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Éditeur : (22/07/2016)
4.43/5   21 notes
Résumé :
Plongée dans l’agitation d’un établissement scolaire, Eva fait ses premières armes dans l’enseignement en tant que surveillante. Elle se concentre sur le quotidien, parfois brutal, pour s’extraire d’un passé douloureux et s’empêcher de partir à la dérive. Mais le souvenir de son immersion au cœur d’une favela brésilienne continue de l’obséder bien après son retour à Paris. Avant, après, ici, là-bas, la jeune Eva navigue à vue entre ses identités multiples et nous en... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
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Soukiang
  25 février 2018
A peine remis de mes émotions d'une histoire qui m'avait bouleversé, un récit qui m'avait déchiré l'âme (Knysia de Odehia Nadaco), cette nouvelle lecture se voulait une transition douce avec cette belle couverture qui inspire d'abord l'ensoleillement, les couleurs foisonnantes, les fresques peintes sur les murs et inspirées, cela respire la vie et une certaine quiétude dans ce décor de carte postale, une tiédeur et une attraction visuelle qui donneraient presque des idées de vacances ...
A l'achèvement de cette lecture du Carnaval des illusions, ma première impression est totalement proportionnelle au désir de vivre encore et toujours des moments intenses et inoubliables, marquant et ce fut une nouvelle fois la preuve que les bonnes histoires font les bons romans, les personnages bien retranscrits dans le texte donnent un ressenti aiguisé et surtout cette empathie qui vous fait coller au plus près, qui vous fait vivre à travers les yeux de la narratrice principale, à la première personne donnant encore plus d'amplitude, de force de pénétration, un regard de tous les instants.
Une histoire qui m'a happé dès les premières lignes pour m'entraîner sur les traces d'Eva, cette surveillante d'un collège de la banlieue parisienne qui aspire à devenir ... enseignante.
Cette immersion au sein d'un établissement de 700 élèves impressionne par son rendu réaliste, pas de l'à peu-près, pas de concession, c'est brut de décoffrage dans les faits et le vécu, par des sources extérieures, j'ai appris que l'auteure n'est pas étrangère à ce milieu scolaire, qui de mieux alors pour insuffler dans les mots cette vibration et cette énergie unique qui sonnent vrai, touchent juste là où ça fait mal, les turpitudes liées à l'intérieur des salles de classe, les bruits de couloir au sens propre comme au figuré, les problèmatiques inévitables et malheureusement d'actualité comme le harcèlement, les bagarres, les jalousies contrastant avec les rumeurs folles, les réseaux sociaux qui amplifient les phénomènes, une mico-société qui affiche une devanture honorable quand ce n'est pas un tout autre visage, une fois les grilles de l'enceinte ... refermées.
Mais le carnaval des illusions c'est avant tout une histoire ... d'amour. Cet amour de l'autre, l'attachement nostalgique d'un autre pays le suppléant, le fait d'avoir vécu, expérimenter par tous les pores de la peau cette "autre" culture rend certaines contraintes du quotidien illusoire, dérisoire et tellement futile. L'auteure sait raconter, pour un premier roman, c'est d'une maîtrise affolante, encore une fois, il ne s'agit nullement de complaisance, aussi ce livre est sorti en juillet 2016, depuis le temps des étoiles et le rêve dévoré sont venus s'ajouter à sa bibliographie.
L'amour naissant, l'amour qui se vit à 100 à l'heure, l'amour qui se vit dans l'instant présent, l'amour rend aveugle, l'amour qui se berce d'illusions, l'amour qui déchire et fend l'âme, l'amour exclusif, l'amour qui fait virevolter deux coeurs à l'unisson, l'amour qui atteint une apogée, une vitesse de croisière et puis ... et puis ...
A l'image de la vie, naissance, développement et une fin qui peut surgir à tout instant, nul ne peut la prédire, encore moins l'empêcher si les voies du destin l'ont décidée, cette fin qui sonne le glas de tout, qui amorce et annonce la mort.
Une histoire émouvante, triste, gaie, pas de misérabilisme ou romance à la guimauve insupportable, Eva est une jeune femme qui tente de mettre de l'ordre dans sa vie, à suivre sa destinée malgré tout, à tracer sa route, à essayer de tourner la page d'un passé plein de ressentiments et de déchirements à tous les niveaux, à essayer d'aller de l'avant, de tenter de retrouver le chemin de la rédemption et du pardon, à canaliser cette énergie qui la fait monter et descendre de ses souvenirs, cette mélancolie qui l'habite et lui fait perdre tous ses moyens, le vide de l'autre, l'absence de l'autre, la persistance et cette puissante rémanence lui font alterner présent et passé, présence et absence, vie et mort, jour et nuit, rien n'est jamais fortuit, rien n'est jamais un tout, le récit se déroule sur une année scolaire complète, le sentiment de pénétrer au coeur de confidences, de l'intimité fourvoyée, de fouler des territoires interdits ou de violer la confiance immaculée régnant dans cette école de la vie. Afin de mieux masquer ce qui se trame derrière l'esprit d'Eva, ses blessures secrètes.
Rarement j'ai trouvé l'alternance de courts chapitres sonnant aussi juste et équilibré à ce point, un équilibriste qui a réussi un premier tour (roman) avec une mastria qui frise la perfection, une délicate et sensible lecture.
Un miroir, une dualité juxtaposant l'avant et l'après, Eva est troublée, amère, un constat d'échec et l'espoir qui lui tend les bras, la perspective d'une vie nouvelle, d'une nouveau départ, tout lui reste à faire et à accomplir, elle prend le mal en patience, à travers son personnage, aucun jugement ni certitude, le contact avec les autres membres du personnel , la connaissance améliorée de jour en jour lui permettra-t-elle de trouver sa voie, sa résonnance, sa propre réalité et surtout sa quête identitaire.
Autant de questions sur son passé, ses origines qu'elle cherchera à comprendre, à soulever, à gratter sous la surface pour atténuer ses peines et souffrances, le deuil est également nécessaire et inévitable, arrivera-t-elle à pardonner aux autres et à ... elle-même ?
Montre-moi ta bibliothèque, je te dirai qui tu es ...
Montre-moi tes yeux, je te dirai qui tu ...
Montre-moi tes mains, je te dirai qui ...
Raconte-moi ta vie, je te dirai ...
La découverte de l'amour s'accompagne souvent d'épisodes qui succèdent à des doutes, à des incertitudes, à l'espoir, à la renaissance, à la promesse d'un avenir prometteur et radieux, rien ne semble alors enrayer la mécanique implacable des sentiments, cette force émotionnelle qui vous inspire et vous aspire dans les volutes de l'évanescence, de l'émoi démultiplié, de jaillissements incontrôlables, de poésie irrésistible, dans cette histoire touchante et jamais larmoyante, la musique a une place importante et avec elle, tout ce qui l'a rend encore plus belle, les mouvements, la créativité, l'exaltation, tout le charme et la beauté d'une culture, d'un état d'esprit, d'un pays. Plus d'une fois, cette alternance liant le présent dans ce collège modeste pavillonnaire contraste viscéralement avec la majestueuse et faste beauté des pas d'Eva dans cet "autre" vie.
On s'est toujours posé, à un moment ou un autre, cette question lancinante et plein de sous-entendus, d'où venons-nous ? Quel sang circule dans nos veines pour comprendre ce que nous sommes devenus ? Quels ont été les prémices de nos ascendants ? L'essence originelle de tout un chacun circule dans le tourbillon de la vie et de l'espace-temps, cette frontière qui sépare les vivants et les morts, les épreuves et les obstacles qui jalonnent les chemins de nos vies, l'existence est une longue traque de soi-même, dans les fluides corporelles et réminiscences, les rêves et la réalité qui la harponne sans grâce, sans ceinture de sécurité, sans fusible, sans filtre, c'est une lecture qui m'a littéralement chamboulé, m'a poussé à la réflexion, m'a fait prendre conscience de la fragilité de la vie, du temps qui passe, de l'importance de vivre l'instant et de ne pas toujours remettre au lendemain ce qui peut être fait aujourd'hui, une lecture est un acte solitaire, un plaisir, un moment de détente, une prise de conscience et un reflet de son propre miroir, un état d'apesenteur qui vous fait sentir autrement, le carnaval des illusions est une berceuse sucrée qui se lit d'une traite, délectable à souhait, un roman chatoyant, des sensations énivrantes, du bruit et de la fureur, un mélange de fièvre du samedi soir mêlée à la crudité d'un quotidien qui ne réchigne pas devant son prochain, un fatalisme désolant, un chagrin infini, une peine traumatisante, des cicatrices, des plaies ouvertes, pensées éphèmères et elliptique mais indélébiles dans toutes ses terminaisons nerveuses, toujours cette ambivalence dans la psyché d'Eva, une âme torturée mais toujours pleine de lucidité somme toute, Eva est pleine de contradictions, de révolte intérieure, au bord de l'implosion, Eva est l'incarnation de tous les êtres blessés et paradoxalement qui s'accroche à la vie, qui survit, passionnée et naturelle, à la recherche du temps perdu pour mieux ... avancer, tracer sa route et son destin.
Une alternance de chapitres courts qui prend le lecteur dans les affres de plusieurs histoires ayant chacun un point de chute et son lot de surprises et de révélations, des personnages hauts en couleur et plein de verve, l'auteur rend les lettres de noblesse à ce qui m'importe et me sensibilise au plus haut point, la compassion éprouvée à l'égard des personnes vulnérables, solitaires, la lutte contre les forces du mal, de la force brute, contre la violence sous toutes ses formes, contre la bêtise humaine dans ses plus folles entreprises et par tous les moyens, contre la passivité et l'aveuglement de la société devant certains enjeux fondamentales quant à la dignité humaine, la liberté, le respect des autres et de soi-même, la faculté à s'adapter, les possibilités de solutionner des problèmes sont légion et pourtant, faut-il attendre avant qu'il ne soit trop tard, faut-il des victimes pour enfin réagir et mettre en place des dispostifs ou des soupapes de sécurité, prévenir c'est guérir dit-on mais actuellement, où en sommes-nous ... réellement.
Un premier roman brillant, tourbillonnant, plein de vie, bien maîtrisé de bout en bout, chaud devant dans une certaine partie qui alterne un quotidien crédible et souvent âpre, sans état d'âme, pourtant toujours ces fulgurances qui saisit le lecteur de façon inattendue, surprenante donnant alors une lecture simplement harponnante, émouvante avec une fin qui achèvera le lecteur dans ses derniers retranchements, certains retours de lecture reprochaient à l'auteure de n'avoir pas été assez loin ou qu'elle ne prenait pas de risque, je vais vous avouer tout simplement ceci, c'est un dosage subtil, parfait équilibre entre le passé et le présent, une dichotomie harmonieuse qui va inexorablement vous pousser vers ce dénouement ahurissant, inattendue et d'une puissance émotionnelle conséquente. Donc acte.
Bravo à Jo Rouxinol pour son premier roman qui m'a touché, attendri, bouleversé au plus haut point, comblé dans la perspective de lire une nouvelle très belle histoire parmi toutes les autres déjà lues et celles figurant encore dans ma liste de livres à lire, je n'oublierai jamais d'abord Eva mais aussi tous les autres personnages, qu'ils soient du passé ou du présent de l'héroïne, Eva Cantagalo.
La vie est compliquée, dure, des épreuves douloureuses et de souffrances mais aussi pleine de promesses et d'illusions ...
"lalalaia"
Le Carnaval des illusions de Jo Rouxinol est un roman auto-édité, à lire sans tarder pour tous les lecteurs passionnés par la vie.
Tout comme pour le précédent roman lu et chroniqué, Knysna de Odehia Nadaco, j'attribue un coup de coeur pour le carnaval des illusions de Jo Rouxinol❤️
Je dédie cette chronique à Laurence❤️
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SexyConFabulateur
  15 septembre 2018
Retour sur le carnaval des illusions de Jo Rouxinol. Je vous prie d'excuser d'avance, chers lecteurs, les circonlocutions de mon esprit emberlificoté. Merci.
Parenthèse, ça commence, comment expliquer le fait que ce livre n'ait pas déjà rencontré 10.000 lecteurs ? Non, parce que si l'on se base sur le système des plateformes de ventes qui consiste à proposer les premières pages pour se faire vision, ça laisse dubitatif : la toute première page de ce bouquin suffit à s'y immerger in extenso, j'ai rarement été aussi enthousiasmé par une introduction à l'apparence gracile. Ou alors les lecteurs n'ont jamais eu vent de son existence, hein ? Oui, ça doit être ça. Heureusement que je suis là.
Oyé oyé chers lecteurs, c'est pas marqué dans les livreuuuuuh, mais le Carnaval des illusions, ça existeuuuuuh... Une expression de la vie dans toute sa platitude ; une esquisse à la fois bête de trivialité et lourde de complexité de deux sociétés diamétralement opposées dans leur essence même ; une quête d'aventure sur les traces d'un amour rêvé, d'un rêve dévoré ; une fresque de désirs enfouis, épris d'indépendance, de fragments de souvenirs à jamais suspendus dans le temps ; l'Odyssée d'une jeune femme en quête d'identité, entre Paris et Rio de Janeiro, bercée par le velouté de ses illusions, écorchée par la flagrance de la réalité. Bref, du réalisme dans toute sa splendeur. Hum... sentez-vous frétiller ce nerf gustatif Gustavien ? Oui oui, celui-là même.
Pécores avides de fadasseries émaciées ou chambards prolixes s'abstenir.
Bon, on va essayer d'être plus scolaire, askiparait on comprend pas grand chose à ce que je débite. Vous y croyez, vous ?
Jo Rouxinol peut s'auto-congratuler pour avoir réussi le tour de force d'offrir une fulgurante immersion à vide - sans pression, pour les moins mécaniques - dans les limbes de son univers. Avec ce bouquin, vous n'aurez pas le temps de poser votre derche que, déjà, vous vous surprendrez à aimer ce fuselé résidu de gouape que sa génitrice aurait mieux fait d'avaler pendant l'acte impudique qui a scellé son existence, cette voix narratrice suave et chaude, on dirait la mienne, paradoxalement effacée derrière ce cadre pittoresque, cette Eva, candide et fougueuse du haut de ses 25 balais, fondue dans un décor qui lui donne vie sans qu'elle n'en soit l'épicentre. Oh Esprit Bovarien, toi qui dépèces les âmes et leur insuffles ton essence, une identité réelle, une psychologie certaine, aussi profonde que la gorge de Katsuni, aussi sordide que le meilleur des humains. Puisses-tu perdurer à jamais. Amen.
Le carnaval des illusions, c'est aussi une belle histoire d'amour traitée avec douceur et originalité.
"J'ignorais que cela pouvait venir comme ça, d'une manière insidieuse qui n'éveille pas la méfiance. Dans la simplicité et la légèreté, pour commencer. Dans l'envie de tout se dire, de tout montrer, laquelle se mue bien vite, s'il l'on n'y prend garde, en une folie sacrificielle qui pousse à se dépecer soi-même pour offrir à l'autre un coeur palpitant, sans fard ni enrobage"
Remarquable, je trouve, admirable se doit d'être, cette habilité, propre à une pincée d'auteurs, à traiter des thématiques usitées, ou pire, à cueillir des sujets d'une banalité relative et les magnifier, là encore, parfois sans y apporter quelque coquecigrue ni quelque moralité dirimante, mais un simple regard, puis cette facilité de donner vie et consistance à des personnages convenus qui, à mille lieux des deus ex machina, ne passent point les leurs, de vies romanesques, à en sauver, ni à guérir le monde à coups de salves impromptues. Limite - et là je vais citer une célèbre philoshophe du nom de Samantha Cortenbach - on pourrait les voir tourner en rond, manger des mouches, on adorerait quand même, parce que s'élance, entre les lignes fines, une douce mélodie, parce que réside, dans la vacuité de l'âme peinte avec grâce, une certaine poésie. Je sais, j'ai une âme de poète. Tout est dans l'esquisse.
Pour rester sur la forme, deux procédés stylistiques tirent leurs épingles du jeu des plus grand récits tant dans la construction globale que dans le ciselement des scènes. D'un côté, vous avez un Balzac ou un Zola - dans une moindre mesure - qui va, de prime abord, offrir un dépaysement généralisé, une vision détachée de la scène, commencer par peindre le décor, infiltrer le climat, décrire l'environnement, les douces pétales qui jonchent le jardin, le joujou cramoisi posé là, on ne sait pas pourquoi, pour ensuite y glisser crescendo un personnage après l'autre,
eux-aussi, brossés méthodiquement, de leurs morphologies à leurs traits d'esprits respectifs puis, seulement après cela, les mettre en action. Un procédé qui rebute souvent la populace à cause des longues descriptions passives que cela implique. de l'autre, vous avez un Flaubert, plus intrusif, qui va dégueuler la scène et toutes ses variantes sans jamais daigner la compartimenter pour offrir une fresque où actions et descriptions s'entremêlent. Dans ce procédé, plus immersif en général, subtilité se doit d'être maître mot pour éviter les "Julie aux yeux bleu-azurs et à la gorge profonde jette un regard noir sur Mathieu aux cheveux châtains à califourchon sur un gode vert-citron" nieunieu que l'on voit çà et là. Vous voyeeez ? Bon nombre de contemporains, dans le souci, sans doute appréciable, d'épargner aux lecteurs d'entières pages descriptives, empruntent cette voie et, bien souvent, y laissent leurs plumes. Au sale comme au figuré. Un bon point pour la Rouxinol qui s'y prend comme un rossignol. *Une chronique de Sexy boy sans une bien pourave, est-ce une chronique de Sexy boy, hein ?*
Tenez, au hasard.
"Soudain, son corps semble légèrement s'affaisser, comme vaincu par une grande lassitude. Même son visage se détend, la bouche crispée se relâche, les bras ballants tombent mollement le long du corps, et je crois un instant qu'il va éclater en sanglots. Il balaie toute la salle du regard : les élèves médusés, ceux qui esquissent un sourire amusé dans lequel pointe déjà la déception, les taches de moisissures au plafond, les fenêtres aux vitres sales, dépourvues de rideaux, l'extérieur où dégouline, imperturbable, la pluie hivernale. Il observe tour à tour Mme Gaudet recroquevillée, le tableau où la dernière phrase s'est achevée sur un mot incomplet mutilé par une grosse traînée noire, le feutre Veleda qui a roulé au sol. Ses yeux croisent les miens : il semble perdu."
Extrait pris au hasard, une petite scène de rien du tout, mais assez représentative tant de la légèreté que de la beauté de la plume ainsi que de ce style intrusif. On n'est pas dans l'étalage de longs-grands-gestes-mots ni dans du lâché de formules prémachées. L'écriture de Rouxinol, c'est le refus du trop par le trop qui parle trot et part tôt. C'est fin, précis et juste succulent.
La petite bête ! La petite bête ! Pour les plus chiants des lecteurs. Mademoiselle Rouxinol endigue son flot, la contenance est manifeste. Soit elle se bride volontairement, soit elle souffre réellement de la foulonite ou le syndrome de la prof conformiste, académique sur la moindre envolée. J'imagine qu'il ne doit pas être facile de s'en détacher mais je m'en tamponne le coquillard, je veux la gouache à peine réprimée que je perçois entre ces lignes. Ça reste propre, et bien au dessus de la mêlée turn over, mais faut que ça pousse, qu'elle se salisse un peu les mains, quoi ! J'suis certain qu'il y a matière à fomenter une connerie qui laisserait une empreinte dans la lignée des pionniers du Réalisme.
C'est bon, j'estime vous en avoir assez dit quoique quelques points n'aient pas été abordés. Comme les effluves du Brésil répandues passionnément, le parfait dénouement et j'en omets. Je préfère vous laisser découvrir tout ça. Moi, je vais m'amuser à mettre des extraits pasque c'est beau. Gnihiihiii.
À LIRE D'URGENCE !!!
Lecture effectuée en écoutant :
Mon enfance, Barbara
Piano concerto No 2, Rachmaninov
Bruch violon concerto No 1, Max Bruch
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Melinda_Celine
  09 octobre 2020
Deux histoires qui alternent - l'avant et l'après -, et qui ne forment qu'une seule personne : Éva nous raconte alternativement son coup de tête qui l'a emmenée au Brésil et la vie plus terre à terre qui l'a ramenée comme surveillante dans un collège animé. J'ai tout de suite été immergée dans les incidents de ce milieu difficile, où l'auteure semble intervenir avec aisance. J'ai parfois eu du mal à passer de l'un à l'autre, mais le saut au coeur d'une favela au Brésil permet un voyage dépaysant.
En nous plongeant peu à peu dans le drame d'Éva, l'auteure nous dévoile ainsi ceux de la pauvreté au Brésil et ceux des adolescents d'aujourd'hui. de nombreux thèmes sont abordés, et notamment les relations entre les adultes du collège face aux jeunes qu'ils doivent protéger et faire grandir aussi.
Une auteure à suivre...
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SebastienFritsch
  12 septembre 2017
Quelle belle plume que celle de cette auteur ! Fluide mais sans facilité, évocatrice mais tout en finesse, elle sait guider le lecteur, par petites touches, dans les deux univers qu'elle a choisi comme toiles de fond de son roman : le Brésil et la banlieue parisienne. Deux mondes que tout semble opposer, mais qui, surtout, peuvent aisément donner lieu à une avalanche de poncifs et de phrases toutes faites. On évite tout cela ici. Et l'on savoure alors la mélodie de cette écriture... qui sait aussi faire réfléchir.
Car ce n'est pas uniquement pour nous offrir un beau texte que Jo Rouxinol nous propose de suivre Eva, revenue d'un long séjour à Rio et qui débute comme surveillante dans un collège de banlieue. Eva, dont la vie ne semble être qu'une succession de coups durs : l'enfance sans père, le début de l'adolescence marquée par la mort de sa mère, les années grises qui se suivent, l'absence pesante de son seul repère, et les amours tristes, sans lendemain, et le manque d'envie, de projet. Au milieu de tout cela, la lumière affleure pourtant ; et elle vient du Brésil : ce pays inconnu, Eva en a entendu parler toute son enfance, dans le chant de sa mère ou dans ses pas de danse ; alors pas étonnant que dès qu'un rythme de samba ou une mélodie en portugais lui arrive aux oreilles, elle se sente attirée. Et c'est ce qui la conduira finalement à Rio, sur les traces d'un homme dont elle est tombée amoureuse. Une manière de donner corps aux rêves que sa mère n'a jamais pu réaliser.
Mais les rêves peuvent prendre fin ; et brutalement, parfois. Et c'est ainsi que l'on découvre la deuxième vie d'Eva, celle qu'elle a dû reprendre depuis son retour en France, son quotidien au milieu des collégiens, des profs et des autres pions. L'Atlantique sépare ce décor gris et les longues plages de Rio, mais Jo Rouxinol alterne très finement le présent d'Eva et ses souvenirs brésiliens, puis remonte par moment vers sa lointaine enfance et nous suggère ainsi que, à Paris ou à Rio, les hommes, les femmes et les enfants du monde entier nourrisent les mêmes rêves et souffrent des mêmes désillusions.
Evidemment, ce n'est pas le premier roman qui nous conduit à cette conclusion ; mais celui-ci parvient à le faire avec élégance. Cela tient, comme je l'ai dit, à la mélodie de l'écriture ; mais cela vient aussi de la position prise par l'auteur, position délicate mais qu'elle réussit très bien à tenir : l'absence de jugement. Comme pour ses décors, Jo Rouxinol sait dépeindre ses personnages, adultes ou enfants, français ou brésiliens, avec réalisme et finesse, excluant les clichés et sachant donner à beaucoup d'entre eux un côté attachant. Mais surtout, à aucun moment elle ne se permet de les étiqueter, de les classer dans le camp des gentils ou des méchants. Elle nous laisse nous faire notre propre opinion ; ou rester dans le doute. Car tout est dans la nuance. Rien n'est jamais tout noir ou tout blanc. Dans les lointaines favelas ou dans nos banlieues toutes proches, la violence, la manipulation, l'hypocrisie sont tout aussi présentes. Et sur chaque rive de l'océan, existent aussi la générosité, le partage, le courage, la volonté, le travail. Et en chacun d'entre nous, tout cela peut également se mélanger. Et l'on peut facilement basculer du côté clair au côté sombre ou inversement selon les étapes de nos vies. Ou pour la simple raison que l'illusion sur laquelle on avait bâtit toute sa vie finit par s'évanouir.
Le titre du roman nous le suggère, et sa lecture nous le confirme : c'est bien cela le thème central de cette histoire : ces illusions qui jalonnent ou qui fondent nos existences. Les rêves d'enfance, les projets qu'on échaffaude, les histoires d'amour qu'on s'invente, les promesses auxquelles on s'accrochent, les mensonges qu'on refuse de comprendre, les rumeurs qui courrent, les a priori, les non-dits et les suppositions, les sous-entendus et les regards qu'on ne sait pas interpréter ou encore les gestes excessifs, desespérés, qu'on n'identifie pas comme des appels au secours. Ce sont là autant de visages différents de l'illusion. Et quand la musique s'arrête, quand le carnaval prend fin et que les masques tombent, elles ne valent plus grand chose sous la lumière brutale de la réalité.
Lien : http://sebastienfritsch.cana..
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AmeliaVarin
  31 mai 2018
D'illusions en désillusions…
Eva est une jeune femme pleine de rêves. D'idéaux. D'espoir. Et de passions. de rencontres en découvertes, de révélations en discussions, elle va se heurter à bien des obstacles. Entre une désillusion amoureuse, un fourvoiement presque lâche, et un égarement irrémédiable, la douce Eva semble s'oublier, se perdre entre deux vies et voguer entre songes et réalité. Ce roman porte très bien son titre, on assiste à un déferlement d'espoirs faussés, d'attentes bien entamées, et on se laisse conduire par la foule d'émotions qui prennent Eva à la gorge. le carnaval des illusions, entre Rio et Paris. Une succession de désenchantements, de déconvenues… pour un merveilleux voyage.
Entre le Brésil et la France…
Ce roman se déroule sur deux voies. On a tout d'abord la vie d'Eva à Paris, sa vie actuelle d'étudiante qui prépare le CAPES, et qui officie comme surveillante dans un collège en périphérie de Paris. Et puis, on a sa vie antérieure, le Brésil, la danse, la musique, sa vie dans les favelas, ses rencontres et ses déboires. Parachutée à Paris, puis à Rio, j'attendais avidement d'en savoir plus sur les événements de chaque époque, de chaque lieu. Et puis, sans que ni le Brésil, ni la France ne semble prendre le pas sur l'autre, je me suis laissée aller à la découverte de Rio de Janeiro, atteinte par son soleil enivrant. Doucement, je me suis laissée sombrer dans sa vie tumultueuse dans ce collège, où les histoires s'entremêlent pour éclater au grand jour, et parfois éclabousser. Méchamment. Puis, on retrouve ensuite les favelas et la vie des habitants. Leur train train quotidien, les dangers qui les entourent chaque jour. Et, ce qu'on aimerait cacher. Les réalités, camouflées sous des illusions qui sentent bon la feijoada. Un roman multiple, qui révèle mille facettes de ces milieux, si éloignés, mais pourtant, pas si différents. Jo Rouxinol nous fait voyager entre le Brésil et la France, à la recherche de la vérité, dans une introspection capiteuse, déstabilisante et entêtante.
Eva…
Eva est un personnage attachant, bien qu'un peu lent d'esprit, si bien qu'à l'image de certaines collègues chroniqueuses pour le prix, j'ai eu envie de secouer la jeune femme à plusieurs reprises, lui hurlant que tout était sous ses yeux. On peut alors se demander si un tel comportement n'est pas une illusion de plus. Comme si elle préférait baisser le regard, se fourvoyer, pour mieux continuer à vivre dans son petit cocon. Quand les événements dégénèrent, quand tout prend une tournure plus grave, plus dramatique, elle reste là, presque les bras ballants. Quasiment inutile. Et ce sentiment que l'on ressent, elle le vit elle aussi. Elle s'interroge, se remet en question, et finalement, tourne la page. Une autre facette de sa personnalité a eu tendance à m'agacer : quand tout revient sans cesse à son amour esseulé. Quand tout revient à Daniel. Daniel. Toujours Daniel. Ainsi, on comprend son attachement, ses sentiments si forts pour lui. Sa première désillusion.
Une plume enchanteresse…
Le Carnaval des illusions est ma première rencontre avec la plume de Jo Rouxinol, une auteur que j'observais de loin, sans trouver l'occasion de découvrir ses écrits. Alors quand elle se présente, cette fameuse occasion, je me suis laissée glisser délicatement dans ce récit étourdissant. le style de Jo Rouxinol est unique : à la fois poétique et incisif, il nous prend aux tripes comme pour nous secouer. Comme pour nous faire réagir, provoquer une réaction. Quelle qu'elle soit. Mais une réaction. Et c'est réussit. Entre passages rythmés par des effets de style et d'autres simplement écrits au fil de la plume, j'ai ressenti de nombreux sentiments, je suis passée par mille et une émotions, pour en ressortir ébahie et hypnotisée.
Au final, ce roman n'est pas qu'un simple coup de coeur, c'est bien plus que ça. Jo Rouxinol n'a rien laissé au hasard, allant de la personnalité des personnages, aux plus infimes détails qui donnent à ce roman sa dimension si réaliste.
Lien : https://leshistoiresdameliae..
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
Melinda_CelineMelinda_Celine   09 octobre 2020
Elle est morte quand j'avais douze ans. Je ne savais pas que les mères pouvaient mourir. Bien sûr, j'avais lu comme tout le monde des histoires peuplé d'orphelins malheureux et de marâtres vindicatives, quelque part j'avais bien conscience que la mort existait et que c'était une fin inévitable. Mais c'était la mort pour de faux. Ou la mort pour les autres, celle qui ne me concernait pas.
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AmeliaVarinAmeliaVarin   31 mai 2018
Elle était belle, mon illusion. Elle avait la verdure chatoyante de la Mata atlântica, la saveur d’une mangue juteuse. Et les yeux de Daniel.
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Qui suis-je ❓❓❓

Je suis dans le milieu du monde / J'ai quatre pieds dans un tonneau / Je ne suis point en terre, encore moins dans l'eau / Et cependant je suis dans l'onde / . Je dis fort souvent non, et ne dis jamais oui / Je suis en même temps dans la tête d'une anguille / Et dans la queue du serpent, jamais pourtant je ne frétille / Or devinez moi. / Je suis ........

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