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ISBN : 2842305272
Éditeur : Hoëbeke (29/04/2015)

Note moyenne : 3.55/5 (sur 37 notes)
Résumé :
Paolo Rumiz n’en est pas à son premier voyage, lui qui a longé les sept mille kilomètres des frontières de l’Europe, de l’Arctique à la mer Noire, traversé les Balkans, franchi les montagnes à la recherche d’Hannibal, descendu le cours du Pô… Et pourtant il s’apprête en ce printemps 2014 à vivre le plus étonnant d’entre eux. Son premier voyage immobile. Isolé dans un phare perché sur un rocher au milieu de la Méditerranée, avec pour seuls compagnons les gardiens. Et... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
nadejda
  08 mai 2015
Paolo Rumiz nous dit qu'il lui a suffi de retranscrire sans les retoucher les notes qu'il a prises qui composent ce « voyage immobile » : « … je m'aperçois qu'au cours de ses journées, je m'en suis tenu au moment présent d'une manière absolue, comme je ne l'avais peut-être jamais fait de ma vie… J'ai scandé ces heures solitaires comme une horloge à balancier, et c'est pourquoi le journal que j'ai rempli n'a aucun besoin d'être retravaillé.
Il nous décrit l'environnement géographique où il a choisi de passer trois semaines mais se refuse à nous donner les coordonnées exactes du lieu où s'élève « son phare » et sa nationalité. Les quelques indices qu'il sème ne m'ont pas permis malgré la curiosité qu'il a ainsi alimentée de le découvrir. Finalement c'est mieux car le mystère reste plus grand quand il nous évoque tout ce qui naît en lui à son contact.
Un phare voué à des enchantements ensorceleurs quand il est pris dans une union étroite et passionnée avec les différents vents qui le font gémir, chanter, pleurer, donnant ainsi l'impression de se tordre sous leurs coups de boutoir qui en font une caisse de résonance conductrice de voix, celles des âmes peut-être…
Si cette réclusion à l'intérieur d'un espace restreint enflamme l'imagination et peut faire naître des visions et alimenter des peurs surtout la nuit, elle exacerbe aussi la vigilance et l'observation fine de tout ce qui vit dans l'île et au large.
Elle engendre un attachement au moindre évènement ou geste de la vie quotidienne et à ceux qui la peuple, les deux gardiens avec lesquels il déguste parfois de bons petits plats qu'eux ou lui concoctent (produits frais issus de la mer, asperges sauvages..) arrosés de malvoisie, l'âne borgne comme le phare qu'il décide de baptiser « Kyclops » grand amateur de citrons, une unique poule rescapée d'un ancien poulailler décimé par les goélands.
Le phare ce n'est pas seulement une clôture, c'est aussi un observatoire fabuleux sur l'environnement maritime, les cargos et bateaux de croisière qui croisent au large. Et quand la nuit offre un ciel dégagé, c'est alors l'illimité qui fait irruption « une extraordinaire fenêtre ouverte sur le cosmos ».
« On m'a dit : « Tu vas t'ennuyer. » Et voilà que je me retrouve sans un seul moment de calme. J'avais peur de ne pas savoir quoi écrire, et à présent je découvre que je n'ai pas assez de cahiers.(…) si on est curieux, on n'a pas assez de temps pour enregistrer tout ce qui vous environne. On passe son temps à courir partout, comme un damné. p 71
Comment pourrait-on oublier l'adieu à la lumière des goélands :
« Le piaulement par lequel les goélands saluent la mort de la lumière commence une demi-heure avant le coucher du soleil, accompagné par un tohu-bohu de vols concentriques autour de la bosse centrale de l'île.
(…) j'assiste à un spectacle inoubliable. Quand le soleil touche la mer et se teinte de bronze, il y a un hurlement général qui se prolonge jusqu'à sa disparition totale, dans un concert toujours plus violent de plaintes dantesques. Puis, le piaulement s'atténue très vite et bientôt le silence descend sur l'île du Cyclope dans son entier. » p 63 64
L'auteur (et le lecteur) auquel ce lieu a donné « un autre regard » s'en éloigne à regret.
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Kickou
  13 juillet 2019
Voilà, je suis revenu, après avoir passé trois semaines sur cette île, d'1 kilomètre de long sur 200 mètres de large « au milieu de la Méditerranée ». Vous pouvez penser que je me suis ennuyé, et bien pas du tout, j'étais en bonne compagnie, celle de Paolo Rumiz, que je commence à connaitre un peu (L'ombre d'Hannibal et Aux frontières de l'Europe), des deux gardiens du Phare et d'une colonie de goélands.
Paolo Rumiz a l'érudition communicative et la curiosité contagieuse, alors tout y passe ; La faune (oiseaux de mer, âne non-bâté ...), la flore (y compris celle du potager), la cuisine (risotto et poissons), l'Histoire et les histoires (de marins surtout), la météo (les vents des quatre points cardinaux), le ciel et ses étoiles, la littérature (Derek Walcott) et la Lingua Franca que tous les marins et commerçants de la Méditerranée comprenaient jusqu'au 19ème siècle. Car la Méditerranée fût pendant des siècles « un pont », elle est aujourd'hui une frontière, une frontière meurtrière, l'actualité nous le rappelle chaque jour.
Paolo Rumiz ne nous dit pas où se trouve précisément cette île, il n'en donne pas le nom, mais curiosité oblige ... comme il nous donne quelques indices, avec mon vieil atlas ; je l'ai trouvé (Euréka !), Là ... ce tout petit point, mais je n'en dirai pas plus. Heureux qui comme Paolo, a fait un beau voyage, et son lecteur avec lui. Allez, salut.
P.S. : Ce bouquin est paru chez Hoëbeke dans la collection Étonnants Voyageurs dirigée par Michel le Bris, et lorsque je vois la liste des titres et des auteurs de cette collection j'ai l'espoir de faire encore de beaux voyages.
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Renatan
  09 mars 2016
« J'ai bien fait de venir ici tout seul, pour le premier voyage immobile de ma vie »
« Les archipels de l'âme sont infiniment plus mystérieux et compliqués que les vrais rêves »

Qui ne s'est jamais imaginé au moins une fois dans sa vie vivre isolé sur un grand caillou entouré d'eau? Une île déserte, seul au monde, avec comme unique boussole le vent iodé des embruns de la mer. Marcher sur des terres vierges, libres et sauvages, en capturant le moment présent dans l'unique frontière de l'imprévisible, libéré de toutes contraintes. C'est ce qu'a fait Paolo Rumiz lors de son premier voyage immobile, isolé dans un phare au milieu de la Méditerranée. Seul ou presque, avec uniques habitants le gardien et son adjoint, des boucaniers vivant de la pêche et de l'air du temps, aussi discrets que solitaires.

« C'est un de ces lieux qui te font comprendre que, au-delà de la lumière de ton existence, il existe le néant incommensurable… Cet à-pic est la représentation du mystère, tu es devant quelque chose qui ridiculise les malheurs des hommes »

« Ici, il faut savoir se résigner aux ajournements et aux attentes, et même prendre le goût des errances et du périple. »

Sans télé ni aucun moyen de communication – à part une petite radio à ondes courtes - l'écrivain-voyageur a consacré ses jours à l'exploration de son nouveau milieu de vie. Il a contemplé les étoiles, admiré les soleils couchants sur la mer, observé les oiseaux et, même, apprivoisé un âne borgne amoureux fou des citrons. Sans oublier Cassandre, une vieille poule solitaire… Mais avant tout, Paolo Rumiz s'est passionné de « vents », ceux qui secouent violemment les fenêtres et vous incitent à rester à l'abri.

« Chaque vent déchaîne en toi une tempête de sentiments inattendus »

Qu'il s'agisse de sirocco, de nevera, de tramontane, de levante ou de levantazzo, il en parle avec une poésie qui donne envie de pleurer d'émotion, tant c'est beau…

« ce vent d'est humide et infâme est une lamentation, une migration d'âmes mortes, il vous pousse dans les cavernes inexplorées de votre for intérieur » - le levantazzo

« c'est un vent chargé de lumière et de reflets, qui anime la mer de vagues fréquentes et riches d'écume, qui gorge nos rochers de couleurs, qui porte des semences de myrte et de romarin, qui mûrit les figues de Barbarie et les raisins, qui ensanglante de coquelicots les champs de blé, qui féconde la mer de nouveaux poissons… » - le levante

Seul avec lui-même dans l'un des phares les plus hauts du monde, affrontant les pires tempêtes de vent aussi bien que l'accalmie des jours, Paolo Rumiz réinvente un environnement à l'image de ses bousculements intérieurs. Avec lui, on est emporté par des vagues d'émotions fortes. Pour peu que l'on se ferme les yeux quelques instants, c'est un roman que l'on contemple en paysages, émus par la beauté des lieux. L'auteur colore ses mots d'un discours anti-modernisme où il s'oppose notamment à la pêche industrielle « qui vide la mer », puis aux GPS qui tuent à petits feux ces « gardiens de la lumière »…

« Il m'a suffi de m'arracher au vacarme de la terre ferme, à la tempête des SMS, à l'overdose de données, aux débilitantes musiques de supermarché, et de venir sur une île déserte. Là tout est évident. Il y a un système qui nous abrutit de calmants, qui nous maintient dans un état de confusion mentale, dans le but précis de ne pas nous laisser comprendre qu'un gang de pillards est en train de dévorer le monde. Derrière la guerre en Irak, derrière la Syrie, l'Ukraine, les Balkans, derrière tous les « ismes » et les drapeaux, les nations et les religions, il y a toujours cet accaparement éhonté des dernières ressources de la planète. »

Sweet manU, le King des marais de Charente, rêve parfois de déserter son marais à grenouilles pour vivre « sur un îlot désert de toute présence humaine ». Un grand merci de m'avoir permis ce voyage immobile…

« Je reste comme un naufragé, ballotté par la tempête de mes pensées »

Le phare, voyage immobile. Et mon coeur y est encore…
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manU17
  04 juillet 2015
Régulièrement, je me rêve vivant sur un îlot désert de toute présence humaine. Un morceau de terre plutôt rocheux, à la nature sauvage, sans âmes qui vivent. Un endroit coupé du monde, au calme, sans contrainte, avec du temps pour lire, pour écrire, pour penser.
C'est tout naturellement que mon choix s'est porté sur le livre de Paolo Rumiz, le phare, voyage immobile lors de la dernière Masse Critique de Babelio.
Écrivain voyageur, Paolo Rumiz décide un jour de rallier une langue de terre rocheuse dominée par un phare quelque part au milieu de la Méditerranée, endroit qu'il garde délibérément secret. Son envie de préserver l'île apporte une sympathique petite touche de mystère. A noter que l'île n'est pas totalement déserte mais uniquement habitée par les gardiens du phare toujours en activité.
"Les gardiens de phare sont des hommes durs, rivés à leur récif. Monarques absolus de leur territoire et pourtant, en même temps, reclus à l'intérieur de ses limites."
Outre l'aspect rêvé de l'expérience, Paolo Rumiz nous livre aussi ses doutes, ses inquiétudes, ses réflexions, laissant libre court à ses pensées comme on le ferait dans un carnet de voyage. La nature qui parfois n'hésite pas à reprendre ses droits est évidemment au coeur de ses préoccupations.
"Par cette soirée où il fait un temps de chien, à l'intérieur de cette lanterne à la merci des brisants, je sens mon univers à la dérive comme je ne l'ai encore jamais senti."
Quand les éléments se déchainent, de paradisiaque, il arrive que le lieu semble devenir hostile. La danse des goélands, un plat de poisson, le lever du jour ou un inoubliable coucher de soleil feront oublier tout ça. de son oeil de cyclope, le monstre de pierre veille…

Lien : http://bouquins-de-poches-en..
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zellereb
  06 octobre 2016
Ce petit livre est une bouffée d'air pur, c'est l'air du large qui ouvre votre porte. Paolo Rumiz, écrivain-voyageur, fait un séjour dans un phare méditerranéen, un voyage immobile de 3 semaines. C'est là que, coupé du monde, dans un coin du phare où il loge, il écrit ce récit.
Ce quotidien qui sort de ses habitudes le fait témoigner, et j'aime beaucoup ce qu'il nous dit sur le personnage du gardien de phare, dont nous savons peu de choses, tant il est discret, enfermé dans cette tour éloignée dans les flots.

Un phare est comme un bateau amarré au port.

« La nuit, cependant, reste étrange. On a l'impression que l'île navigue. »

Dans ces pages, le vent se déploye de plusieurs façons, charriant des images lyriques provenant d'autres lieux, que l'on regrette, que l'on invoque et dont on rêve. Des odeurs de bonne cuisine flattent nos narines. Les simples choses du quotidien sont évoquées, au travers d'un bout de jardin. L'épouse du gardien est également omniprésente. Il est agréable de s'imaginer en quoi peut consister la vie d'une famille cachée à l'intérieur de ce bâtiment, le phare.

C'est une lecture plaisante et poétique que je conseille vivement.
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critiques presse (1)
Bibliobs   19 août 2015
Prix Nicolas-Bouvier 2015, le beau récit de Paolo Rumiz ne vous laissera rien ignorer des lanternes et des goélands, des orages épouvantables et des aubes magiques au milieu de la mer.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
Wendat69Wendat69   10 juillet 2019
Les phares sont de trois types: "le paradis" qui se situe de façon confortable sur la sur la terre ferme; "le purgatoire", accroché aux derniers promontoires rocheux; et "l'enfer", perdu au large, sur un îlot inhabité. Eh bien, on dit que qui a vécu la troisième de ces expériences, la plus extrême, devient une espèce de mage. Les vieux marins savent que le gardien d'un phare entretient une relation privilégiée avec l'ailleurs, qu'il est un être spécial qui a franchi le seuil de l'indicible. C'est comme s'il voyait des choses que les autres ne verront jamais, souvent c'est un homme renfermé, un homme qui se retranche dans le silence.
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Wendat69Wendat69   09 juillet 2019
C'est un vent chargé de lumière et de reflets, qui anime la mer de vagues fréquentes et riches d'écume, qui gorge nos rochers de couleurs, qui porte des semences de myrte et de romarin, qui mûrit les figues de Barbarie et les raisins, qui ensanglante de coquelicot les champs de blé, qui cuit le front et la nuque des pêcheurs, qui féconde la mer de nouveaux poissons... le vent de notre antique civilisation, sous lequel s'ouvrirent les voiles d'Ulysse et de Diomède, il souffle toujours sur nous, même si les millénaires ont passé, même si la Grèce n'est plus que ruines.
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Wendat69Wendat69   10 juillet 2019
Il a lancé une prophétie: "Tu ne t'ennuieras jamais. L'endroit est grand comme un mouchoir de poche, mais un mois ne te suffira pas pour l'explorer". Il a cédé à l'émotion: "C'est un lieu que la raison ne peux pas contrôler, chaque jour est différent, chaque vent déchaîne en toi une tempête de sentiments inattendus."
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Wendat69Wendat69   09 juillet 2019
Sur l'île, je me trouve peut-être devant cette chose qu'on cherche à tout prix à nous cacher et qui pourrait nous sauver du naufrage: le sens de la limite. Que cela nous ferait donc du bien, un peu de crainte saine et superstitieuse du courroux de Dieu.
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nadejdanadejda   06 mai 2015
L’île est un capteur dans l’univers qui l’entoure. Je veux dire par là qu’on n’a pas besoin de savoir, parce qu’on perçoit. De là-haut, par exemple, je les vois, les officiers des navires qui repèrent ma lumière. Je touche les radars qui signalent ma présence aux navigateurs. J’entends les cris des hirondelles qui mettent le cap sur ce rocher pour y passer la nuit pendant leur migration. Je parviens à capter parfaitement Radio Malte, qui diffuse le bulletin des déplacements de bateaux transportant des désespérés d’Afrique du Nord. Avoir la vision d’ensemble : voilà ce que signifie pour moi la perception pélagique du monde. A Berlin, on ne peut pas le comprendre, ni même à Rome ou à Paris, parce que la culture est une culture de terre ferme. On n’y a pas de visionnaires, on n’y a que des analystes dans leurs fichus bureaux d’étude. p 89
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Videos de Paolo Rumiz (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Paolo Rumiz
Paolo Rumiz lors de la présentation de son magnifique livre de voyage "La Légende des montagnes qui naviguent".
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