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EAN : 9782070455379
288 pages
Gallimard (02/10/2014)
  Existe en édition audio
3.69/5   1398 notes
Résumé :
Jean-Christophe Rufin a suivi à pied, sur plus de huit cents kilomètres, le "Chemin du Nord" jusqu'à Saint-Jacques-de-Compostelle. Beaucoup moins fréquenté que la voie habituelle des pèlerins, cet itinéraire longe les côtes basque et cantabrique puis traverse les montagnes sauvages des Asturies et de Galice.

"Chaque fois que l'on m'a posé la question : “Pourquoi êtes-vous allé à Santiago ?”, j'ai été bien en peine de répondre. Comment expliquer à ceux... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (244) Voir plus Ajouter une critique
3,69

sur 1398 notes

BazaR
  15 janvier 2014
Jean-Christophe Rufin écrit sur son pèlerinage de Compostelle. J'aime l'auteur, j'aime la marche, je cède au succès de librairie, j'achète, je lis.
Je me régale.
J-C. (nommons-le ainsi) attaque avec un peu de morgue; "facile pour un alpiniste comme moi"; cool au début: beau paysage, solitude. Mais ça s'allonge, ça dure, ça s'arrête pas! La douleur s'insinue puis crie dans tout son corps, et faut pas lâcher, et le paysage n'aide souvent pas (bord d'autoroute, pipeline, banlieue crade, bord de mer bétonné).
Et son état d'esprit évolue, ses pensées commencent par s'effilocher, le vide s'installe dans sa tête, l'esprit religieux en profite pour s'installer avant d'être chassé par une spiritualité plus personnelle et un état que J-C. décrit comme proche du Bouddhisme. Ses descriptions sont très détaillées, et pourtant reconstruites à partir de souvenirs car Môssieur n'a rien écrit en route (ce sont les éditeurs Guérin qui l'ont convaincu). Correspondent-elles à la réalité du moment du coup? Sais pas...
Et il rencontre des gens rigolos (ou pas), des dragueurs et leur proie, des dragueuses dont il est la proie, des types plus ou moins bourrés qui se débrouillent toujours pour faire l'étape plus vite que lui, des moines convertis aux lois du marché, des chasseurs de photos qui circulent en bus, sa femme qu'il arrive à paumer sur ce qu'il croit être un raccourci...
Je suis moi-même marcheur, à un moindre niveau. Mon truc c'est plutôt les marches de nuit de 50km environ, genre Paris-Mantes. Et j'ai trouvé jouissif de retrouver des sensations ou réactions chez J-C. A moi aussi on me demande toujours "mais bon sang pourquoi tu fais ça? Y'a rien à voir la nuit! T'es maso ou quoi?" et moi non plus je ne sais pas vraiment quoi répondre. Moi aussi je suis dévoré par la douleur (car je ne suis jamais assez entrainé hé, hé!), sent le vide envahir ma tête et essaie de tenir bon jusqu'à l'arrivée où (quand je l'atteins) où je me dit qu'on ne m'y reprendra plus... et pourtant j'y retourne. Mais ce que je ne connais pas c'est la reproduction de ces sensations sur la durée. Moi après une nuit de galère je retrouve mon lit et c'est fini. Là il faut recommencer chaque matin. Gasp!
Faudra que je tente ce pèlerinage un jour... Ça me trotte dans la tête depuis longtemps. le plus dur c'est de dégage assez de temps...
Un livre qui m'a procuré une émotion proche de la complicité. Rien que pour ça ça valait le coup.
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NathalC
  25 avril 2021
Une belle aventure humaine, un aventure intérieure sur le célèbre chemin de Compostelle. Jean-Christophe Rufin nous raconte ce pan de vie de 800 km.
Il ne nous explique pas comment organiser le voyage, ce n'est pas un guide. Il nous raconte ses souvenirs, ou en tout cas une partie. Il nous emmène sur ce chemin du Nord, mais il nous emmène surtout dans ses pensées, ses sentiments, ses ressentis, ses émotions. Avec ses bons et ses mauvais côtés, cette aventure n'a pas pour but de convaincre le lecteur à la croyance, ni à le pousser à suivre ce Chemin, c'est juste un partage de souvenirs.
Le Chemin est une grande aventure avec soi-même. Et finalement, le point de départ et le point d'arrivée sont-ils vraiment importants ? L'essentiel est dans le chemin...
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LaBiblidOnee
  31 décembre 2020
Mourant d'envie d'un grand bol d'air sans attestation (entre deux repas de fête, ça ne fait pas de mal), j'ai malgré moi suivi Rufin dans sa randonnée mortelle. C'est un moment assez solennel pour un marcheur, celui d'entamer les chemins. En ce lieu paradoxal, de solitude autant que de de rencontres, le pèlerin sera aussi prisonnier de son corps douloureux, que libre dans sa tête. Chacun s'y engage pour ses raisons, en quête de choses variées, et y trouve d'autres surprises et bonnes raisons d'y revenir. Mais la question : « Pourquoi avoir eu envie de cheminer ? », la plus intéressante finalement, la plus révélatrice des besoins de notre société, ne se pose pas, entre pèlerins. Outre le fait que la réponse est éminemment personnelle, elle est également complexe et plurielle pour une rencontre minute. En bref, c'est une longue histoire. Ce qui est sûre, c'est que les longues histoires de tout le monde se retrouvent à cheminer ensemble et se croisent ici, sur ces fameux chemins de Saint Jacques de Compostelle.

« Comment s'étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s'appelaient-ils ? Que vous importe ? D'où venaient-ils ? du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est-ce que l'on sait où l'on va ? Que disaient-ils ? le maître ne disait rien ; et Jacques disait que son capitaine disait que tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas était écrit là-haut. »
Diderot, Jacques le Fataliste.

Alors il ne reste plus qu'à se demander « d'où tu viens ? », et à se souhaiter « Bon camino » ! Car même si l'on s'y croise, tous les chemins, mènent-il à Saint Jacques, ne se ressemblent pas. Ici, « chacun sa vie, chacun son chemin ». Même si vous le faites en groupe, même si chacun décide de rester au rythme des autres, que vous vous arrêtez visiter les mêmes endroits, boire aux mêmes fontaines sous le même soleil de plomb, dormir dans les mêmes auberges en subissant les mêmes ronfleurs, même si vous traversez les mêmes ruisseaux, tombez dans la même boue, vous faites courser par les mêmes vaches par temps d'orage avec votre imper rouge, prenez les mêmes fou-rires, vous abritez sous les mêmes rochers, partagez la même fiole de verveine (pas la tisane) pour vous redonner du coeur au ventre quand il est 14 heures, que vous n'avez rien mangé depuis 6 heures ce matin et que, pour des raisons trop longues à énumérer ici, vous n'avez, pour une fois, rien à manger dans aucun de vos sacs si minutieusement répartis ; même si vous avez partagé les mêmes discussions et pris les mêmes photos, malgré tout cela : Vous n'aurez jamais fait le même chemin que votre voisin. Car, outre le fait que chacun voit et ressent ce qui l'entoure au regard de son vécu et sa personnalité, le vrai chemin de Saint-Jacques de Compostelle est intérieur.

Vous suivez les mêmes petits cailloux, les mêmes marques colorées, les mêmes coquilles jacquaires. Mais au fond, vous êtes seul dans votre tête et dans votre corps. Et c'est ce qui rend votre périple unique, et l'expérience merveilleuse. Vous contre vous même. Tout contre, même.
Pour cette raison on est souvent déçu de lire l'expérience des autres : On s'attends à ce qu'ils mettent des mots sur ce que nous avons vu ou ressenti, alors qu'ils ne peuvent décrire que leurs propres visions et sentiments. J'avais lu le témoignage "En avant, route !" d'Alix de Saint André, dans un style complètement autre, que j'avais beaucoup aimé sans m'y retrouver totalement. Ici encore, je n'ai pas pu m'identifier entièrement au récit de Jean-Christophe Rufin qui, au surplus, n'a pas pris le même chemin que moi. Mais à travers quelques expériences communes à tous les pèlerins, nous partageons néanmoins des sensations dans lesquelles vous vous retrouverez peut-être aussi, ou qu'il vous plaira d'expérimenter, en livre, ou en vrai. Ce récit a donc été un bon bol d'air pur. J'ai cheminé loin et longtemps avec l'auteur. Ça fait quand même du bien ! Si vous voulez vous mettre en jambe avant de partir à votre tour, vous pouvez dévoiler le sentier masqué :



« Oui, sans doute je ne suis qu'un voyageur, un pèlerin sur la terre ! Et vous, qu'êtes-vous donc ? » (Les souffrances du jeune Werther, GOETHE)

Et vous, une expérience des chemins ? Une envie ?
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latina
  28 mars 2019
Après le chemin de « Dolce agonia », douce agonie, que j'ai suivi lors de ma précédente lecture, j'ai suivi pas à pas l'immortelle randonnée de Rufin, sur le chemin de Compostelle.
Ce fut une lecture pleine d'humour et mâtinée de réflexions personnelles, autant pour l'auteur que pour moi.

Rufin, ancien ambassadeur de France au Sénégal, académicien, reconnu par les Grands de la littérature, s'est « abaissé » au rang de simple marcheur, s'est dépouillé de tous ses oripeaux de célébrité et de richesse pour se plier à la dure loi du « Chemin », comme on dit.
Ne parlons pas des maux de dos, de pieds, de la fatigue, de la saleté, des nuits peuplées de ronflements...
Citons plutôt les différentes étapes par où passe le pèlerin : d'abord exaltation, ensuite découragement, puis mysticisme exacerbé suivi d'un détachement de pur bouddhisme, et à la fin...une grande fatigue et une fierté immense d'avoir parcouru 800 km depuis Hendaye jusqu'à Santiago de Compostela, en suivant « El camino del Norte ». Celui-ci traverse San Sebastian, Bilbao, Santander, Oviedo, Lugo, où le rejoint « El camino francés », parallèle au premier mais beaucoup plus usité.
En quête de solitude et de méditation sur lui-même, Rufin n'a pas été récompensé tout le temps, notamment en Cantabrie, où le Chemin côtoie d'innombrables pavillons de banlieue, des routes rapides, des usines... Les Asturies par contre l'ont enchanté par leurs forêts profondes et leurs grands espaces.
La ville de Santiago elle-même l'a déçu par son tourisme de masse et ses marchands du temple.

Si vous désirez partir pour ce grand voyage intérieur et social qu'est le Chemin de Compostelle ( social car il ne faut pas négliger les rencontres avec les autres pèlerins et avec les religieux les accueillant dans leurs monastères, ainsi qu'avec les tenanciers des auberges), je vous recommande ce livre, car les clichés tombent et les yeux se dessillent.
Le vrai convaincu du bien-fondé du Chemin y trouvera envers et contre tout la confirmation de ce qu'il désire ; celui qui veut faire du tourisme, par contre, sera dégoûté de ce pèlerinage pédestre.

Moi, ce que je retiens, comme Rufin lui-même, d'ailleurs, c'est la « philosophie de la mochila », càd du sac à dos: « le poids, c'est la peur », donc allégeons notre sac à dos le plus possible, car si l'on prend beaucoup de bagages, c'est que l'on a peur des aléas du voyage (un bon plan pour faire ses valises quand on part en vacances ! )
« Pendant plusieurs mois après mon retour, j'ai étendu la réflexion sur mes peurs à toute ma vie. J'ai examiné avec froideur ce que littéralement je porte sur le dos. J'ai éliminé beaucoup d'objets, de projets, de contraintes. J'ai essayé de m'alléger et de pouvoir soulever avec moins d'efforts la mochila de mon existence ».

Si ce n'est pas la philosophie du bouddhisme, cela, qu'on me le dise.
Saint-Jacques de Compostelle, un chemin catholique ? Pas que ça ! Un chemin personnel, initiatique.
Et plein d'ampoules aux pieds...
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YvesParis
  06 août 2013
Je me suis déjà vanté ici des liens d'amitié qui m'unissent à Jean-Christophe Rufin et de mon absence subséquente d'objectivité à commenter ses livres.
C'est avec la même subjectivité assumée que j'ai pris et refermé son journal de bord du pèlerinage de Compostelle. Je l'ai trouvé trop court - alors que j'avais trouvé le grand Coeur trop long. Preuve que je ne suis jamais content !
Comme tous les livres de l'académicien, celui-ci est déjà un best-seller qui truste les premières places des listes des meilleures ventes de l'année 2013 : qu'il traite du terrorisme islamique (Katiba) d'histoire médiévale (Le grand Coeur) ou de marche à pied cantabrique (Immortelle randonnée), Jean-Christophe Rufin rencontre à chaque coup un très large public - dont je me demande s'il s'agit du même public ou s'il varie d'une fois à l'autre.
Ce best-seller sera en plus un long-seller. Comme le grand Coeur qui sera vendu pour les siècles des siècles au syndicat d'initiative de Bourges, Immortelle randonnée sera en bonne place au Vieux campeur et à toutes les étapes du chemin de Saint-Jacques, disponible dans les formats les moins encombrants pour se glisser aisément dans la besace des pèlerins. Joli coup de marketing !

Qui y cherchera un guide de voyage pour accompagner son cheminement le long du chemin de Saint-Jacques sera inévitablement frustré. Sans doute ce carnet de route a-t-il pour cadre le Camino del Norte que l'écrivain sexagénaire mais néanmoins toujours ingambe a arpenté des Pyrénées jusqu'à Saint-Jacques. Mais au fond, Jean-Christophe Rufin y parle autant sinon plus de lui-même que du chemin qu'il parcourt.
Paradoxalement, il n'y met aucune morgue. Ce serait presque le contraire. Loin de se donner le beau rôle, il se donne le mauvais non sans masochisme : ampoule aux pieds, insomnie, ronflement des compagnons de nuitée, rien ne nous est épargné des tracas quotidiens du grand marcheur.
Les jaloux y verraient de la fausse modestie. Il n'en est rien. Rufin est dans ses livres comme il est dans la vie : curieux de tout et solitaire, ronchon et enthousiaste, sportif et hypocondriaque ... Tout est résumé d'une phrase : "En partant pour Saint-Jacques, je ne cherchais rien et je l'ai trouvé".
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critiques presse (8)
Chatelaine   02 juillet 2014
Un des plus célèbres au Moyen Âge, presque disparu pendant un temps, le pèlerinage à Compostelle connaît un regain de popularité et conserve, malgré un indéniable effet de mode, son aura spirituelle.
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Lexpress   02 décembre 2013
Immortelle Randonnée. Compostelle malgré moi est un livre dont l'ambiguïté est aussi fascinante que savoureuse.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Chatelaine   28 octobre 2013
800 kilomètres qu’il a parcourus par tous les temps, odyssée qu’il raconte dans ce récit passionnant où l’on retrouve sa liberté de ton, sa plume fluide et un humour salutaire.
Lire la critique sur le site : Chatelaine
LaPresse   19 août 2013
C'est un livre précieux que signe Jean-Christophe Rufin. On y trouve une ambiance, des paysages, des rencontres, des réflexions, un questionnement personnel, une perspective spirituelle.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LaPresse   12 juin 2013
Voici un livre que vous ne le quitterez pas avant la dernière page. Et ce, même si le sujet Compostelle vous indiffère.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Telerama   15 mai 2013
Drôle, brillant, généreux mais sans concession, cet étonnant carnet de route ne donne qu'une envie : tenter aussi l'aventure de Compostelle. Vite.
Lire la critique sur le site : Telerama
LeFigaro   05 avril 2013
Médecin, ambassadeur, académicien, tout récent lauréat du Prix Nomad's, le Goncourt raconte son pèlerinage. [...] De cette expérience, il en a ramené un récit rafraîchissant et plein d'humour. C'est Candide à Saint-Jacques-de-Compostelle...
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeFigaro   29 mars 2013
Mais cet homme en nage a tout de même traversé les Pyrénées, en route vers Compostelle par le chemin du nord - la montagne. À voir son air hagard, il semble avoir souffert. Et pourtant, à première vue, son récit est alerte, rempli de notations drôles et lucides. Il porte un titre intrigant: Immortelle randonnée.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (300) Voir plus Ajouter une citation
malimor1malimor1   03 janvier 2015
"Quiconque marche sur le Chemin finit tôt ou tard par penser qu'il y a été condamné. Que ce soit par lui-même ne change rien : les sanctions que l'on s'impose n'ont pas moins de rigueur, souvent, que celle qu'inflige la société.
On part pour Saint-Jacques avec l'idée de liberté et bientôt on se retrouve, parmi les autres, un simple bagnard de Compostelle. Sale, épuisé, contraint de porter sa charge par tous les temps, le forçat du Chemin connaît les joies de la fraternité, à l'image des prisonniers."


"Le Chemin est une alchimie du temps sur l'âme."


"La nuit tomba et je la contemplai avant de me coucher pour de bon. En une journée, j'avais tout perdu : mes repères géographiques, la stupide dignité que pouvaient me conférer ma position sociale et mes titres. Cette expérience n'était pas la coquetterie d'un week-end mais bien un nouvel état, qui allait durer.
En même temps que j'en subissais l'inconfort et que je pressentais les souffrances qu'il me ferait endurer; j'éprouvais le bonheur de ce dépouillement. Je comprenais combien il était utile de tout perdre, pour retrouver l'essentiel.
Ce premier soir, je mesurais la folie de l'entreprise autant que sa nécessité et je me dis que, tout bien considéré, j'avais bien fait de me mettre en route."


"A mesure que la transformation s'opère, on devient à la fois complétement étranger à ce que l'on était avant et prêt à rencontrer les autres."


"...Il me semble que le passé doit être laissé à la discrétion d'un organe capricieux mais fascinant qui lui est spécialement dédié et que l'on nomme mémoire.
Elle trie, rejette ou préserve selon le degré d'importance dont elle affecte les événements. Ce choix n'a que peu à voir avec le jugement que l'on porte sur l'instant. Ainsi des scènes qui vous ont paru extraordinaires, précieuses, disparaîssent sans laisser de trace tandis que d'humbles moments, vécus sans y penser, parce qu'ils sont chargés d'affects, survivent et renaissent un jour."

"Mais le Chemin est plus fort que ces démons tentateurs. Il est habile, il est retors : il les laisse s'exprimer, se dévoiler, croire à leur triomphe et puis, d'un coup, il éveille le dormeur qui se dresse en sueurs dans son lit. Telle la statue du Commandeur, le Chemin est là, qui pointe sur vous un doigt accusateur. " Comment ? Tu vas te dérober, connaître la honte du retour prématuré ! La vérité est que tu es un lâche. Tu as peur. Et sais-tu de quoi ? De toi-même. Tu es ton pire ennemi, celui qui fait obstacle à l'effort, depuis toujours. Tu n'as pas confiance en toi. Et moi, Saint-Jacques, je te donne l'occasion unique de te délivrer de ces entraves, de t'affronter toi-même et de te vaincre."

"Le marcheur se retrouve lui-même avec émotion comme s'il rencontrait soudain une veille connaissance. Projeté dans l'inconnu, l'ailleurs, le vide, le lent, le monotone, l'interminable, il laisse sa pensée se blottir dans l'intimité d'elle-même.
Tout devient exaltant et beau : les souvenirs, les projets, les idées. On se surprend à rire tout seul. D'étranges mimiques se forment sur le visage qui ne sont destinées à personne puisqu'on a pour seule compagnie les arbres et les poteaux télégraphiques. Le pas, c'est bien connu, agit sur la pensée comme un vilebrequin : il l'ébranle, la met en route, reçoit en retour son énergie. On avance à l'allure de ses songes et, quand ils sont lancés à plein régime, on court presque."

"Et là, dans ces splendeurs, le Chemin m'a confié son secret. Il m'a glissé sa vérité qui est tout aussitôt devenue la mienne. Compostelle n'est pas un pèlerinage chrétien mais bien plus, ou bien moins selon la manière dont on accueille cette révélation. Il n'appartient en propre à aucun culte et, à vrai dire, on peut y mettre tout ce que l'on souhaite. S'il devait être proche d'une religion ce serait à la moins religieuse d'entre elle, celle qui ne dit rien de Dieu mais permet à l'être humain d'en approcher l'existence : Compostelle est un pèlerinage bouddhiste. Il délivre des tourments de la pensée et du désir. Il ôte toute vanité de l'esprit et toute souffrance du corps, il efface la rigide enveloppe qui entoure les choses et les sépare de notre conscience ; il met le moi en résonance avec la nature. Comme toute initiation elle pénètre dans l'esprit par le corps et il est difficile de la faire partager à ceux qui n'ont pas fait cette expérience."

"Le poids, c'est de la peur."

"Pour moi, le raccourci c'est l'aventure et, quoi qu'il advienne, le bonheur."

"Certains aspects du Chemin sont un peu plus durables : pour moi, ce fut surtout la philosophie de la mochila (sac à dos en espagnol). Pendant plusieurs mois après mon retour, j'ai étendu la réflexion sur mes peurs à toute ma vie. J'ai examiné avec froideur ce que littéralement je porte sur le dos.. J'ai éliminé beaucoup d'objets, de projets, de contraintes. J'ai essayé de m'alléger et de pouvoir soulever avec moins d'efforts la mochila de mon existence."

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le_Bisonle_Bison   30 août 2013
Avec un entrainement physique minimum, il est assez facile d'affronter les journées du pèlerin. Les nuits, c'est autre chose. Tout dépend de l'aptitude que l'on a à dormir n'importe où et avec n'importe qui. Il y a beaucoup d'injustice, en cette matière : certaines personnes, à peine la tête sur l'oreiller, s'endorment profondément et un train qui passe à proximité ne les réveille pas. D'autres, dont je fais partie, sont habitués aux interminables heures passées à plat dos, les yeux grands ouverts, les jambes agitées d'impatiences. Et quand, au terme de ces longues attentes, ils finissent par s'assoupir, une porte qui grince, une conversation chuchotée, un simple frôlement suffisent à les réveiller.
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NathalCNathalC   21 avril 2021
Une étrange douceur s'était emparée de moi. Je n'avais plus mal nulle part, entraîné que j'étais par les centaines de kilomètres parcourus. Mes désirs avaient maigri plus vite que moi : ils se réduisaient à quelques ambitions, certaines faciles à satisfaire, manger, boire, un autre assez inaccessible mais j'en avais pris mon parti : dormir. Je commençai à percevoir en moi la présence d'un délicieux compagnon : le vide. Mon esprit ne formait plus d'image, aucune pensée, encore moins de projet. Mes connaissances, si j'en avais eu, avaient disparu dans les profondeurs et je n'éprouvai aucun besoin d'y faire appel. En découvrant un paysage, il ne me venait pas à l'esprit qu'il pût ressembler à la Corse ni à nul autre lieu que j'aurais connu. Je voyais tout avec une fraîcheur éblouissante et j'accueillais la complexité du monde dans un cerveau redevenu aussi simple que celui d'un reptile ou d'un étourneau. J'étais un être nouveau, allégé de sa mémoire, de ses désirs et de ses ambitions. Un Homo erectus mais d'une variété particulière : celle qui marche. Minuscule dans l'immensité du Chemin, je n'étais ni moi-même ni un autre, mais seulement un machine à avancer, la plus simple qui pût concevoir et dont la fin ultime autant que l'existence éphémère consistaient à mettre un pied devant l'autre.
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missmolko1missmolko1   29 mars 2019
Bilbao
Une semaine de marche n'est encore qu'une promenade. Longue, pénible, inhabituelle, certes, mais huit jours correspondent à une séquence de vacances. Au-delà, on entre dans un espace tout à fait nouveau. L'enchaînement des jours, la constance de l'effort, l'accumulation de la fatigue font du chemin une expérience incomparable. A Bilbao, au moment de franchir cette limite des huits jours, je me sentis pris d'un vertige. La tentation de tout arrêter était forte. Après tout, j'en avais assez vu : il me semblait avoir compris ce qu'etait le pèlerinage. Le prolonger ne me servirait de rien, sinon à accumuler des jours et des jours identiques. La pensée tentatrice me venait de tout ce que je pourrais faire d'autre, pour occuper ce temps libre. Mes pieds n'etaient pas encore cicatrisés : Ils pouvaient servir de prétexte à un retour anticipé; J'avais toujours la possibilité de revenir une autre année pour effectuer, mieux préparé, les troncons ultérieurs du Chemin et boucler ainsi par morceaux, en trois ou quatre ans, le parcours en entier.
Je pris une chambre minuscule dans une petite pension au coeur de Bilbao, histoire de disposer d'une douche et d'un lit. Dans la ruelle, au-dessous, la foule du dimanche riait et criait jusqu'à ce qu'une averse chasse tout le monde. Je somnolais en caressant la penséé consolatrice de mon retour. Dès le lendemain, j'irais me renseigner sur les trains pour la France. Je me voyais déjà confortablement installé dans un wagon qui filait vers la frontière. Je m'assoupis.
Mais le Chemin est plus fort que ces démons tentateurs. Il est habile, il est retors : il les laisse s'exprimer, se dévoiler, croire à leur triomphe et puis, d'un coup, il éveille le dormeur qui se dresse en sueurs dans son lit. Telle la statue du Commandeur, le Chemin est là, qui pointe sur vous un doigt accusateur. "Comment? Tu vas te dérober, connaître la honte du retour prématuré! La vérité est que tu es un lâche. Tu as peur. Et sais-tu de quoi? De toi-même. Tu es ton pire ennemi, celui qui fait obstacle à l'effort, depuis toujours. Tu n'as pas confiance en toi. Et mpi, Saint-Jacques, je te donne une occasion unique de te délivrer de ces entraves, de t'affronter toi-même et de te vaincre."
Alors, on va jusqu'à la salle de bains, on asperge son visage d'eau fraîche et, une fois de plus, on se soumet à la volonté du Chemin.
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le_Bisonle_Bison   07 octobre 2013
Et là, dans ces splendeurs, le Chemin m’a confié son secret. Il m’a glissé sa vérité qui est tout aussi devenue la mienne. Compostelle n’est pas un pèlerinage chrétien mais bien plus, ou bien moins selon la manière dont on accueille cette révélation. Il n’appartient en propre à aucun culte et, à vrai dire, on peut y mettre tout ce que l’on souhaite. S’il devait être proche d’une religion, ce serait la moins religieuse d’entre elles, celle qui ne dit rien de Dieu mais permet à l’être humain d’en approcher l’existence : Compostelle est un pèlerinage bouddhiste. Il délivre des tourments de la pensée et du désir, il efface la rigide enveloppe qui entoure les choses et les sépare de notre conscience ; il met le moi en résonance avec la nature.
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Vidéo de Jean-Christophe Rufin
Dans cette vidéo, l'académicien et prix Goncourt Jean-Christophe Rufin nous parle en détail du recueil 'Aventures heureuses' publié dans la collection Quarto chez Gallimard. On y retrouve 4 de ses romans historiques ('L'Abyssin', 'Rouge Brésil', 'Le Grand Coeur', 'Le Tour du monde du roi Zibeline') ainsi qu'un avant-propos de l'auteur, une préface de Sylvain Tesson, et de nombreux documents (dont des photographies et manuscrits). Voyagez à travers le temps et l'espace avec cet entretien vidéo.
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