'inspirera beaucoup La Révolution.
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jullius
  12 mai 2020
En 1753, l'Académie de Dijon proposa d'établir quels étaient l'origine et le fondement de l'inégalité parmi les hommes et si elle était autorisée par la loi naturelle.
C'est à la suite de la lecture du Discours que Rousseau compose en guise de réponse que Voltaire, son parfait opposé, lui lança une des attaques les plus amusantes mais sans doute aussi des plus malhonnêtes qui soient : « j'ai reçu, monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain ; je vous en remercie ; vous plairez aux hommes à qui vous dites leurs vérités, et vous ne les corrigerez pas. Vous peignez avec des couleurs bien vraies les horreurs de la société humaine dont l'ignorance et la faiblesse se promettent tant de douceurs. On n'a jamais employé tant d'esprit à vouloir nous rendre bêtes. Il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage. Cependant, comme il y a plus de soixante ans que j'en ai perdu l'habitude, je sens malheureusement qu'il m'est impossible de la reprendre. Et je laisse cette allure naturelle à ceux qui en sont plus dignes, que vous et moi (…) Je me borne à être un sauvage paisible dans la solitude que j'ai choisie auprès de votre patrie où vous devriez être. J'avoue avec vous que les belles lettres, et les sciences ont causés quelquefois beaucoup de mal... »
Voltaire en effet, pour se dire philosophe, ne boude pour autant pas son bonheur de vivre à l'époque qui est la sienne : « le paradis terrestre est où je suis ». Plus encore, derrière l'épicurien provocateur, saluant « le superflu, chose très nécessaire […] tant décrié par nos tristes frondeurs : ce temps profane est tout fait pour mes moeurs », c’est un mondain de la pire espèce, qui accumule les richesses et les avantages et qui n'a aucune ambition réelle (malgré quelques déclarations de pure forme) pour davantage de justice sociale. Il n'hésite en effet pas à affirmer qu'« un pays bien organisé est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui et le gouverne ». Défendre la tolérance, tant qu'on voudra ! lutter contre le cléricalisme, tout aussi plaisant, puisque chaque fois on passe pour une belle âme sans rien avoir à risquer.
Or, c'est bien ce qui fait réagir Voltaire à lecture de son adversaire. Chez Rousseau il n'est pas seulement question de faire des phrases pour les salons de l'Europe, mais de nourrir la compréhension, au risque de la Révolution. Rousseau, et non Voltaire, sera le maître à penser des vrais révolutionnaires, ceux qui se battent pour la justice. Jean-Jacques (appellera-t-on jamais Voltaire François Marie ?) est frère des hommes et écrit pour défendre une égalité réelle plutôt que formelle. Il fuit pour cela la société bien mise, aux prétentions civilisées , mais qui met à mal l'homme dans sa vérité . Il fustige le paraître (dont le nom de Voltaire, anagramme savamment construit à partir de Arouet LJ pour Le Jeune, transformé d'abord, pédantisme oblige de celui qui maitrise le latin, en Arovet LI) qui déchire l'être. Il travaille à des arguments qui, plus encore qu'ils raisonnent, veulent résonner au plus profond du coeur de chacun. Il pense pour panser.
Et en la matière, il est radical.
1. L'homme est naturellement plutôt bon. A l'état naturel (fiction pratique qui doit servir sa démonstration mais qui s'avèrera plus réaliste que celles des Hobbes et des Locke qui prétendent décrire un état « anté-historique » qui n'a jamais existé), il se caractérise avant tout par ses capacités (qui le distinguent irrémédiablement du reste du règne animal) et qui en font un être perfectible, capable d'apprendre et de s'adapter (thèse largement vérifiée notamment par la théorie de la néoténie et de l'évolution adaptative). Et deux passions l'animent, l'amour de soi (un instinct de conservation) et de la pitié pour ses semblables (approchable des phénomènes d'empathie et d'entraide que Darwin ou Kropotkine identifient comme de grandes lois
2. C'est le passage à la société civile, après le rapprochement de ces êtres isolés à l'état naturel en petites communautés, et notamment, à partir d'une observation de l'environnement naturel, les révolutions du fer et de l'agriculture et, de là, l'appropriation, que naquit l'inégalité : « le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire : ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : ''gardez-vous d'écouter cet imposteur ; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne'' ». Mais nul ne prit la parole, et aux conflits qui finirent par naître de l'appropriation et des convoitises, ceux qui avaient déjà commencé à se constituer une puissance matérielle, établir des droits et une justice pour légitimer ces états de fait. La société inégalitaire était en place et toute l'illégitimité de son fondement futmasquée par des constructions savantes, idéologiques et juridiques. Avec elles les passions se dévoyèrent et l'amour de soi devint un funeste amour propre : le sens de l'être céda la place à l'importance du paraître, et même à la volonté de se distinguer et de dominer ; la raison pris le pas sur la conscience, pourtant sans doute la chose la mieux partagée ; les reflets flatteurs de l'esprit bien tourné éclipsèrent la flamme de la conscience droite.
On comprend, alors, qu'un écrivain dont l'intelligence était toute entière au service de ses intérêts, adepte à peine dissimulé du raffinement aristocratique de l'Ancien Régime, prompt à s'accommoder des inégalités sociales et de l'absolutisme monarchique dès lors que celui-ci respecte les « philosophes » tels qu'il pensait en être, ait pu prendre en grippe ce gênant tableau de l'infamie révélée.
Pourtant, Goethe eut bien raison de voir dans le pamphlétaire de libertés formelles et sans effets que fut Voltaire un crépuscule, et dans l'avocat de causes de la liberté et d'égalité réelles l'origine de lourdes conséquences : « avec Voltaire, c'est un monde qui finit. Avec Rousseau, c'est un monde qui commence ».
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Aela
  16 février 2011
En 1753, l'Académie de Dijon met au concours le problème suivant :"Quelle est l'origine de l'inégalité des conditions parmi les hommes?" Rousseau reconstitue l'histoire humaine pour identifier le moment fatal, celui où les hommes abandonnent l'état de nature et découvrent la vie en société.
Il nous dresse le portrait de l'homme "originel" (le "bon sauvage") qui vit en symbiose avec la nature, et qui va être pris par la spirale infernale de l'agriculture, la métallurgie ensuite; Ces deux étapes dans le développement de l'homme vont attiser les passions et la violence, de même que l'instinct de propriété d'où découlent les inégalités.
Pour Rousseau, l'homme moderne est donc vitime du perfectionnement de ses facultés et des progrès de la vie en société.
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Surbookee
  31 octobre 2013
Ce "Discours" a été élaboré suite à une question proposée par l'Académie de Dijon à Jean-Jacques Rousseau, à savoir : quelle est l'origine de l'inégalité parmi les hommes, et si elle est autorisée par la Loi naturelle.
Pour y répondre, Rousseau divise son "Discours" en deux parties qu'il accompagne de notes parfois laborieuses, chose qu'il reconnaît non sans humour car il propose au lecteur de ne pas les lire, ce qui n'empêche en rien la compréhension de l'oeuvre.
Une fois passé l'introduction, les notes, la bibliographie et la chronologie, il ne reste plus qu'une centaine de pages qui compose le vif du sujet. La première partie du "Discours" est centrée sur une comparaison classique entre l'Homme sauvage et l'Homme civilisé, puis entre Homme et Animaux. Rousseau met l'accent sur le fait que l'Homme, par sa capacité à vouloir, peut s'affranchir des principes fixés par la Nature, ce que ne peuvent pas faire les animaux. C'est la seconde partie qui répondra concrètement à la question posée. L'inégalité selon Rousseau, qui est propre au monde civilisé, proviendrait de l'apparition de la propriété et des évolutions qui en découlent. Deux phrases résument parfaitement le Discours, je me permets de les retranscrire tant elles sont significatives : "Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire, ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez-vous d'écouter cet imposteur : vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne. [...] Il suit de cet exposé que l'inégalité étant presque nulle dans l'État de Nature, tire sa force et son accroissement du développement de nos facultés et des progrès de l'Esprit humain, et devient enfin stable et légitime par l'établissement de la propriété et des Lois."
En raison de sa faible longueur, le "Discours" sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes se lit assez rapidement et intéressera toute personne soucieuse d'enrichir sa culture personnelle.
Lien : http://serial-reader.over-bl..
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LeScribouillard
  17 mars 2019
Vous avez un style lent, qui se répète à peu de choses près, qui tourne ses concepts dans tous les angles possibles et imaginables. du coup, ça m'étonne pas si la plupart de mes camarades trouvent ça chiant. Mais à côté de ça, est-ce qu'il y a des vrais défauts ?
On est sur de la grosse philo, de la vraie, de la bonne, de la pure, et Rousseau va loin, loin, LOIN, ce petit. Imaginer avec autant de réalisme les débuts de l'homme, son évolution sociale, la création du langage et de la politique SEULEMENT À PARTIR DE DÉDUCTIONS, c'est extraordinaire et rien que pour ça, ça reste passionnant de bout en bout. Toujours dans la nuance et le souci du détail, Rousseau explore, dissèque, se permet de temps à autre une pointe d'humour cinglante. Que faire pour que l'Homme aille mieux ? Pas mal d'éléments nous sont donnés dans la (gigantesque) dédicace, mais pas de véritable réponse se présentant comme telle. Mais le contrat est rempli, et on a guère besoin d'en voir plus pour se demander s'il pouvait en être autrement des origines de l'Homme.
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Citations et extraits (46) Voir plus Ajouter une citation
grisettegrisette   08 juin 2010
Tant que les hommes se contentèrent de leurs cabanes rustiques, tant qu’ils se bornèrent à coudre leurs habits de peaux avec des épines ou des arêtes, à se parer de plumes et de coquillages, à se peindre le corps de diverses couleurs, à perfectionner ou à embellir leurs arcs et leurs flèches, à tailler avec des pierres tranchantes quelques canots de pêcheurs ou quelques grossiers instruments de musique ; en un mot tant qu’ils ne s’appliquèrent qu’à des ouvrages qu’un seul pouvait faire, et qu’à des arts qui n’avaient pas besoin du concours de plusieurs mains, ils vécurent libres, sains, bons, et heureux autant qu’ils pouvaient l’être par leur nature, et continuèrent à jouir entre eux des douceurs d’un commerce indépendant : mais dès l’instant qu’un homme eut besoin du secours d’un autre ; dès qu’on s’aperçut qu’il était utile à un seul d’avoir des provisions pour deux, l’égalité disparut, la propriété s’introduisit, le travail devint nécessaire, et les vastes forêts se changèrent en des campagnes riantes qu’il fallut arroser de la sueur des hommes, et dans lesquelles on vit bientôt l’esclavage et la misère germer et croître avec les moissons.

La métallurgie et l’agriculture furent les deux arts dont l’invention produisit cette grande révolution. Pour le poète, c’est l’or et l’argent, mais pour le philosophe ce sont le fer et le blé qui ont civilisé les hommes, et perdu le genre humain ; aussi l’un et l’autre étaient-ils inconnus aux sauvages de l’Amérique qui pour cela sont toujours demeurés tels ; les autres peuples semblent même être restés barbares tant qu’ils ont pratiqué l’un de ces arts sans l’autre ; et l’une des meilleures raisons peut-être pourquoi l’Europe a été, sinon plus tôt, du moins plus constamment, et mieux policée que les autres parties du monde, c’est qu’elle est à la fois la plus abondante en fer et la plus fertile en blé.
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hema6hema6   15 février 2011
L'amour de soi-même est un sentiment naturel qui porte tout animal à veiller à sa propre conservation et qui dirigé dans l'homme par la raison et modifié par la pitié, produit l'humanité et la vertu.
L'amour propre n'est qu'un sentiment relatif, factice et né dans la société, qui porte chaque individu à faire plus de cas de soi que de tout autre, qui inspire aux hommes tous les maux qu'ils se font mutuellement et qui est la véritable source de l'honneur.
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LeScribouillardLeScribouillard   16 mars 2019
Ce n’est donc pas par l’avilissement des peuples asservis qu’il faut juger des dispositions naturelles de l’homme pour ou contre la servitude, mais par les prodiges qu’ont faits tous les peuples libres pour se garantir de l’oppression. Je sais que les premiers ne font que vanter sans cesse la paix et le repos dont ils jouissent dans leurs fers, et que miserrimam servitutem pacem appellant ; mais quand je vois les autres sacrifier les plaisirs, le repos, la richesse, la puissance et la vie même à la conservation de ce seul bien si dédaigné de ceux qui l’ont perdu ; quand je vois des animaux nés libres et abhorrant la captivité se briser la tête contre les barreaux de leur prison, quand je vois des multitudes de sauvages tout nus mépriser les voluptés européennes et braver la faim, le feu, le fer et la mort pour ne conserver que leur indépendance, je sens que ce n’est pas à des esclaves qu’il appartient de raisonner de liberté.
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keria31keria31   21 mai 2015
La conclusion du discours :

"Il suit de cet exposé que l'inégalité, étant presque nulle dans l'état de nature, tire sa force et son accroissement...des progrès de l'esprit humain et devient enfin stable et légitime par l'établissement de la propriété et des lois."

"...puisqu'il est manifestement contre la loi de nature...qu'une poignée de gens regorge de superfluités, tandis que la multitude affamée manque du nécessaire."
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Gwen21Gwen21   03 août 2017
Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire : "Ceci est à moi", et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile.
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