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EAN : 9782842305277
168 pages
Éditeur : Hoëbeke (29/04/2015)

Note moyenne : 3.66/5 (sur 68 notes)
Résumé :
De tous ses voyages, Paolo Rumiz nous raconte ici le plus étonnant : son premier voyage immobile. Isolé dans un phare perché sur un minuscule rocher quelque part dans la Méditerranée, avec pour seuls compagnons les gardiens. Loin de tout mais curieusement aussi au centre de tout. Un nouvel univers où plus rien ne ressemble à ce qu'il connaît, où même les étoiles semblent ne pas être à leur place. Un récit prenant, inoubliable, et un fabuleux livre de mer.
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Critiques, Analyses et Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
nadejda
  08 mai 2015
Paolo Rumiz nous dit qu'il lui a suffi de retranscrire sans les retoucher les notes qu'il a prises qui composent ce « voyage immobile » : « … je m'aperçois qu'au cours de ses journées, je m'en suis tenu au moment présent d'une manière absolue, comme je ne l'avais peut-être jamais fait de ma vie… J'ai scandé ces heures solitaires comme une horloge à balancier, et c'est pourquoi le journal que j'ai rempli n'a aucun besoin d'être retravaillé.
Il nous décrit l'environnement géographique où il a choisi de passer trois semaines mais se refuse à nous donner les coordonnées exactes du lieu où s'élève « son phare » et sa nationalité. Les quelques indices qu'il sème ne m'ont pas permis malgré la curiosité qu'il a ainsi alimentée de le découvrir. Finalement c'est mieux car le mystère reste plus grand quand il nous évoque tout ce qui naît en lui à son contact.
Un phare voué à des enchantements ensorceleurs quand il est pris dans une union étroite et passionnée avec les différents vents qui le font gémir, chanter, pleurer, donnant ainsi l'impression de se tordre sous leurs coups de boutoir qui en font une caisse de résonance conductrice de voix, celles des âmes peut-être…
Si cette réclusion à l'intérieur d'un espace restreint enflamme l'imagination et peut faire naître des visions et alimenter des peurs surtout la nuit, elle exacerbe aussi la vigilance et l'observation fine de tout ce qui vit dans l'île et au large.
Elle engendre un attachement au moindre évènement ou geste de la vie quotidienne et à ceux qui la peuple, les deux gardiens avec lesquels il déguste parfois de bons petits plats qu'eux ou lui concoctent (produits frais issus de la mer, asperges sauvages..) arrosés de malvoisie, l'âne borgne comme le phare qu'il décide de baptiser « Kyclops » grand amateur de citrons, une unique poule rescapée d'un ancien poulailler décimé par les goélands.
Le phare ce n'est pas seulement une clôture, c'est aussi un observatoire fabuleux sur l'environnement maritime, les cargos et bateaux de croisière qui croisent au large. Et quand la nuit offre un ciel dégagé, c'est alors l'illimité qui fait irruption « une extraordinaire fenêtre ouverte sur le cosmos ».
« On m'a dit : « Tu vas t'ennuyer. » Et voilà que je me retrouve sans un seul moment de calme. J'avais peur de ne pas savoir quoi écrire, et à présent je découvre que je n'ai pas assez de cahiers.(…) si on est curieux, on n'a pas assez de temps pour enregistrer tout ce qui vous environne. On passe son temps à courir partout, comme un damné. p 71
Comment pourrait-on oublier l'adieu à la lumière des goélands :
« Le piaulement par lequel les goélands saluent la mort de la lumière commence une demi-heure avant le coucher du soleil, accompagné par un tohu-bohu de vols concentriques autour de la bosse centrale de l'île.
(…) j'assiste à un spectacle inoubliable. Quand le soleil touche la mer et se teinte de bronze, il y a un hurlement général qui se prolonge jusqu'à sa disparition totale, dans un concert toujours plus violent de plaintes dantesques. Puis, le piaulement s'atténue très vite et bientôt le silence descend sur l'île du Cyclope dans son entier. » p 63 64
L'auteur (et le lecteur) auquel ce lieu a donné « un autre regard » s'en éloigne à regret.
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tamara29
  03 octobre 2020
Il a suffi du titre « Phare, voyage immobile » pour être intriguée et avoir envie de découvrir ce récit, pour lequel l'auteur, Paolo Rumiz, journaliste et écrivain voyageur italien, a reçu le prix Nicolas Bouvier en 2015. (Je ne devrais pas user du terme "écrivain voyageur", je crois qu'il n'aime pas cette appellation).
Qui n'a pas -en effet- imaginé, au moins une fois dans sa vie, d'aller vivre sur une île, séjourner dans un phare ? …ne serait-ce que pour quelques jours, si ce n'est pour toujours ?
Je ne crois pas que mes origines finistériennes et mon enfance passée près de la mer, à moins d'un kilomètre d'un phare, soient l'unique raison à un tel rêve. Une île, loin de la civilisation et du bruit, c'est tout un imaginaire : ce sont les romans d'aventure de Stevenson, HG Wells, en passant par Thoreau et les nouveaux romans de nature writing.
Rumiz choisit pour vivre ce voyage immobile, le phare d'une petite île de la Méditerranée, encore habitée par deux gardiens. Un phare dont il taira d'ailleurs le nom et les coordonnées pour en sauvegarder un peu de son mystère et de sa beauté.
De ce journal tenu durant son séjour, il en ressort un incroyable récit dans lequel il décrit avec minutie le travail des gardiens, leurs tâches quotidiennes, souvent difficiles, l'isolement et le bruit du vent à en rendre parfois fou (Petit aparté : durant la lecture, j'avais l'impression d'entendre tellement ce vent que ça a un peu calmé mon envie de long séjour).
Il part à la découverte de toute la faune et la flore vivants sur cette île : les goélands, l'âne, les chats en passant par la poule apeurée (c'est en effet la seule survivante d'un poulailler car -faute de ne plus avoir assez de poissons du fait de la pêche intensive- les goélands se sont rabattus sur les poules) (Pauvre poule ! ) Et, bien sûr, le soleil, tous les vents, les tempêtes et la mer.
On lui avait dit qu'il allait s'ennuyer à mille marin de la civilisation, enfermé dans un phare, en plein milieu de nulle part.
Tout à l'inverse, il profite de toutes ses heures et de sa solitude, loin d'internet. Il prend pleinement conscience de chacun de ses gestes, de ses regards et savoure ainsi chaque instant rendu riche et tangible.
Il réalise combien ce lieu et cette atmosphère amènent à des réflexions profondes, à une immersion intérieure, à une curiosité exacerbée, à des envies d'écriture et de lecture. Il contemple les vagues, les couchers de soleil, la puissance des éléments, parfois déchainés, écoute les lamentations du vent et les chants de la mer.
Il sait mieux apprécier les repas préparés avec ce qu'offrent la nature et l'île : les poissons, les câpres sauvages, les tomates du potager. Rumiz nous fait saliver lorsqu'il prépare du pain, les poissons pêchés par les gardiens et, plus encore, son risotto accompagné d'un petit verre de malvoisie.
Il nous fait voyager en racontant les loups des mers, les dieux de la mythologie, les légendes et ses propres périples. Et en parlant -bien entendu- des phares qu'il connaît et admire, comme l'Ar-Men sur l'île de Sein, le Fasnest en Irlande, celui des falaises de Cabo da Roca au Portugal et tant d'autres encore.
Le lecteur qui n'a pas autant voyagé, qui ne connait pas tous les termes techniques marins, tous les dieux grecs et latins, qui pense à Saint-Nicolas surtout comme celui qui offre des friandises aux enfants alors qu'il est aussi le patron des marins et navigateurs, pourrait se sentir impressionné par l'érudition de l'auteur. Et être vite plombé, largué, coulé.
Mais ce voyageur sait nous embarquer avec lui, nous amarrer à ses récits et récifs, nous hypnotiser par ses mots tels le chant des sirènes, en nous parlant des spectacles merveilleux qu'il contemple chaque jour. Et on le croit (tant il nous enchante !) lorsqu'il nous raconte combien il a été heureux pendant ces quelques semaines ! Il nous a fait rêver de voyages et d'un ailleurs, tout comme les gardiens des phares, ces gardiens des lumières.
Par ces passages empreints de poésie, d'embruns et de beauté, comme il fut agréable de faire ce voyage immobile avec cet écrivain. J'ai pensé à lui en regardant cet été le coucher de soleil près du phare que je connais depuis que je suis haute comme 3 pommes. Et même sans verre de Malvoisie avec moi, cette soirée-là avait un goût encore plus délectable que les fois précédentes.
J'ai rêvé de ces moments de solitude, entourée de la mer, plongeant mes yeux dans l'horizon. J'ai rêvé d'un tel voyage immobile.
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Kickou
  13 juillet 2019
Voilà, je suis revenu, après avoir passé trois semaines sur cette île, d'1 kilomètre de long sur 200 mètres de large « au milieu de la Méditerranée ». Vous pouvez penser que je me suis ennuyé, et bien pas du tout, j'étais en bonne compagnie, celle de Paolo Rumiz, que je commence à connaitre un peu (L'ombre d'Hannibal et Aux frontières de l'Europe), des deux gardiens du Phare et d'une colonie de goélands.
Paolo Rumiz a l'érudition communicative et la curiosité contagieuse, alors tout y passe ; La faune (oiseaux de mer, âne non-bâté ...), la flore (y compris celle du potager), la cuisine (risotto et poissons), l'Histoire et les histoires (de marins surtout), la météo (les vents des quatre points cardinaux), le ciel et ses étoiles, la littérature (Derek Walcott) et la Lingua Franca que tous les marins et commerçants de la Méditerranée comprenaient jusqu'au 19ème siècle. Car la Méditerranée fût pendant des siècles « un pont », elle est aujourd'hui une frontière, une frontière meurtrière, l'actualité nous le rappelle chaque jour.
Paolo Rumiz ne nous dit pas où se trouve précisément cette île, il n'en donne pas le nom, mais curiosité oblige ... comme il nous donne quelques indices, avec mon vieil atlas ; je l'ai trouvé (Euréka !), Là ... ce tout petit point, mais je n'en dirai pas plus. Heureux qui comme Paolo, a fait un beau voyage, et son lecteur avec lui. Allez, salut.
P.S. : Ce bouquin est paru chez Hoëbeke dans la collection Étonnants Voyageurs dirigée par Michel le Bris, et lorsque je vois la liste des titres et des auteurs de cette collection j'ai l'espoir de faire encore de beaux voyages.
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Renatan
  09 mars 2016
« J'ai bien fait de venir ici tout seul, pour le premier voyage immobile de ma vie »
« Les archipels de l'âme sont infiniment plus mystérieux et compliqués que les vrais rêves »

Qui ne s'est jamais imaginé au moins une fois dans sa vie vivre isolé sur un grand caillou entouré d'eau? Une île déserte, seul au monde, avec comme unique boussole le vent iodé des embruns de la mer. Marcher sur des terres vierges, libres et sauvages, en capturant le moment présent dans l'unique frontière de l'imprévisible, libéré de toutes contraintes. C'est ce qu'a fait Paolo Rumiz lors de son premier voyage immobile, isolé dans un phare au milieu de la Méditerranée. Seul ou presque, avec uniques habitants le gardien et son adjoint, des boucaniers vivant de la pêche et de l'air du temps, aussi discrets que solitaires.

« C'est un de ces lieux qui te font comprendre que, au-delà de la lumière de ton existence, il existe le néant incommensurable… Cet à-pic est la représentation du mystère, tu es devant quelque chose qui ridiculise les malheurs des hommes »

« Ici, il faut savoir se résigner aux ajournements et aux attentes, et même prendre le goût des errances et du périple. »

Sans télé ni aucun moyen de communication – à part une petite radio à ondes courtes - l'écrivain-voyageur a consacré ses jours à l'exploration de son nouveau milieu de vie. Il a contemplé les étoiles, admiré les soleils couchants sur la mer, observé les oiseaux et, même, apprivoisé un âne borgne amoureux fou des citrons. Sans oublier Cassandre, une vieille poule solitaire… Mais avant tout, Paolo Rumiz s'est passionné de « vents », ceux qui secouent violemment les fenêtres et vous incitent à rester à l'abri.

« Chaque vent déchaîne en toi une tempête de sentiments inattendus »

Qu'il s'agisse de sirocco, de nevera, de tramontane, de levante ou de levantazzo, il en parle avec une poésie qui donne envie de pleurer d'émotion, tant c'est beau…

« ce vent d'est humide et infâme est une lamentation, une migration d'âmes mortes, il vous pousse dans les cavernes inexplorées de votre for intérieur » - le levantazzo

« c'est un vent chargé de lumière et de reflets, qui anime la mer de vagues fréquentes et riches d'écume, qui gorge nos rochers de couleurs, qui porte des semences de myrte et de romarin, qui mûrit les figues de Barbarie et les raisins, qui ensanglante de coquelicots les champs de blé, qui féconde la mer de nouveaux poissons… » - le levante

Seul avec lui-même dans l'un des phares les plus hauts du monde, affrontant les pires tempêtes de vent aussi bien que l'accalmie des jours, Paolo Rumiz réinvente un environnement à l'image de ses bousculements intérieurs. Avec lui, on est emporté par des vagues d'émotions fortes. Pour peu que l'on se ferme les yeux quelques instants, c'est un roman que l'on contemple en paysages, émus par la beauté des lieux. L'auteur colore ses mots d'un discours anti-modernisme où il s'oppose notamment à la pêche industrielle « qui vide la mer », puis aux GPS qui tuent à petits feux ces « gardiens de la lumière »…

« Il m'a suffi de m'arracher au vacarme de la terre ferme, à la tempête des SMS, à l'overdose de données, aux débilitantes musiques de supermarché, et de venir sur une île déserte. Là tout est évident. Il y a un système qui nous abrutit de calmants, qui nous maintient dans un état de confusion mentale, dans le but précis de ne pas nous laisser comprendre qu'un gang de pillards est en train de dévorer le monde. Derrière la guerre en Irak, derrière la Syrie, l'Ukraine, les Balkans, derrière tous les « ismes » et les drapeaux, les nations et les religions, il y a toujours cet accaparement éhonté des dernières ressources de la planète. »

Sweet manU, le King des marais de Charente, rêve parfois de déserter son marais à grenouilles pour vivre « sur un îlot désert de toute présence humaine ». Un grand merci de m'avoir permis ce voyage immobile…

« Je reste comme un naufragé, ballotté par la tempête de mes pensées »

Le phare, voyage immobile. Et mon coeur y est encore…
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manU17
  04 juillet 2015
Régulièrement, je me rêve vivant sur un îlot désert de toute présence humaine. Un morceau de terre plutôt rocheux, à la nature sauvage, sans âmes qui vivent. Un endroit coupé du monde, au calme, sans contrainte, avec du temps pour lire, pour écrire, pour penser.
C'est tout naturellement que mon choix s'est porté sur le livre de Paolo Rumiz, le phare, voyage immobile lors de la dernière Masse Critique de Babelio.
Écrivain voyageur, Paolo Rumiz décide un jour de rallier une langue de terre rocheuse dominée par un phare quelque part au milieu de la Méditerranée, endroit qu'il garde délibérément secret. Son envie de préserver l'île apporte une sympathique petite touche de mystère. A noter que l'île n'est pas totalement déserte mais uniquement habitée par les gardiens du phare toujours en activité.
"Les gardiens de phare sont des hommes durs, rivés à leur récif. Monarques absolus de leur territoire et pourtant, en même temps, reclus à l'intérieur de ses limites."
Outre l'aspect rêvé de l'expérience, Paolo Rumiz nous livre aussi ses doutes, ses inquiétudes, ses réflexions, laissant libre court à ses pensées comme on le ferait dans un carnet de voyage. La nature qui parfois n'hésite pas à reprendre ses droits est évidemment au coeur de ses préoccupations.
"Par cette soirée où il fait un temps de chien, à l'intérieur de cette lanterne à la merci des brisants, je sens mon univers à la dérive comme je ne l'ai encore jamais senti."
Quand les éléments se déchainent, de paradisiaque, il arrive que le lieu semble devenir hostile. La danse des goélands, un plat de poisson, le lever du jour ou un inoubliable coucher de soleil feront oublier tout ça. de son oeil de cyclope, le monstre de pierre veille…

Lien : http://bouquins-de-poches-en..
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critiques presse (1)
Bibliobs   19 août 2015
Prix Nicolas-Bouvier 2015, le beau récit de Paolo Rumiz ne vous laissera rien ignorer des lanternes et des goélands, des orages épouvantables et des aubes magiques au milieu de la mer.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (38) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   06 mai 2015
L’île est un capteur dans l’univers qui l’entoure. Je veux dire par là qu’on n’a pas besoin de savoir, parce qu’on perçoit. De là-haut, par exemple, je les vois, les officiers des navires qui repèrent ma lumière. Je touche les radars qui signalent ma présence aux navigateurs. J’entends les cris des hirondelles qui mettent le cap sur ce rocher pour y passer la nuit pendant leur migration. Je parviens à capter parfaitement Radio Malte, qui diffuse le bulletin des déplacements de bateaux transportant des désespérés d’Afrique du Nord. Avoir la vision d’ensemble : voilà ce que signifie pour moi la perception pélagique du monde. A Berlin, on ne peut pas le comprendre, ni même à Rome ou à Paris, parce que la culture est une culture de terre ferme. On n’y a pas de visionnaires, on n’y a que des analystes dans leurs fichus bureaux d’étude. p 89
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nadejdanadejda   08 mai 2015
Ce n'est pas sans raison que le mot "âme" vient du grec anemos, le vent. Et même dans mon phare, le vent joue avec les âmes.
(...) Ce n'est pas de la peur, plutôt la crainte de rompre un sortilège. Je m'aperçois que le phare pleure, littéralement. Il est envahi par une plainte qui vient de partout et de nulle part, il gémit dans ses articulations les plus secrètes, il émet un son de baryton, prolongé et troublé par une infinité de grincements, semblables aux couinements d'une souris ou aux interférences d'une radio. La tour solitaire, au sommet de la montagne, sert à répercuter des sons d'outre-tombe, c'est une antenne synchronisée sur des fréquences que les vivants n'entendent pas. p 118 119
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nadejdanadejda   06 mai 2015
En quelques minutes on passe de la Cornouaille à la mer Egée, et le levante se manifeste dans toute sa splendeur. C'est un "vent chargé de lumière et de reflets, qui anime la mer de vagues fréquentes et riches d'écume, qui gorge nos rochers de couleurs, qui porte des semences de myrte et de romarin, qui mûrit les figues de Barbarie et les raisins, qui ensanglante de coquelicots les champs de blé, qui cuit le front et la nuque des pêcheurs, qui féconde la mer de nouveaux poissons...il souffle toujours sur nous même si les millénaires ont passé, même si la Grèce n'est plus que ruines. Nous continuerons de puiser dans le levante la chaleur et la vie." Lire le livre d'Antonio (Mallardi) dans ce phare, sur cet îlot et avec ce vent, c'est assurément tout à fait différent. p 19
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UnhomosapiensUnhomosapiens   26 août 2018
Quand je me suis embarqué pour la traversée jusqu'à cette île, j'ai vu sur la jetée une demi-douzaine de vieux, de rugueux loups de mer, assis avec leur vin, leur chapelet à la main. Ils ne disaient rien, ils regardaient les reflets de l'eau à travers les fentes de leurs yeux. Qui sait quelles pensées abyssales, qui sait quelles histoires, quels souvenir, quels océans ? Aujourd'hui, je me demande : Et si derrière ces regards, il n'y avait que le néant de l'oubli, le cours silencieux du Léthé, la reddition face à l'absurdité du monde ? Et si les goélands, avec leur œil jaune et indifférent, avaient déjà tout compris sans l'aide d'Aristote, de Voltaire ou de Galilée ?
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nadejdanadejda   06 mai 2015
De même que le vent du nord, le grecale, qui souffle du nord-est , vous exalte, il lave l’âme et nettoie les pensées. On le comprend rien qu’à son nom. Mais le levantazzo, ce vent humide et infâme, est une lamentation, une migration d’âmes mortes, il vous pousse dans les cavernes inexplorées de votre for intérieur, il vous donne le sentiment de n’être qu’un misérable rien-du-tout face à l’immensité de la nature. Sur l’île, je me trouve peut-être devant cette chose qu’on cherche à tout prix à nous cacher et qui pourrait nous sauver du naufrage : le sens de la limite. Que cela nous ferait donc du bien, un peu de crainte saine et superstitieuse du courroux de Dieu — ou des dieux — afin de nous guérir de cette morgue obscène qu’engendre notre conviction d’être sûrs de nous et rassasiés, dans un monde ampli de vacarme et de démence. p 11
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Videos de Paolo Rumiz (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Paolo Rumiz
Lors de l'émission “Hors-champs” diffusée sur France Culture le 1er janvier 2015, Laure Adler s'entretenait avec l'écrivain et voyageur, Paolo Rumiz dans le cadre de la série “Sans excédent de bagages : écriture et voyage”.
Il n’aime pas le terme d’écrivain voyageur. « Tous les voyageurs sont des écrivains et tous les écrivains sont des voyageurs (…) Tout est voyage, la vie est voyage ». Il nous parle de sa ville d’origine : Trieste, située tout près de la frontière d’avec la Slovénie. Une frontière, bâtie le jour de sa naissance, à l’origine de son « inquiétude migratoire ». À la chute de celle-ci, il repart : « je voulais éprouver encore une fois dans ma vie le vrai frisson d’une frontière à dépasser… ». Il se focalise alors sur les frontières de l’Union Européenne, une démarche à l’origine de son livre « Aux frontières de l’Europe ». « On aime toujours plus les détours » que la ligne directe. « On voyage avec le corps, avant de voyager avec la tête… » Il évoque ses voyages à vélo, en voiture, avec son fils... Lors de ses voyages, les sens sont essentiels, de manière très active. « Tu deviens le monde ». Les ouvrages de Nicolas Bouvier sont ses livres de chevet : « les choses qu’il dit restent sculptées dans la mémoire… » Il nous parle encore de ses souvenirs de correspondant de guerre dans les Balkans, en Afghanistan : où il s’est confronté aux concepts du bien et du mal, de l’humilité, du courage, de la mélancolie… Plutôt que journaliste, il se voit plus comme « anthropologue »… « Les lieux parlent… » « Il faut écouter son corps, c’est le corps qui décide… » Il évoque aussi Claudio Magris, ses films, le rapport à la mort et à la vie, le manque de solidarité, les populismes d’aujourd’hui… « Les politiciens voyagent toujours en avion, jamais dans le train, ils ne fréquentent jamais les gares… » Avec « Pô, le roman d’un fleuve », il a voulu voir ce monde depuis un « un endroit libre », pour constater un « naufrage métaphorique »… « Normalement on voit le naufrage depuis la terre. J’ai vu le naufrage depuis l’eau… » Ce voyage fut aussi « une redécouverte de la mer ». « J’ai commencé à vraiment voyager dans ce fleuve quand j’ai compris que ce n’était pas un lieu mais une personne… » Il aime lire en voyageant, comme à l’occasion de son livre « L’Ombre d’Hannibal » : « il est très important de faire réagir le livre avec le paysage. Ca permet de comprendre (…) L’important c’est de croire. Nous, nous avons cru et le voyage a démarré… » « Quand tu réveilles le nomade qui est en toi, c’est difficile de le forcer à redevenir sédentaire. Le vrai problème d’un voyage ce n’est pas le départ, mais l’arrivée… » Il faut alors que le voyage « recommence dans la mémoire », par l’écriture… Paolo Rumiz aime aussi « les voyages de l’âme »…
Thème(s) : Arts & Spectacles| Littérature Contemporaine| Littérature Etrangère| Voyage| Paolo Rumiz
Source : France Culture
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