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EAN : 9782743627492
316 pages
Payot et Rivages (02/04/2014)
3.14/5   25 notes
Résumé :
Un jeune diplomate en herbe est envoyé dans un mystérieux pays de la Baltique orientale, en vue de proposer une délimitation de ses frontières maritimes. Mission impossible dont il se désintéresse peu à peu, gagné par une mélancolie que ne fait qu?aviver l?hiver? Une exploration, aussi audacieuse que singulière, des confins du grand Nord.
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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spleen
  08 octobre 2014
Ce roman à l'écriture poétique est difficilement classable et sans me déplaire vraiment, j'ai fini par trouver les cent dernières pages laborieuses à lire (sur un livre qui en comporte environ 300, c'est quand même beaucoup !).
Samuel Vidouble , jeune diplomate se porte volontaire pour une mission aux frontières de l'Europe de l'Est dans un pays qui, s'il n'est jamais vraiment cité ressemble fort à la Lettonie.
Il a choisi cette destination en grande partie sur un rêve de gosse : il s'était inventé un pays imaginaire au bord de la mer Baltique.
Et le roman est à l'image de ce choix, entre pérégrinations hasardeuses, souvent alcoolisées et onirisme dans un pays plongé dans un hiver interminable et qui se sent en permanence menacé par son géant et encombrant voisin .
Lorsque le dégel arrive enfin, la gangue de glace qui retenait les eaux des fleuves et de la mer, en fondant fait disparaitre également le fil de la raison de notre héros qui erre entre le passé douloureux du pays et les rêves cauchemardesques ...
Rencontre intéressante avec Lothar, un Suisse à la recherche des derniers Lives et féru de sagas mais qui n'a pas plus les pieds sur terre que Samuel ...
Ce qui parait au départ une réflexion sur le hasard , voire l'inanité des frontières se transforme assez rapidement en errance alcoolique.
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MarianneL
  19 avril 2014
Samuel Vidouble, jeune géographe, est envoyé pendant neuf mois comme volontaire international à l'Ambassade de France dans un petit pays aux confins de l'Europe, marqué par les influences de tout le continent, nordiques, germaniques, russes et même italiennes, au bord de la mer Baltique.
Là, l'ambassadeur, qui semble surgir d'un autre siècle, lui confie la mission de proposer une délimitation des frontières maritimes du pays, ligne rouge objet d'un délicat contentieux.
Malgré toutes ses recherches, la mission reste au point mort. Samuel Vidouble visite, sort et s'amuse, séduit et boit beaucoup, mais tandis que l'hiver et le gel recouvrent et figent le pays, il est gagné par un sentiment d'irréalité et en vient à douter de tout, de l'existence de la frontière et même de celle de ce pays, miette d'Europe au nom romanesque et d'un autre âge, La Grande-Baronnie.
«Journées de plus en plus brèves. Neiges de plus en plus abondantes. Novembre avive le sentiment de vivre nulle part. Sentiment doublé bientôt de celui de vivre hors du temps.
Les Anciens jugeaient que le temps s'écoule différemment sur une île. Ce pays – permettez ce sophisme – serait donc une île. Mettons des îles, oui, une espèce d'archipel chimérique inventé par un idiot et situé dans un angle mort de l'Europe.»
La quête géographique s'enlise, mais des replis de cette quête infructueuse et de l'exploration du pays surgissent des fragments d'une Histoire sombre comme de mystérieux avertissements, chiffres bleus tatoués sur un poignet entrevus, exploration de l'ancien ghetto, et leurs résurgences contemporaines avertissant d'une proximité toujours possible de la catastrophe.
«la seule vraie frontière n'était pas sur les cartes, n'était ni naturelle ni arbitraire, n'était pas une ligne rouge imaginaire mais une ligne rouge bien réelle, une frontière profonde historique, mémorielle, corporelle, qui n'avait pas tranché l'Europe car il n'y avait jamais eu d'Europe mais qui avait tranché des bras et des jambes, des cous, des coeurs, des langues et des cerveaux.»
Après la dissolution du sens dans cet hiver monochrome blanc où tout se fige, le dégel est comme une débâcle, les coulées de boue extérieures reflets d'un véritable à-vau-l'eau intérieur ; tandis que ses amis s'amusent, le narrateur se heurte à la difficulté d'écrire, de comprendre vraiment ce dont il est le témoin, renvoyé à ses propres chimères et à sa propre fuite, à moins que cette cécité ne soit une protection contre une trop grande lucidité.
Un récit énigmatique entre rêve et cauchemar, comme si les confins de l'Europe, plaque de glace trop mince, menaçait à nouveau de rompre et de nous précipiter dans le chaos.
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michdesol
  01 juin 2022
Le géographe Samuel Vidouble (le double de l'auteur) fuit l'Ouest qui a pris pour lui la figure d'un "cauchemar aseptisé" et a décidé de se refaire une santé mentale dans les marges septentrionales de l'Europe. Retenu pour un stage dans une ambassade, il pose donc ses bagages dans un pays qui ne sera jamais nommé, mais qu'il dit être sur les rives de la Baltique. Quelques indices semés ça et là – la présence aux frontières d'un grand voisin menaçant – nous laisse penser qu'il peut s'agir d'un pays balte. Un ultime indice en page 64, la date de la fête nationale, permettra au curieux de mettre un nom sur ce pays. L'ambassade lui confie la tâche de rédiger un rapport sur la frontière maritime dudit pays. Et c'est parti pour une rencontre avec une géographie, une histoire, un peuple, des femmes, un climat.
L'écrivain-géographe se révèle être un poète, un peintre des lointains et des rêves. Beau livre !
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majolo
  11 juin 2014
C'est un livre très particulier, dont la critique m'est difficile. le héros est une jeune diplomate envoyé en poste dans un lointain et énigmatique pays des bords de la Baltique. Il est chargé par l'ambassadeur de France de dresser la carte de la frontière maritime de ce pays.
L'ambiance du roman m'a vraiment déroutée. J'en ai aimé la poésie et la mélancolie. J'ai trouvé pertinente et parfois drôle l'ironie avec laquelle il parle de la diplomatie, de ses intrigues et du cynisme de ceux qui "font" l'histoire.
Mais à l'image du héros, j'ai eu souvent l'impression de rester sur le rivage, comme en marge du récit. C'est probablement l'effet recherché mais cela me donnait régulièrement l'impression de passer à côté du livre, de ne pas saisir son sens profond. J'ai cependant persévéré car c'est bien écrit, le style est très joli, au vrai sens du terme (aucune condescendance de ma part) et assez hypnotique. Pour l'apprécier, il faut certainement, a contrario de moi, ne pas attendre en permanence le rebondissement qui ne vient jamais réellement.
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Jenouch
  09 octobre 2014
Samuel, éternel globe-trotter, devient volontaire international et intègre une ambassade. Géographe de formation, sa mission consiste à délimiter les frontières maritimes d'un mystérieux pays. Jamais nommé, ce pays se dévoile par bribes, par petits indices épars. Ce que l'on sait ? C'est une île qui se situe dans la mer Baltique, à la frontière de la Norvège et de la Russie. Une île en proie au vent, au froid et à la neige. C'est un hiver particulièrement rude qui va marquer le livre et les pérégrinations quotidiennes de Samuel. Lui ne connaît rien du pays, ni sa langue, ni sa culture, ni ses habitants. Il va arpenter le pays pendant presque 1 an, appareil photo au cou, carnet en poche, tentant de comprendre ce qui l'entoure. Influencé par ses nombreux voyages, il y voit des fragments d'Amsterdam, d'Italie et même de Turquie.
La culture nordique, l'hibernation hivernale, le manque de repère, les échecs successifs dans sa mission, Samuel perd pied. Il ne reconnaît rien et doute de tout. Jusqu'à l'existence de sa mission et même du pays dans lequel il vit. Comment un étranger comme lui parviendrait-il à s'intégrer quand même les habitants dédaignent leur culture, leurs origines et leur pays ? de plus en plus isolé, sans but à poursuivre, Samuel erre de bar en bar avec son ami Lothar et tente d'oublier ses peines dans les bras de la belle Dvina.
Une lecture simple qui permet de mieux comprendre des codes culturels européens et l'importance d'une identité culturelle. Un récit énigmatique et poétique qui figure dans la seconde sélection pour le prix Goncourt 2014 et qui vaut le détour.
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critiques presse (1)
Lexpress   29 septembre 2014
La Ligne des glaces mélange avec style et malice le récit d'un voyage en terre inconnue et la fiction géopolitique. Au passage, Emmanuel Ruben nous démontre que "les pays sans légendes n'existent pas" et que "l'exil est un mythe". Dépaysant, décidément.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
michdesolmichdesol   01 juin 2022
Sans alcool, je ne pouvais pas surmonter les nuits blanches passées à défier l'hiver, ni supporter tout ce qui m'avait charmé jusque-là chez cette fille, et qui désormais me donnait la nausée : le givre ingénu de ses yeux gris, le rouge trop rouge de ses lèvres pleines, le reproche luthérien de ses fossettes, sa frange de fillette, son nez à l'arête trop dure, ses pommettes hautaines, son front pâle et marmoréen, sa voix cajoleuse de tragédienne-née, son teint livide de mannequin anémique, ses joues fardées à l'excès, son menton guerrier, ses hanches tortillardes, le marnage exagéré de ses décolletés, l'effronterie de son derrière caracolant sous les plis de sa jupe, ses pas parfaitement mesurés, croisés, décroisés, tout cela à faire vibrer les pavés et rougir les passants, sans compter la musique sauvage dont elle abrutissait nos fin de soirée, son exubérance inoxydable, ses petites pudeurs feintes, son rire de cristal, la pluie d'or de ses paillettes, le strass de sa vie facile, son kitsch invétéré, ses sacs à main par milliers (...)
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Charybde2Charybde2   22 avril 2014
Mais Lothar et moi-même, étions-nous vraiment en droit de jouer les donneurs de leçons ? N’avions-nous pas rêvé, nous aussi, des blondeurs ingénues, des minois angéliques, des pâleurs secrètes que vantaient tant d’auteurs du XIXe siècle ? Laissons de côté la question de l’entraînement à un besoin très grégaire que n’auraient pas dédaigné ces barbichus d’autrefois : le très fort soupçon qu’aujourd’hui ces filles-là n’y mettaient, et n’offraient en retour plus guère de joie nous défendait d’y goûter. Seulement le racolage était ici généralisé, et les lieux ne manquaient pas d’où l’on pouvait revenir agréablement escorté sans avoir mis la main au portefeuille. Non, nous le sentions bien, Lothar et moi, mais ne savions comment l’exprimer : l’espèce d’aventure qui se perdait ici avec le temps n’était pas de celles qui se jouaient jadis, à quatre pattes ou à deux dos, dans une alcôve, sous un vieux néon rose. Non, ce que nous regrettions à la terrasse des cafés, dans les bars, dans les venelles de la vieille ville en voyant passer les filles au bras des touristes, ce que Lothar, surtout, regrettait, c’était une forme de transgression plus quotidienne, plus candide et bien plus poétique : ce qui se perdait avec la disparition de toute idée d’ailleurs, c’était le petit frisson du franchissement. Tu peux la chercher sur toute l’étendue de la Terre, ta ligne rouge, Samuel, disait Lothar : il n’y a plus, nulle part, de frontières. Et ce petit frisson, ce petit effroi de la frontière, pour chacun de nous, était d’abord affaire de langue. Car tout le monde ici, déplorait-il, parlait la même langue. Celle qui s’entendait partout à la ronde, que beuglaient les glottes allemandes, les glottes espagnoles, les glottes italiennes, danoises, chiliennes, canadiennes, britanniques, américaines : le global english."
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SepoSepo   20 avril 2014
Car les gens là-bas ne se plaignaient pas, ne geignaient pas, vous parler d'un Goulag où ils étaient nés et leurs parents morts comme une genèse naturelle, feignant parfois l'ironie, souriant souvent à demi pour retenir des larmes, et vous hochiez la tête, avec sur les lèvres un sourire, mais un sourire benêt, sans compassion, parfois même à la limite de rire franchement pour leur insuffler un zeste de cette bonne humeur dont à vrai dire vous manquiez totalement - ou alors, ils vous parlaient de la guerre et vous pensiez papy aussi a fait la guerre, sans voir qu'il y avait du Blitz au plan Barbarossa, de la drôle de guerre à la grande guerre patriotique et du STO au Goulag un abîme infranchissable et que la seule vraie frontière n'était pas sur les cartes, n'était ni naturelle ni arbitraire, n'était pas une ligne rouge bien réelle, une frontière profonde, historique, mémorielle, corporelle, qui n'avait pas tranché l'Europe car il n'y avait jamais eu d'Europe mais qui avait tranché des bras et des jambes, des cous, des cœurs, des langues, des cerveaux. Mais comment comprendre cela quand on avait encore rien vécu soi-même, né douillettement, élevé douillettement dans une Europe aseptisée, privé d'une mémoire qui s'était camouflée d'abord à l'abri de la gloire, ensuite à l'abri de la honte, décorant dans un premier temps les hommes de croix puis décorant les lieux de plaques de marbre noir - si bien que cette absence de vécu vous rendait sourd, borgne, indisponible, voir affecté de cette cécité d'âme, de cette insuffisance centrale.
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MelleFifiMelleFifi   13 octobre 2014
En me rendant sur-le-champ dans l'obscur réduit où se trouve le seul poste connecté à la toile, je vérifie cette information. En réalité, le village de P., qui s'ennorgueillit d'être le centre authetique (sic) de l'Europe, se situe au plus près du centre géométrique de l'Europe physique, c'est-à-dire de l'Europe qui va de l'Atlantique à l'Oural, précise le site. p. 34
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Charybde2Charybde2   22 avril 2014
D’un pas décidé, j’entre dans le premier hôtel qu’éclaire une lanterne et demande un lit. On veut d’abord me refuser, il est trop tard, j’insiste, on me tend, avec un soupir, une clé lestée d’une croix en plomb. En allant me coucher, je ne cesse de penser à l’Italie. Dès mon réveil, j’apprends de la bouche de l’hôtelier que j’ai débarqué dans une vieille ville danoise, que ce sont les Danois – oui, les Danois, mister, qui l’ont fondée, c’est ici même que leur serait apparu, lors d’un combat contre les tribus locales, le Danebrog, qui flotte là-haut, look mister, sur la plus haute tour des remparts. Le Danebrog ! La croix blanche sur pavillon de viande tartare ! Et dire que j’ai pensé hier soir à l’Italie ! Mais le Danemark, l’Italie, peu importe, n’est-ce pas la vieille Europe, l’Europe de Shakespeare, que je retrouve ici davantage que sur les îles, hier, qui avaient un air de Sibérie, d’Alaska, de Groenland ? Est-ce parce que j’ai débarqué dans cette ville en venant de la mer, comme ailleurs à Gênes, à Livourne, à Venise, à Portoferraio ? Est-ce parce que j’ai marché à pied depuis le port, qui se trouve assez loin du centre ? Oui, pour saisir quelque chose de cette vieille cité, pour saisir un brin du génie du lieu, il fallait refaire les pas des marchands varègues. Il fallait traverser le port, la nuit, dans le blizzard, pour éprouver devant les tourelles de la porte médiévale un sentiment dont je croyais que seules de très vieilles pierres de quelques cités reculées de Toscane, d’Ombrie, des Marches, détenaient la clé. Peu importe en fin de compte la nature, l’architecture, les paysages : l’Europe se reconnaît et se mesure à sa cadence – et cette cadence c’est la marche, la marche à pied, qui a permis à toutes ces armées de l’envahir, à tous ces réfugiés de la fuir. On ne dira jamais assez qu’il n’y a pas de meilleur moyen d’aborder un lieu donné que la marche.
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