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EAN : 9782352893929
224 pages
Editions MeMo (20/09/2018)
3.84/5   70 notes
Résumé :
Du haut de ses douze ans, Milly Vodovic n'a peur de rien. Et surtout pas d'affronter Swan Cooper qui terrorise son frère aîné. Elle habite avec sa famille, originaire de Bosnie, à Birdtown, dans le quartier misérable des Plaines Rouges. La "Reine Milly" s'est inventé un monde à elle, en communion avec la nature. Un monde étrange et fascinant, mais aussi terrifiant. Car les monstres existent vraiment...

MENTION SPECIALE DU PRIX VENDREDI 2018
(Le... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
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Harioutz
  22 juillet 2019
Un drôle de roman jeunesse, plutôt destiné à des lycéens, par ses côtés sombres et les thèmes complexes qu'il aborde : l'immigration et ses effets délétères sur la 2ème génération, l'exclusion, le racisme, les petits trafics, la violence, l'adolescence, les rivalités, les premiers sentiments, l'incompréhension des plus jeunes ...
Les incursions de Nastasia Rugani dans le fantastique m'ont, tout d'abord, déroutée, puis j'ai adhéré à ses envolées et au sort de Milly Vodović qui, du haut de ses 12 ans, déploie un courage et une volonté de vivre désarmants (au sens propre comme au figuré ...).
Je dois rencontrer l'autrice en septembre (elle est invitée par mes libraires préférées), et j'ai hâte !
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Ileauxtresors
  18 mai 2019
C'est la violence inouïe des rapports sociaux contemporains qui se cristallise dans les déambulations habitées de Milly Vodovic, fille d'immigrés bosniaques – « étrange petite personne d'une douzaine d'années » qui se présente à nous comme une sauvageonne fière et indomptable, féroce et sensible, innocente et téméraire… Loin des Balkans et de leurs traumatismes, c'est désormais dans une commune rurale des États-Unis que vit la famille Vodovic. Une Amérique consumée par les clivages sociaux et le racisme, dans laquelle l'écriture expressive et percutante de Nastasia Rugani nous précipite.
Ces clivages s'incarnent douloureusement chez chacun des personnages : Milly, d'abord, qui refuse de courber l'échine et s'efforce de poursuivre son petit bonhomme de chemin avec une volonté impressionnante, alors même que les repères sont difficiles à trouver lorsqu'on est une fille déjà nostalgique de son enfance, membre d'une communauté stigmatisée alors qu'elle n'a jamais connu le pays d'origine de sa famille… Son frère Almaz, plus résigné face aux amalgames qui assimilent les musulmans aux terroristes responsables des attentats du 11 septembre. Douglas, qui grandit dans une famille pétrie de préjugés racistes mais ressent une sympathie déconcertante pour Milly et rêve d'une nouvelle vie ailleurs. Daisy, qui est sortie de la pauvreté mais lutte contre une maladie implacable. Swan, qui doute sur ses origines et ne veut pas perdre sa mère. Chacun essaie de s'en sortir à sa manière : les uns se conforment, misent sur les études et l'ascenseur social ; les autres tentent d'exorciser leurs démons par la violence. Milly, elle, se réfugie dans un imaginaire à l'image de la splendide couverture dessinée par Jeanne Macaigne : peuplé d'une faune et d'une flore luxuriantes, débordant d'incarnations métaphoriques et de toutes les possibilités que le réel n'offre pas…
Le choc de leurs destins qui se fracassent les uns contre les autres montre avec force le poids tragique des déterminismes sociaux. Mais nous donne également à réfléchir sur les pouvoirs de la création littéraire qui pourrait bien avoir le dessus, finalement.
Milly Vodovic nous fait perdre nos propres repères en nous précipitant dans un tourbillon toujours à la lisière entre réalité et imagination, à la confluence des points de vue irréconciliables des différents personnages. C'est pourquoi ce livre, à l'image de son héroïne, ne se laisse pas facilement apprivoiser, j'ai ressenti le besoin de le relire une deuxième fois pour l'apprécier pleinement et me rendre à l'évidence : Nastasia Rugani a écrit une oeuvre d'une puissance littéraire et d'une densité sociale impressionnantes, digne des grands romans sociaux américains.
Lien : https://ileauxtresors.blog/2..
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Lagagne
  13 novembre 2018
Ce roman est étrange, c'est le moins que l'on puisse dire, et déroutant, c'est certain.
Les personnages baignent à la fois dans la violence et l'onirisme, dans le quotidien glauque et l'imaginaire le plus total. Entre ce qui est réel, ce qui ne l'est pas, j'étais un peu perdue, mais Milly et les personnages aussi.
C'est un conte. Et les contes ne sont pas roses. Celui-ci est particulièrement sombre d'ailleurs. Milly apporte la touche de lumière, l'once d'espoir nécessaire pour ne pas reposer le livre, la force de tenir face à toute cette violence.
L'écriture est complexe. Je pense qu'un nombre non négligeable de lecteurs doit rester sur le bord de la route. Surtout quand on sait que c'est un livre destiné aux adolescents. Il faut s'accrocher, ou être sensible d'emblée à cet univers à mon avis. Moi j'ai dû m'accrocher. Je ne le regrette pas, mais j'ai failli abandonner plusieurs fois...
Étrange, étrange...
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Shaynning
  08 février 2021
C'est impossible se sortir indemne de ce petit roman, qui a des airs de contes, et qui malgré son classement "jeunesse", pourrait tout aussi bien convenir aux adultes par son propos. Un roman qui écorche l'âme comme une plaie à vif.
Milly vit à Birdtown, patelin états-unien où être "étranger" est une tare et une raison valable pour être ostracisé. Contrairement à son grand frère Amaz, la petite Milly est un force de la nature, d'un tempérament bouillonnant et fauve, prête à se défendre ou à défendre son grand-frère bien aimé. Même contre l'une des brutes notoires, Swan Cooper, jeune homme dont la mort prochaine de sa mère rend colérique et cruel. Quand Milly défend son frère contre lui, Swan découvre un certain intérêt pour cette petit fille hors norme et s'établit alors entre eux un rapport improbable et fragile. Pour mieux survivre à ce monde inégal et injuste, Milly s'est former un monde où contes horribles côtoient de près la Nature, où les morts laissent des traces et où les rêves entrevoient des vérités. C'est d'autant plus important pour Milly se combattre la réalité quand Amaz est retrouvé mort, fusillé. C'est une réalité qu'elle peut difficilement accepter, surtout avec un cousin qui réclame vengeance sur un meurtrier encore inconnu et une mère qui tente de faire ce qu'elle a du faire dans son pays d'origine, c'est-à-dire survivre. C'est toute une famille qui doit apprendre à composer ce drame, comme ils l'ont fait avec les autres. Pour Milly, cependant, c'est le premier. Et pas le dernier.
Roman aux tendance oniriques, parfois entre deux réalités, il m'a donné une impression de dualité, entre un monde humain et une Nature aussi impitoyables l'un que l'autre. Mais la Nature a un versant magnifique, qui tranche radicalement avec toute la laideur des rapports humains du récit. On a l'impression que tous les personnages sont fragiles, certains gavés de haine et de colère, les autres écrasés par le poids de la peur, et pourtant ils sont tous obligés d'aller de l'avant, quoiqu'il en soit.
Mais en même temps, c'est un récit qui n'est pas simple, car nous sommes plongés dans un entre-réalité et même, plus tard, dans un "entre-livre". Si c'est bien l'histoire de Milly, est-ce d'abord une histoire de Daisy? La dernière fois que je me suis retrouvée empêtré dans une histoire de cette manière, ce fut avec le film "Le Labyrinthe de Pan", une autre histoire glauque, où cruauté, Nature et Fantastique s'amalgamaient sans dévoiler ce qui est réel de ce qui ne l'est pas. Mais bon, peut-être que ce genre d'histoire n'a pas à le faire?
Les thèmes sont assez bien exploités, crus mais vifs. Deuil, racisme, les conséquences de la Guerre sur une seconde génération ( celle de Milly, Almaz et Tarek), la pauvreté, l'intolérance, la violence, la rage de vivre, l'espoir et l'amitié n'en sont que quelque uns.
C'est donc un roman assez inclassable que celui-ci, destiné à un public jeunesse plus vieux ( je dirais du niveau secondaire/Lycée) qui offre une écriture de haute voltige, assez de contenu pour amorcer des débats et des dialogues sur la société, ainsi qu'un personnage principal assez singulier. Milly est certainement l'un de ces personnage qui marque l'esprit et se démarque des autres.
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isatysjoe
  16 décembre 2018
Voilà un roman jeunesse d'une force rare. Une sorte de fable cruelle dans laquelle les frontières entre réalité et imaginaire se confondent avec subtilité pour mettre à nu les violences d'un monde d'adultes. Dans ce monde impitoyable et onirique à la fois, vit Milly Vodović, jeune adolescente au coeur rempli d'espoir et de rêves qui ne veut rien lâcher à la bêtise humaine. D'origine bosniaque, installée avec sa famille marquée par la guerre dans le sud des États-Unis à un moment où tout musulman est considéré comme terroriste potentiel suite aux événements du 11 septembre, elle se heurte à la communauté de Birdtown dans une lutte sans concession.
Nastasia Rugani nous conte son histoire avec un style foisonnant, très visuel, très sensoriel. On ressent la moiteur et l'hostilité des lieux, l'atmosphère tendue, la sauvagerie, la cruauté sournoise de certains personnages, la morgue de tout un clan et la peur soumise d'un autre. La tension est palpable de bout en bout. le drame n'est jamais loin. On retient son souffle. Aucun répit, la mort rôde, la violence peut exploser à tout moment.
Sous la plume de l'auteure naît une galerie de personnages attachants ou révulsants, décrits avec leur complexité, leur férocité, leur mal-être, leur extravagance, leur lâcheté, leurs contradictions, leurs failles, leurs espoirs, leurs rêves…
Dans chaque mot, chaque expression, chaque comparaison, chaque description, il y a une précision diabolique, une inventivité extraordinaire. Tout est ciselé pour donner corps au récit et donner le vertige aux lecteurs grâce à une mise en abyme très réussie. Deux histoires s'enchevêtrent, celle de Nastasia, l'auteure et dans le récit, celle de Daisy, femme écrivain mère d'un personnage très ambigu, Swann Cooper.
Nastasia Rugani explore des thèmes qui régissent l'humanité entière à travers les origines, la guerre, le racisme, la haine, la perte, le deuil, la fin de l'enfance et l'espoir. L'originalité tient à cette atmosphère fantastique, poétique qui parcourt le récit, avec les invasions de coccinelles qui n'apportent pas le bonheur, les Mange-coeurs, les opossums qui parlent, les fantômes, les monstres tapis dans la nuit, les chemins des forêts qui attirent, blessent, absorbent, font disparaître et réapparaître… C'est dans ce monde métaphorique du refus de quitter l'enfance que Milly Vodović, fougueuse et fragile à la fois, reine couronnée de papier et auréolée de révolte nous entraîne. Un tourbillon de vie fulgurant.
Nastasia Rugani signe là un roman tragique à l'écriture singulière et brillante.

Nastasia Rugani a reçu il y a peu de temps la Mention spéciale du Prix Vendredi et l'illustration de couverture signée Jeanne Macaigne est juste magnifique !
Merci à Babelio et aux éditions MeMo pour l'envoi de ce livre !
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critiques presse (2)
Ricochet   20 février 2019
Le dernier tiers du roman nous fait tomber de haut, ajoutant à la thématique grave des réfugiés de guerre une réflexion sur la création littéraire.
Lire la critique sur le site : Ricochet
Telerama   22 octobre 2018
Mention spéciale du prix Vendredi, ce récit poétique signé Nastasia Rugani évoque la vie difficile d’une adolescente d’origine bosniaque aux Etats-Unis. Puissant et lumineux.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
HarioutzHarioutz   22 juillet 2019
"Où est Almaz ?" demande Milly, flairant à son tour l'odeur âcre et studieuse de son frère.
Deda manque de s'asseoir à côté de la chaise dans la cuisine.
Almaz est mort, pense-t-il sans oser être celui qui sait. Parce que rien ne lui ferait plus plaisir que d'avoir tort. Se tromper, juste cette fois. Il pourrait donner sa propre vie en échange de cette erreur.

- Almaz est mort, annonce la shérif.

Aucun des trois Vodović autour de la table n'est capable de déchiffrer les sons sortant de la bouche craquelée de Mrs. Adams.
Parce que les termes choisis ne prennent pas la voie habituelle de l’ouïe. Ils pénètrent la chair, leur chair à tous les trois.
Les deux balles perforent d'abord violemment leurs bas-ventres. Sous l'impact, leurs corps basculent et dévalent les escaliers. Dans leurs chutes, leurs crânes se fracturent et leurs cous se brisent.
La bibliothécaire tente de leur venir en aide mais il est trop tard. Ils sont déjà morts. Les autorités annoncent le décès à 10h40, sur le parvis de la bibliothèque, place Saint-Bates.

Milly effleure la croûte sèche du pain de mie tranché par son frère ce matin même. Il ne peut pas être mort, il n'a pas nettoyé la nappe et sa tasse est encore sur le bord de l'évier.

Comme il n'y a ni pleurs, ni cris, ni même un clignement d’œil, la shérif recommence.

Les mots se glissent, chaque fois de la même façon, entre les veines et les nerfs. Il sillonnent les organes et s'infiltrent dans les fissures les plus intimes.
Leur cruauté n'épargne aucune cellule.

La mort d'Almaz coule désormais dans le sang des Vodović.
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letilleulletilleul   31 décembre 2018
Milly pourrait être triste, si la tragédie était héroïque, si quelqu’un pouvait lui expliquer comment et pourquoi. Or l’incompréhension forme un barrage en elle. Ses pleurs sont retenus par une nuée de rapaces en chasse, une agitation stagnante qui l’empêche de manger, de dormir, et d’accepter l’intolérable. Car malgré l’appel à témoins, le journal de Birdtown affirmait ce matin encore que la shérif n’avait pas la moindre piste. « Bien sûr, Almaz était seul au monde à l’heure de sa mort », a commenté Tarek après avoir déchiré l’article. Mais Milly est lasse des paroles aigres des Vodovic ́. Parler ne suffit plus. Il faut une explication à ces deux coups de feu. Elle ne peut pas enterrer son frère assassiné sans coupable. C’est pour cette raison qu’elle se met à courir en direction de la jeune femme.
Contrairement à ce qu’elle craignait, ni Deda, ni sa mère ne tentent de la retenir. La fuite n’est rien comparée à ce qu’ils ont vu d’étrangetés durant la guerre. Combien de fois ont-ils été hantés par cette mère hilare tenant son enfant mort dans les bras, ou ce veuf qui portait les vêtements de sa femme ? Le chagrin est un affranchi. À l’image de la mort, il ne respecte rien. S’il doit se détourner de la tombe de son grand frère, il le fera. De toute façon, il n’est pas nécessaire de comprendre ce que l’esprit a décidé pour échapper à l’horreur. Si les petites baskets crasseuses ont entrepris de fouler et d’écraser le peuple des morts pour soulager le cœur, qu’elles le fassent. « Moj mali fait comme elle peut », chuchote Deda à Tarek qui s’offense en bosniaque. « Que la vie ressurgisse au bout de sa course », espère Petra sans même regarder sa fille détaler parmi les tombeaux.
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letilleulletilleul   31 décembre 2018
Non, personne n’égale Milk. Peut être Swan, à l’époque des soufflés au fromage et ses envies étoilées. Encore que l’océan et le bonheur n’aient jamais fait partie de ses priorités. Cette fille est assurément une hallucination. Même son visage cuivré, sous la lune rose, rappelle les souterrains ornés de joyaux, où se déroulaient les contes de son enfance. Toutes ces créatures célestes et ces monstres d’outre-tombe, dans ses yeux à elle. A dire vrai, elle ressemble surtout aux lucioles du jardin de sa grand-mère. Insolites et éclatantes de couleurs, des couleurs impossibles à délaver.
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sunburnsunburn   03 janvier 2023
Il s'attendait à professeure des écoles, vétérinaire ou même cascadeuse. Non. Elle lui parle de son tee-shirt et du vidéoclip qu'il n'a jamais vu. Elle bouge les épaules en soufflant dans le goulot de la bouteille pour rythmer sa danse, et il rit de plus belle. C'est diablement tordu mais le temps passé avec elle vaut quelque chose. Il ne s'écoule pas juste pour attendre de rentrer chez soi, pour manger et dormir. Le temps avec elle se retient. Il fabrique des souvenirs. Oui, près d'elle, il a l'impression d'être neuf. De ne plus avoir de nom de famille. De ne plus être à Birdtown. Etre soi pour être soi, dans l'instant qui emporte tout sur son passage.
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IleauxtresorsIleauxtresors   17 mai 2019
Il acquiesce, puis observe longtemps le petit phénomène : les grands pieds chaussés de bottes en caoutchouc ; les genoux égratignés ; le short à rayures à peine visible sous le long tee-shirt pelucheux à l'effigie du lycée de Birdtown, sans doute des vêtements ayant appartenu à son frère ; puis le cou de la taille d'une branche de bouleau ; des cheveux raides et épais d'un noir féroce, trop courts, mal coupés, semblables aux deux peureux ; et une couronne en papier entourant son crâne.
Une étrange petite personne âgée d'une douzaine d'années.
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