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EAN : 9782072995149
256 pages
Gallimard (04/05/2023)
4.17/5   368 notes
Résumé :
Espagne, années 1930. Des paysans s’éreintent dans les rizières du delta de l’Èbre pour le compte de l’impitoyable Marquise. Parmi eux grandit Toya, gamine ensauvagée qui connaît les parages comme sa poche. Mais le pays gronde, partout la lutte pour l’émancipation sociale fait rage. Jusqu’à gagner ce bout de terre que la Guerre civile s’apprête à faire basculer.
De son écriture habitée par la sensualité de la nature, Laurine Roux nous conte, dans L’Autre Moit... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (98) Voir plus Ajouter une critique
4,17

sur 368 notes
Dans le delta de l'Èbre et ses rizières, les paysans travaillent dur et sont exploités sans vergogne par des bourgeois qui se disent marquis et marquise, plus leur fils, Carlos. Ces derniers vivent dans un château dominant les alentours.
Laurine Roux, déjà autrice de deux romans primés, s'adjuge une nouvelle récompense avec L'autre moitié du monde. En effet, c'est le Prix Orange du Livre 2022 qui lui a été attribué fort justement par un jury composé de lecteurs, de libraires et d'auteurs, jury présidé par, excusez du peu, Jean-Christophe Rufin !
Sur les pas de Toya, petite fille un peu sauvageonne, unique enfant de Pilar et Juan, débute une histoire qui m'a pris aux tripes.
En trois grandes parties, j'ai suivi ces paysans qui, peu à peu, sous l'influence de José, un jeune avocat idéaliste, créent une collectivité réussissant à concrétiser un rêve : une société égalitaire.
Autour de ces femmes et de ces hommes, je me suis attaché à leur vie, à leurs peines, à leurs espoirs, à leurs joies tout en redoutant ceux qui ne croient qu'en la dictature, à une société où la masse du peuple est exploitée avec l'aval et le soutien de la religion.
C'est le début des années 1930. L'Espagne est républicaine au service des puissants mais certains espèrent tout de même le rétablissement de la royauté.
L'utopie, le rêve d'une société égalitaire se mettent peu à peu en place. Hélas, les excès inévitables, les dissensions entre idéalistes, marxistes et anarchistes, ne facilitent pas l'instauration d'une vraie république au service du peuple.
Pilar, la mère de Toya, est le symbole de l'exploitation éhontée de celles et de ceux qui donnent leur vie pour le confort, le bien-être de quelques-uns, en l'occurrence, la famille Ibañez. Pilar est une cuisinière hors pair mais la conduite scandaleuse de Carlos pourrit sa vie jusqu'à l'issue inévitable.
Quand Horacio, jeune instituteur, arrive dans le village, Alejandra, une jeune fille, est retrouvée pendue après avoir subi les pires outrages. C'est d'ailleurs Horacio qui organise la recherche du criminel. Mais la Guardia Civil débarque, arrête les meneurs et classe l'affaire.
Toya n'est pas insensible au charme d'Horacio qui, en jouant du piano, déclenche des sentiments insoupçonnés jusque-là dans le coeur de Toya.
Petit à petit, je fais connaissance avec les principaux protagonistes d'une histoire remarquablement contée par Laurine Roux. Elle me fait vivre la collectivisation des terres, la résistance de ces paysans à l'insolant mépris de la señora Ibañez, la Marquise, qui ne paie plus ceux qui travaillent dans les rizières, pour son profit… un simple caprice : « de temps en temps, la Marquise enregistre un décès. Quand il s'agit d'un homme, elle propose à un fils de prendre la relève. S'il n'y a pas de garçon, Madame prie la famille de quitter les lieux. »
Quand, dans la seconde partie, Laurine Roux me fait faire un bond dans le temps, voici Luz et Paco qui vivent à Barcelone. Tous les deux, ils travaillent dans un labo dont le vieux professeur est obsédé par les écosystèmes. Très en avance, il ne croit qu'en l'écologie et à la préservation des zones humides. Pour cela, Luz et Paco doivent étudier le delta de l'Èbre. Victime d'une entorse, Paco laisse Luz partir seule, là-bas.
Débute alors une quête passionnante, faite de rebondissements et de rencontres amenant une troisième partie à la fois terrible et belle. Une femme âgée, toujours vêtue de noir, se prend d'amitié pour Luz et finit par lui raconter ce qui s'est passé quelques années auparavant.
Au travers de cette expérience locale, Laurine Roux réussit à faire un peu mieux comprendre le combat mené par ces hommes épris tout simplement de liberté et de dignité.
L'autrice parsème son roman d'expressions en espagnol, sans en abuser. Elle me fait voler avec les sternes qui reviennent d'Afrique et nager avec « les anguilles qui cherchent toujours à revenir là où elles sont nées. »
L'autre moitié du monde, m'a fait vivre l'expérience de collectivisation des terres par ces paysans sauvagement abattus par les nationalistes, les fascistes aux ordres de Franco. Ceux-ci sont au service des plus riches et des dignitaires de l'église catholique.
L'autre moitié du monde, avec une belle photo de couverture en hommage aux femmes et aux hommes travaillant dur dans les rizières, est un livre qui m'a beaucoup marqué et que je n'oublierai pas.
Je remercie Nicolas Zwirn de Lecteurs.com qui m'a permis une émouvante et instructive aventure littéraire.


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1930, en Espagne, des paysans s'éreintent dans les rizières du delta de l'Èbre exploités par Doña Serena, l'impitoyable Marquise et son mari et dont le fils dégénéré Carlos, abuse du corps des employées.
C'est dans ce cadre que grandit Toya, douze ans, une gamine sauvage dégourdie et insoumise qui connaît la nature et les marais comme sa poche, choyée par ses parents Pilar, cuisinière au château et Juan travailleur dans les rizières.
Bien qu'harassés par le travail, ces paysans miséreux que les dominants considèrent comme invisibles sont solidaires entre eux et parviennent à partager quelques moments de joie.
Mais, dans ces restes d'une société éminemment féodale, la colère couve et les idées révolutionnaires du jeune instituteur Horacio vont les aider à organiser la révolte face aux terribles injustices que leur font subir ces propriétaires terriens, ces grands bourgeois associés à l'Église complice, révolte qui se manifeste dans tout le pays, les prémices de la guerre civile sont là. Franco ne tardera pas et la fin de la République avec.
L'Histoire va donc jouer un rôle primordial dans la vie de Toya, la révolution lui faisant goûter au meilleur tandis que la répression franquiste le lui ôtera.
Avec l'épopée de cette adolescente entourée de personnages consistants qui, par leur forte personnalité, ont quasiment une présence réelle dans le récit, Laurine Roux, avec une écriture pleine de souplesse, de poésie, de sensualité où la nature est présente physiquement plonge le lecteur dans une véritable tragédie humaine sur fond de guerre d'Espagne.
Beaucoup de cruauté émaille le roman mais aussi énormément de tendresse et notamment celle de Pilar pour sa fille.
J'ai été très sensible à cette capacité qu'a Toya à faire corps avec la nature, tout comme aux talents culinaires exceptionnels de sa mère et sa capacité à accommoder et à tirer le meilleur de chaque élément. J'ai également été émerveillée par ces moments sublimes où Toya découvre le pouvoir des notes de musique : des passages enchanteurs !
Quelques termes et expressions espagnoles sont les bienvenus et apportent crédibilité et musicalité au roman.
Mais le contexte historique, cette guerre d'Espagne, montre combien il est important d'unir toutes les forces possibles pour faire face au tyran et que chaque homme compte mais aussi combien, hélas, il est difficile même dans les pires moments que les hommes s'entendent et les tensions entre ces Républicains composés de loyalistes à l'égard du gouvernement légalement établi, de communistes, de marxistes et de révolutionnaires anarchistes en est l'exemple type.
Le choix de Laurine Roux d'avoir pris ce delta de l'Èbre pour situer son roman me semble fort intéressant. Il est rare en effet que ce cadre rural soit choisi pour évoquer la révolution sociale espagnole de 1936 et pourtant la bataille de l'Èbre fut un des plus vastes combats qui furent livrés durant la guerre d'Espagne entre les forces républicaines et les insurgés nationalistes. Ce soulèvement rural a été parmi les expériences de collectivisation des terres, avant, hélas...
Ce n'est pas du tout un hasard si L'autre moitié du monde de Laurine Roux a remporté le Prix Orange du Livre 2022, ce récit haletant, émouvant et bouleversant le mérite amplement !
Un grand merci à Nicolas Zwirn de Lecteurs.com pour cette fabuleuse découverte que j'invite chacune et chacun à découvrir pour celles et ceux qui ne l'auraient pas encore fait.

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Bon, ben, le moins que l'on puisse dire c'est que L'autre moitié du monde m'a laissée perplexe. Peut-être parce qu'un roman historique espagnol traitant de la guerre d'Espagne aurait mérité une auteure française un peu plus pointue sur le sujet (même si son grand-père, Jean Roumilhac, était un industriel français qui a soutenu les réfugiés espagnols). Faute de quoi on passe (pour ne pas dire on perd) son temps à lire des descriptions de préparation de repas quand ce n'est pas l'étalage de poncifs de classes — de gentils et pauvres paysans luttant contre de méchants riches, avec des personnages aussi caricaturaux que le petit marquis qui affame ses chiens, viole la cuisinière et tue des jeunes filles. Des paysans qui, après avoir tenté l'expérience de la collectivisation, sont sauvagement assassinés par les nationalistes, suppos de Franco, de l'Église et de l'oligarchie dominante, ce qui est historiquement exact, mais superficiellement traité, tellement le sujet est noyé dans les mièvreries, les bons sentiments et plus surprenant, les propos graveleux. Et que dire des multiples mots espagnols pour faire couleur locale émaillant ce roman dont, au regard des retours positifs sur Babelio, je me dis que je suis une buse insensible pour ne l'avoir pas apprécié :)
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Nés de la crise agraire dans un pays resté en marge du développement industriel de l'Europe, grèves et anarchisme secouent l'Espagne depuis longtemps déjà, lorsqu'au début des années trente, l'état d'urgence est décrété, puis le roi forcé à l'exil. Jusqu'ici demeurés à l'écart de l'agitation, les paysans du delta de l'Ebre, au Sud de la Catalogne, continuent encore de subir la férule quasi féodale des Ibáñez, propriétaires omnipotents des rizières. Mais un drame de trop, provoqué par les brutales iniquités de doña Serena, la Marquise, et de son cruel fils Carlos, met le feu aux poudres. Et pendant que la guerre civile finit par s'emparer aussi de ces paisibles lagunes où elle a grandi en sauvageonne, la jeune Toya n'a bientôt plus de cesse que de rejoindre les combattants de la liberté et de venger les siens.


Commencée dans l'innocence au simple rythme des saisons, entre les savoureux fumets dont sa mère emplit les cuisines du château et le bruissement dans la brise saline des épis de riz qui étalent de vastes aplats ocres sous la brûlure d'un soleil ardent, l'enfance de celle que l'on surnomme affectueusement la « pequeña salvaje » se déroule au plus près d'une nature qu'elle absorbe par tous ses pores et dont chaque page du roman exhale les parfums et les couleurs. Avant que l'Histoire et ses soubresauts ne viennent souffler la tempête, c'est donc toute une géographie, qu'en une vivante peinture, la narration se plaît à nous faire ressentir avec la même viscéralité que ses personnages.


Dans ce décor, le temps semble n'avoir aucune prise. Traités comme du bétail par une aristocratie propriétaire de toutes les terres, soutenue par l'Église et proche du pouvoir militaire qui commence à multiplier les tentatives de coup d'État contre la toute jeune République, les paysans vivent quasiment comme les serfs d'autrefois, misérablement exploités et maltraités, sans défense ni droits. Laurine Roux excelle à mettre en scène la morgue et la cruauté des uns, bientôt supplantées par la peur et la violence aveugle, alors qu'harassés et impuissants, les autres subissent en silence, laissant grandir la colère et la haine qu'une étincelle d'espoir, rapportée par l'instituteur et son ami avocat d'une Barcelone en plein affrontement entre nationalistes et républicains, finit par transformer en vague révolutionnaire. Alors, avant qu'une répression sanglante ne s'abatte définitivement sur les insurgés, se déploie le temps compté d'une liberté et d'un espoir de justice sociale, portés par l'anarchisme et par la collectivisation des terres.


Le désenchantement sera à la hauteur du rêve, anéanti par la dictature, les exécutions et l'emprisonnement. Toya, qui aura vu mûrir puis flétrir l'espoir en même temps que l'amour, n'oubliera rien de ses passions et de ses idéaux. Elle en portera éternellement le deuil, sous la forme de ces bouquets d'oeillets sur lesquels s'ouvrent le récit, obstinément déposés au même endroit, en bord de route, en un geste qui la fait passer pour folle.


Un récit magnifique et poignant, où les fantômes de l'Histoire espagnole s'incarnent en quelques personnages forts et inoubliables, au fil d'une narration aux phrases courtes et aiguisées, sans dialogues, dont l'aspect rétrospectif ajoute au sentiment de fatalité tragique. Coup de coeur.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Sur le delta de l'Ebre, un tyran perpétuant des traditions moyenâgeuses, incluant servage et droit de cuissage, règne sur son fief, tandis que naît au sein du peuple espagnol des envies de s'affranchir des contraintes et de la pauvreté. La petite sauvageonne, Toya, observe avec ses yeux d'enfant. Sans tout comprendre, mais en percevant les douleurs non dites. Horacio, l'instituteur, lui inspire à la fois de la méfiance et de la fascination. Surtout lorsqu'il se met au piano.

L'escalade de mauvais traitements, à l'origine d'un deuil cruel pour la fillette mettra la feu aux poudres.

Qui est-elle des années plus tard, cette jeune militante de Barcelone au prénom de lumière ? Il faudra une révélation inattendue pour que la quête des origines nous ramène au delta.


Ce roman est un magnifique restitution des temps maudits qui ont marqué l'histoire de l'Espagne. Portée par des personnages dont on fait les héros, prêts à tout sacrifier pour une cause qu'ils revendiquent, et dont on sait le sacrifice vain.

Très différent du roman précédent le Sanctuaire, ici les personnages sont nombreux et animés d'une volonté farouche pour soutenir un idéal en commun. L'écritures est vive, convaincante et animé d'une belle énergie communicative.

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critiques presse (1)
Lexpress
23 février 2022
Donner la vedette à de modestes individus pour incarner une épopée collective et historique : Laurine Roux s'y emploie avec brio dans ce troisième roman à la fois solaire et sanglant, qui met en lumière les prémices de la guerre civile espagnole.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (94) Voir plus Ajouter une citation
Ça rend gai, les fleurs, et puis la révolution, ça devrait pas être austère, on en a soupé de la pénitence. À ce propos, c’est pas pour dire, mais il se privait pas, le padre Miquel, il fallait voir le jardin du presbytère, avec ses touffes grasses de thym, elles devaient finir en liqueur, de toute façon, les curés c’est tous des ivrognes, ce qu’est pas plus mal, ça les empêche de bander, sans quoi ils trousseraient une chèvre.
(page 232)
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Des idées ? Chez ces gens ? Sa mère déraisonne, même les chimpanzés ont plus de jugeote. Elle n’est pas d’accord. Son trésor manque parfois de mesure. Les paysans, elle les connaît. Ce ne sont pas des génies, soit, mais pas exactement des singes non plus. Certains l’ont étonnée ; ils avaient de ces raisonnements quand ils réclamaient de miettes de ceci ou de cela ! On aurait dit qu’ils philosophaient.
(page 115)
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Le château domine le delta depuis des siècles, il a vu naître et mourir tant d’hommes dont le destin lui importait peu. Les piliers de marbre, les jointures, leur dessin géométrique, les arrêtes du crénelage, tout en lui dit d’une même voix : les vices des hommes, je peux les abriter en mon sein, moi, je reste droit.
(page 98)
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S’il fallait tout raconter des guerres, on n’en finirait plus d’étirer l’élastique. Ça vous grignote le cerveau, l’attente, c’est peut-être même plus vache, avoir tout ce temps pour imaginer mille façons de mourir, conscient que la camarde vous cueillera forcément par surprise. C’est toujours plus rapide, brouillon ou sale que prévu.
(page 211)
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Quant aux sermons du padre Miquel, on les tolère de moins en moins. Le cureton passe son temps à fustiger la violence des pauvres, à jouer les victimes, alors que l’Église protège les intérêts des propriétaires. Cette hypocrisie, ils n’en veulent plus.
(page 89)
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Vidéo de Laurine Roux
de Laurine Roux https://www.ecoledesloisirs.fr/livre/souffle-du-puma
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