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A. Nasier (Traducteur)
ISBN : 2266098047
Éditeur : Pocket (02/03/2000)

Note moyenne : 3.57/5 (sur 176 notes)
Résumé :
A l'aube d'un matin d'hiver, un jumbo jet explose au-dessus de la Manche. Au milieu de membres humains éparpillés et d'objets non identifiés, deux silhouettes improbables tombent du ciel : Gibreel Farishta, le légendaire acteur indien, et Saladin Chamcha, l'homme des Mille Voix, self-made man et anglophile devant l'éternel. Agrippés l'un à l'autre, chantant à qui mieux-mieux, ils atterrissent sains et saufs, ô miracle, sur une plage anglaise enneigée...

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Critiques, Analyses & Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
Luniver
  27 avril 2014
En commandant les Versets sataniques, vous n'êtes jamais perdant : si le livre est bon, vous aurez passé un bon moment ; sinon, il vous reste toujours la possibilité d'assassiner l'auteur, et d'empocher les 3,3 millions de dollars de prime promis par l'Iran, ce qui devraient largement compenser les frais d'achat du livre.
De quoi parle ce livre exactement ? C'est assez difficile à définir. L'histoire tourne autour de deux hommes, Gibreel, acteur indien célèbre, et Saladin, doubleur de voix expatrié en Angleterre. Seuls survivants d'un accident d'avion, le premier s'identifie à l'archange Gabriel, tandis que le second subit quelques transformations désagréables, comme la pousse de cornes, de queue, ou des sabots à la place des pieds. Leur opposition prolongera le combat éternel entre le Bien et le Mal.
À partir de là, Rushdie laisse son imagination vagabonder, toujours à la frontière du réel et du merveilleux : problèmes familiaux, déchirement des émigrés, réécriture personnelle de la rencontre entre l'archange Gibreel et le prophète Mahound/Mahomet, péripéties d'une secte moderne qui pense pouvoir rejouer la séparation des eaux de Moïse, … Quand j'ai tenté de résumer le livre à quelques amis curieux, j'ai dû me contenter d'une succession de demi-phrases inachevées, à chaque fois convaincu que je n'avais pas choisi la bonne approche pour le décrire.
Peut-on comprendre la colère qu'a suscité ce livre (en admettant que ceux qui s'estiment offensés l'aient effectivement lu) ? Encore une fois, difficile de répondre de manière tranchée. D'un côté, Rushdie se place dans une « réalité parallèle » dans une bonne partie de son livre, notamment pour parler de la religion : le nom du prophète, ainsi que des éléments biographiques, sont modifiés et des passages sont clairement issus de sa seule imagination. D'un autre côté, ces petits changements n'empêchent pas de savoir de qui on parle. Toujours est-il que je serais curieux de savoir pour quelles raisons précises ce livre a été condamné, car elles ne me semblent pas évidentes du tout.
En ce qui me concerne, je laisserai la prime de côté pour l'instant, car j'ai passé un très bon moment avec ce livre. Son histoire mouvementée ne doit pas le réduire à un livre contre, ni même sur la religion. Rushdie nous entraîne dans un imaginaire très personnel, riche et complexe. de quoi donner envie d'en découvrir plus avec un second livre.
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Foxfire
  24 juin 2016
Oubliez tous les scandales liés à la connerie de quelques excités qui ne supportent pas qu'on évoque leur croyance autrement que comme une vérité immuable. Ne lisez pas "les versets sataniques" en espérant y trouver un texte polémique. le roman de Rushdie n'est pas un pamphlet. le roman de Rushdie, c'est de la grande et belle littérature.
Bien sûr, la religion est un des thèmes du livre. Mais c'est loin d'être le seul, une multitude de sujets sont abordés. "Les versets sataniques" m'apparait avant tout comme un roman sur le thème du déracinement, de l'identité. Les personnages qui peuplent le récit sont tiraillés entre leur identité d'origine et leur culture d'adoption. Cette dualité les enrichit, les inspire, les déchire, les transforme aussi. Ce sujet, intemporel, universel, est magnifiquement traité de façon originale.
Le roman fourmille de références culturelles, historiques. le récit, touffu, dense, promène le lecteur d'une époque à une autre, d'un bout du monde à l'autre, du monde réel au monde des rêves des personnages. On s'y perd parfois un peu. "Les versets sataniques" est une lecture exigeante qui demande au lecteur une forte implication. Mes conditions de lecture ne sont pas vraiment optimales pour ce genre d'oeuvres (je lis principalement dans les transports en commun) et j'avoue ne pas avoir tout saisi. Mais j'ai adoré me laisser porter par cette histoire riche et intense et par l'écriture de Rushdie. Je ne connais pas la littérature indienne, et même si Rushdie écrit en anglais, son récit et son écriture m'ont semblé correspondre à l'idée que je me fais de l'Inde : foisonnement, couleurs, poésie, chaleur, violence aussi...
"Les versets sataniques" est un roman envoutant et admirablement bien écrit qui m'a donné envie de découvrir d'autres oeuvres de l'auteur.
Challenge Pavés 2016 - 8
Challenge Atout prix 2016 - 5 (prix Whitbread 1988)
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Aaliz
  14 février 2014
Chronique à ne pas lire si vous souhaitez lire ce livre en le découvrant pleinement car j'y évoque dans les grandes lignes quelques points de l'intrigue.

Décidément, je semble avoir un sérieux penchant pour les romans riches et complexes. Les Versets Sataniques, c'est le genre de roman dont on peut être certain qu'on ne s'ennuiera pas à la relecture, bien au contraire, on risque probablement d'y découvrir de nouveaux détails, de nouveaux clins d'oeil, de nouvelles pistes de réflexion.
Lire ce roman nécessite de gros efforts intellectuels tant sur le plan de la concentration que de la réflexion.
Comprendre, voilà le défi qu'on se lance en se plongeant dans les pages de l'oeuvre de Rushdie, comprendre ce qu'il a voulu dire, comprendre en quoi ça a pu choquer et provoquer les évènements que l'on connaît, cette fatwa lancée par l'ayatollah Khomeini, ces assassinats ( les traducteurs italiens et japonais, le recteur de la mosquée de Bruxelles), émeutes et manifestations, autodafés, sans parler de l'impact sur la vie de Rushdie et sa famille.

Un avion à destination de Londres explose en plein vol à la suite d'une attaque terroriste. Deux hommes survivent : Gibreel Farishta et Saladin Chamcha. le premier est un acteur très célèbre en Inde, une véritable icône de Bollywood. le second, indien également, vit en Angleterre et travaille dans le doublage de voix. Tous deux survivent à l'explosion mais non sans conséquences. Saladin voit son corps se métamorphoser : cornes, poils drus sur tout le corps, queue, sabots. Face à cette incarnation du Cheytan ( le Diable), Gibreel, qui avait perdu la foi, est victime de rêves curieux et d'hallucinations, le voilà dans la peau de l'Ange Gibreel, l'Ange de la révélation des versets coraniques au prophète Mahound.

Non, je ne me suis pas trompée, c'est bien ainsi que le nomme Salman Rushdie. Car entre les chapitres relatifs aux aventures des deux personnages principaux, Rushdie nous emmène, à travers les rêves de Gibreel, au temps des débuts de l'Islam et nous transmet donc de façon romancée la légende, rapportée par Tabari, des versets sataniques, épisode très controversé et non authentifié de l'histoire de la Révélation.

Du fait qu'il s'agisse d'une légende, Salman Rushdie a modifié certains points comme le nom du prophète, ici Mahound, le nom de la ville de la Mecque, ici Jahiliya ( qui désigne en réalité la période préislamique, celle où , à La Mecque, on vénérait les idoles), le nom du principal adversaire du prophète Abou Sofiane, ici nommé Abou Simbel en référence aux temples égyptiens dédiés au culte du pharaon Ramsès II ( le pharaon supposé avoir chassé Moïse et les Juifs d'Egypte).
Il est donc indispensable pour comprendre pleinement ces chapitres de bien connaître l'histoire du prophète et de l'Islam à ses débuts. D'autant plus qu'il y a certaines choses qui sont erronées, je ne sais pas du tout si c'est intentionnel ou non. Mais je le précise afin que les futurs lecteurs ne prennent pas tout pour argent comptant. Il s'agit d'une version fictionnelle et modifiée pour les besoins du roman de la vie du prophète Muhammad.

Londres, La Mecque mais aussi la pampa argentine, Bombay et l'Inde, l'Himalaya et l'Everest, autant dire que l'auteur nous fait voyager. On est trimballé dans le temps, dans l'espace sans ménagement. Ce roman foisonne donc de lieux, mais aussi de personnages, de thèmes, de réflexions, d'évènements, de références culturelles aussi bien historiques que religieuses, mythologiques et littéraires ( les Mille et une nuits en particulier mais bien d'autres également). La construction et le style n'aident pas le lecteur à s'y retrouver. Salman Rushdie semble s'amuser à nous désorienter, passe d'un sujet à l'autre sans crier gare, nous ressort un détail évoqué quelques 300 pages auparavant ( et on se casse la tête à le retrouver parce que, bon, mince, ça nous dit quelque chose ça, c'était où, qui, comment ? zut quoi !) Comment ça je n'étais pas assez concentrée ?? Je vous mets au défi de lire ce roman sans vous y perdre ne serait-ce qu'une fois ! Mais, heureusement, j'aime ça, ça m'amuse autant que l'auteur qui a su me surprendre plus d'une fois et qui a l'art et la manière de nous faire devenir chèvre (ou bouc ?) en ménageant ses effets tel un magicien.

Un magicien qui sait ce qu'il fait ( Rushdie a travaillé 4 ans sur ce livre), tout est réfléchi, rien n'est anodin. A l'exemple de cet épisode où Gibreel rêve d'un petit village indien dont les habitants sont envoûtés par une jeune femme – prophétesse qui les convainc de partir en pèlerinage à La Mecque à pied et que pour cela, Dieu fera s'ouvrir la mer devant eux. Vous riez ? Eh bien, sachez que Rushdie s'est inspiré d'un fait réel ( daté de 1983 et les pauvres bougres sont tous morts noyés). de nombreux éléments du roman trouvent leur origine dans la réalité, le personnage de Gibreel Farishta fait référence à un célèbre acteur indien en vogue à l'époque, l'une de ses hallucinations mettant en scène un imam exilé opposé à une impératrice dont il prend la place au lendemain d'une révolution est une allusion évidente à Khomeini et la révolution iranienne de 1979. le contexte politique et social de l'Angleterre est également très présent, notamment la question de l'immigration.

« Alors c'est comme ça que vous accueillez les nouveaux venus. Pas comme des égaux, mais comme des gens qui doivent faire ce qu'on leur dit. »

Les Versets Sataniques, c'est le roman de l'adversité, de la lutte : les musulmans contre les incroyants, le fils contre le père, le mari contre sa femme, le blanc contre le noir, le Bien contre le Mal …Roman de la lutte et de tout ce qui s'y rattache : la vengeance, la trahison, la jalousie, le pardon. Et Salman Rushdie de nous montrer que rien n'est tout blanc ou tout noir, il détruit des préjugés à travers l'exemple de cette famille indienne musulmane établie en Angleterre dont le père est un croyant fervent. On pourrait supposer son épouse soumise ( gros cliché très courant concernant les musulmanes) mais bien au contraire, c'est une vraie matrone ! Ses filles sont la parfaite illustration de l'intégration aux moeurs occidentales.
Salman Rushdie dénonce l'intolérance, le racisme, le fanatisme religieux. Mais à travers Saladin, celui qui se voulait plus britannique que les britanniques, il montre le conflit intérieur dû à la confrontation entre deux cultures.

Je m'arrête là car je pourrais en parler encore pendant des pages et des pages. Et pourtant, j'avais effectué une première tentative de lecture, soldée par un abandon au bout du premier chapitre. Un chapitre plutôt farfelu, qui, associé au style très libre de Rushdie, m'avait effrayé.
Cette fois-ci, je suis allée au bout et j'ai véritablement adoré ma lecture. On oscille entre rêve et réalité, on se sent parfois perdu mais Salman Rushdie nous ramène toujours vers le chemin. On sent qu'il a mis de lui dans ce roman ( dans lequel il s'est attribué un rôle bien précis), sa propre expérience nourrissant son propos.

Etant musulmane reconvertie et confrontée moi aussi à deux cultures, ce roman a pris pour moi beaucoup de sens. Oui, c'est vrai, Salman Rushdie malmène le prophète et la religion musulmane mais je n'ai pas senti de haine ni de volonté clairement affichée de l'attaquer de la part de l'auteur. C'est surtout le fanatisme et l'extrémisme qu'il pointe du doigt.
Premièrement, il s'agit d'un roman, d'une fiction et deuxièmement, il évoque des points sur lesquels n'importe quel croyant a pu se poser des questions. D'ailleurs, le Coran invite très souvent le croyant à raisonner et réfléchir. Comment réfléchir sans se poser de questions et donc douter ?
Et puis très sincèrement, je vois des commentaires dans les médias bien plus irrespectueux et insultants envers l'Islam que ce qu'a écrit Salman Rushdie dans ce livre. Mais je pense qu'il est tout de même primordial de bien connaître les bases de l'Islam et de son histoire avant de commencer la lecture de ce roman.

Les Versets Sataniques restera assurément pour moi un roman inoubliable, une grande expérience littéraire à renouveler.
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Malivriotheque
  23 octobre 2013
Gibreel et Saladin sont dans l'avion qui les ramène à Londres quand celui-ci, sous le coup d'une attaque terroriste, explose en plein ciel. Aucun survivant, si ce n'est les deux compatriotes hindous qui voient leur vie transformée dès lors qu'ils touchent pied à terre...
Oh - My - God (ah pardon, ai-je blasphémé ?). Quand on ouvre les Versets sataniques, on ne s'attend pas à ça. Mais qu'est-ce donc que ce "ça" ? Une lecture compliquée générée par une écriture "fouilleusement" détaillée, une narration qui oscille entre omniscience de l'écrivain/omniscience des personnages, un style indirect-libre incommode, répondant à un stream of consciousness particulièrement personnel et alambiqué, le tout servi par un découpage difficilement appréhendable et des situations absurdes.
Et puis, et puis... Y a-t-il réellement besoin de garder ces 740 pages ? le récit ultime - celui qui vous fait ouvrir le livre, votre curiosité ayant été attisée autant par la sinistre renommée de son auteur que par le sujet - ne tient à tout casser que sur 300 pages, ce qui fait que comme des épisodes de Sunset Beach ou Amour, gloire et beauté, vous aurez beau sauter des feuilles et des feuilles, vous n'en aurez pas perdu une miette. Au contraire, vous vous serez épargné de lourdes sessions de lecture soporifique. Pour résumer : le lecteur lambda assez inculte des problèmes et enjeux religieux et historiques (et on ne peut pas lui en vouloir, vu la prise de tête constante qui anime notre monde contemporain) qui se jouent dans ce récit risque fortement d'abandonner sa lecture s'il n'opère pas de la sorte.
Quel est donc l'attrait de cet ouvrage mystérieux ? Les deux premières parties vous perdent complètement, jusqu'à ce que la troisième vous révèle le potentiel à venir (et c'est d'ailleurs là que vous comprenez quelles sont les parties à "zapper" pour que cette lecture reste un minimum agréable et intéressante). Gibreel et Saladin se voient métamorphosés en ange et démon, tels des incarnations des soi-disant Bien et Mal, sauf que l'on réalise avec Rushdie (lequel fait des apparitions fortuites mais à la fois amusantes et perturbantes) que le Bien, la religion, n'est finalement pas le chemin qui mène à l'absolue vérité, ni à la paix intérieure ; tout comme le Mal, l'impie qui renie ses origines et refuse toute grâce déiste, voit sa vie injustement chamboulée mais finalement récompensée par l'apaisement et la stabilité, malgré des souffrances. Il est à la fois aisé et extrêmement ardu de saisir pourquoi l'auteur fait l'objet d'une fatwa, sans doute parce que même si notre pays est censé être majoritairement peuplé de chrétiens, notre état et notre formation restent laïques pour qui le choisit (en ce qui concerne la formation), et surtout nous vivons dans un état de droits, y compris le droit à la liberté de penser (il n'empêche que par crainte d'insultants et dédaigneux commentaires, j'ai pris soin de cacher ma lecture dans les transports en commun, vu les extrémismes qui malheureusement traînent dans notre société). Rushdie s'interroge simplement sur le but de la religion, ses effets (positifs et néfastes), ses impacts ; questions légitimes à tout un chacun, pour qui se cherche et sonde le sens de la vie. Il n'y a de mon point de vue aucun mal à cela. Maintenant, si certains états pro-religieux considèrent que c'est une atteinte au Coran que de "jouer" avec les prédications de Dieu, alors nous pouvons essayer de comprendre l'offense. Toutefois, avec mon background laïque et mon état de droits, je pense qu'il faut bien être frileux et intolérant pour réagir de la sorte (tout comme je pense que je pense ainsi parce que je suis athée et que l'athéisme aide à la tolérance).
Certains passages dans lesquels par exemple Gibreel joue à Dieu et recrée le monde (en l'occurrence Londres) sont très intelligents. La fin m'a par contre gênée, dans la mesure où Rushdie décrit parfaitement la fin de vie difficile du père de Saladin, moment pénible à lire pour qui a vécu la même chose tant l'auteur sait décrire le réel. C'est d'ailleurs perturbant, sachant que l'intégralité du roman vacille entre réalité et fiction, rêve et cauchemar vivant...
En conclusion, j'ai le sentiment que Rushdie est parti dans un délire personnel indéniablement spirituel mais diablement écrit et laborieusement abordable pour le commun des mortels.
Lien : http://livriotheque.free.fr/..
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UglyBetty
  03 mai 2015
God bless you ...lui dit la reine!
"Tombés des nues : une énorme explosion,un big bang suivi d'étoiles filantes. Un commencement universel, l'écho miniature de la naissance du temps... le jumbo jet Bostan AI-420, explosa sans prévenir,très haut au dessus de la cité(...) et l'air pur se remplit de corps,qui descendaient de l'Everest de la catastrophe vers la paleur laiteuse de la mer.
(...) "Vole" hurla Chamcha à Gibreel, mets-toi à voler tout de suite" et il ajouta sans savoir d'où cela venait:"Chante"..."
La fable s'ouvre sur une chanson de Gibreel Farischta, jaillissant du fond des nuages : " Pour renaître (...) il faut d'abord mourir. Ho, hi ! Avant de se poser sur le sein de la terre, il faut d'abord voler. Ta- taa Takadoum ( Progrès) . Comment sourire à nouveau si l'on ne veut pas pleurer d'abord? ...° Si tu veux renaître, baba...."
Et c'est ainsi que tout au long de la partie intitulée: "l'ange Gibreel", le récit oscille entre la chute angélico-satanique et le rappel des souvenirs de la vie des deux personnages à Bombay.
S'arracher par nécessité, par accident ou par plaisir à un espace auquel on s'est habitué, à la chaleur familière, pour un autre, est un fait qui soumet toute personne à diverses pulsions, à de multiples brûlures, d'interrogations et à la manifestation de plusieurs états d'âmes... le désir de retour, d'évasion, d'oubli, de souvenirs rythme la vie quotidienne de l'exilé..
C'est en quelque sorte à cette situation que sont confrontés les deux personnages Saladin Chamcha et Gibreel Farishta et, chacun traverse à sa manière l'épreuve du déracinement.
Le premier finira par se réconcilier avec lui-même, en revanche le second deviendra la proie d'une extrême déchirure telle qu'elle le ménera au suicide.
La condition, de l'expérience de ce déracinement, est constituée dans une narration qui se tisse dans un emboitement de contes de dialogues et de rêves éveillés.Quelque chose des "Millle et une nuits"...
Et, à travers les dédales de la mise en abîme, se dessine une réflexion sur les éléments de la personnalité des protagonistes et une analyse des fondements de deux cultures avec leurs vices et leurs vertus; deux mondes : L'Inde et l'Angleterre.,l'Orient et l'Occident.
C'est là, la perspective nodale, dans l' approche de la lecture des Versets Sataniques.
Mais Rushdie déplace le récit sur la transcendance et le déracinement existentiel, et il fait preuve d'une grande audace, en ayant recours à l'usage des événements inauguraux de l'Islam dans un récit de fiction burlesque.
A l'instar de Rabelais,il se sert du réalisme au seul bénéfice de son imagination.
le roman doit son titre à une sourate du Coran relatant l'épisode où le prophète, trompé par Satan, voue un culte aux figures polythéistes pré-islamiques,dénonçant le message vicié, révélé à Mahomet et porté par le livre sacré.
Ce feuilleton allégorique illustre la lutte éternelle du Bien et du Mal, à travers deux personnages, Gibreel Farishta - qui représente l'ange Gabriel - et Saladin Chamcha - l'incarnation terrestre du Diable.
Il y a certainement un peu de Salman Rushdie dans Saladin Chamcha, indien anglophile en conflit avec ses origines, mais c'est le personnage de Gibreel qui est le plus intéressant,et sera, par là même, le plus décrié par les Islamistes.
Les anges sont-ils des démons déguisés?
le racisme sous le gouvernement Thatcher, y est aussi évoqué lors du long périple et des mauvais traitements subis par Chamcha, qui devient "l'insecte" sur le plancher du car de police". Mais, c'est par l'art de la digression de Rushdie que cette situation est décriée:
"Ils nous décrivent, chuchota l'autre d'un ton solennel. C'est tout.
Ils ont le pouvoir de la description et nous succombons aux images..."
le récit de Rushdie rappelle aussi, l'univers chimérique de Cervantes,en alternant le réel et l'onirique, le rationnel et l'irrationnel,dans une configuration où interfèrent le fait divers, le propos symbolique ou mythique, le souvenir d'enfance, le motif historique, le signe politique.
Des voix s'entremêlent dans l'évocation des rencontres féminines des deux personnages. Avec Saladin Chamcha dans l'incarnation du diable,objet d'obsession sexuelle et de toutes les perversions. le langage évolue alors en images...
La description de l'Imam est digne d'une satire à la Jonathan Swift, usant du jeu de la mystification et de la parodie,le narrateur traite avec ironie le dogmatisme religieux, et en dénonce l'onde tragique en cours.
"Dans les rares occasions où l'Imam sort prendre l'air de Kensington, au centre d'un carré formé par huit jeunes hommes portant des lunettes noires et des costumes où l'on distingue des bosses, il croise les mains et les fixe des yeux, pour qu'aucun élément, aucune particule de cette ville haïe - cette fosse d'iniquités- qui l'humilie en lui offrant un refuge, ce qui l'oblige à un sentiment de reconnaissance malgré sa luxure, son avarice et sa vanité, ne puisse lui tomber comme une poussière, dans l'oeil".
On rapporte que L'Ayattollah Khomeiny s'est reconnu dans ce portrait, ce qui l'aurait poussé à édicter sa fatwa le 14 février 1989. Joyeuse St Valentin !
le "Retour à la Jahilia" (Ignorance) marque la mort du poète Baâl qui s'opposait à la Soumission que le prophète Mahound a réussi à imposer.
Baâl a rejoint, dans sa clandestinité, un bordel et s'est marié à ses douze prostituées qui ont changé leur vrais noms pour porter chacune celui des femmes de Mahound.
Et c'est à ce moment là, que le personnage Salman le Perse se révolte contre l'autorité de ce prophète. Cette partie du récit a attisé les foudres des islamistes.
le récit s'achève sur le suicide Gibreel à Londres et le drame de la noyade des fidèles à "la prophétesse" Ayesha - Iznogoud-
Et le retour du fils indigne- Chamcha- auprès du père mourant à Bombay.
Les démons peuvent ils "s'angeliser"?
"Kan ma kan fi qadim azzamane"...
Ce fut ainsi, ce ne fut pas ainsi, dans les temps d'autrefois...
Un roman "modern'retro" délirant et enchanteur...Je dis ça,je dis rien et c'est pas rien de le dire...
J'ai une pensée pour Pascal:"L'homme n'est ni ange ni bête,mais le malheur a fait que celui qui veut faire l'ange,fait la bête."
NB:L'auteur dit avoir puisé son inspiration de "l'oeuvre majeure" de Laurance Sterne, "Vie et opinions de Shandy Tristam,le gentleman" publiée en 1776 en France,en 9 volumes.D'après wikipedia.Je ne connaissais pas,mais ça me semble très intéressant..
Merci à Ahasverus !

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Citations & extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
LybertaireLybertaire   03 février 2012
Il regardait beaucoup la télévision d’un œil, en sautant d’une chaîne à l’autre, car lui aussi appartenait à la culture actuelle de la télécommande comme le gosse porcin du coin de la rue ; lui aussi pouvait comprendre, ou au moins avoir l’illusion de comprendre, le monstre vidéo composite qu’il faisait naître en appuyant sur un bouton… quel rouleau compresseur cette télécommande, le lit de Procuste du XXe siècle ; il découpait le lourd en tranches fines et aplatissait le léger jusqu’à ce que toutes les émissions, publicités, meurtres, jeux télévisés, les mille et une joies et terreurs du réel et de l’imaginaire, aient acquis un poids égal.
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LuniverLuniver   31 mars 2014
L'Être Suprême ne se montre jamais ; ce qui revient sans cesse c'est cette scène, le Prophète envoûté, l'expulsion, le cordon de lumière, et Gibreel dans son double rôle à la fois en-haut-observant-en-bas. Et tous deux à moitié morts de peur par cette transcendance. Gibreel se sent paralysé par la présence du Prophète, par sa grandeur, il se dit je suis incapable de prononcer une parole j'aurais l'air d'un sacré imbécile. Le conseil de Hamza : ne montre jamais ta peur : les archanges ont autant besoin de ce conseil que les porteurs d'eau. Un archange doit avoir l'air calme, que penserait le Prophète si l'Exalté de Dieu commençait à bafouiller de trac ?
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UglyBettyUglyBetty   07 mai 2015
La condition humaine,mais quelle est la condition des anges?A mi chemin entre Allahbonne et homo sapiens,ont-ils jamais douté?Oui:défiant la volonté de Dieu,un jour, ils se sont cachés sous le trône,osant poser des questions interdites,des antiquestions:Est-ce juste.Ne pourrait-on pas en discuter.La liberté,la vieille antiquête.Evidemment il les a calmés en employant ses dons de drigeant de dieu.Il les a flattés:vous serez les instruments de ma volonté sur terre à propos des salutdamnations de l'homme et tout l'habituel etc.Et hop presto, fin de la revendication,on remet les auréoles et au boulot.Les anges(...)fais-en tes instruments et ils joueront ta musique à la harpe(...)les êtres humains sont plus coriaces(...)La volonté,c'est ne pas être d'accord,ne pas se soummettre...
"Je sais;parole de diable,chaytan,interrompt Gibreel.
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Under_The_MoonUnder_The_Moon   07 octobre 2013
Pour renaître, (...), il faut d'abord mourir. (...) Comment sourire à nouveau, si l'on ne veut pas pleurer d'abord ? Comment remporter l'amour de celle qu'on aime, monsieur, sans un soupir? (...)
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LuniverLuniver   13 avril 2014
Flottant sur un nuage, Gibreel pensa que le flou moral des Anglais venait de la météorologie. « Quand il ne fait pas plus chaud le jour que la nuit, raisonna-t-il, quand la lumière n'est pas plus claire que l'obscurité, quand la terre n'est pas plus sèche que la mer, alors il est évident que les gens perdent le pouvoir de faire des distinctions, et commencent à tout considérer – partis politiques partenaires sexuels croyances religieuses – comme du pareil-au-même, rien-à-choisir, à-prendre-ou-à-laisser. »
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