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EAN : 9782234061941
176 pages
Stock (26/01/2011)
2.81/5   13 notes
Résumé :
Les Deslorgeux, industriels rouennais qui tirent leur gloire de la fabrication de la popeline, perdent sur trois générations argent, certitude, pouvoir. Ne reste d’eux qu’une petite Lorette, vivant quelque part dans le monde. La Seconde Guerre mondiale, la montée en puissance du tiers-monde peuvent expliquer le déclin de cette famille, mais aussi le besoin d’échapper à son destin, de rester fidèle à ses principes envers et contre tout, de desserrer un coeur que la m... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
PlumesdArbres
  08 avril 2022
Fin 1941 - Début 1942 : deux frères tous deux militaires, tous deux français, ont été désarmés, un an et demi plus tôt après l'armistice de Juin 1940. L'un des deux, Paul, prisonnier en Allemagne, ne cesse de penser à son frère se demandant ce qu'il est devenu, l'imaginant héros et libre, ou alors souffrant comme lui souffre d'être en captivité, inactif, loin de sa famille et de sa vie douillette d'avant guerre.
Pour retrouver ce frère, il tente plusieurs évasions, ce qui lui vaut d'être transféré dans un camp plus à l'Est, disciplinaire qu'est Rawa Ruska. Parce que ce lieu est voisin du camp de Belzec, Paul prend conscience en y arrivant, par voie ferrée, de l'ignominie et de l'indicible qui habitent le monde durant ces années...
Bien que la vie là-bas soit beaucoup moins douce que dans le camp allemand précédent, beaucoup plus surveillée, il parvient à s'échapper et réalise un périple en train qui l'emmène à Berlin puis de là, après quelques temps en France où il rejoint les siens.
Son frère n'est pas le héros idolâtré, et pour Paul, en plus du désarroi de cette prise de conscience, c'est la vie clandestine, la France est toujours occupée.
Curieusement, très rapidement, on a l'intuition que tout ce qui va arriver dans la vie de Paul et Jean est imprégné de ces quelques années durant lesquelles ils ont du vivre dans une atmosphère beaucoup moins protégée que celle dont ils avaient coutume, dans une société bousculée, terrifiante et cruelle, dans un rapport à l'Autre bouleversé, avec des choix d'opinions qui partagent irrémédiablement les êtres.
Héritiers d'une certaine bourgeoisie de l'industrie textile normande, leur avenir aurait dû être facile et aisé. Pourtant, il va être chaotique, questionnant, s'incarnant dans la faillite professionnelle et l'échec intime.

En nous racontant la vie de ces deux hommes, Pascale Roze "tisse" le destin d'une famille bourgeoise pétrie de religion, de principes et de conventions pour nous dire l'écroulement à la fois d'une industrie qui devient obsolète dans un monde qui se reconstruit en élargissant ses frontières de commerce et ses modes de consommation, et à la fois la remise en question d'un mode de vie qui étrangle davantage les personnalités des êtres qu'il ne les libère, qui broie les rêves et les projets quand seule la bienséance gouverne les vies.
On comprend petit à petit que le narrateur est le fils de Paul, Guillaume, celui qui assistera à l'éclatement de l'empire familial. L'usine perd de sa capacité à concurrencer d'autres ateliers du même secteur - l'étranger et le changement des habitudes de consommation y sont pour beaucoup - tandis que la famille se disloque sans doute davantage à cause du peu de sentiments qui reliaient les membres et de l'incompréhension qui s'installe entre ces derniers.
Les années pendant lesquelles Paul était prisonnier à l'étranger et Jean libre en France sont le socle d'une déchirure au sein de la fratrie comme dans les coeurs, d'une incapacité à vivre sereinement la vie qui redevient peu à peu permise, une impossibilité à partager la confiance d'une vie habitée de ce qui pourrait être l'amour des siens.

J'ai du mal à exprimer pourquoi ce roman me met mal à l'aise, sans doute à cause du saccage de ces existences dont je n'ai cessé de me demander s'il prenait racines dans les années d'enfermement de Paul, dans son adoration dévastée pour un frère qu'il redécouvre lâche et opportuniste, ou dans l'empressement à vouloir construire une vie trop vite, trop impulsivement, ne laissant pas l'amour vrai guider ses choix et ses actes et finalement empruntant un chemin qui tourne le dos à la félicité, dans la vénération d'une existence enfermée dans un carcan de règles et de devoirs supposés.

Une très belle écriture - toujours - pour un récit qui balaye quelques décennies décisives pour cette famille et aussi en filigrane pour la France de l'occupation allemande aux Trente Glorieuses et ses bouleversements dont les personnages de ce roman ne sont que les reflets aperçus dans un miroir qui se serait brisé.

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Aifelle
  14 mai 2022
J'ai été tentée par ce roman parce qu'il se passe dans ma région, au sein d'une riche famille industrielle dans la filière du textile. C'est l'histoire classique de l'élaboration d'une fortune et du lent déclin qui suivra, sur trois générations.
Le narrateur est Guillaume Deslorgeux, le petit-fils qui essaie de comprendre l'échec de sa famille en remontant au grand-père, homme sévère et mutique, bourgeois catholique ordinaire.
Il a eu deux fils, Paul et Jean. Paul idéalise son aîné et le voit en héros lorsque la seconde guerre mondiale éclate. Paul est fait prisonnier et échoue à s'évader. Il s'imagine que de son côté, Jean a certainement réussi et mène une meilleure vie que la sienne. Cette jalousie irrépressible poussera Paul à prendre des risques importants, jusqu'à se retrouver dans un camp disciplinaire, Rawa Ruska.
Pendant ce temps, Jean est revenu chez ses parents et se consacre au théâtre avec une petite troupe amateur. La jeune première, Babette, tombe amoureuse de lui, en vain. Jean dissimule un secret qui le ronge et l'empêche de s'engager.
Après la guerre, Paul ne pardonnera jamais à Jean d'avoir traversé cette période sans éclat et presque sans danger, alors que lui passait par d'extrêmes souffrances. Un noeud supplémentaire complique la situation. Babette, rejetée par Jean, va se consoler dans les bras de Paul. Ils se marieront, Paul s'enfonçant dans le mutisme comme son père et Babette éteignant complètement toute vélléité de carrière théâtrale, se conformant à ce que le milieu attend d'elle.
A vrai dire, je n'ai pas été très intéressée par les péripéties sentimentales du roman. J'ai apprécié davantage l'histoire de l'essor du textile et la richesse qu'il a apportée à certains, jusqu'au changement radical du monde industriel que n'ont pas su anticiper des familles trop bien installées dans le confort.
La description de la vie quotidienne pendant la guerre et l'occupation allemande est bien documentée, j'y ai retrouvé des lieux familiers et l'évocation d'un bombardement très meurtrier (700 morts) à Rouen, à cinq cents mètres de mon domicile actuel. Evènement dont j'entendais parler dans mon enfance, le souvenir en était vivace.
C'est une lecture agréable, mais je n'ai pas réussi à m'attacher aux personnages, surtout Paul dont je n'ai pas saisi l'obstination dans la dureté. J'aurais aimé que la narrateur ait plus de place dans l'histoire, lui qui doit affronter les conséquences de ce que n'ont pas fait ses aînés. Il fait preuve de plus de courage et d'humanité.


Lien : http://legoutdeslivres.haute..
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brigittelascombe
  30 novembre 2011
Pascale Roze, l'un de mes auteurs féminins préférés dont j'ai apprécié il y a fort longtemps le chasseur zéro (prix Goncourt 1996) et Histoires dérangées, dévoile toujours avec finesse les méandres de l'âme humaine.
J'ai lu Aujourd'hui les coeurs se desserrent comme un récit psychogénéalogique dans lequel Guillaume Deslorgeux, 62 ans, établit le triste bilan de sa vie à travers trois générations successives pour dénouer ses propres émotions.
Remontée dans le passé d'une famille bourgeoise à la tête d'une usine de textiles (dont on suit également le long déclin).
Deux fils Paul et Jean, dont l'un sera père.
Le premier,prisonnier en 1942, malchanceux à chaque tentative d'évasion va connaître l'horreur de Rawa Ruska, où par moins vingt degrés, trois ans durant, on gèle aussi ses sentiments.
Le deuxième Jean,"courtois et affable", plus chanceux en un jour retrouve le foyer maternel et continue ses cours de théâtre-amateur.
A mélie,la mère, maîtresse femme protègera jusqu'au bout "son poulot". C'est beau à voir ce que peut inventer un esprit maternel angoissé par l'attente.
Le pivot de cette histoire de désamour consécutive à un trop plein d'amour sera Babette, qui n'est "pas du bon milieu", jeune et jolie romantique qui rêve de devenir actrice, femme passionnée rejetée par un Jean impuissant et désirée par un Paul mutique.
Un sacré dilemne et une sacrée trame de sacré bon livre!
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ancoline
  27 octobre 2011
Vous remontez la famille Deslorgeux depuis les grands-parents pour mieux comprendre la vie des parents racontée par son fils.
Le grand père monte une entreprise de textile, s'investi dans la progression industrielle, il se marie et a deux fils. Paul est prisonnier en Allemagne, puis après une évasion est prisonnier dans un camp disciplinaire, et finit par une nouvelle évasion à être garçon de cuisine à Berlin. Pendant ce temps, l'autre fils, Jean réussit à s'enfuir et retrouve le plaisir des joies de la vie par le théâtre.
Paul n'acceptera pas cette différence de vie pendant ses trois années. Il dira que l'être humain peut s'adapter à beaucoup de choses mais pas de ce qu'il a vu. Il gardera le silence, sera taciturne comme son père. Il subit le devoir familial en prenant pour métier l'entreprise sans se poser de question. Suite à un rejet de Jean, Babette amoureuse cherche la même nuit réconfort dans le lit de Paul. Elle le trouve pourtant laid, trop conventionnel, triste à en mourir. Elle est jeune actrice, jeune première dans des pièces de théâtre avec son amoureux Jean. Parce que l'honneur veut qu'un homme prenne pour femme celle a qui il a fait un enfant, Paul et Babette se marient. Babette quitte ses rêves, se réfugie dans les livres de Freud et affiche la vie classique des bourgeois de cette époque avec ses deux enfants. C'est l'un deux qui est le narrateur et qui essaie de reconstruire la raison de son ressenti pendant toute son enfance. Pourquoi a-t-il toujours eu envers son père cette impression d'être trop près ? Pourquoi était-il si mal à l'aise avec sa mère ? Pourquoi alors que son grand-père avait construit une usine florissante, son père ne lui a laissé que 60000€ ?
Livre que j'ai trouvé intéressant même s'il est difficile de suivre les différents cheminements des pensées de chacun. Il se lit vite et est riche à suivre par l'évolution de la bourgeoisie française et les soufrances de la guerre entre le 19ème siècle et le 21ème siècle.
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antibouille
  13 février 2012
Assez déçu par le dernier roman de Pascale Roze "Aujourd'hui les coeurs se desserent", les qualités d'écriture sont indéniables mais j'ai peu adhéré à l'histoire aux personnages qui relatent, sur trois générations, la fin d'une grande famille bourgeoise de l'industrie du textile.Peu d'émotions à l'exception(notable...) de lire le nom de mon village natal à la page 83....!
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
AifelleAifelle   14 mai 2022
Une jeune fille peut jouer du piano, chanter, faire de l'aquarelle sur le motif, mais faire des vers est déjà plus suspect, écrire un roman carrément condamnable, presque autant qu'être comédienne. Bref, Babette n'a pas beaucoup d'atouts pour convenir à Amélie. Le milieu ! Curieux mot qui a disparu. Depuis peu, on parle de réseau. La métaphore est scientifique, celle de milieu était biologique. Un réseau se construit, tandis qu'on naît dans un milieu. Il est très difficile de changer de milieu, changer de milieu exige au moins deux générations. Et encore traite-t'on ceux qui y parviennent précisément de parvenus.
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PlumesdArbresPlumesdArbres   08 avril 2022
Les gens ont une imagination effrayante. Comme si cela ne suffisait pas, ce qu'il a vu, de ses yeux vu, et qu'il ne dira jamais. La capacité à encaisser est plus grande que la capacité à voir, telle est la vérité que Paul a découverte à Rawa Ruska.
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ancolineancoline   27 octobre 2011
- Brunet ? La fille de la bijouterie ?
- Oui, maman.
A l'intonation qu'elle a eue, Jean devine la déception. Ses parents tiennent un magasin, ils ne sont pas d'un bon milieu. Condamnation sans appel. Il ne s'agit pas forcément, sait Jean, d'être du même milieu pour épouser (car, derrière la question, il y en a une autre que Jean ne peut ignorer : quand vas-tu te marier ?), celui des industriels du textile, qu'ils soient de Normandie, du Nord, d'Alsace ou du Forez ou de la mayenne, il s'agit de rester dans le créneau étroit du "bon milieu", sachant que les aristrocrates toujours pourvus en châteaux et biens fonciers, en militaires et religieux, représentent le nec plus ultra,que viennent ensuite ceux qui - comme les Deslorgeux - ont commencé leur ascension avec la révolution industrielle, pendant le bel essor que connut la France au dix-neuvième siècle, et, en dernier, les commerçants, non pas les boutiquiers, mais ceux qui courent le monde, comme par exemple les parents d'Amélie qui achètent du vin en Algérie, ou les cousins qui ont ouvert un bureau d'import-export ne Indochine.
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ancolineancoline   27 octobre 2011
C'est un moment, un moment au milieu de la guerre, pour comprendre que les femmes vont changer, que la bourgeoisie mourra par les femmes - la bourgeoisie si spécifique des familles catholiques françaises aux avoirs soigneusement investis qu'ébranlera la révolution des peuples, Suez par exemple, qui eu dit que les rentes de Suez un jour s'évanouiraient ? -, la bourgeoisie au coeur si soigneusement gardé de la prodigalité, si désireuse de transmettre la belle morale, le bel effort avec ses meubles anciens, ses services de cent vingt pièces, son argenterie, son linge, et ses anecdotes aussi, les légendes sur tel ou tel qu'on se raconte, qu'on se remémore autour du feu de cheminée, l'un les pieds sur les chenets, l'autre assis au piano à queue, la grand-mère tricotant, les enfants courant dans les couloirs déguisés en Indiens ou en cosaques.
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brigittelascombebrigittelascombe   30 novembre 2011
Aujourd'hui je comprends que nous vivions à contretemps:nous étions contre la société de consommation,pour la bonne et simple raison qu'une chemise ne se consomme pas.
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Videos de Pascale Roze (16) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pascale Roze
Pascale Roze nous présente son livre " La Belle Hélène" aux éditions Stock. Rentrée littéraire janvier 2020
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2397109/pascale-roze-la-belle-helene
Notes de musique : Youtube Audio Library
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