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EAN : 9782070414185
643 pages
Éditeur : Gallimard (23/06/2000)
3.92/5   404 notes
Résumé :
Ispahan, 1721. La capitale de la Perse est au faîte de sa splendeur et de son raffinement, mais de lourdes menaces s'accumulent autour d'elle. Jean-Baptiste Poncet a trouvé refuge dans cette ville heureuse où il exerce soit métier d'apothicaire, en compagnie de sa femme Alix et de leurs enfants. Vingt ans ont passé depuis les aventures contées dans L'Abyssin. L'arrivée en ville d'un mystérieux inconnu va rompre la vie paisible de Jean-Baptiste et le précipiter, à la... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
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piccolanina
  14 septembre 2020
Orienté par le parfum subtil et suave des rosiers , Jean-Baptiste Poncet arrive dans la ville voluptueuse et mystérieuse d'Ispahan , surnommée " le Paradis le plus Haut " .
L'auteur l'annonce à la fin du roman L'Abyssin : " Alix et lui chevauchèrent jusqu'à Palmyre et , traversant tout le désert, atteignirent les marais de l'Euphrate . "
Il reprend sa profession , avec tellement de foi et de talent , qu'il devient le médecin des gens importants : marchands , diplomates , même les imams le réclament ; il ne néglige jamais le peuple qui le vénère .
Il s'enrichit avec les années , et , s'offre un vaste domaine près de la Mosquée Bleue , qu'il embellit par un énorme jardin médicinal où s'acclimatent les graines emportées lors de leur voyage .
Sa bien-aimée le seconde à merveille en cultivant des buissons de " Pompons des Princes " à la couleur tendrement rosée et à la saveur sucrée .
Le plus joli des bouquets est le fruit de leur amour , leur fille , dénommée Saba en souvenir de l'Abyssinie .
" Saba était rousse , d'un roux sans vergogne , qui claironnait sa couleur et en déclinait toutes les nuances . Tirées en queue-de-cheval , ces flammes rouges encadraient le visage de Saba comme une colère . "
L'ombre qui s'attache aux pas de l'adolescente , c'est George , jouvenceau gauche , timide , à l'allure déglinguée mais son éternel chevalier servant ; il a été adopté par les parents de la belle .
Tout leur sourit et pourtant Jean-baptiste est habité par la nostalgie de ses journées d'antan , quand il voyageait sur les routes accidentées et perfides qui l'ont conduit vers l'Abyssinie .
La chance l'avait toujours aidé mais son art de guérir également .
il pense régulièrement au Negus , mais surtout à Juremi et à Françoise , ses compagnons et complices de toutes les situations ; ils lui manquent tant .
A force d'évoquer un passé d'aventures , le diable et son train arrive enfin .
Il est convoqué par le nazir qui a fait emprisonner un homme , qui n'est pas un homme , dont seul un docteur peut discerner le sexe , donc lui , le meilleur .
D'ailleurs le captif prétend le connaître car il le nomme .
Qui mieux qu'une étrangère pouvait se déguiser malgré le risque encouru ?
Françoise !
" Dans la plénitude de la maturité , il retrouvait soudain une exaltation de jeunesse . Françoise était revenue . Elle était prisonnière , en danger , condamnée peut-être .
Et Juremy , vivant , perdu quelque part , avait besoin de son aide . Il fallait les secourir . "
Il ne doute de rien lorsqu'il part en sauveur sur les routes incertaines de l'Afghanistan et de la Russie , en compagnie de George et d'un Mongol rusé bourlingueur , serviteur de Françoise .
La route est longue et semée de périls .
Reviendra-t-il vers les siens qui subissent une ville assiégée par les Afghans , juste après leur départ .
" Eux ! Les barbares ! La Mort ! "
L'auteur a choisi la période la plus prospère de Ispahan " Ispahan la beauté , Ispahan la tendresse , Ispahan la sensualité et le raffinement , comme une jeunesse amoureuse , comme une heureuse enfant . "
Capitale de l'Iran des Séférides , elle devient la métropole des arts et des sciences islamiques jusqu'au siège des Afghans en 1722 ; ils détruisent la ville et l'envoient dans l'oubli la désolation .
Cependant malgré les thèmes graves de la guerre , de la mort et de la fin d'un règne , il nous raconte la magie des lieux par ses historiettes savoureuses ,épicées de gags .
Grâce à la richesse de ses mots qui chantent ,il enchante , enflamme l'imaginaire , le coeur et la passion , avec cette cette ironie presque sérieuse qui le caractérise .
Par ces paroles , il résume très bien sa façon de nous conter L Histoire et ses méandres :
" La vérité ! coupa le nazir . L'air tout à fait indigné . Croyez-vous un instant que je m'en soucie ? Rien n'est plus fade , plus décevant , en un mot plus inutile . Voyez-vous , Poncet , la vérité n'est pas pour les hommes . Quand même ils prétendent la découvrir ou la préserver , elle ne leur appartient jamais . Ils ne peuvent être que son esclave . Ils la subissent , la répètent , s'en affligent et finalement s'y résignent .
Tandis qu'un mensonge ! Ah , Poncet un grand , un vrai mensonge , voilà qui fait de chacun l'égal des dieux .Nous créons des mondes pour le mensonge , nous donnons vie à ce qui n'existe pas .Sans cette faculté , il n'y aurait ni génie , ni conquête , ni religion , ni amour . "


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candlemas
  09 août 2018
2ème partie de mon triptyque personnel de l'été 2018 ;
après le ciel, et avant de parler de la mer, voici le soleil :
Le soleil dont le livre de Jean-Christophe Rufin nous propose la découverte est celui de l'Ispahan du XVIIIème siècle. Cette ville perse, qui est toujours un centre important en Iran, était la capitale et la perle de l'empire Safaride à cette époque. Cette dynastie née du soufisme avait connu son apogée au XVIIIème siècle, profitant de la situation géographique remarquable de sa capitale pour maintenir son indépendance et un équilibre diplomatique entre les empires moghol et turc.
Quand se déroule notre histoire, Ispahan est en déclin, mais elle est encore une oasis culturelle et artistique, perdue au milieu du désert, que sauvegarde le Zayandeh rud, une des rares grandes rivières permanentes du plateau iranien, sans lequel la ville n'existerait sans doute pas. Bien que toute l'histoire ne s'y déroule pas, tous les personnages vont et viennent autour de ce pot de confiture, et Ispahan est donc pour moi sans aucun doute le personnage principal du roman.
Cette situation particulière du héros Ispahan explique aussi sans doute que son faire-valoir, l'apothicaire Jean-Baptiste Poncet, s'y soit installé. J'avais déjà fait connaissance avec ce personnage et sa femme Alix, dans leur jeunesse (ils ont la quarantaine dans Sauver Ispahan) aventureuse relatée das l'Abyssin. Je recommande cette lecture dont le titre complet, qui le résume bien est "relation des extraordinaires voyages de Jean-Baptiste Poncet, ambassadeur du Négus auprès de sa majesté Louis XIV".
Jean-Baptiste, qui, par sa personnalité curieuse et optimiste, m'évoque Tintin le reporter, commence à s'ennuyer dans la réussite bien établie de son couple et de ses affaires. Aussi, quand il apprend que l'un de ses vieux amis est prisonnier au fin-fond de la Sibérie, il sautera sur l'occasion pour répondre à l'appel du voyage et de l'aventure, à travers le Caucase, l'Afghanistan, et jusque dans les steppes de l'Oural. Je laisse le soin au prochain lecteur d'identifier qui me fait penser au Capitaine Haddock et à Dupond et Dupont dans on entourage...
Mais la grande Histoire n'attend pas Jean-Baptiste, et celle-ci va se faire par les héroïnes. En cela sauver Jean-Christophe Rufin s'éloigne du monde viril d'Hergé. Là où l'amitié et beaucoup de chance vont sauver Jean-Baptiste du pétrin qu'il est allé chercher au bout du monde, les femmes restées au bercail à Ispahan -Alix, mais pas que...-, se trouvent confrontées à la vraie mission : sauver Ispahan, dont le destin sembler se sceller aux quatre coins du monde d'alors, depuis Paris, Rome, Istanbul, jusque dans les montagnes d'Afghanistan. A force d'intelligence et d'amour, ces femmes parviendront-elles à rapatrier leurs hommes égarés et à sauver la perle d'Ispahan ? C'est ce qu'il restera au lecteur à découvrir au long de ces 620 pages d'aventures, inspiration au voyage.
Bien que l'Abyssin ait semble-il connu plus de succès que Sauver Ispahan (qui en est donc la suite, mais les deux peuvent tout à fait se lire indépendamment), j'ai personnellement autant apprécié cette suite. L'une des différences importantes est que l'Abyssin est inspiré du récit réel de la mission de Jacques-Charles Poncet en Abyssinie, alors que Sauver Ispahan est romancé plus librement. L'environnement historique mondial est cependant justement resitué.

Le parcours de l'écrivain s'exprime de manière évidente dans ces deux romans : médecin, ancien président d'Action contre la faim et pionnier de Médecins sans Frontières, Jean-Christophe Rufin est aussi diplômé de Sciences Politiques et a fait une carrière diplomatique, notamment en Afrique, en Bosnie, en Amérique du sud.
Le succès de l'Abyssin en 1997 l'a amené à accélérer sa production littéraire depuis les années 2000. Pour moi, Rufin perpétue la tradition des Kessel, Hemingway, Cendrars, London que j'affectionne particulièrement, écrivains humanistes qui appuient leurs romans sur la richesse d'un vrai vécu. C'est aussi visiblement un être parfois éruptif -c'est lui qui le dit dans les medias !- , resté libre au-delà de ses différentes fonctions, qu'il semble avoir traversées comme un caméléon. Cela se ressent dans ses personnages et dans la vision de la vie fraîche, optimiste, solaire, qu'il propose dans ses romans. Promis, j'irai aussi voir les Mémoires de Lorenzo Da Ponte, qu'il nous recommande à ce titre.
On l'aura compris, j'ai beaucoup d'admiration pour cet homme, proche de Sylvain Tesson et amoureux de nature et de montagne. Je l'avoue, si une de mes randos m'amenait un jour, discret comme une marmotte, à l'apercevoir écrivant sous somnifères de bon matin dans son chalet de Saint-Gervais, je serais sûrement ému comme un jeune fan : ) . Pour finir, quelques coups de gueule de JC Rufin pris sur le net dans le Parisien, dont je me fais l'écho avec plaisir :
"J'aime , J'aime pas…
Les quads
C'est un instrument militaire qui a été détourné par les civils pour rendre invivables les coins de nature les plus inaccessibles. Je me trompe certainement, mais j'ai l'impression que ces engins sont généralement pilotés par des nostalgiques de Rommel qui se croient à El-Alamein. Quand on a marché cinq heures au calme, sué sur un sentier, atteint un sommet et que l'on y trouve ces machines infernales, on sent monter en soi des instincts de chasseur préhistorique...
Ceux qui écoutent de la musique dans la nature
En allant grimper dans la montagne Sainte-Victoire, j'ai croisé des promeneurs. Ils portaient une sono débitant du rock. J'aime le rock, j'aime la montagne... mais le mélange des deux est aussi immangeable que des huîtres avec du chocolat."
Fin de la 2ème partie de mon triptyque personnel de l'été "il y a le ciel, le soleil et la mer"... je terminerai prochainement par un commentaire d'Océan Mer, d'Alessandro Barrico.
Bel été 2018 !

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Sachenka
  01 juin 2020
Sauver Ispahan, c'est d'abord et avant retrouver les héros d'un autre roman de Jean-Christophe Rufin, ceux L'Abyssin. En effet, Jean-Baptiste Poncet et Alix de Maillet, amoureux, ont tout laissé en Égypte et se sont enfuis vers l'est. Vingt ans plus tard, en aout 1721, ils sont établis dans la capitale de l'empire perse où ils vivent confortablement, entourés de leur fille naturelle Saba et d'un fils adoptif, Georges. Ils ont même leurs entrées chez le nazir, un personnage de haut rang. Partout, les médecins et les apothicaires sont en demande.
Sauver Ispahan, c'est également l'émerveillement, l'évocation de lieux, de paysages, de coutumes. Un vrai voyage dans le temps. Je me suis perdu avec les personnages dans l'animation et les dédales des cités du Moyen-Orient, près des caravansérails, des marchés aux étals attrayants. Il y a aussi la riche diversité ethnique (Persans, Afghans, Mongols, Turcs, Arméniens, Russes, sans oubliers les Francs dans leurs ambassades), les paysages montagneux du Caucase. Ces descriptions m'auront fait rêver. Encore !
Cette fois-ci, Rufin fait plonger très rapidement ses personnages dans l'intrigue et l'action. Une étrangère arrive dans les environs d'Ispahan et réclame Poncet. Une espionne ? Mais non, c'est Françoise, une vieille amie. Pour éviter tout problème en ces temps de guerre où les étrangers ne sont plus les bienvenus, l'apothicaire invente une histoire à dormir debout, une intrigue complexe de maitresse du célèbre cardinal Alberoni. Ça me semble cousu de fils blancs. Je me doute bien que l'auteur n'y recourt pas sans raison mais ça m'a semblé trop gros. La vraie raison de sa venue : retrouver son mari, Juremi, prisonnier quelque part en Russie. Ainsi, Poncet, Georges et leur guide Ali partent pour une nouvelle mission, vers le nord. Les débuts de ce voyage m'ont tenu captif. La nouveauté de ces lieux où la littérature occidentale m'a peu amené, les péripéties rocambolesques, qui alternent entre l'action et l'humour, tout me semblait propices à un bon moment de détente.
Toutefois, à partir du moment où le groupe traverse la frontière russe et chevauche vers l'est à travers la steppe, mon enthousiasme s'est atténué légèrement. C'est que le récit semblait porter essentiellement sur l'action. Je n'étais plus dans l'émerveillement devant des paysages nouveaux, des coutumes étranges (bon, peut-être un peu quand ils tombent sur des groupes de Ouzbeks). Encore plus quand les Afghans se rebellent et attaques la capitale perse. Pareillement pour Alix et Françoises, restés à Ispahan, s'enlisent dans des intrigues de palais. Même le vieux père de Maillet fait le voyage jusque là, pour des raisons autres. Je nageais à travers trop d'intrigues secondaires.
Bref, je suis content d'avoir retrouvé des personnages sympathiques et attachants (pour la plupart), des aventures excitantes et beaucoup de dépaysement, mais je reste un peu sur ma faim.
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Junie
  23 octobre 2018
Comme pour les Trois Mousquetaires, nous retrouvons nos héros vingt ans après les péripéties de leurs aventures de jeunesse. Le décor à changé mais garde son charme imprégné de décadence, de corruption et d'intrigues. Les personnages se lancent à la poursuite de projets chimériques qui leur font traverser le feu et la glace, la trahison et les angoisses de la captivité.
Naturellement toutes ces épreuves seront surmontées, grâce à la fidélité et au courage, grâce aussi à des rencontres providentielles et merveilleusement improbables.
On se fiche comme d'une guigne de savoir si Ispahan sera sauvée, et d'ailleurs, comment peut on être Persan au siècle De Voltaire?
Ce roman a l'ambition de nous faire changer de perspective: l'Europe vue depuis les plaines d'Asie, L Histoire vue selon les Turcs, les Afghans et les Perses, dont la culture et la langue étaient si mal connues. Notre apothicaire s'accommode de toutes les religions et de toutes les coutumes, et porte avec élégance le cafetan et les bottes des cavaliers de la steppe. Il chevauche le chameau et l'éléphant et ne se courbe devant aucun puissant.
Esclave ou ambassadeur, médecin ou aventurier, savant ou espion, le sieur Poncet endosse tous les costumes. Et garde un coeur d'adolescent en retrouvant sa chère Alix.
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Cacha
  21 novembre 2017
Ce roman de cape et d'épée est très bien écrit, j'apprécie toujours autant le style de l'auteur, à la fois claire et imagé.
Il s'agit de la suite de "L'Abyssin" et nous en retrouvons donc tous les personnages, plus quelques nouveaux : leurs enfants et des personnages secondaires picaresques.
Nous parcourons l'Iran, l'Arménie, la Turquie, l'Ouzbékistan et l'Afghanistan avec nos anciens héros, le docteur Poncet et sa famille, Jurémi, et quelques autres. L'histoire se passe au XVIIIème siècle, le monde est différent.
L'amour est présent et triomphant, sans que ce roman soit une bluette, nous voyageons sans cesse, quoi de mieux pour me faire rêver.
J'ai terminé ce livre "sur les chapeaux de roues ou plutôt à dos d'éléphants" pour le rendre à la bibliothèque sans amende (honorable) après prolongation, comme cela m'arrive parfois.
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Citations et extraits (65) Voir plus Ajouter une citation
candlemascandlemas   19 août 2018
Cette rencontre était affreusement gênante. Non que la dépouille fut horrible à voir. On aurait même pu lui reconnaître une certaine grâce. Le malaise venait de ce que la présence de la mort, révélée par ces chairs momifiées, rendait absolument inutiles, et même absurdes, révoltantes, les attentions dont le défun était entouré. Cette vaisselle, ce char, ces victuailles : pourquoi ? et surtout pour qui ? La croyance humaine qui les avait disposés recevait un démenti cruel. En aucun lieu du monde l'imposture de la foi n'était plus manifeste. Et pourtant, cette construction de l'esprit était tout ce qu'il restait des scythes. Leur éternité n'existait pas, mais elle ouvrait étrangement sur une autre : l 'éternité des hommes, celle qui faisait se rencontrer en cet instant un roi disparu depuis des millénaires et quatre gaillards bien vivants.
Ce roi seul, dans une tombe, n'aurait pu témoigner si puissamment de son humanité (...) toute la poignante beauté de cet endroit gisait dans cette évidence : le kourgane tout entier était un hymne à la force, à la royauté et aux dieux. Or ce n'étaient ni cette force, ni cette royauté, ni ces dieux qui avaient permis à ces hommes de survivre à travers les siècles, mais la grandeur de leurs rêves, la beauté de leur imagination et la puissance de leur art. (...) ce n'était pas une profanation, plutôt une fraternelle communion, de part et d'autre des siècles.
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piccolaninapiccolanina   03 septembre 2020
Le tenancier des lieux , un certain Paolo avait sans doute jugé prudent , en quittant ses Pouilles natales , de ne pas emporter sa cervelle : ses cheveux noirs bouclés étaient posés directement sur la ligne de ses sourcils ; on n'aurait pas pu passer un doigt entre les deux . Sa barbe , du même crin , tentait de rejoindre les autres toisons en gagnant jusqu'aux paupières inférieures .
Au demeurant , le pauvre homme était fort doux et paraissait souffrir de son physique impitoyable .
Chaque rencontre avec lui-même , le matin dans le miroir prenait , par frayeur sans doute , la sauvagerie d'un combat de rue .
Paolo en sortait tout couturé et le sang n'était pas encore sec que le poil avait déjà repoussé . P. 151
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candlemascandlemas   19 août 2018
- Alors, dit-elle quand elle fut près de lui, que t'as dit cet ambassadeur ?
- Il ne veut rien faire.
- Tu vas y aller toi-même.
Le ton d'Alix était tout à fait neutre. Il n'exprimait ni une question, ni un doute, ni un reproche. Peut-être seulement une intuition. Jean-Baptiste lui jeta un bref coup d'oeil de surprise et de curiosité.
- Tant pis, grommela-t-il, Juremi est un vieux bonhomme maintenant. Il ne voudrait pas lui-même qu'on en fasse trop. J'ai essayé. C'est impossible. Il faut s'y résigner.
Alix le regardait en formant un léger sourire mais il fuyait ses yeux. Elle le prit par la main, et après avoir forcé une légère résistance, elle l'entraina derrière elle. Ils sortirent du jardin des simples et allèrent jusqu'au banc de pierre, dans la rsoerai, où ils purent s'asseoir côte à côte. elle garda les mains de Jean-Baptiste dans les siennes. Il ne quittait pas son air boudeur.
- Ecoute moi un instant, dit-elle doucement. Tu le sais bien Jean-Baptiste : les événements disposent de nous pour presque tout. Les rares fois où il nous revient de décider librement, nous n'avons pas le droit de vouloir autre chose que le bonheur. Eh bien, le bonheur, nous ne l'aurons pas si tu restes. A chaque moment de ta vie, tu te reprocheras de ne pas avoir secouru Juremi et tu nous en voudras de t'avoir retenu. Je déteste l'idée que tu partes, Jean-Baptiste, mais tu vas partir.
Cette roseraie, à la manière persane, ne comportait point d'allée ; un gazon serré, que les domestiques coupaient au ciseau, couvrait le sol jusqu'au pied des fleurs. Sur ce fond cru, le visage clair et les bras nus d'Alix, sa gorge tendue sous la fronce du décolleté flottaient entre le terrestre et le céleste, l'humain et le végétal. Jean-Baptiste la regarda et, saisi d'une violente émotion, la serra contre lui. Il était le premier d'ordinaire à chasser la mélancolie, comme on refuse de porter une couleur qui ne vous va pas. Alix, cette fois, avait montré plus de vigilance que lui ; elle venait, en lui rappelant l'essence même de leur amour, de le ramener à l'optimisme et à la volonté. Bien sûr il était indécent de montrer trop de joie à l'idée de partir. Il n'était pas moins ridicule de cacher qu'il l'avait déjà décidé et elle l'avait fort bien compris. Donc, il partirait, il ramènerait Juremi, et au bonheur de le sauver s'ajouterait celui de retrouver Ispahan.
Déjà il sentait tous les bienfaits de cette décision. D'abord en regardant alix en respirant son parfum, en frôlant sa nuque douce de ses lèvres, il découvrait cette disposition de la mémoire particulière à ceux qui vont partir et qui comble leur esprits des choses les plus insignifiantes et qui seront demain les plus précieuses.
(...) et puis il venait une dernière objection, qu'il formula tendrement : n'allait-elle pas trop souffrir d'être séparée de lui ? Elle dit qu'elle souffrirait plutôt de le retenir.
Quand elle y pensa, par la suite, elle se dit qu'elle n'avait peut-être pas avoué toute la vérité, faute de la voir encore bien clairement. Bien sûr, pour se déterminer, elle avait d'abord pensé à Jean-Baptiste, à la nostalgie qu'il avait de l'abyssinie et des voyages, à son amitié pour Juremi, à sa liberté. Mais plus tard et peu à peu, elle avait senti que ce retour des temps troublés, aventureux, incertains comblait en elle quelque désir secret qu'elle ne s'avouait pas. Françoise auprès de Saba et Jean-Baptiste parti, elle se sentit soudain libérée comme mère et comme épouse. Quelle femme, saisie si jeune par un amour heureux et qui ne s'est point interrompu, ne rêve-t-elle pas de retrouver, si peu que se soit, l'émoi d'une première jeunesse encore inaccomplie, où la liberté ne consiste pas encore seulement à faire le bonheur d'un autre ?
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SachenkaSachenka   27 mai 2020
- La vérité, coupa le nazir, l'air tout à fait indigné. Croyez-vous un instant que je m'en soucie? Rien n'est plus fade, plus décevant, en un mot plus inutile. Voyez-vous, Poncet, la vérité n'est pas pour les hommes. Quand même ils prétendent la découvrir ou la préserver, elle ne leur appartient jamais. Ils ne peuvent être que son esclave. Ils la subissent, la répètent, s'en affligent et finalement s'y résignent. Tandis qu'un mensonge! Ah, Poncet, un grand, un vrai mensonge, voilà qui fait de chacun de nous l'égal des dieux. Nous créons des mondes par le mensonge, nous donnons vie à ce qui n'existe pas. Sans cette faculté, il n'y aurait ni génie, ni conquête, ni religion, ni amour.
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piccolaninapiccolanina   10 août 2020
Poncet se récria . Le nazir le ramena près de lui en faisant entendre quelques petits claquements de langue .
_ Bon , pas un ami , comme vous voudrez , mais peu importe . Soyez sincère . Est-elle encore... désirable ? Pensez-vous qu'Alberoni ferait un effort , un véritable effort , vous me comprenez , pour la récupérer ?
Jean-Baptiste était fort satisfait . Ce gros mérou était solidement ferré à l'hameçon qu'il lui avait lancé . Il fallait seulement prendre bien garde à ne pas trop tirer sur la ligne . Le nazir verrait sûrement Françoise . Elle avait passé la soixantaine et , bien que Jean-Baptiste la trouvât toujours belle , d'une beauté bonne , qui venait du dedans , de ce qu'il savait d'elle et qu'il apercevait derrière le détail de ses traits vieillissants , il était à craindre que le Persan ne la jugeât lui , fort cruellement . P. 55
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Vidéo de Jean-Christophe Rufin
Jean-Christophe Rufin vous présente son ouvrage "La princesse au petit moi" aux éditions Flammarion. Entretien avec Sylvie Hazebroucq.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2511283/jean-christophe-rufin-la-princesse-au-petit-moi
Note de musique : © mollat Sous-titres générés automatiquement en français par YouTube.
Visitez le site : http://www.mollat.com/ Suivez la librairie mollat sur les réseaux sociaux : Instagram : https://instagram.com/librairie_mollat/ Facebook : https://www.facebook.com/Librairie.mollat?ref=ts Twitter : https://twitter.com/LibrairieMollat Linkedin : https://www.linkedin.com/in/votre-libraire-mollat/ Soundcloud: https://soundcloud.com/librairie-mollat Pinterest : https://www.pinterest.com/librairiemollat/ Vimeo : https://vimeo.com/mollat
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