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EAN : 9782707318145
192 pages
Éditeur : Editions de Minuit (22/12/2002)

Note moyenne : 4.06/5 (sur 9 notes)
Résumé :

Si l'hypnose est le plus souvent réduite à un phénomène de soumission, de fascination, d'insensibilité, c'est que notre culture, qui a peu de moyens pour la penser, en retient seulement le négatif ou l'ombre portée. En réalité, l'hypnose est un état de veille intense, à l'instar du sommeil profond à partir duquel nous rêvons. De même que ce sommeil profond conditionne l'éclosion du... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Apoapo
  24 février 2020
Après cet essai, court mais extrêmement substantifique, l'on ne pourra plus affirmer que le fonctionnement de l'hypnose est inconnu. de plus, autant Il suffit d'un geste se caractérise par une prose poétique et psychanalytique, autant le présent ouvrage est ancré dans le discours de la science dont il s'élève jusqu'à des hauteurs philosophiques étonnantes, tout en conservant la rigueur logique et argumentative des deux. Je comprends pourquoi c'était le travail auquel son auteur resta le plus attaché jusqu'à sa mort. Il part d'une intuition fort simple, empirique, qui commençait à être prouvée par l'imagerie médicale cérébrale et dont les conséquences thérapeutiques et philosophiques les plus avancées sont tirées, au plus grand bénéfice du public ainsi que des praticiens : que l'hypnose soit un état de veille paradoxale, terme forgé sur le sommeil paradoxal permettant le rêve, c'est-à-dire ni un état de sommeil ni un état de conscience modifiée ; qu'il faille donc la considérer dans une dialectique avec l'état de veille restreinte qui est celui auquel nous nous référons vulgairement comme la simple veille. La veille paradoxale est aussi une veille généralisée, permettant une infinité de liens de signification avec le monde qui nous entoure, donc une infinité de possibles sur nous-mêmes, un pouvoir de modification définitif du soi, et enfin une libération par rapport aux carcans limitatifs de la logique, de la perception ordinaire notamment de soi, de la volonté et de la conscience.
La structure de l'ouvrage est plutôt complexe et peut se lire au mois à deux niveaux : le premier à m'être apparu ressemble à une gigantesque métaphore des phases (chronologiques) d'entrée et de sortie d'une séance d'hypnose ; un second niveau, plus intellectualisé, conforme au plan énoncé par l'auteur, peur ainsi se décliner :
- 1. le préalable – qui établit les bases théoriques de l'hypnose, selon une approche plutôt neurophysiologique, conçue comme l'ensemble des pouvoirs : (1) de rêver, (2) de configurer le monde, (3) d'imaginer ;
- 2. L'anticipation – qui décrit l'induction hypnotique en révélant « autant de traits caractéristiques de l'hypnose » : (1) la fixation, (2) l'indétermination, (3) la possibilité, (4) la puissance ;
- 3. La disposition – concept-clé qui définit l'attitude qui prépare et rend possible la thérapie ; il se répartit en : (1) la signification du terme, (2) une manière d'être au monde, (3) l'exercice de la disposition, (4) la disposition comme humeur, (5) sommes-nous maîtres de la disposition ?, (6) disposition et liberté, (7) l'apprentissage de la disposition ;
- 4. La modification – le « pouvoir inné et anhistorique [… qui] possède l'énergie suffisante pour imposer une nouvelle donne » ; il se compose de : (1) les niveaux d'apprentissage, (2) l'accès au troisième niveau, (3) le pouvoir de l'imagination, (4) la décision comme dédoublement, (5) la décision comme retournement, (6) la fonction du thérapeute, (7) de la psychologie à la physique ;
- 5. L'action - « les traits élémentaires auxquels l'hypnose devra être réduite pour devenir un ingrédient efficace et discret de la vie quotidienne, une sorte d'art de vivre » ; je précise que pour moi, ce chapitre constitue davantage une sorte de métaphysique de l'hypnose ; elle se répartit en : (1) exister, (2) prendre corps, (3) laisser exister.
En conclusion, on ne peut passer sous silence les références tout à fait surprenantes et stimulantes à des horizons culturels très variés, allant du taoïsme et autres sources de la culture chinoise aux classiques de la philosophie allemande, de Kant à Heidegger, à de belles métaphores musicales et picturales, sans oublier un solide aristotélisme et naturellement, parfois en veine un petit peu polémique, parfois dans une filiation assez claire, toute la réflexion psychanalytique...
[Le jargon des bibliothécaires collerait sans doute à cet ouvrage l'étiquette : « réservé à un public motivé »...]
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elepicard
  11 avril 2020
Un livre qui m'a ouvert des horizons épistémologiques nouveaux
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
ApoapoApoapo   24 février 2020
6. « Sous le prétexte de ne pas accepter l'existence telle qu'elle est se cache la volonté ou le secret désir d'avoir eu à la choisir. Ce n'est pas tellement que nous serions heureux de modifier, de refaire ou de remplacer, pour une part, notre vie, c'est que nous ne supportons pas de ne pas en être l'origine.
Quand on se demande pourquoi la veille paradoxale fait peur, une première réponse vient à l'esprit : la veille paradoxale nous fait perdre, ou risque de nous faire perdre, le contrôle de nos pensées, de nos sentiments ou de nos gestes. Nous tenons donc à demeurer dans la veille restreinte où il semble que nous soyons maîtres chez nous. Mais cette première réponse voile à nos yeux une inquiétude bien plus radicale. La perte de nos repères coutumiers n'est qu'un léger dommage en comparaison d'une existence qui s'impose et qui doit être acceptée avec ses insignifiances, ses impulsions, ses médiocrités, celles qui ont déjà eu lieu avant celles qui pourraient avoir lieu. Par peur de la veille paradoxale, il faut donc entendre peur de telle existence et, au-delà, peur de l'existence comme reçue ou tout simplement peur d'exister, c'est-à-dire d'avoir à se confronter à chaque instant à l'impératif du don. L'horreur de l'existence, dont plusieurs en Occident ont fait leurs choux gras, pourrait bien se révéler comme l'astuce rhétorique d'un individu qui retourne en malheur sa prétention manquée. » (p. 156)
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ApoapoApoapo   24 février 2020
4. « [La disposition] de quel côté penche-t-elle : du côté de la volonté ou de celui de la non-volonté ? […] La disposition est un se-lasser-faire qu'il faut produire activement, un lâcher-prise qu'il faut vouloir. Comment est-il possible de vouloir une non-volonté, de chercher la lumière du jour pour autoriser la confusion ou de se tendre vers un abandon ? Si les deux termes se rapportaient au même niveau logique, si nous ne disposions pas de la distinction entre veille restreinte et veille généralisée, distinction fondée sur l'expérience, il y aurait là une contradiction insurmontable. En réalité, nous voulons, dans la veille restreinte, faire apparaître la veille généralisée, qui, elle, suppose la disponibilité du non-vouloir. Nous ne pouvons pas nous dispenser de prendre notre point de départ dans la veille restreinte. […] La veille restreinte ne peut pas éviter de vouloir. Il suffit donc de la prendre au mot, non pour la faire hésiter entre deux contraires, ce qui conduirait à l'inhibition, mais pour lui faire vouloir les deux, également et avec la même intensité, de sorte qu'elle soit réduite au silence et passe la main à la disposition. Cette dernière transformera les contraires en possibles en vue d'accéder à la veille généralisée, qui se joue des contraires et de ce qui les sépare. Il n'y a donc nulle contradiction à vouloir lâcher prise ou à vouloir ne pas vouloir. » (pp. 107-108)
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ApoapoApoapo   24 février 2020
2. « […] les perceptions claires et distinctes (veille restreinte) ne formeraient pas un ensemble cohérent si elles ne venaient s'inscrire dans une manière d'être au monde (veille généralisée) où la variété des différences est rassemblée. […]
Ce qui est endormi pour la veille restreinte de la conscience, et qui doit rester endormi sous peine de la faire exploser, on pourra le nommer inconscient. Et il sera bien vrai que cette part inconsciente sera la condition de la conscience. On pourra même aller jusqu'à dire improprement que la conscience prélève de temps à autre quelque chose sur l'inconscient, alors que c'est l'endormi, le tout-éveil, qui se donne quelque peu à la conscience. C'est l'endormi de la veille pure et généralisée qui s'ouvre pour un instant sur une plage infime et qui se réfléchit. Mais je ne veux pas le savoir. […] C'est encore ce qui se passe dans le jour, lorsque fatigué de ne pas trouver l'issue, je somnole ou je marche. Il faut que je fasse l'endormi, que je passe la frontière vers le pays des rêves et des correspondances pour que le tout-éveil me livre quelques-unes des liaisons dont il dispose à l'infini. Tout-éveil où j'étais plongé, auquel je participais à ma naissance et d'où je n'ai jamais été exclu. » (p. 46)
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ApoapoApoapo   24 février 2020
1. « On dit que la culture est tout pour le développement de l'être humain […] Cela est exact, admis et bien connu, mais n'exclut pas que la potentialité humaine, en tant que telle, soit octroyée au petit d'homme avant et en dehors de tout contact avec la culture et qu'il possède réellement en puissance ce que l'environnement fera passer à l'acte et qui est en même temps la condition pour que cet environnement humain puisse prendre sens. […]
Le nourrisson, pour se socialiser, va donc être contraint de se conformer à la vision du monde particulière et fatalement stéréotypée de ceux qui l'entourent. Peut-être va-t-il entrer peu à peu dans la méconnaissance de ce pouvoir fantastique d'ordonner et de différencier, de jouer avec toutes les formes qu'il reçoit, de se mouvoir parmi les êtres et les choses pour les situer relativement les unes aux autres. Et peut-être cette méconnaissance fera-t-elle de lui un fidèle paralysé et malade de la culture à laquelle il est soumis. Il lui faudra trouver à nouveau pour se réveiller le chemin de ce pouvoir. » (pp. 42-43)
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ApoapoApoapo   24 février 2020
5. « La remémoration peut nous conduire en ce lieu premier ou primitif, mais elle ne nous fournira jamais le moteur du développement, pas plus que la fascination de l'archaïque ne nous délivrera de la fatalité. Elle nous y figera plutôt. Au contraire – mais non pas à l'inverse, car il s'agit d'une différence qualitative – si l'on reconnaît que l'imagination dans sa puissance est en dehors de l'histoire, on pourra comprendre comment le fait de s'appuyer sur elle rend possible la refonte de cette histoire. De même que l'épigénétique peut modifier le génétique, qui, à son tour, reforme l'épigénétique, de même la mémoire, se reconvertissant en imagination, donnera à celle-ci une force plus grande pour modifier l'histoire. Parce qu'elle est capable de fuir le réel, on l'a vu, elle possède la force de le commander et de le transfigurer. Elle peut évoquer ce qui n'est pas encore pour le faire advenir, comme elle donne le futur au violoniste qui laisse la note qu'il va jouer s'imposer à sa main. » (pp. 131-132)
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