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Critique de nameless


nameless
  15 septembre 2015
Ann Rule est à la littérature ce que le médecin légiste est à la médecine. Armée de son bistouri scripteur, elle dissèque des affaires, trifouille dans leurs viscères et leurs fluides, pour livrer des constatations objectives, sans jugement personnel. C'est la raison pour laquelle son style précis peut paraître aride, dépourvu d'émotions, plus proche d'un reportage que d'une bluette. D'autre part, avant d'en arriver aux événements qui constituent le sujet de ses romans, elle retrace minutieusement la biographie des principaux protagonistes afin de fournir des éléments de compréhension susceptibles d'éclairer, sans l'excuser, leur comportement au moment des faits.


Dans “En toute confiance” qui est pourtant une histoire imaginée et non un fait divers, elle utilise les mêmes techniques d'investigation et d'écriture. Les premiers chapitres sont donc une longue et méticuleuse reconstitution de la vie de Duane depuis sa naissance et même avant celle-ci, puisque le prologue daté de 1957, relate la bien triste et courte vie de Loreen, sa mère, qui sera toujours pour Duane “la seule femme et le resterait éternellement. Etourdie, indécise, craintive, trop craintive pour être là quand il avait besoin d'elle” (p. 56). Illettrée, elle même abandonnée par sa mère, Loreen s'est enfuie à 16 ans, a été recueillie par une troupe de forains, qui l'a officiellement exploitée comme danseuse. Mais c'est officieusement qu'elle monnayait son corps. C'est dans ces conditions qu'est né son fils Duane, peu avant qu'elle meure tragiquement, à 24 ans.


Avant d'entrer dans le vif de son sujet, Ann Rule présente aussi Danny et Joanne Lindstrom, couple dont l'amour s'essouffle face à leurs échecs répétés pour devenir parents. Danny, policier à Natchitat est le coéquipier de Sam Clinton. Ah Sam ! Bien que ce ne soit pas annoncé par la quatrième de couverture, j'ai vu en lui le personnage principal de ce roman, qu'il traverse de part en part, avec son humanité et sa bienveillance de flic désabusé, plusieurs fois muté, esquinté par un mariage raté et une relation sans issue avec Nina, une collègue. Réfugié dans l'alcool, il a connu de nombreuses traversées de déserts affectifs et professionnels et vit dans une caravane pourrie en compagnie de son chat. Autant incapable de se passer de femmes que de nourriture, “il les appelait toutes Mon Coeur, et ne s'engageait jamais, même s'il s'efforçait de rester assez longtemps pour qu'elles ne gardent pas le souvenir d'une aventure d'une nuit, pas assez longtemps toutefois, pour qu'elles puissent souffrir de son départ”. (p.74)


Ce n'est qu'une fois tous ces préalables accomplis, nécessaires pour comprendre comment et pourquoi les personnages vont se croiser, que peut démarrer la randonnée fatale, à partir de la page 151, dans la deuxième partie du roman intitulée Stehekin. Stehekin appartient à la chaîne des Cascades. Sauvage et montagneuse, elle était originellement peuplée par les Indiens avant qu'ils ne soient déportés dans la réserve de Columbia à l'arrivée des colons blancs, suivis de peu par des prospecteurs, puis par des industriels qui avaient flairé la bonne odeur du cuivre, chargée d'effluves spéculatives. Livrée depuis la fermeture des mines à des randonneurs expérimentés, Stehekin est enveloppée de mystère, notamment en ce qui concerne la présence, sur son territoire, de grizzlys, de crotales, de cougars. Bien que le dernier grizzly ait été aperçu dans les années 60, la crainte de sa rencontre, toujours vivace dans la mémoire collective, dope l'adrénaline des intrépides marcheurs.


Danny et Joanne entament leur escalade, et ce n'est pas un grizzly qu'ils vont croiser mais Duane, aussi redoutable, mais en plus, fou. Comme l'ours, Duane est roux, haut de 2,00 mètres, lourd, massif, indompté, rompu aux techniques de survie en milieu hostile. Etonnante, non ? Cette ressemblance entre l'homme et l'animal. Débarrassé de Danny, Duane réduit Joanne à l'état d'esclave. Pour adhérer à l'histoire, il faut admettre que sous le choc des événements dramatiques vécus, Joanne a instantanément perdu la raison. Incapable d'assimiler la violence des faits, un fusible a fondu dans son cerveau créant un court-circuit qui la coupe de l'insupportable réalité. Elle devient dépendante de Duane parce que lui seul, s'il ne la tue pas, peut la sortir de ce cauchemar. Je fais confiance à Ann Rule pour s'être parfaitement documentée avant de relater un trouble psychiatrique qui peut paraître aux lecteurs bien installés dans leur canapé, irréaliste.


J'ai apprécié cette lecture, au suspense savamment dosé, à l'écriture nette et sans bavures, et au dénouement en adéquation avec les thèmes abordés. “En toute confiance” aurait pu s'intituler “Mortelle randonnée”, mais c'est surtout à “Délivrance” de John Boorman que j'ai pensé tout au long de cette histoire.


PS : triple zéro pointé pour la 4ème de couverture, nulle et non avenue.

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