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EAN : 9782070741205
336 pages
Gallimard (14/02/1995)
3.61/5   14 notes
Résumé :
(édition numérique)


Raymond Roussel, dont les Surréalistes furent les premiers à honorer l'importance, ne cesse de voir sa place grandir dans le paysage moderne.

Grande fortune, d'abord compositeur, mais aussi inventeur, voyageur, il n'y a que la littérature qui comptait pour lui, et on lui fit payer cher son dilettantisme. Il raconte dans "Comment j'ai écrit certains de mes livres" l'accueil fait à ses romans et, encore plus v... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
sMalandrin
  04 juin 2021
« Je voudrais signaler ici une curieuse crise que j'eus à l'âge de dix-neuf ans, alors que j'écrivais La Doublure. Pendant quelques mois j'éprouvai une sensation de gloire universelle d'une intensité extraordinaire. le docteur Pierre Janet, qui m'a soigné pendant de longues années, a fait une description de cette crise dans le premier volume de son ouvrage, de l'Angoisse à l'Extase (page 132 et suivantes) ; il m'y désigne sous le nom de Martial, choisi à cause du Martial Canterel de Locus Solus ».

Voici le texte qu'on trouve dans le livre du docteur Pierre Janet qui soigna Roussel :
« On sent à quelque chose de particulier que l'on fait un chef-d'oeuvre, que l'on est un prodige : il y a des enfants prodiges qui se sont révélés à huit ans, moi je me révélais à dix-neuf ans. J'étais l'égal de Dante et de Shakespeare, je sentais ce que Victor Hugo vieilli a senti à soixante-dix ans, ce que Napoléon a senti en 1811, ce que Tannhauser rêvait au Venusberg : je sentais la gloire... Non, la gloire n'est pas une idée, une notion que l'on acquiert en constatant que votre nom voltige sur les lèvres des hommes. Non, il ne s'agit pas du sentiment de sa valeur, du sentiment que l'on mérite la gloire ; non je n'éprouvais pas le besoin, le désir de la gloire puisque je n'y pensais pas du tout auparavant. Cette gloire était un fait, une constatation, une sensation, j'avais la gloire... Ce que j'écrivais était entouré de rayonnements, je fermais les rideaux car j'avais peur de la moindre fissure qui eut laissé passer au dehors les rayons lumineux qui sortaient de ma plume, je voulais retirer l'écran tout d'un coup et illuminer le monde. Laisser traîner ces papiers, cela aurait fait des rayons de lumière qui auraient été jusqu'à la Chine et la foule éperdue se serait abattue sur la maison. Mais j'avais beau prendre des précautions, des rais de lumières s'échappaient de moi et traversaient les murs, je portais le soleil en moi et je ne pouvais empêcher cette formidable fulguration de moi-même. Chaque ligne était répétée en des milliers d'exemplaires et j'écrivais avec des milliers de becs de plume qui flamboyaient. Sans doute, à l'apparition du volume, ce foyer éblouissant se serait dévoilé davantage et aurait illuminé l'univers, mais il n'aurait pas été créé, je le portais déjà en moi... J'étais à ce moment dans un état de bonheur inouï, un coup de pioche m'avait fait découvrir un filon merveilleux, j'avais gagné le gros lot le plus étourdissant. J'ai plus vécu à ce moment-là que dans toute mon existence. »
Janet poursuit :« Cet enthousiasme et ces sentiments avec des oscillations se prolongèrent tant qu'il composa ses vers, pendant cinq ou six mois ; ils diminuèrent beaucoup pendant l'impression du volume. Quand le volume parut, quand le jeune homme, avec une grande émotion sortit dans la rue et s'aperçut qu'on ne se retournait pas sur son passage, le sentiment de gloire et la luminosité s'éteignirent brusquement. Alors com- mença une véritable crise de dépression mélancolique avec une forme bizarre de délire de persécution, prenant la forme de l'obsession et de l'idée délirante du dénigrement universel des hommes les uns par les autres. Nous reverrons plus tard ce sentiment à propos de nos recherches sur les actes et les sentiments de valorisation sociale. Cette dépression fut très longue et guérit très lentement en laissant des traces encore aujourd'hui. Mais de cette crise de gloire et de lumière Martial a conservé la conviction iné- branlable qu'il a eu la gloire, qu'il possède la gloire, que les hommes le reconnaissent ou ne le reconnaissent pas, peu importe. Il aime à citer à ce propos un passage du livre de M. Bergson sur « l'énergie spirituelle » : « On tient à l'éloge et aux honneurs dans l'exacte mesure où l'on n'est pas sûr d'avoir réussi. Il y a de la modestie au fond de la vanité. C'est pour se rassurer que l'on cherche l'approbation et c'est pour soutenir la vitalité peut-être insuffisante de son oeuvre qu'on voudrait l'entourer de la chaude admiration des hommes, comme on met dans du coton l'enfant né avant terme. Mais celui qui est sûr, absolument sûr d'avoir produit une oeuvre viable et durable, celui-là n'a plus que faire de l'éloge et se sent au-dessus de la gloire, parce qu'il sait qu'il l'a et parce que la joie qu'il éprouve est une joie divine. » Martial écrit d'autres volumes, il est vrai, mais ce n'est pas pour faire quelque chose de supérieur au premier ouvrage, il n'y a pas de progrès dans l'absolu et il a eu du premier coup l'absolu de la gloire. Tout au plus ces nouveaux volumes aideront-ils le public ignorant et retardataire à lire et à voir le rayonnement du premier. Il a en effet conservé un second sentiment, c'est le désir intense, la passion folle de retrouver, ne fut-ce que cinq minutes, les sentiments qui ont inondé son coeur pendant ces quelques mois à dix-neuf ans. « Ah ! cette sensation du soleil moral, je n'ai jamais pu la retrouver, je la cherche et je la chercherai toujours. Je donnerais toutes les années qui me restent à vivre pour revivre un instant cette gloire. Je suis Tannhauser regrettant le Venusberg. » Il espère qu'un certain succès effectif au dehors pourrait raviver cette sensation interne de gloire et c'est pour cela qu'il essaye de nouveaux livres et qu'il se livre quelquefois à des manifestations retentissantes. « Mais peu importe leur succès ou leur échec, cela retarde la constatation externe de la gloire par les autres, cela n'entame pas sa réalité ».

Roussel écrit dans Comment… à propos de sa pièce de théâtre tiré des Impressions d'Afrique : « Ce fut plus qu'un insuccès, ce fut un tollé. On me traitait de fou, on « emboîtait » les acteurs, on jetait des sous sur la scène, des lettres de protestation étaient adressées au directeur ».
Lien : http://classiques.uqac.ca/cl..
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Apoapo
  05 février 2016
Ah le filou, le méchant gentilhomme! Il nous promettait - par le titre déjà - tout un ouvrage de révélation de sa poétique si brillante, si géniale, si avant-gardiste par rapport au surréalisme (bien qu'il se peut que ni lui ni Breton n'eussent apprécié ce rapprochement). Fi donc! après les 35 premières p. qui tiennent la promesse, tout le reste n'est que réédition de certaines de ses oeuvres. Bien sûr, celles-ci ne manquent pas d'intérêt, de génie. Mais, pour ma part, c'est pour une autre fois: pas envie de lire de la fiction pour l'instant. Si de l'au-delà il peux et veux bien se pencher sur ce que je viens d'écrire, l'auteur sera déjà satisfait de retrouver parmi les halles de ces paroles, le fil ou la mèche allant vers lui et sa gent...
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
FredChagnardFredChagnard   29 août 2022
Au comble de la rage, une anguleuse perche
En costume de bain paraît à la recherche
De son plus intraitable et mortel ennemi
Qu'elle ne compte pas corriger à demi.
Elle a le type anglais, avec des dents immenses
Qui sortent en avant inégales, peu denses;
Elle est hors de ses gonds et rouge comme un coq,
Ne s'étant pas remise encore du grand choc
Provocateur de sa frémissante colère;
Comme dérivatif elle se dit que l'ère
De la vengeance va venir à bref délai.
Elle est faite comme un simple manche à balai;
Son corps est décharné de haut en bas, étique,
Et son déshabillé n'a rien de poétique;
Sous son maillot marron et rouge on voit partout,
Aux régions les plus disparates, le bout
D'un os disgracieux et mal placé qui perce.
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FredChagnardFredChagnard   29 août 2022
Les yeux obstinément baissés, une fillette
En jupe courte, en bas noirs bien tirés, feuillette
Un livre de musique épais et relié;
Parfois, montrant un coin solidement plié
Et qui tient lieu de marque, elle tourne une page
En évoquant dans sa cervelle le tapage
D'accords tumultueux et qui, seulement vus,
produisent un effet déconcertant, confus,
Inspirant aisément ces mots: "Quelle salade!"
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FredChagnardFredChagnard   29 août 2022
La place des boutons rouges sur les masques aux beaux favoris blonds n'était pas la même pour tout le monde.
Tantôt ils pullulaient sur le front, tantôt sur le nez; les uns en avaient sur les joues, les autres sur le menton. Mais partout ils étaient également énormes et repoussants.
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brigetounbrigetoun   20 septembre 2011
1° Marquise (dame) à illusions (une marquise ayant gardé des illusions) ; 2° marquise (toit en saillie) à illusions (mirages) ; d’où la marquise sous laquelle Séil-Kor voit défiler toutes sortes d’images.
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brigetounbrigetoun   20 septembre 2011
Comment, disaient-ils,
Nous sentant des ailes
Quitter nos corps vils ?
Mourez, disaient-elles.
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Videos de Raymond Roussel (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Raymond Roussel
Jean Echenoz (quelques pages de) La Vue, de Raymond Roussel : où Jean Echenoz lit quelques pages de "La Vue", de Raymond Roussel le 5 juin 2009 au couvent des Recollets, à Paris, à l'occasion du festival "Paris en toutes lettres", à l'invitation de Frédéric Boyer, en compagnie de Florence Delay, Jacques Roubaud et Olivier Cadiot.
"La Vue", de Raymond Roussel est publié aux éditions Pauvert
"Quelquefois un reflet momentané s'allume Dans la vue enchâssée au fond du porte-plume Contre lequel mon oeil bien ouvert est collé À très peu de distance, à peine reculé ; La vue est mise dans une boule de verre Petite et cependant visible qui s'enserre
Dans le haut, presque au bout du porte-plume blanc Où l'encre rouge a fait des taches, comme en sang. La vue est une très fine photographie Imperceptible, sans doute, si l'on se fie À la grosseur de son verre dont le morceau Est dépoli sur un des côtés, au verso ; Mais tout enfle quand l'oeil plus curieux s'approche Suffisamment pour qu'un cil par moments s'accroche. Je tiens le porte-plume assez horizontal Avec trois doigts par son armature en métal (...)"
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Qui chantait ceci en 1977? On a tous dans le coeur une petite fille oubliée Une jupe plissée, queue de cheval, à la sortie du lycée On a tous dans le cœur un morceau de ferraille usé Un vieux scooter de rêve pour faire le cirque dans le quartier Et la petite fille chantait (et la petite fille chantait) Et la petite fille chantait (et la petite fille chantait) Un truc qui me colle encore au cœur et au corps Everybody's doing a brand-new dance now Come on babe do the locomotion I know you gonna like it if you give it a chance now Come on babe do the locomotion

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