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EAN : 9782738115478
178 pages
Éditeur : Odile Jacob (05/11/2004)

Note moyenne : 3.64/5 (sur 7 notes)
Résumé :

Comment aller mieux ? Comment apaiser son mal devivre ? Comment opérer en soi un changement profondpour pouvoir de nouveau inventer sa vie ? Peut-être suffit-il d'un geste... Mais lequel ? Et par où commencer ? D'abord, se libérer des préjugés et des certitudes des thérapeutes. Non, une thérapie n'est pas forcément longue. Ensuite, surmonter et contourner le mur du langage. Non, on ne guérit pas vraiment par... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Apoapo
  16 février 2020
Je ne connaissais François Roustang que par les deux entretiens (1983-2008) réalisés par Daniel Friedmann et Jérôme Blumberg et publiés dans le coffret de DVD documentaires intitulé « Être psy » (2009). Dans ce document vidéo qui a pour démarche de montrer l'évolution des plus grands noms de la psychanalyse française en un quart de siècle, j'avais appris que l'ancien jésuite en rupture avec Vatican II, devenu psychanalyste très influencé Lacan, avait commis entre-temps une seconde apostasie en se convertissant à l'hypnothérapie ; mais, à cette occasion, il semblait défendre l'idée d'une descendance inavouée (refusée) entre cette pratique que Freud n'aurait jamais complètement abandonnée et le fonctionnement même de la psychanalyse.
Dans cet essai, la rupture est beaucoup plus nette. Ce que j'ai lu ici s'apparente, me semble-t-il, à une métaphysique de la thérapie, qui inverse les principes de la psychanalyse et refuse jusqu'au concept de psychisme. L'hypnose, dont toute définition paraît impossible, n'y est pas une simple technique, mais constitue à la fois le moyen et le contenu d'une métamorphose souhaitée pour tout être humain, entre sa perception et une autre expérience qualifiée de « perceptude », afin de se libérer de la plainte, d'accéder à une dimension de plénitude dans sa condition de vivant, et donc, accessoirement, de parvenir à la guérison des maux psychiques et physiques conçus comme autant d'obstacles dans la relation avec soi-même, avec les autres, avec l'environnement voire le cosmos tout entier. Voici le point de rupture le plus radical avec la psychanalyse : « Or le passage d'un mode de perception à l'autre ne peut se faire que par la cécité de la conscience réfléchissante et par la dissolution du vouloir. » (p. 105).
La transe hypnotique, et en particulier la « confusion » qui l'induit, permet de « déranger la perception » en se sentant « Partout à la fois » (titre du ch. Ier). le geste, celui dans lequel la transe s'est traduite, est libérateur dans la mesure où il est soumission à la force de vie.
La pensée, et en particulier l'auto-réflexion, est nuisible car elle enferme dans la séparation de soi avec la totalité, celle aussi honnie et pathogène entre le corps et l'esprit, et parce qu'elle reproduit et installe les obstacles à la relation qu'il faut soigner :
« Ne plus penser, c'est ne plus avoir de pensées distinctes, les laisser se mélanger les unes aux autres, ne pas leur permettre d'émerger selon des contours précis, et chaque fois que l'une d'elles risquerait de se former dans sa différence, l'effacer. En d'autres termes il s'agit de cultiver la confusion. Or, à la faveur de cette confusion, la pensée se rend meuble et souple, elle s'insinue dans le corps pour ne plus s'en distinguer. » (p. 45)
J'ai été particulièrement attentif à la radicalité par laquelle Roustang envisage désormais le problème du langage, clé de voûte de la pensée lacanienne :
« […] comment est-il possible de surmonter ou de contourner ce que Lacan nommait "le mur du langage" ?
Par une procédure à double face : soit user des mots pour abolir le sens de telle sorte que le geste libère de leur tyrannie, soit rendre les mots au geste même, c'est-à-dire dissoudre le sens en le rendant au corps. » (p. 57)
En somme, par l'hypnose, soutient-il, le langage « prend corps » (ch. 2 : « Être convenablement assis »).
Ensuite il s'attelle à la relation entre hypnothérapie et comportementalisme. « Le changement thérapeutique n'est rien d'autre qu'un changement de comportement » (p. 69) lance-t-il en guise de provocation, mais à condition de ne pas entendre le comportement comme le fait le comportementalisme, mais comme un ensemble de relations. le comportement, ainsi est « non spécifique » (ch. 3) ; et de même la thérapie se doit de l'être, alors que le thérapeute est réduit au rôle de « porte-voix » nécessaire d'un patient qui est l'acteur de sa propre mise en mouvement :
« Ne serait-ce pas là le facteur non spécifique, c'est-à-dire commun à toutes les formes de ce que l'on persiste à nommer psychothérapie ? […] on pourrait le définir de la façon suivante : il est le mouvement produit par le thérapeute qui met en mouvement l'existence du patient figée en un ou plusieurs endroits. » (p. 86)
Mais l'auteur va plus loin : afin que la guérison soit pérenne, le thérapeute et le patient doivent partager l'intime conviction que « le problème [est] supposé résolu », que le « visiteur » est « un bien portant qui s'ignore ». L'obstacle principal est envisagé comme « le refus du bonheur », qui est un élément de discours, une construction idéologique, qu'il incombe à la force motrice du corps de rectifier : comme en avait eu l'intuition Mesmer avec son magnétisme animal et comme le provoque la danse (« Intermède »).
Dernier argument de la démonstration :
« L'homme ne se distingue pas en premier lieu des animaux par le langage, par la création de concepts ou par la réflexion ; il s'en distingue parce que, d'abord et avant tout, il perçoit le monde dans sa totalité et ses différences, ce qui équivaut à dire, comme on l'a vu, qu'il établit des correspondances ou qu'il invente des liaisons. En d'autres termes l'individu humain manifesterait l'appartenance à son espèce par son pouvoir poétique. » (p. 145)
Il est question dans ce ch. 5 (« L'élémentaire du vivre ensemble »), du fondement du lien social : non pas une transcendance religieuse ni un accord confirmé sous forme juridique mais la capacité que possède le nouveau-né de percevoir la totalité du monde et de se reconnaître dans l'espèce. Au passage, et après avoir établi que l'hypnose relève davantage de la veille que du sommeil, cette perception et expérience de la totalité, « vers la perceptude », constitue à la fois une spiritualité et un quotidien ; ainsi l'hypnose peut avoir une dimension quotidienne et banale (ch. 6 : « Le spirituel au quotidien »).
Dans le ch. 7, « Éloge de la plainte », il est question de la résistance à ce que l'on pourrait appeler une « vocation » (mais le terme n'est étonnamment jamais employé), telle qu'elle se manifeste en particulier chez les prophètes (bibliques) et chez les artistes.
Enfin le dernier ch. (8 : « La passage à la vie ») est la conclusion logique de la démonstration qui qualifie d'« exercice d'assouplissement » cette acceptation de et soumission à la « poussée » de la vie, de cette puissance irrésistible qui, de fait, est érigée à une véritable métaphysique animiste. Une dernière petite touche consiste dans un vibrant éloge du darwinisme, dans son intuition de la nature aléatoire de l'évolution.
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Bruno_Cm
  10 août 2017
Encore une fois, Monsieur Roustang nous a sorti un livre déroutant et tellement plaisant. Il nous redit de nouveau que nous n'avons pas grand chose à faire, en tant qu' être humain, patient, thérapeute, rien qu'à laisser la vie reprendre son flot, attendre de façon ouverte que des nouvelles portes, idées, pensées, s'ouvrent. Mais tout passe par une posture d'accueil. Une posture d'ouverture. Une posture corporelle à modifier lorsque le flux ne circule plus. Il nous explique l'intérêt de la position assise, différente de la position couchée prisée par Freud etc, ou de la position debout... Une assise, quoi de plus important, être un socle qui peut alors se mettre en mouvement, en giration, en recherche tout en étant bien ancré, bien solide.

L'auteur tente de redéfinir l'importance du comportement qui fait modification, la thérapie dans un sens n'est que comportemental, mais de quel comportement parle-t-on. Roustang nous explicite ceci et... comment dire, c'est clair et limpide. Et pratique.
Une énorme part du livre consiste en une dé-définition de l'hypnose, qui n'est justement pas définissable, pas limitable, pas parlable mais l'être humain étant un être de langage, un être du logos, on ne peut pas expliquer quelque chose sans langage, on peut l'appréhender et le vivre sans langage, mais pas l'expliquer. Or nous sommes, particulièrement nous les Occidentaux, de terribles machines à vouloir expliquer et comprendre ce qui ne s'explique pas, l'indicible... On peut appeler ça aussi le spirituel ou le religieux, les grands mystères, mais au fond ce n'est jamais qu'une facette de la vie, de la vie en tant que telle, en tant que tout et en tant que rien. La vie. Pareil pour l'hypnose qui n'est au fond qu'une facette de la vie, simplement.
Mais évidemment comme Roustang écrit, il utilise des mots et donc tente de baliser et structurer. L'hypnose comme deux temps, un temps de perception infinie ouverte, qu'il nomme perceptude. Et ensuite l'utilisation de cette perceptude. L'hypnose qui doit aussi se marquer d'un troisième temps, le retour à la "normale" sans quoi on tomberait dans la maladie mentale ou un somnambulisme permanent, qui limiterait là aussi dans un sens, la vie.

Amusant la petite éloge de la plainte qui vient en contrepoint de son génial ouvrage La fin de la plainte : redéfinition une fois de plus, refonte pour défondre et défendre un nouvelle forme de paradigme...
Amusant aussi : « Interrogé sur le taux de réussite, des thérapies utilisant l'hypnose, j'avais répondu que je l'ignorais parce que je ne recevais que des patients déjà guéris. Au premier abord, ce ne pouvait être là qu'une boutade, mais à la réflexion une telle réplique m'était apparue significative de cette pratique. »
J'ajoute en disant que Roustang a aussi un style, une écriture assez léchée, qui paraît compliquée et simple à la fois.
Bref, un vrai paradoxe ambulant ce type.
Merci d'avoir donné vos "petites" "pierres" à l'"édifice de nos existences", portez-vous bien où que vous soyez dans la "Vie".

P.S. : Très dommage, pas de bibliographie terminale. Pourquoi ?

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Citations et extraits (139) Voir plus Ajouter une citation
Bruno_CmBruno_Cm   01 août 2017
... il n'y a pas à s'intéresser aux sentiments, aux émotions ou aux détails de notre histoire. Sentiments, émotions ou souvenirs ne sont que des témoins d'un passé déjà mort. Ils nous permettent de croire à notre continuité et à ce que nous voulons appeler notre identité. Mais ils ne sont que des fardeaux qui entravent notre marche, parce qu'ils reflètent les habitudes ankylosées, même si jusque-là elles ont pu nous être utiles pour économiser nos forces. Les maux dont nous souffrons sont pris dans la glace de notre système relationnel et les événements nouveaux qui sont dans l'attente d'une assimilation exigent que cette glace fonde et que nos références antérieures deviennent fluides.
(Il ne s'agit pas de mépriser ou d'ignorer les émotions mais de les conduire au silence. Pas de les réduire au silence, parce que ce serait un forçage, mais de les conduire peu à peu à rejoindre le silence dont elles sont sorties [...] Il faut bien l'expression émotionnelle parce que sans elle il n'y aurait pas d'humanité, seulement une machine. Mais, individualisée, cette expression risque toujours la complaisance. Le silence reconduit les émotions à la relation, car elles ne sont que des expressions de la relation. Silence et fluidité ou mouvement.)
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DesTomesdHistoiresDesTomesdHistoires   03 avril 2016
Pour être heureux, pour être bien portant, pour être en mouvement dans la direction de la vie qui est nôtre, il ne faut ni chercher son sens ni encore moins vouloir lui donner un sens. Il faut s'y laisser tomber, un point c'est tout. Mais cela est indigne, car l'être humain, ce fleuron de la création doit sans cesse, comme disent nos sages, se souvenir d'où il vient et où il va. Dire qu'il est né et qu'il mourra, c'est peut-être cela qui est indigne et qui est mesquin. La vie dont nous sommes quelques temps le porteur, c'est tout de même autre chose et plus grand.
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Bruno_CmBruno_Cm   11 août 2017
.... le but poursuivi par la psychothérapie et que j'appelle écothérapie, thérapie dans l'environnement et thérapie par l'environnement [...]. Lorsque quelqu'un va mal, mal qui se manifeste à travers des phobies, des dépressions des impuissances, des somatisations, le moyen pour l'en délivrer est la refonte de son existence. Lorsque le peuple des névrosés s'est enfermé dans la répétition de ses erreurs, quand il s'obstine à répondre aux nouveautés de sa vie par les mêmes recettes éculées, il faut bien l'inciter non pas seulement à voir les choses différemment, mais à les faire désormais en fonction d'une autre ordonnance. La mission dont est investi l'écothérapeute et qu'il fait partager au visiteur est donc en ce sens politique : refondre le système des relations à partir d'un nouveau centre et d'une nouvelle force, trouver la source d'une puissance qui renverse l'ordre ancien et en provoque un nouveau.
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Bruno_CmBruno_Cm   10 août 2017
Que reste-t-il lorsque nous avons laissé advenir tout ce qui se passe en nous et hors de nous ? Il reste le poids et la légèreté de nos corps, il reste leur volume, il reste leur place inaliénable, il reste notre posture. Ce dont alors nous devons prendre le plus grand soin, c'est de nous situer, d'orienter et de conduire à la justesse la position respective de nos membres et de nos organes pour qu'ils puissent être disponibles à la formation de notre espace et se conformer à lui. Une posture non pas préétablie, mais toujours changeante en fonction des circonstance et des événements. Cette réduction au corps ne nous mène pas à l'aveuglement ou à l'idiotie. Elle suppose que la pensée ait pris corps, elle implique une intelligence à la fois souple et ferme, une sensibilité en alerte, une force qui ne peut pas s'altérer, même quand les forces déclinent.

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Bruno_CmBruno_Cm   06 août 2017
Pour être heureux, pour être bien portant, pour être en mouvement dans la direction de la vie qui est nôtre, il ne fait ni chercher son sens no encore moins vouloir lui donner un sens. Il faut s'y laisser tomber, un point c'est tout. Mais cela est indigne, car l'être humain, ce fleuron de la création doit sans cesse, comme disent nos sages, se souvenir d'où il vient et où il va. Dire qu'il est né et qu'il mourra, c'est peut-être cela qui est indigne et qui est mesquin. La vie dont nous sommes quelque temps le porteur, c'est tout de même autre chose et plus grand.
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