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Jean-Bertrand Pontalis (Préfacier, etc.)Bernard Gagnebin (Éditeur scientifique)Marcel Raymond (Éditeur scientifique)Catherine Koenig (Auteur du commentaire)
ISBN : 2070393933
Éditeur : Gallimard (23/05/1995)

Note moyenne : 3.32/5 (sur 693 notes)
Résumé :
«Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme ce sera moi.
Moi, seul. Je sens mon cœur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus ; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le m... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (36) Voir plus Ajouter une critique
peloignon
15 janvier 2013
Rousseau voulait être aimé et il voulait mériter de l'être. Sa grande connaissance des auteurs antiques l'a ainsi tout naturellement entraîné à devenir une personnalité sublime, toujours prêt à défendre les idées les plus contraires à son siècle et aux puissants qui en modelaient les opinions politiques et philosophiques.
Il vivra ainsi de nombreuses déceptions en amitié et en amour, il devra varier dans ses appartenances religieuses extérieures, il vivra aussi l'exil et à la longue, à forces d'être constamment blessé, il deviendra un vieil homme de plus en plus méfiant des autres, un interprète de plus en plus attentif aux moindres signes qui pourraient indiquer de mauvaises intentions envers sa personne dans son entourage, son pauvre cerveau frôlera le délire paranoïaque, mais sans rien perdre de sa géniale beauté. C'est dans cet état de trouble qu'il accomplira l'étrange projet suivant : « Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateurs. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature; et cet homme ce sera moi. » (t.1, 21)
Et il en raconte des choses sur sa personne. Il ne s'épargne rien. Il se montre sans pudeur dans toute sa fragilité et ses maladresses. Il fait de son auditoire une divinité analogue au Dieu chrétien, qui aurait besoin de se faire raconter ce qu'il savait déjà afin de lui accorder la reconnaissance de son bon coeur. Il est bien convaincu lui-même de son bon coeur : « Pour moi, je le déclare honnêtement et sans crainte : quiconque, même sans avoir lu mes écrits, examinera par ses propres yeux mon naturel, mon caractère, mes moeurs, mes penchants, mes plaisirs, mes habitudes, et pourra me croire malhonnête homme, est lui-même un homme à étouffer. »(t.2, 486) Mais il avait un cruel besoin d'être reconnu par un entourage qui le jugeait comme la règle juge toujours l'exception : comme une erreur, comme quelque chose de laid ou de mal.
Rousseau, on peut être en accord ou non avec ses idées, à mon avis, cela importe peu. Ce qu'il représente pour moi d'extraordinaire, c'est qu'il nous entraîne toujours à des considérations débordantes de bons sentiments, toujours belles et sincères et il me semble qu'on se doit de l'aimer. On le doit à ce que l'on a de meilleur en nous.
Avec moi, il gagne donc son pari haut la main. Je n'ai aucun doute qu'il ait été un honnête homme, c'est-à-dire une entité imparfaite, mais perfectible et remplie de la meilleure des volontés et des plus beaux sentiments.
Ceci dit, si je suis convaincu de cela, j'avoue que j'étais gagné d'avance par ses Discours, par son Émile, et surtout par son Héloïse!
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Hybris
07 janvier 2017
Comme Montaigne dans les Essais, Jean-Jacques Rousseau jure de dire la vérité, toute la vérité.
Jean-Jacques est né en 1712.
Son père est d'un milieu modeste ce qui l'obligera à travailler comme horloger, sa mère est d'un milieu plus aisé.
Ses parents se sont rencontrés très jeunes.
J-J a un frère aîné.
Sa mère qu'il admire et qui était une fine lettrée meurt en couche …
Son premier malheur, elle qui aimait tendrement son père.
Son père se remariera mais jamais il n'oubliera ce premier amour.
A chaque fois qu'il en parle avec J-J il pleure.
Ce qui fera dire à J-J qu'en héritage il a eu ce coeur sensible.
Ce sera son deuxième malheur.
De santé fragile, il doit sa vie à une tante et à Jacqueline sa nourrice.
On apprend que J-J toute sa vie souffrira de rétention urinaire.
Il raconte que ses premiers souvenirs arrivent en même temps que son apprentissage de la lecture.
Celle-ci devient rapidement une passion qu'il partage avec son père : ils lisent souvent jusqu'au petit jour, oubliant de se coucher.
A sept ans il découvre Molière, La Bruyère, Bossuet, Ovide mais a surtout une passion pour Plutarque.
Il vit littéralement ses lectures, inquiétant même parfois ses proches quand il se prend pour un Grec ou un Romain.
Il parle très brièvement de François, son frère ainé de sept ans qui a mal tourné, qu'il a peu connu et qui est parti vivre en Allemagne.
Enfant sage, J-J a quand même pissé dans la marmite de la voisine…
Il se dit aimé et choyé par tous. Comment devenir mauvais dans ces conditions ?
Sa tante Suzon qui s'est beaucoup occupée de lui aimait chanter : c'est ça qui lui a donné le goût de la musique.
J-J parle d'un évènement extrêmement important : lorsqu'il a dix ans son père refusant de se soumettre à ce qu'il considère comme une injustice décide de quitter définitivement la Suisse.
Jean-Jacques se retrouve en pension et sous la tutelle de tonton Bernard.
Cette pension se trouve à la campagne à Bossey précisément et c'est là que J-J se découvre une passion pour la verte.
Il est plutôt heureux avec un précepteur Mr Lambercier qu'il apprécie.
Il y passera deux ans.
Régulièrement J-J que la modestie n'étouffe, se sent unique : par exemple dans son amitié avec son cousin (qui comme son père s'appelle Bernard).
Il dit qu'on obtient plus d'un enfant par les sentiments que par l'autorité.
Beaucoup d'éléments seront repris dans l'Emile…
J-J relate la fessée donnée par Mlle Lambercier la soeur de son précepteur qui bien loin de le punir (ce qui était le but initial) lui fit découvrir ses premiers émois et conditionnèrent toute sa vie sentimentale (fort sage dit-il) qui suivit.
J-J raconte un épisode où il fut accusé à tort d'avoir cassé un peigne.
Il découvre alors ce qu'injustice veut dire.
Cet épisode fera qu'il quitte sa pension sans trop de tristesse.
Ensuite J-J glande un peu, on lui cherche une voie : on finit par choisir la pire pour lui, celle de procureur un métier pour lequel il n'est pas fait et duquel il est viré.
On le met donc dans le monde du travail manuel : celui de graveur.
Cette vie aurait pu lui plaire et son destin transformé si son patron n'avait pas été si exécrable.
Face à toutes ces violences et injustices, il se met à voler (des fruits).
J-J parle de son rapport à l'argent : il n'aime pas dépenser car il a peu de besoin et quand il dépense il ne le fait pas de façon ostentatoire comme le radin mais de façon honteuse.
Jamais il ne lui viendrait à l'idée de voler de l'argent.
Un jour que pour la troisième fois il rate l'heure de fermeture de Genève (ville fortifié)…
Il décide de ne pas retourner chez son horrible patron.
Il le signale à son cousin dont le parcours professionnel l'a fait s'éloigner (à cause de ses parents se demande J-J légèrement parano et persécuté…?)
C'est un sentiment de liberté qui anime J-J.
Dans un premier temps il est accueilli par un prêtre qui lui conseille de se rendre à Annecy chez Mme de Warens qui recueille des jeunes comme lui pour les convertir.
J-J a seize ans et c'est le coup de foudre.
Encore une fois, ce n'est pas la modestie qui l'étouffe car il n'hésite pas à dire qu'il chantait admirablement et qu'il avait un physique avenant bien qu'il n'en faisait pas usage.
Jean- Jacques s'attendait à une vieille bigote et il tombe sur une bombe latine (d'après sa description).
Louise-Eléonore a divorcé en emportant les biens de son riche mari duquel elle
n'a pas eu d'enfants.
Elle a quatorze ans de plus que notre J-J.
Elle est catholique depuis un an et demi.
Plus ou moins obligé par un manant de partir parfaire son éducation à Turin, J-J accepte car il a déjà le goût du voyage…
Encore le destin : son père, qui a refait sa vie, arrive le lendemain de son départ à Annecy.
A Turin il est pris en charge pour se convertir au catholicisme…Il manque de se faire violer par un séminariste sous le regard indulgent des ecclésiastique (déjà !).
Aussitôt baptisé il est remercié…Il erre dans la ville, vivote et trouve une poule.
Puis il devient laquais pour une vioque agonisante et qui meurt d'ailleurs.
Vient un évènement très important dans la vie de J-J l'épisode dit du ruban.
Résumons l'affaire : J-J vole un ruban et fait croire que c'est une domestique qui a fait le coup.
Devant toute une assemblée, il confirmera son accusation bien qu'imaginant les pires sanctions pour celle qu'il accuse à tort.
Quarante ans plus tard il s'en veut encore et n'a qu'une explication : d'abord il a choisi de nommer la servante car c'est le premier nom qui lui est venu (car il l'aimait bien et que le ruban était pour elle !), ensuite la honte devant toute une assemblée de se déjuger fait qu'il va camper sur cette position.
Suite à cette histoire il se met à haïr le mensonge…
Il rencontre ensuite le vicaire savoyard que l'on retrouve dans l'Emile et qui va lui dégonflé le melon (il s'y croit un peu depuis qu'il a lu Plutarque).
Puis après quelques péripéties c'est le retour auprès de sa chère Me de Warens.
Elle l'appelle « petit », il l'appelle « maman ».
On sent de la part de J-J un amour infini, il lui pardonne tout, accepte tous les travaux pour elle.
Me de Warens est par exemple très avide de drogue…Il lui en prépare (lui qui déteste la médecine).
L'Abbé de Gouvon lui a appris à lire moins avidement mais avec plus de réflexion.
J-J explique qu'il a un tempérament ardent mais les idées lentes.
« Je ferai une assez jolie conversation par la poste ».
Cet esprit lent, fait qu'il écrit difficilement ( !) et qu'il peut-être gaffeur dans ses conversations.
Plus ça va et plus J-J s'intéresse à la musique….
Il avoue un troisième souvenir honteux (après la fessée, le ruban) :
Il abandonne dans la rue un type qui a travaillé pour Me de Warens, Mr le Maître au moment où il fait une crise d'épilepsie…
Ce qui est bien avec J-J c'est qu'on ne s'ennuie jamais : après avoir donné des cours de musique à Genève en mentant sur son C.V, il part avec un prélat grec pour Jérusalem rencontré dans un cabaret pour Genève…
Il n'ira pas au bout de son voyage, retenu à Paris par un ambassadeur qui lui déconseille la fréquentation du prélat…
Sans un sou à Lyon, J-J accepte de dormir avec un abbé…et pour la deuxième fois il échappe au pire !
Un antonin lui demande si il copie la musique et justement oui…
Bien que la profession de copiste le fasse vivre longtemps, il n'était pas très bon car ce long travail le rendait distrait et se trompait souvent dans les notes.
A la fin du livre 4, J-J a dix-neuf ans et un CDD grâce à « Maman » : il est écrivain pour le compte du roi Victor-Amédée (qui est le duc de Savoie).
Il est donc employé au cadastre, vit dans une maison insalubre à Chambéry qui suite à divers mouvements politiques a dû quitter sa belle demeure d'Annecy pour vivre dans ses conditions très différentes….
Jean-Jacques l'instable va vivre ainsi pendant neuf ans…
Il y découvrira que Maman à un amant (Claude Anet qui travaille à son service et qui fera une T.S au laudanum suite à une dispute).
Il s'intéresse à beaucoup de choses comme par exemple l'arithmétique.
J-J ne peut apprendre que tout seul car si quelqu'un lui enseigne, il veut tellement lui faire plaisir qu'il dira qu'il a compris même si ce n'est pas le cas.
Après ce travail ce travail jugé ennuyeux après coup, J-J se met à vivre de la musique…
Il va à Besançon pour qu'un abbé lui enseigne la musique, il veut travailler pour subvenir aux besoins de « maman » qui depuis qu'Anet, qui gérait ses biens d'une main de fer, est mort en allant récolté du génépi, court d'après J-J à sa ruine…Nous sommes en 1732 à peu près…
Il y subit le jansénisme (catholique extrémiste…) on lui confisque sa malle.
Il apprend donc toujours en autodidacte la musique et celle-ci devenant à la mode commence à donner des concerts même s'il s'avère être un piètre chef d'orchestre.
Il est assez bon compositeur (par rapport à ce qu'il sait lire de la musique).
C'est la fin de la guerre (traité de Vienne) guerre de succession de Pologne.
« Si je n'aime pas à vivre parmi les hommes, c'est moins ma faute que la leur… » Ça c'est tout J-J…
Me de Warens se décide à lui apprendre les choses de l'amour….
Loin de lui faire plaisir cette idée, malgré son amour pour Maman, le dégoûte un peu…
Il l'aime trop pense-t-il…
Le premier amant de Me de Warens est son professeur de philosophie…Il la persuade que tout cela n'est que balivernes (l'amour conjugal).
Elle enchaîne les amants car pense J-J tout cela ne l'intéresse pas beaucoup et qu'elle n'en fait pas très grand cas…
Après avoir joué aux apprentis chimistes, Rousseau a failli mourir (il a même rédigé son testament, il a vingt-cinq ans).
L'année suivante et alors qu'Anet est mort (lui qui tenait les comptes), Me de Warens qui ne vit plus dans l'opulence déménage sur les conseils de J-J aux Charmettes, à la sortie de Chambéry.
J-J pense qu'ils ont enfin trouvé un lieu pour leur bonheur…
La santé de J-J s'est dégradé au point qu'il revoit sa position sur Dieu…avec plus de sérieux, il aura désormais toute sa vie une santé fragile au point d'être obligé de boire de l'eau…
J-J parle de sa nouvelle maîtresse avec qui il a du goût Me de Larnage.
Le livre se termine où après avoir été remplacé chez Me de Warens, il exécute une année de précepteur sans succès (il manque de patience) et finalement repart sur les routes avec un nouveau système de musique révolutionnaire…
Voilà la fin de ses jeunes années…
J'ai oublié de dire que J-J adore les animaux : les chats, les chiens, les oiseaux mais aussi les abeilles….précurseur dans beaucoup de domaine il serait, d'après Michel Onfray, végétarien…
Avant son accident, il semble pourtant faire «bombance»….
Mégalo, sensible, intelligent, naïf voici comment se présente ce futur grand penseur.
Son écriture est formidable, c'est un grand livre autobiographique qui donne beaucoup de clefs pour comprendre l'oeuvre ultérieur de J-J : pas étonnant qu'un psychanalyste comme J-B Pontalis l'adorait aussi.
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sabine59
01 juillet 2016
Je vais être assez sévère avec toi, Jean-Jacques: j'ai moyennement aimé tes " confessions", au cours de cette relecture.C'était déjà le cas,étudiante.J'ai préféré " Les rêveries d'un promeneur solitaire".
La raison de mes réticences? Une , essentiellement.Lorsque tu écris en préambule: " Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur", je te trouve bien présomptueux.Et quand tu ajoutes: "Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de sa nature", alors là, je pourrais te traiter de menteur ! Car, au regard de ce que tu racontes, on ne peut pas dire que tu sois de toute franchise, comme tu le prétends...
Souviens-toi, par exemple, de l'épisode du ruban volé.Certes, tu montres bien tes remords d'adulte mais en même temps, tu cherches à te dédouaner auprès du lecteur.Et dans tes souvenirs,combien de plaintes, d'apitoiement sur toi-même ! On a toujours l'impression que tu joues à la victime...
Cependant, je reconnais que ce projet est novateur pour l'époque.Il se détache nettement des Mémoires à caractère politique et historique.Il ouvre la voie à l'autobiographie, qui fleurira ensuite au 19ème siècle.Il place le Moi au centre du livre.
Taine le jugeait sèchement: " Préoccupé de soi jusqu'à la manie et ne voyant du monde que lui-même". Je serai plus indulgente. Et de plus, j'ai apprécié le style de cette autobiographie romancée, non dénuée d'ironie et d'auto-dérision.Mais jusqu'à un certain point car le côté larmoyant et les explications de mauvaise foi visant à se
justifier ternissent l'ensemble.Dommage, Jean-Jacques, et désolée, tu n'es pas, pour moi, unique...
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michfred
26 février 2015
"Le moi est haïssable" disait Pascal.
Cela n'a semble-t-il pas empêché Jean Jacques de se lancer intrépidement dans la première autobiographie, digne de ce nom, autocentrée et intimiste, de notre littérature.
Elle en agace plus d'un par son exhibitionnisme-au propre et au figuré :JJ a en effet exhibé plus que sa souffrance de persécuté, et il s'en vante ingénument!
Car il y a autant d'ingénuité que de rouerie, autant de sincérité que de mensonge dans ces Confessions- et c'est ce qui rend ce livre passionnant, énervant, délicieux et insupportable à la fois!
Que ce soient les pages solaires et coquines des cerises, celles plus troubles mais bien croquignolettes de la fessée, les faux remords du ruban volé, les vrais silences des enfants mis à l'assistance publique, les amours aussi opportunistes que torrides avec "Maman", Mme de Warens, la protectrice -et-plus-si-affinités, la recherche éperdue d'un ami qui ne soit ni un sot, ni un envieux, ni un rival...et avec qui se brouiller est l'activité la plus répandue.- il y a tout et son contraire dans les Confessions.
Il faut ajouter que le fil du récit devient d'un tome à l'autre plus difficile à suivre: J.J. est réellement persécuté dans sa vie littéraire et civile, et le processus d'auto-justification dans lequel il s'est lancé avec ce livre, et qui se contaminera bientôt à tous les autres, le jette en pâture à la détestation..
Alors il devient de plus en plus parano...et on a du mal à suivre qui est encore son ami, qui ne l'est plus, qui le redevient (plus rare!) Après Voltaire, l'ennemi incarné, si mondain, si rapide, si cruel, il se brouille avec les Grimm, avec Diderot...il perd ses protecteurs, son gîte, son couvert...
Mais c'est qu'il aime vagabonder, aussi- voyager à la cloche de bois, comme un bohémien: c'est un fugueur depuis la petite enfance où il quitte Genève, son père et son frère...pour courir les routes et l'aventure.
Ce touche-à-tout de génie, ce grand autodidacte, -avec Diderot le premier "prolétaire" de notre littérature- est aussi un joyeux escroc: il faut relire les pages hilarantes de sa première tentative d' "opéra"- cacophonique et catastrophique! Lui-même en rit encore!
Un livre magnifique avec tous ses défauts- ou plutôt à cause d'eux!
S'il vous agace trop, faites un tour du côté de l'essai de Philippe Lejeune, le Pacte autobiographique, ou du côté de Starobinski, La transparence et l'obstacle: je suis sûre qu'ils vous rendront moins sévère, tout attendri et mieux disposé à sa découverte!
Sacré Jean-Jacques, humain, trop humain, et génial, si génial!
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frandj
20 juin 2015
J’avais lu, il y a fort longtemps, "Les Confessions" de Jean-Jacques Rousseau et j’en avais conservé un souvenir mitigé. C’est pourquoi j’ai désiré les relire maintenant, même si cela demande énormément de temps. Comme chacun sait, cet ouvrage constitue, dans la littérature française, la première autobiographie vraiment digne de ce nom. L’auteur insiste plusieurs fois sur sa volonté de tout révéler sur sa personne. Il écrit par exemple: « Dans l’entreprise que j’ai faite de me montrer tout entier au public, il faut que rien de moi ne lui reste obscur ou caché; il faut que je me tienne incessamment sous ses yeux, qu’il me suive dans tous les égarements de mon cœur, dans tous les recoins de ma vie ». Ce projet est justifié, semble-t-il, par son désir de vérité face à ses nombreux détracteurs, mais aussi par son narcissisme et peut-être par une sorte de masochisme un peu pervers.
Ce qui m’a surtout intéressé, ce sont les premiers livres qui retracent son enfance et ses années de formation. Avec beaucoup de candeur et un peu de rouerie, Rousseau livre au lecteur de nombreuses anecdotes caractéristiques de sa jeunesse, souvent peu glorieuses, très étonnantes sous la plume d’un auteur du XVIIIème siècle. Il n’hésite pas à détailler ses incohérences et ses petites vilénies. A peine a-t-il commencé la confession de ses erreurs d’enfance qu’il note: « J’ai fait le premier pas et le plus pénible dans le labyrinthe obscur et fangeux de mes confessions. Ce n’est pas ce qui est criminel qui coûte le plus à dire, c’est ce qui est ridicule et honteux ». Parmi les nombreux passages étonnants ou scabreux de ces premiers livres, il y a par exemple le célèbre aveu au sujet du ruban volé. Mais je retiendrai surtout un épisode qui a lieu dans l’hospice où il est amené à abjurer son protestantisme: un des catéchumènes, homosexuel, le poursuit de ses assiduités alors qu’il est encore très jeune. Rousseau dit ou plutôt suggère tout, sans langue de bois mais dans des termes choisis. Il en est de même pour sa première relation sexuelle avec "Maman" (que le lecteur peut trouver choquante). Le commentaire de Rousseau sur son initiation est franc: « Je me vis pour la première fois dans les bras d’une femme, et d’une femme que j’adorais. Fus-je heureux ? Non, je goûtai mon plaisir. Je ne sais quelle invincible tristesse en empoisonnait le charme. J’étais comme si j’avais commis un inceste ». Un clair pressentiment du complexe d'Oedipe ?
"Les Confessions" marquent bien l’irruption du JE dans un récit qui se veut absolument authentique. Je trouve passionnant cet éclairage cru que le cher Jean-Jacques jette sur les faits intimes qui ont contribué à sa formation d’homme; il n’est pas exempt de complaisance, mais il me semble précieux. A mon avis, ces premiers livres - vraiment novateurs - pourraient se suffire à eux-mêmes. Rousseau a cru bon de poursuivre son récit bien au-delà de sa jeunesse. L’auteur n’a de cesse de rapporter toutes les intrigues et cabales qui ont rendu si difficile sa vie d’adulte à Paris. J’ai trouvé ces derniers livres moins intéressants, même s’ils renferment d’importantes informations concernant l’histoire intellectuelle et littéraire du XVIIIème siècle. J'ajoute que, vers la fin de ma lecture, je me suis senti las. Cette œuvre est un monument (trop grand ?) que Rousseau a érigé uniquement pour la postérité de sa personne.
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Citations & extraits (76) Voir plus Ajouter une citation
OummaOumma05 juillet 2010
je sens mon coeur et je connais les hommes. je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent. si je ne vaux pas mieux, au moins suis-je autre...
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ladyogaladyoga15 septembre 2013
Ici commence le court bonheur de ma vie ; ici viennent les paisibles mais rapides moments qui m’ont donné le droit de dire que j’ai vécu. Moments précieux et si regrettés ! ah ! recommencez pour moi votre aimable cours ; coulez plus lentement dans mon souvenir, s’il est possible, que vous ne fîtes réellement dans votre fugitive succession. Comment ferai-je pour prolonger à mon gré ce récit si touchant et si simple, pour redire toujours les mêmes choses, et n’ennuyer pas plus mes lecteurs en les répétant, que je ne m’ennuyais moi-même en les recommençant sans cesse ? Encore si tout cela consistait en faits, en actions, en paroles, je pourrais le décrire et le rendre en quelque façon ; mais comment dire ce qui n’était ni dit ni fait, ni pensé même, mais goûté, mais senti, sans que je puisse énoncer d’autre objet de mon bonheur que ce sentiment même ? Je me levais avec le soleil, et j’étais heureux ; je me promenais, et j’étais heureux ; je voyais maman, et j’étais heureux ; je la quittais, et j’étais heureux ; je parcourais les bois, les coteaux, j’errais dans les vallons, je lisais, j’étais oisif, je travaillais au jardin, je cueillais les fruits, j’aidais au ménage, et le bonheur me suivait partout : il n’était dans aucune chose assignable, il était tout en moi-même, il ne pouvait me quitter un seul instant.
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MeghMegh05 avril 2010
Les climats, les saisons, les sons, les couleurs, l'obscurité, la lumière, les éléments, les aliments, le bruit, le silence, le mouvement, le repos, tout agit sur notre machine, et sur notre âme.
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aouatef79aouatef7912 août 2015
Leurs amours avaient commencé presque avec leur vie : dès l' âge de huit à neuf
ans ils se promenaient ensemble tous les soirs sur la Treille ; à dix ans ils ne
pouvaient plus se quitter. La sympathie, l' accord des âmes affermit en eux le
sentiment qu' avait produit l' habitude. Tous deux, nés tendres et sensibles,
n' attendaient que le moment de trouver dans un autre la même disposition, ou
plutôt ce moment les attendait eux-mêmes,et chacun d' eux jeta son coeur dans
le premier qui s' ouvrit pour le recevoir .
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peloignonpeloignon09 janvier 2013
[J]’ai toujours cru qu’on ne pouvait prendre un intérêt si vif à l’Héloïse sans avoir ce sixième sens, ce sens moral, dont si peu de cœurs sont doués, et sans lequel nul ne saurait entendre le mien.
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