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Tiphaine Samoyault (Éditeur scientifique)
EAN : 9782080712325
373 pages
Éditeur : Flammarion (30/11/-1)
3.86/5   45 notes
Résumé :
Qu'on ne s'attende pas à un roman d'aventures, encore moins à des souvenirs de voyage : Impressions d'Afrique, paru en 1909, est un laboratoire d'expérimentation littéraire, où l'histoire commence au chapitre I ou au chapitre X, selon le choix du lecteur ; chaque mot en recèle un autre, chaque phrase contient en germe un roman à venir. Edmond Rostand, le premier, fut fasciné ; puis Marcel Duchamp - il dit s'en être inspiré pour La Mariée mise à nu -, Michel Leiris, ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Graloup
  08 avril 2021

Si vous passez à Cannes, ne manquez pas de faire un détour par le musée de la Castre, sur la colline du Suquet. le site est magnifique : il permet une vue panoramique sur la Croisette, les îles de Lérins, le massif de l'Estérel.
Le bâtiment lui-même, un ancien château, possède des collections remarquablement mises en valeur : Antiquités romaines, tableaux représentant la Côte aux siècles passés, chapelle Sainte-Anne (XIII° siècle) avec des instruments de musique du monde entier...et surtout une section ethnographique offrant des objets originaires d'Océanie, d'Asie, d'Amérique.
Deux salles sont réservées à la collection d' Edmond de Ginoux. Cet ethnographe fit, dans les années 1840-1850, deux séjours en Polynésie (au cours du second, il était accompagné de la dessinatrice Adèle de Dombasle (une aïeule de la chanteuse comédienne Arielle Dombasle).
J'ai pu, l'année dernière, consulter des cahiers écrits par Ginoux, et conservés dans la réserve du musée.Un carnet, inédit à ce jour, retint mon attention : Ginoux raconte qu'au cours d'une exploration dans l'île principale des Marquises -Noukou-Hiva-, il s'engagea dans une vallée encaissée, très difficile d'accès. Les membres de la tribu qui vivait sur ces terres devaient se plier à un cérémonial étrange :
Quand une femme riche sentait sa fin prochaine, elle demandait à sa famille de préparer une bouillie avec la chair de l'arbre à pain. Elle déposait ensuite dans la pâte ses bijoux les plus précieux : perles, boucles d'oreilles, bagues...
On mêlait à la préparation un peu de suc d' héva, qui engourdirait la mourante et adoucirait ses ultimes instants.
Pendant que la femme avalait lentement son dernier repas, la famille entonnait un long chant funèbre . Les qualités de celles qu'on allait quitter étaient rappelés dans ces poignantes mélopées.
L'esprit de la Marquisienne vient de rejoindre le grand requin mangeur de nuages.
L'aîné de la famille saisit alors, en dernier, le couteau effilé qui est passé de main en main. Il incise délicatement le ventre de la défunte et recueille les bijoux. Par ce geste il prend possession des biens matériels, mais il s'approprie également, au nom des siens, les richesses intérieures de l'ancêtre décédée. le ventre est recousu , avec du fil en fibres de coco, par la plus habile des femmes présentes ; ensuite le corps est déposé dans la pirogue-cercueil et enduit d'huiles parfumées.
La conservatrice m'apprit que l'écrivain Raymond Roussel, de passage à Cannes, avait lui aussi visité le musée et lu ce carnet. Dans son oeuvre, il a transposé sur un autre continent ( «Impressions d'Afrique») des éléments dont il avait pris connaissance à Cannes.
Ainsi la flûte nasale fabriquée avec le tibia du plus valeureux ennemi tué au combat. le guerrier qui en joue se croit invincible. Et surtout l'épisode où la cruelle troisième épouse du roi Talou VII avale les diamants qu'elle a volés. Son neveu, le prince Sirdah, la fait empaler sur la place des Trophées ( prétendument au coeur d' Ejur (c'est le nom que l'écrivain donne à la capitale du Ponukélé)), puis l'éventre pour récupérer son bien.
Nul doute que l'intérêt de Roussel pour l'ouverture de parentes aisées date de sa visite au musée de la Castre.
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stcyr04
  03 décembre 2020
Des naufragés d'un navire affrété pour l'Argentine, complétés par un contingent de personnages échoués pour des raisons diverses dans un quelconque empire africain d'opérette, se voient contraints de mettre en commun leurs dons d'inventeurs, d'acrobates, d'artistes, de scientifiques, de phénomènes en quelque sorte, au service du monarque du lieu, pour présenter un gala subséquent à la cérémonie du sacre.
L'argument du récit pose déjà les bases de la dimension baroque du présent roman. L'action se passe dans une Afrique fantaisiste, le lieu n'important guère, çà aurait pu être la Syldavie, Abou-Yamen ou je ne sais quelle Varanie. L'oeuvre s'ouvre par une série de tableaux, mettant en scène des inventions mécaniques loufoques, des expériences scientifiques et chimiques fumeuses, des performances de dressages, gymniques et artistiques ébouriffantes, d'exécutions capitales raffinées, le tout sans réel solution de continuité, avec un luxe de description, une minutie de détail déroutant. On est médusé. Dans un second temps, l'auteur fait un indispensable, et pour tout dire, salutaire, retour en arrière, en guise d'explication, afin d'éclairer rétrospectivement le propos. Impressions d'Afrique est un curieux objet littéraire qui, par sa nature, ne peut laisser indifférent. Il est le produit d'une imagination ébouriffante alliée à une langue riche, aux larges champs lexicaux, châtiée parfois, le tout emballé d'un humour pince sans rire. C'est l'oeuvre d'un auteur issu d'une famille richissime, qui pour tout dire, n'avait pas besoin d'écrire, qui ne connut, peut-être justement en raison de cela, guère de succès, incompris par ses contemporains, ce qu'on conçoit aisément après la lecture de Locus Solus et surtout du présent opus. Ça en déroutera certains, horripilera également d'autres, ravira en revanche les plus fantasques et excentriques des lecteurs.
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Duluoz
  21 décembre 2014
Ne vous laissez pas dérouter, l'histoire est d'une construction des plus éclairée.
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BourlJean
  23 avril 2019
Le paquebot Lyncée fait naufrage près des côtes africaines. Les naufragés, dont le narrateur, sont capturés par l'armée de l'empereur Talou VII. En attendant leur libération, ils préparent une série de numéros pour un spectacle intitulé « le gala des incomparables ».
Raymond Roussel indiquait qu'il fallait lire le roman en commençant par la deuxième partie, page 147.
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Selket
  26 décembre 2020
cela débute par une cérémonie au coeur de l'Afrique, puis un spectacle de cirque, du théâtre, un cortège, un orchestre, différentes scénettes dans liens apparents qui font travailler notre imaginaire. La révélation se fait au chapitre X, dans un flashback, où l'on découvre que les passagers d'un paquebot échoué sont devenus les otages du roi Talou 7. En attendant leur délivrance, ils s'occupent en préparant un gala. Un roman tirant sur les contes des "Mille et une nuits". Etonnant.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
darkon31darkon31   22 décembre 2010
Plus près de moi, dans l’alignement du théâtre rouge, se dressait un large socle en bois sur lequel, debout et penché, Naïr, jeune nègre de vingt ans à peine, se livrait à un absorbant travail. À sa droite, deux piquets plantés chacun sur un angle du socle se trouvaient reliés à leur extrémité supérieure par une longue et souple ficelle, qui se courbait sous le poids de trois objets suspendus à la file et distinctement exposés comme des lots de tombola. Le premier article n’était autre qu’un chapeau melon dont la calotte noire portait ce mot : « PINCEEE » inscrit en majuscules blanchâtres ; puis venait un gant de Suède gris foncé tourné du côté de la paume et orné d’un « C » superficiellement tracé à la craie ; en dernier lieu se balançait une légère feuille de parchemin qui, chargée d’hiéroglyphes étranges, montrait comme en-tête un dessin assez grossier représentant cinq personnages volontairement ridiculisés par l’attitude générale et par l’exagération des traits.
(p. 2-3)
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coco4649coco4649   21 février 2018
 
 
 SES DEUX MAINS TRAVAILLAIENT AVEC UNE AGILITÉ
SANS PAREILLE, CROISANT, NOUANT, ENCHEVÊTRANT
DE TOUTES MANIÈRES LES LIGAMENTS DE RÊVE QUI
S’AMALGAMAIENT GRACIEUSEMENT
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DuluozDuluoz   21 décembre 2014
Près de l'autel, vers la droite, verdissait un palmier gigantesque, dont l'admirable épanouissement attestait le grand âge; un écriteau, accroché au stipe, présentait cette phrase commémorative :< Restauration de l'empereur Talou IV sur le trône de ses pères >. Abrité par les palmes, de côté, un pieu fiché en terre portait un œuf mollet sur la plateforme carrée fournie par son sommet.
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oliviersavignatoliviersavignat   21 juillet 2020
Poursuivi par l'obsédant désir de visiter les repaires sous-marins, qu'il peuplait malgré lui d'éblouissantes fantasmagories, Fogar résolut de cultiver l'art mystérieux qui lui permettait d'annihiler temporairement ses fonctions vitales.
Son but rayonnant était de plonger longuement sous les eaux, en profitant de l'état d'hypnose qui enrayait si parfaitement le jeu de ses poumons.
Grâce à un entraînement progressif, il put rester pendant une demi-heure en proie à cette mort factice propre à servir ses projets.
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Videos de Raymond Roussel (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Raymond Roussel
Jean Echenoz (quelques pages de) La Vue, de Raymond Roussel : où Jean Echenoz lit quelques pages de "La Vue", de Raymond Roussel le 5 juin 2009 au couvent des Recollets, à Paris, à l'occasion du festival "Paris en toutes lettres", à l'invitation de Frédéric Boyer, en compagnie de Florence Delay, Jacques Roubaud et Olivier Cadiot.
"La Vue", de Raymond Roussel est publié aux éditions Pauvert
"Quelquefois un reflet momentané s'allume Dans la vue enchâssée au fond du porte-plume Contre lequel mon oeil bien ouvert est collé À très peu de distance, à peine reculé ; La vue est mise dans une boule de verre Petite et cependant visible qui s'enserre
Dans le haut, presque au bout du porte-plume blanc Où l'encre rouge a fait des taches, comme en sang. La vue est une très fine photographie Imperceptible, sans doute, si l'on se fie À la grosseur de son verre dont le morceau Est dépoli sur un des côtés, au verso ; Mais tout enfle quand l'oeil plus curieux s'approche Suffisamment pour qu'un cil par moments s'accroche. Je tiens le porte-plume assez horizontal Avec trois doigts par son armature en métal (...)"
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