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Critique de bina


bina
27 août 2012
Ma contribution de ce mois-ci au challenge d'Itzamna porte sur le premier volume des Confessions, de Jean-Jacques Rousseau. Je l'ai lu dans une édition scolaire (vestige de mes années lycées). Cette édition comporte le texte intégral, annoté et fléché, et un résumé. La lecture peut donc être partielle ou complète. Il y a dix-sept ans, j'avais triché, mais cette fois-ci, je l'ai évidemment lu intégralement. Ce genre de lecture m'est aujourd'hui bien plus accessible. J'ai néanmoins commencé par parcourir le résumé, et je peux vous assurer que le texte de Rousseau est bien plus agréable que les commentaires.

On peut considérer ce premier volume comme l'apprentissage de la vie de Rousseau, une lente ‘'maturation'' jusqu'à ses 28 ans.
Nous découvrons les circonstances de sa naissance et ce qui en découle. Il vécut auprès de son père, qui l'initia aux lectures sérieuses dès son plus jeune âge, puis il passa chez son oncle. Il eut tout le temps une éducation plus ou moins libre, mais sa nature, et ses proches lui évitèrent de dévier. Il semble avoir eut très tôt conscience de ce qu'il voulait, et surtout ne voulait pas, de ses capacités et de ses limites, notamment dans le domaine des études et de la santé.
Au fil des années, sa santé se dégrade, il se découvre de multiples problèmes, mais on ne peut parfois s'empêcher de penser qu'il est hypocondriaque. Une petite passion de passage, et on oublie toutes les maladies ! Plus il a conscience de la mort (qu'il pense proche), plus il se détache de ses passions pour vivre les moments présents dans l'étude, et plus il semble apaisé.
Il a aussi conscience de ses limites dans le domaine de l'apprentissage. Une éducation imposée ne lui permet pas d'assimiler. Il a besoin d'une étude vagabonde, à son rythme, qui lui permet d'acquérir des connaissances poussées dans de multiples domaines (maths, géométrie, histoire, auteurs anciens, philosophes, beaucoup de musique…mais pas le latin auquel il a toujours été réfractaire). Il a finit par se donner une méthode qui lui servira par la suite dans ses réflexions. ‘'Après quelques années passées à ne penser exactement que comme autrui, sans réfléchir pour ainsi dire, et presque sans raisonnement, je me suis trouvé assez grand fonds d'acquis pour me suffire à moi-même et penser sans le secours d'autrui''.

Sa narration est chronologique et on prend peu à peu conscience de ce qui fait sa personnalité : sa très grande sensibilité, sa répulsion profonde pour l'injustice. Les anecdotes qu'il nous dévoile lèvent en même temps le voile sur ce qui le façonne.
Mais malgré cette droiture d'esprit, on découvre l'autre facette de l'enfant Jean-Jacques, petit chapardeur (mais pas pour un enrichissement personnel), gamin influençable par les mauvais garçons. Sa timidité extrême rend ces confessions d'autant plus intéressantes, qu'on comprend qu'il a dut faire un grand travail sur lui-même pour avouer les bêtises qu'il pu commettre. Celles-ci se sont toujours réalisées sous l'impulsion de la passion, ou de l'imagination, mais elles semblent avoir pesées lourds sur la conscience de notre jeune homme.

Les 6 livres des Confessions de tome 1 font la part belle à ses multiples changements de situation (différents apprentissages, séminaire, conversion religieuses, nombreux domiciles…). On sent qu'il agit par passion. Son imagination et ses sentiments prennent souvent le dessus sur la raison.
La narration de ses conquêtes amoureuses est aussi très présente, et on découvre là aussi un Rousseau particulier : chaste jusqu'à 25 ans. Il ressent de nombreuses émotions, mais elles prennent le pas sur l'action. Sa naïveté lui laisse ignorer l'aspect physique et charnel des relations amoureuses. Et l'idée qu'il se fait d'une relation physique, sur le modèle de ce qu'il vu dans le monde animal, le dégoute. C'est celle qu'il appelle Maman, et au crochet de qui il vit, qui va le déniaiser.

Ses Confessions, rédigées à la première personne sont très centrées sur lui, mais Jean Jacques Rousseau est aussi à l'écoute des mouvements politiques, de la société, et de la religion. C'est peut-être dans ces passages que se trouvent, à mes yeux, les meilleures réflexions. On sent son esprit aiguisé qui fera de lui ce qu'il sera plus tard dans ses écrits. Sa description d'un lazariste est très imagée, ‘' un visage de pain d'épice, un regard de chat-huant, des crins de sanglier au lieu de barbe, ses membres jouaient comme des poulies d'un mannequin'', et son point de de vue sur la religion catholique apparait à travers un commentaire sur‘' les prêtres [qui], en bonne règle, ne peuvent faire des enfants qu'à des femmes mariées. Pour avoir manqué à cette loi des convenances, [un jeune séminariste, devenu prêtre] fut mis en prison, diffamé, chassé''.

En résumé, j'ai découvert un Jean-Jacques naïf, empreint de pureté, avec une sensibilité à fleur de peau, une imagination très vive, et voulant vivre ses passions (littéraires et artistiques, particulièrement musicale). J'ai aimé l'écriture, les anecdotes, et j'ai hâte de lire la suite pour le mois prochain.
Je m'interroge juste sur un élément : ces réflexions, très pertinentes, sont-elles de Rousseau enfant, ado, puis adulte, ou du Jean-Jacques à maturité qui rédige ces lignes ?
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