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ISBN : 2757826239
Éditeur : Points (05/01/2012)

Note moyenne : 4.67/5 (sur 6 notes)
Résumé :

Pourquoi des dizaines de milliers de musulmans se convertissent-ils pour devenir chrétiens ou témoins de Jéhovah ? Comment expliquer que la religion qui croît le plus vite dans le monde soit le pentecôtisme ? Pourquoi le salafisme, doctrine musulmane particulièrement austère, attire-t-il de jeunes Européens ? Pourquoi si peu de jeunes catholiques entrent-ils dans les séminaires alors qu'ils se pressent autour du pape lors des Journées mondiales de la jeu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Moglug
  07 mars 2015
Publié en 2008, cette analyse d'Olivier Roy, chercheur et politologue au CNRS, spécialiste de l'islam, a pour vocation d'étudier les relations entre religion et culture. Si les deux ont été intrinsèquement liées au cours du temps, elles ont aujourd'hui une forte tendance à se dissocier complètement au gré de la mondialisation et de la laïcisation. Loin d'entraîner une disparition du religieux, ce processus engendre une autonomisation des religions de plus en plus déconnectées de la culture ambiante.
Dans son essai, Olivier Roy expose et développe sa théorie, en réfutant explicitement les propos d'un certain Samuel Huntington, concernant le choc des civilisations :
« Les conversions sont une clé pour comprendre ce qui se passe, mais leur inéluctable banalisation sera aussi le signe que les religions désormais vivent leur vie au-delà des cultures, et que le fameux clash/dialogue des civilisations, qui supposent un lien permanent et réciproque entre culture et religieux, est un fantasme improductif. »
Illustrant son discours d'une multitude d'exemples choisis dans toutes les religions, et finalement très peu dans l'islam – mais le lecteur pourra faire lui-même le parallèle s'il le souhaite, ou pas – , il met en exergue une infinité de situations toutes très différentes les unes des autres : opposition, syncrétisme, ancrage territorial ou au contraire export d'un concept religieux dans une autre société, appropriation ou non de ce concept, sa transformation, son évolution jusqu'à la perte même de l'idée initiale – il cite l'exemple des églises protestantes dans les communautés noires américaines qui n'accueillent pas, dans un premier temps, les blancs, alors que l'un des objectifs du christianisme est paradoxalement l'universalisme. Toute l'ambiguïté de la culture juive et de la religion juive est également observée au microscope, et sans jugement subjectif évidemment. Pour mener à bien son étude, il s'appuie sur cinq types de relations possibles et appliquées différemment selon les contextes :
la déculturation : consistant à éradiquer le paganisme
l'acculturation : consistant à adapter une religion à la culture dominante
l'inculturation : consistant à installer une religion dans une culture donnée
l'exculturation : le processus selon lequel on acquiert sa propre culture
« Il s'agit plutôt, à partir d'un certain nombre de cas, de voir comment les relations entre religion et culture se recomposent aujourd'hui et ce que cela veut dire pour notre compréhension du phénomène religieux. »
Olivier Roy pointe finalement le danger de la montée des fondamentalismes de tout bord provoquée notamment par cette méconnaissance du fait religieux de plus en plus flagrante dans nos sociétés contemporaines, et par ce repli du religieux dans une bulle sacrée déconnectée de toute nuance nécessaire et propre à la condition humaine :
« Interdire l'usage ironique, voire blasphématoire, d'un paradigme religieux, revient à l'exclure du champs de la culture pour le situer dans le seul champs du sacré. Il est alors le bien de la seule communauté des croyants, qui demande à être reconnue comme telle. Ce n'est plus la culture qui fonde l'identité, c'est la seule foi. »
Cette dernière phrase résonne étrangement et tristement aujourd'hui. A juste titre, Olivier Roy a pu s'exprimer dans de nombreux médias ces dernières semaines. J'ai pu le relire notamment dans le 1 hebdo du 21 janvier 2015 où il synthétise rapidement ces idées quant à cette notion de Sainte Ignorance.
Pour conclure, je tiens à préciser que cet essai est accessible à tout curieux initié ou non à ces question, les concepts utilisés sont présentés en introduction ou début de chapitre, ce qui est un avantage non négligeable. La Sainte Ignorance : le temps des religions sans culture est, à mon sens, un essai très fin et nuancé, bien pensé, extrêmement riche par le nombre d'exemples proposés, et nécessaire à toute bonne réflexion sur la place accordée à la religion dans la culture d'aujourd'hui.
Lien : https://synchroniciteetseren..
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Walktapus
  19 décembre 2012
Sceptique a priori, je ressors de ce livre convaincu. Bien qu'écrit avant les faits, il met parfaitement en lumière l'affaire Merah (qui se disait "autodidacte de l'Islam"), ou encore la campagne catholique contre le mariage homosexuel. Pour ne parler que d'affaires domestiques françaises.
Sa thèse principale, c'est un peu le contraire d'Huntington, et sa lutte de civilisations calquées sur des religions. c'est le divorce croissant entre culture et religion. Les religions se définissent de plus en plus en dehors des cultures, soit que la culture s'éloigne d'elles et les oblige à se redéfinir (sécularisation), soit qu'elles se placent d'elles-mêmes en dehors (la sainte ignorance), tout ça dans un contexte de mondialisation. Livre foisonnant d'exemples, une culture impressionnante sur les religions et leurs transformations, un portrait dynamique sur l'évolution des religions et des cultures.
Livre sans parti pris, illusion, ni jugement de valeur, sans concession ni sur les religions, ni sur les mouvements idéologiques qui se définissent par rapport à elles (la laïcité). Selon lui il n'y a pas un retour du religieux, il y a un religieux qui est obligé de se redéfinir.
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JeanLouisBOIS
  07 septembre 2011
Critique d'Henri Madelin dans la revue Etudes de janvier 2009(tome 410/1):
Cet ouvrage important amplifie la connaissance que nous devons avoir des relations complexes entre religions, cultures, sociétés nationales et mondialisation. A la différence de chercheurs superficiels, l'auteur prend au sérieux ce que révèle le phénomène religieux sur l'avenir de notre monde. Nous découvrons dès les premières pages du livre qu'O. Roy a vécu une forme originale de militantisme à la fin des années 1960 dans le monde étudiant parisien. Après une formation marquée par l'excellence scolaire, il s'est trouvé mêlé à un certain activisme en milieu protestant. Ce point de départ lui permet sans doute de donner plus d'ampleur aux différentes figures rassemblées sous le parapluie du christianisme à travers le monde. le livre est riche de résultats d'enquêtes, de nombreuses lectures personnelles jusque dans des revues très spécialisées, de séjours passés hors des frontières hexagonales. O. Roy avance à contre-voie de ce qu'énonce Samuel Huntington lorsqu'il parle du « clash » planétaire inévitable entre cultures antagonistes, parce que drapées dans un manteau religieux. Pour lui, les religions ne cessent de se « reformater » pour s'universaliser. La déterritorialisation du religieux avance à grands pas. Les religions ont tendance aujourd'hui à se constituer en « communautés de foi » bien distinctes des cultures ambiantes. Pour tous les mouvements religieux se pose désormais la question : comment et quoi transmettre ? L'auteur constate que la transmission « n'est plus assurée par l'évidence sociale et culturelle du fait religieux. » D'où le titre de l'ouvrage, évoquant cette « sainte ignorance ». Les marqueurs religieux et culturels ne se situent plus dans un système euclidien. La fin des parallèles introduit des discordances entre les deux repères traditionnels que la mondialisation et les migrations humaines ne font qu'accentuer.
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
virgidoc2virgidoc2   30 décembre 2015
Mais dire qu'il y a un héritage commun, c'est autoriser tout un chacun à se l'approprier, y compris dans la dérision, ou malheureusement pour des raisons commerciales. La protestation contre la mercantilisation va bien sûr au-delà des groupes activistes catholiques. Mais si la publicité s'est emparée de la Cène, c'est que la Cène nous parle. Ce détournement n'est qu'un hommage à la familiarité des références religieuses. Interdire l'usage ironique, voire blasphématoire, d'un paradigme religieux revient à l'exclure du champ de la culture pour le situer dans le seul champ du sacré. Il est alors le bien de la seule communauté des croyants, qui demande à être reconnue comme telle. Ce n'est plus la culture qui fonde l'identité, c'est la seule foi. La "pure " religion est celle qui se détache de toute référence culturelle. En se réservant le contrôle de la gestion des symboles religieux, l'Eglise affirme le contraire de ce qu'elle a voulu dire en insistant sur l'importance de la culture chrétienne en Europe : elle défend non plus une universalité ( même si bien sûr elle pense que son particularisme a valeur universelle ), mais une communauté fermée sur elle-même, minoritaire et qui demande à la loi de protéger la sensibilité de ses membres. (...) Son action est cohérente avec ce que l'on observe dans le champ religieux, à commencer par celui de l'islam : les revivalismes religieux prospèrent en découplant la religion de la culture, en isolant les marqueurs religieux de tout contexte social et en établissant une e coupure définitive entre croyants et incroyants.
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virgidoc2virgidoc2   31 décembre 2015
Porté à son extrême, ce refus de la culture profane se transforme aussi en méfiance envers le savoir religieux lui-même, avec l'idée que, premièrement, il n'est pas besoin de savoir pour être sauvé, et deuxièmement que le savoir peut détourner de la vraie foi. La parole de Dieu peut passer directement, sans médiation du savoir : c'est exactement la fonction du Saint-Esprit chez les protestants. Ce n'est pas l'érudition qui permet de trouver sous le texte biblique la vérité, c'est parce que ce texte est la parole vivante de Dieu qu'il dit le vrai. Il faut se laisser habiter par la parole. Portée à son paroxysme, cette vision est incarnée par le fameux "parler en langues" ( glossolalie ) des pentecôtistes ( ...). Il n'y a ici ni savoir théologique, ni savoir linguistique, ni savoir culturel, il s'agit au contraire d'une présence non médiée par les savoirs. C'est le cas le plus typique de l'annulation de la lettre au service d'une parole qui pénètre directement, sans médiation de la langue. Or, par définition, la langue est à la fois porteuse de culture, objet de savoir et outil de savoir. L'annulation de la langue au profit de la parole est sans doute l'exemple le plus achevé de la sainte ignorance.
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WalktapusWalktapus   19 décembre 2012
Si les catholiques cherchent en général à rester connectés avec la culture et à la maintenir dans le champ religieux, pour les évangélistes et les salafistes c'est le concept même de culture qui fait problème. Il faut se débarasser de la culture dominante. Ignorer cette culture païenne est un moyen de sauver la pureté de sa foi. C'est la sainte ignorance.
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MoglugMoglug   07 mars 2015
Interdire l’usage ironique, voire blasphématoire, d’un paradigme religieux, revient à l’exclure du champs de la culture pour le situer dans le seul champs du sacré. Il est alors le bien de la seule communauté des croyants, qui demande à être reconnue comme telle. Ce n’est plus la culture qui fonde l’identité, c’est la seule foi.
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virgidoc2virgidoc2   01 janvier 2016
...le multiculturalisme est en fait une illusion, car il vise des communautés où la déconnexion des marqueurs religieux et culturels s'est déjà effectuée : il est une manière artificielle de redéfinir comme culturel ce qui ne relève plus de la culture.
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Vidéo de Olivier Roy
Olivier Roy: «Le fondamentalisme ne suffit pas à produire de la violence» .Olivier Roy explicite, dans son dernier livre, sa lecture du djihadisme en termes « d?islamisation de la radicalité », pour saisir à la fois les effets boomerang de la « déculturation du religieux » et l?impact d?une terreur très moderne qui prospère sur la peur de l?islam.
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