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Critique de le_Bison


le_Bison
  16 août 2021
Une pluie glaciale suinte sur le pare-brise, coule le long des joues, comme des larmes acides. le convoi roule à petite allure, je ferme les yeux, pour ne pas voir le décor, ce paysage qui s'ouvre sur un désert de crevasses et d'éboulements, de villages abandonnés et de tristesse embrumée. Au delà du brouillard, j'imagine des corps laissés là, des charniers de la honte. Sarajevo, 120 km ; un panneau criblé de balles, il tient encore debout mais survit dans une étrange souffrance comme tout un pays. Je repense à quelques années auparavant, les Jeux Olympiques et son équipe de foot, un certain beau jeu, un style, des idées de vacances... C'était avant. L'Étoile Rouge de Belgrade m'a fait pleurer en 91, là les larmes restent présentent mais pour une guerre que l'on ne peut pas comprendre, qu'on ne peut imaginer. Mais revenons au convoi qui entrent en terre hostile - ou morte, Maud et ses compagnons d'une association caritative, deux ou trois mercenaires dont on a du mal à percer leur motivation et leur engagement. Ils pénètrent l'intérieur, grimpent à travers les montagnes, essuient le blizzard et les chutes de neige... et s'arrêtent au check-point, nom masculin d'origine indéfinie, d'une langue universelle, qui en pointillé exprime un lieu où tu ne te sens pas en sécurité, un lieu trouble sans frontière où les esprits sont à cran, le doigt sur la kalachnikov.

Jean-Christophe Rufin, ambassadeur de la littérature et de l'humanité m'embarque lors d'un de ses voyages, pas si loin de chez moi, au final, mais très loin de l'esprit de Compostelle, l'immortelle randonnée que j'avais accueilli avec un immense plaisir et une joie de vivre non retenue. Et c'est presque ça le plus triste. de sentir cette guerre juste de l'autre côté d'une frontière. D'imaginer une guerre où au final, je ne comprends pas grand-chose, la diversité ethnique semblant être à l'origine de tant de massacres dans ce bas-monde. Il y est question de souffrance et de mort, de tristesse et d'amour ; d'ailleurs, un amour peut-il naître au milieu des décombres et des charniers. L'auteur me fait ainsi partager un instant avec ces humanitaires, des êtres de chair et de coeur, mais aux motivations diverses et parfois troubles. Et dans un tel conflit, je laisse le mot de la fin à l'intéressante postface de l'auteur qui éclaire ainsi parfaitement son récit : "de quoi les victimes ont-elles besoin ? de survivre ou de vaincre ?". Qui se souvient encore de cette guerre, de l'impuissance des casques bleus, de Bernard Kouchner à la tête d'une mission de l'O.N.U. Que reste-t-il de la Yougoslavie, d'un pays qui s'est décliné - déchiré - en une demi-douzaine d'équipes nationales de foot, oui on revient toujours au foot dans ce bas-monde, la liesse du peuple.
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