AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet

Philippe-Roger Mantoux (Traducteur)
EAN : 9782070325177
192 pages
Gallimard (04/01/1990)
3.79/5   39 notes
Résumé :
La science et la religion sont deux faces de la vie sociale, dont la deuxième a eu de l'importance aussi loin que nous puissions remonter dans l'histoire de l'esprit humain, tandis que la première, après une existence intermittente et vacillante chez les Grecs et les Arabes, a pris subitement de l'importance au XVIème siècle, et a depuis lors façonné toujours davantage les idées et les institutions parmi lesquelles nous vivons. Entre la science et la religion a eu l... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique

Mathématicien reconnu, Russell a aussi développé ses idées dans le domaine philosophique. Il est notamment connu pour sa célèbre théière, image par laquelle il montre que la preuve de l'existence d'un concept est à la charge des « croyants ». Dans cet essai, Russell analyse les différences entre la science et la religion. Sachant qu'il considère que « la religion naît de la peur, et qu'elle est nourrie par l'ignorance et le sadisme », on peut s'attendre à un bilan pas très équilibré.

La première partie a été la plus intéressante pour moi, et aborde les conflits entre science et église catholique (seule religion considérée dans l'essai). Les conflits naissaient principalement par la contestation de l'autorité des anciens : il convenait en effet de ne pas remettre en cause leurs déclarations, même si les faits s'entêtaient à les contredire (pour illustrer, dans un roman de Merle, un des médecins déclare préférer « avoir tort avec Gallien plutôt qu'avec raison avec Vésale »). Russell conclut ainsi : « Pendant les deux mille ans qui séparent Aristote de Galilée, nul n'avait pensé à vérifier si les lois de la chute des corps étaient bien ce qu'Aristote dit qu'elles sont. Il peut nous paraître naturel de vérifier de telles assertions ; mais, à l'époque de Galilée, il fallait du génie. »

La seconde partie rassemble des considérations sur l'âme, le déterminisme, la morale, … et est plus décevante : jugements bien arrêtés et pourtant pas si évidents que cela, argumentation faiblarde, … ma lecture s'est achevée en diagonale.

On peut retirer de cette lecture quelques idées intéressantes, pourvu qu'on prenne la peine de les débarrasser des jugements partisans qui parsèment l'ouvrage.

Commenter  J’apprécie          170

livre important sur le determinisme

Commenter  J’apprécie          00

Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation

Les doctrines de l’Incarnation et de la Rédemption ne paraîtraient pas vraisemblables si l’Homme n’était pas la plus importante des créatures. Bien entendu, rien dans l’astronomie copernicienne ne prouve que nous sommes moins importants que nous ne le supposons naturellement, mais le détrônement de notre planète de sa position centrale suggère à l’imagination un détrônement semblable de ses habitants. Tant qu’on pensait que le soleil et la lune, les planètes et les étoiles fixes tournaient une fois par jour autour de la terre, il était facile de supposer qu’ils existaient pour notre bénéfice, et que nous présentions un intérêt particulier aux yeux du Créateur. Mais, quand Copernic et ses successeurs eurent persuadé le monde que c’est nous qui tournons, tandis que les étoiles ne font pas attention à notre terre ; quand il apparut en outre que notre terre est petite comparée à plusieurs des planètes, et que celles-ci sont petites comparées au soleil ; quand le calcul et le télescope eurent révélé l’immensité du système solaire, de notre galaxie, et finalement de l’univers d’innombrables galaxies, il devint de plus en plus difficile de croire qu’une retraite aussi reculée et aussi mesquine pouvait être assez importante pour abriter l’Homme, si l’Homme avait l’importance cosmique que lui assignait la théologie traditionnelle.

Commenter  J’apprécie          172

Aristote avait enseigné que la vitesse de chute d’un corps était proportionnelle à son poids ; autrement dit, si l’on faisait tomber, de la même hauteur et au même instant un corps pesant dix livres et un autre pesant une livre (par exemple), le corps pesant une livre aurait dû prendre dix fois plus de temps pour atteindre le sol que le corps pesant dix livres. Galilée, qui était professeur à l’Université de Pise, mais qui n’avait aucun égard pour les sentiments des autres professeurs, avait l’habitude de faire tomber des poids du haut de la Tour Penchée au moment même où ses collègues aristotéliciens se rendaient à leurs cours. Les masses de plomb petites et grosses atteignaient le sol presque en même temps : Galilée en concluait qu’Aristote avait tort, mais les autres professeurs en concluaient que Galilée était méchant. À la suite d’un certain nombre d’actions malicieuses, dont celle qui précède est typique, il s’attira la haine éternelle de ceux qui pensaient que la vérité doit être recherchée dans les livres, et non dans les expériences.

Commenter  J’apprécie          80

Le caractère de l’esprit de Kepler était très singulier. Il fut amené à soutenir l’hypothèse de Copernic presque autant par le culte du Soleil que par des mobiles plus rationnels. Dans les travaux qui aboutirent à la découverte de ses trois lois, il fut guidé par l’idée invraisemblable qu’il devait exister un rapport entre les cinq polyèdres réguliers et les cinq planètes : Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. C’est là un exemple extrême d’un phénomène qui n’est pas rare dans l’histoire de la science, à savoir que des théories qui se trouvent être vraies et importantes viennent d’abord à l’esprit de leurs inventeurs par suite de considérations entièrement absurdes et déraisonnables. Le fait est qu’il est difficile de penser à l’hypothèse exacte, et qu’il n’existe aucune technique facilitant cette étape essentielle du progrès scientifique. En conséquence, tout plan méthodique permettant d’imaginer des hypothèses nouvelles peut rendre des services ; et, si le chercheur y croit fermement, cela lui donne la patience nécessaire pour continuer à essayer constamment de nouvelles possibilités, même s’il a déjà dû en rejeter un grand nombre.

Commenter  J’apprécie          50

Quand mon frère fut incinéré à Marseille, l’entrepreneur des pompes funèbres m’apprit qu’il n’avait encore vu presque aucun cas d’incinération, en raison du préjugé théologique. On paraît croire qu’il est plus difficile à la Toute-Puissance de réunir les diverses parties d’un corps humain quand elles ont été diffusées dans l’atmosphère sous forme de gaz que quand elles restent au cimetière sous forme de vers et de terreau.

Commenter  J’apprécie          110

Un credo religieux diffère d’une théorie scientifique en ce qu’il prétend exprimer la vérité éternelle et absolument certaine, tandis que la science garde un caractère provisoire : elle s’attend à ce que des modifications de ses théories actuelles deviennent tôt ou tard nécessaires, et se rend compte que sa méthode est logiquement incapable d’arriver à une démonstration complète et définitive.

Commenter  J’apprécie          100

Videos de Bertrand Russell (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Bertrand Russell
Confrontée à la guerre, la philosophie semble intempestive, à contre temps. Elle se déploie quand la guerre n'est pas encore là, tentant de retenir tout ce qui pourrait prolonger la paix, ou quand la guerre n'est plus là, s'escrimant alors à penser la «réparation», panser les blessures, accompagner les deuils, réanimer la morale, rétablir la justice. Lorsque «la guerre est là», lorsque fusils d'assaut, bombes et missiles éventrent les immeubles, incendient fermes, écoles, hôpitaux et usines, rasent des quartiers entiers, laissant sur le sol carbonisé enfants, hommes et femmes, chiens et chevaux, lorsqu'on est contraint de vivre tremblant dans des caves, lorsqu'il n'y a plus d'eau potable, lorsqu'on meurt de faim et de douleur – eh bien la philosophie ne trouve guère de place dans les esprits. Peut-être est-ce là la raison pour laquelle il n'y a pas une «philosophie de la guerre» comme il y a une «philosophie du langage» ou une «philosophie de l'art», et que le discours de la guerre renvoie plus aisément à la littérature ou au cinéma, aux discours de stratégie et d'art militaire, d'Intelligence, d'histoire, d'économie, de politique. Pourtant – de Héraclite à Hegel, de Platon à Machiavel, d'Augustin à Hobbes, de Montesquieu à Carl von Clausewitz, Sebald Rudolf Steinmetz, Bertrand Russell, Jan Patoka ou Michael Walzer – les philosophes ont toujours «parlé» de la guerre, pour la dénoncer ou la justifier, analyser ses fondements, ses causes, ses effets. La guerre serait-elle le «point aveugle» de la philosophie, la condamnant à ne parler que de ce qui la précède ou la suit, ou au contraire le «foyer» brûlant où se concentrent tous ses problèmes, de morale, d'immoralité, de paix sociale, d'Etat, de violence, de mort, de responsabilité, de prix d'une vie?

«Polemos (guerre, conflit) est le père de toutes choses, le roi de toutes choses. Des uns il a fait des dieux, des autres il a fait des hommes. Il a rendu les uns libres, les autres esclaves», Héraclite, Frag. 56) #philomonaco
+ Lire la suite
autres livres classés : philosophieVoir plus
Notre sélection Non-fiction Voir plus






Quiz Voir plus

Philo pour tous

Jostein Gaarder fut au hit-parade des écrits philosophiques rendus accessibles au plus grand nombre avec un livre paru en 1995. Lequel?

Les Mystères de la patience
Le Monde de Sophie
Maya
Vita brevis

10 questions
405 lecteurs ont répondu
Thèmes : spiritualité , philosophieCréer un quiz sur ce livre