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Jean-Luc Piningre (Traducteur)
EAN : 9782264043801
608 pages
Éditeur : 10-18 (05/12/2006)
4.03/5   131 notes
Résumé :

Avant d'être contraint de s'occuper de son fils, Sam Hall ne lui avait pas prêté beaucoup d'attention. Plus souvent dans les bars qu'après de sa famille, ce buveur, joueur et séducteur invétéré avait laissé à sa femme le soin d'élever seule le petit Ned.

Mais désormais, il n'a plus le choix, et le voilà flanqué d'un nouvel acolyte, haut comme trois pommes, qu'il va tenter d'élever sans renier son mode de vie. Commence alors pour Ned une drôle... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
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tamara29
  03 juin 2017
Après « le déclin de l'empire Whiting », je poursuis ma découverte des romans de Richard Russo. Et autant le déclarer de suite, « Quatre saisons à Mohawk » confirme que je ne vais pas m'arrêter de sitôt.
Dire que ce roman est une plongée dans l'Amérique profonde fait un brin cliché. Mais, c'est pourtant un peu le cas et ce n'est en rien un jugement négatif. « Quatre saisons à Mohawk » raconte la relation entre un fils et un père, et ce, par les yeux de Ned, le fils.
De retour de la seconde guerre mondiale, le père Sam Hall est un homme différent, en proie aux démons de l'alcool et du jeu. Les parents finissent par se séparer, le père par quitter le domicile familial. La mère, fragile psychologiquement, en perdant ensuite son boulot, finit, elle, peu à peu, par sombrer dans la dépression, se bourrant de cachets. le père récupère alors l'enfant.
Et Ned va mettre le pied dans un autre monde, bien différent de ce qu'il avait vécu auparavant avec sa mère. Pas de règles. Les repas ne se passent plus dans le foyer mais dans des bars alentour où le père est un habitué apprécié ou parfois encore chez Eileen, la nouvelle petite amie de Sam. Pas d'obligation de se laver, de porter des habits propres, de faire ses devoirs, d'aller se coucher à l'heure. Des soirées souvent seul dans l'appartement quasi vide, le paternel étant avec ses potes à faire la tournée des bars. La vie de Sam Hall tourne autour de l'alcool, de cuites, de jeux et de paris en tout genre (poker, billard, etc.) et, de temps en temps, de nuits au poste de police. L'argent va et vient selon les saisons. le père est généreux avec ses amis, ne s'encombre pas de comptabilité ou de remboursement de dettes (qu'il doit ou qu'on lui doit).
Le monde de Sam est sans contrainte, libre et fier aussi. Pas le genre de père responsable ni modèle qu'il faudrait à l'éducation d'un petit garçon. Mais le choix de vie du père est peut-être aussi comme une sorte de bouffée d'air, une façon d'apprécier le quotidien, sans trop de prises de tête parce que la vie est assez compliquée comme ça pour s'imposer trop de règles strictes.
Le « P'tit Sam » est d'abord déstabilisé et intimidé par ce père taiseux, fort en gueule, avec un humour un peu pète-sec ou sarcastique, qui ne semble pas trop s'inquiéter du fils, qui l'emmène dans ses virées avec ses potes piliers de bar, sans vraiment trop s'occuper de lui. Assez rapidement, Ned s'habitue à ce nouvel environnement, faits de cette solitude, de son indépendance, des expériences qu'il fait par lui-même, de ces silences aussi peut-être moins mensongers que les paroles de sa mère, qui tente, elle, de se raconter des histoires ou que cela ne va pas si mal.
Les saisons passent, le fils grandit, apprend, se forge un caractère. Ned n'est pas toujours tendre quand il parle de ses parents, de ces deux mondes bien distincts. C'est cela aussi une famille.
Mais, au fil des mois et des années, sans que les choses soient vraiment dites, sans qu'il n'y ait jamais de vrais gestes tendres mais, à l'inverse, plutôt maladroits, on sent la relation se nouer entre eux. En filigrane, ils s'attachent l'un à l'autre, comme nous, on s'attache à ces deux-là. On reconnaît par de petites touches ce lien qui se fortifie, qui se bonifie. On reconnaît leur besoin l'un de l'autre. Une relation forte, protectrice, vraie. Un amour entre un père et un fils évident. Il suffit de gratter un tout petit peu la surface, de savoir lire les silences ou les plaisanteries faites entre eux, pour le voir apparaître, cet amour éclatant, vibrant.
Russo est de ces auteurs que j'apprécie particulièrement, comme les David Lodge, Paul Auster ou encore Russel Banks. Ces écrivains qui savent raconter des histoires, montrer la vie telle qu'elle est, peindre des portraits d'hommes et de femmes simples, du quotidien, avec parfois ces revers de fortunes, avec toutes ces failles et ces faiblesses, ces relations pas toujours évidentes, un peu brinquebalantes, quelque fois violentes. Mais, ce sont aussi des vies emplies de tout un tas de belles choses : une large dose d'humour (des anecdotes truculentes, dont je me suis régalée avec notamment Wussy, le pote de Sam), des moments de tendresse et de sensibilité, des moments émouvants partagés ensemble qu'on n'oublie pas… Et avec tout cet amour qui fait du bien, qui nous amène la petite larme à l'oeil ou le sourire jusqu'aux oreilles.
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GeorgesSmiley
  19 février 2020
Rares sont les livres qui, le dernier chapitre avalé, la dernière phrase lue et le dernier verre bu (autant le dire tout de suite, on boit beaucoup dans ce roman) vous tirent une larme. C'est le cas de ces Quatre saisons à Mohawk dans lequel le narrateur paye une dernière tournée à ce père, tellement éloigné de l'archétype idéal du pater familias, qu'il n'a pas choisi, mais qu'il a fini par aimer.
« Contrairement à beaucoup de soldats, mon père savait très bien ce qu'il voulait faire une fois la guerre finie. Il voulait boire, courir les filles et jouer aux courses. »
Entre ce père volage, fuyant, joueur et alcoolique, et une mère aimante mais dépressive et solitaire, l'enfance d'Ed, le narrateur, avait tout pour tourner au cauchemar. Ce roman, et c'est un tour de force, échappe à la noirceur d'un quotidien à priori désespérant pour dérouler la chronique, souvent gaie, toujours admirable de finesse et de sensibilité, de l'enfance et de l'adolescence d'un gamin de la classe populaire américaine des années soixante qui avait tout pour mal tourner et qui retombera sur ses pieds.
« Pendant un court moment, je suis redevenu son fils, le fils de cette curieuse femme qui avait fait de son mieux pour me sauver du probable. »
On retrouve, comme dans La Chute de l'empire Whiting, certains des thèmes et des décors chers à l'auteur. En premier lieu, il y a les femmes, dont on a tellement besoin, qu'on ne comprend pas, qui finissent par faire peur et dont on s'éloigne en s'accrochant à son verre et en se la racontant avec les autres piliers de bar. Ces femmes qui s'éloignent et qui ne sont plus là lorsqu'on se rend compte, bien trop tard, seul et prêt à crever comme un chien, qu'elles étaient une bénédiction.
« Mon père et Wussy étaient des hommes de Mohawk, c'est à dire que l'un et l'autre avaient un jour tourné le dos à une femme. Leurs compagnons étaient nombreux à en avoir abandonné plus d'une. La plupart se rendaient compte maintenant qu'ils avaient fait une connerie. Certains l'admettaient même au bout du énième verre. »
Il y a aussi le décor. L'action de l'Empire se passait beaucoup dans un grill-bar, institution tellement emblématique de l'Amérique populaire. Ici aussi, les Quatre saisons de Mohawk se déroulent la plupart du temps « Chez Mike », autour de Sam, le père, juché sur son tabouret au centre des discussions fumeuses des autres boit-sans-soif.
« A sa façon, le Grill a participé à mon éducation. J'y ai tout appris sur les chevaux et les pronostics. »
Mais il y a aussi, et c'est le thème principal du roman, ce père démissionnaire, capable de disparaitre sans un mot et de réapparaitre dix ans plus tard sans crier gare. Ce père qui vit au jour le jour, sans projets, sans attaches, et qui a toujours plus soif que faim…
"Fils !" a gueulé le pater lorsqu'il m'a aperçu. Il avait devant lui un verre de whisky vide et la bière qui va avec, à moitié pleine. Plein, lui, il l'était vraiment. »
…ce père, sans illusions sur lui-même (« Smooth lui a demandé : « Comment t'as fait pour avoir un fils aussi intelligent ? _ J'ai confié son éducation à sa mère. »), est tout de même attachant. Et le fils s'attache, de silences en réflexions amères (« j'ai quand même fait deux guerres, une contre les Allemands et une avec ta mère. »), l'affection est bien là, silencieuse mais réelle et solide quand les temps deviennent plus durs. Elle s'affirme et va grandissante jusqu'à la pirouette finale, la dernière phrase du roman, celle qui doit normalement, si vous êtes un père et que vous avez été un fils, déclencher votre flux lacrymal.
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carre
  14 mars 2012
Sam Hall, père absent se retrouve dans l'obligatiion de s'occuper de son fils Ted, alors que sa mère est hospitalisée. Mis face à ces responsabilités, commence une relation et une éducation loin du modèle familial car Sam, n'a pas l'intention de changer son train de vie (bars, jeux et femmes). Russo n'a pas son pareil pour nous faire aimer ces personnages, du duo aux personnages secondaires tout sonne vrai, Sam le père atypique, Ted, l'enfant en demande de repères et d'affection sont formidablement vivants et humains. Et petit à petit, la relation se tisse et l'éducation de Ted se fait malgré tout car Sam est au fond un être généreux. Russo décrit l'Amérique des petites gens avec une générosité et un talent de conteur hors pair. Bourrés de scènes cocasses, drôles, Russo nous emmène avec une grande virtuosité pour "4 saisons à Mohawk". Plaisir garanti.
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thedoc
  22 avril 2016
Années 1960. Mohawk est une petite ville comme il en existe tant dans l'Etat de New York et sert de cadre à l'histoire de Ned, dit P'tit Sam, le narrateur.
Les parents de Ned sont séparés. Son père Sam, après avoir fait la guerre dans le Pacifique, est rentré au bercail avec l'intention de profiter de la vie, ce qui se résume à boire des coups avec les copains, courir les filles, jouer aux courses et pêcher. Il se souvient, épisodiquement, qu'il a un fils et lorsque cela lui arrive, il « kidnappe » son garçon de six ans pendant 24 heures. Avant de le ramener et lui faire un petit coucou de temps à autre… A dix ans, la mère de Ned fait une dépression nerveuse et c'est donc son père qui le prend sous sa coupe. Entre Sam et P'tit Sam, c'est une découverte. le jeune garçon découvre une toute autre vie, partagée entre l'école, les bars où l'entraîne son père et les parties de pêche à la truite. Ned garde également ses rêves d'enfant, notamment celui qui lui fait briller les yeux lorsqu'il regarde la « maison de diamants », la plus belle et grande maison de Mohawk, où vit la belle Tria Ward.
Enfance pittoresque et peu banale que celle de Ned, partagée entre un père peu fréquentable et une mère dépressive. Sam Hall, personnage haut en couleur pétri de nombreux défauts, très certainement impossible à vivre pour sa femme Jenny, n'en est pas moins un père généreux et attachant. Il ne sera pas du genre à réclamer à Ned de se laver les mains avant de passer à table mais il lui apprendra les plaisirs de la pêche et autres amusements divers. Entre deux taloches pour remettre les idées en place… Les dialogues entre le père et le fils ne sentent pas la guimauve et c'est tant mieux. Ils sont avant tout savoureux, drôles et naturels.
Entre fresque sociale et chronique familiale, Richard Russo sait avec talent et sensibilité dépeindre la vie de la middle-class et décrire les joies et revers des paumés de la grande Amérique. La vie quotidienne des habitants de cette petite bourgade ne nous ennuie pas un instant et on entre de plain pied à leur côté. Personnages touchants, humains et réalistes, Ned, son père et les autres nous offrent un très bon moment de lecture.
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Perlaa
  09 juin 2021
Quatre saisons à Mohawk est le second roman de Richard Russo. Paru en 1985 il est bien antérieur au très mérité prix Pulitzer qui lui sera décerné en 2002. La traduction française du présent The Risk Pool a été publiée dans la foulée de l'obtention du prix.
Je n'en suis pas autrement étonnée.
Comment la chronique d'une ville banale de l'état de New York au cours des années 50 et 60 aurait-elle pu attirer un lecteur étranger ?
On est bien loin du temps où les tanneries faisaient la renommée de la ville et garantissaient le plein emploi. En proie au déclin inexorable les populations se sont tournées vers des emplois précaires. Mohawk est en totale déshérence. Il ne s'y passe rien d'extraordinaire et on se demande un temps quand l'histoire va-t-elle vraiment commencer.
Dans cet univers délétère Ned grandit avec une mère exigeante et dépressive puis avec un père, Sam, ...comment dire...insaisissable, pour rester fidèle au personnage qui n'aurait pas aimé les étiquettes. Après son retour du Débarquement de Normandie plus possible pour lui de renouer avec une vie tranquille.
C'est en partie un roman d'apprentissage. Ned revient sur son passé. Silencieux et gauche, véritable caisse d'enregistrement et d'observation il est doté d'une capacité de résilience et de débrouillardise remarquable.
Roman d'ambiance surtout, assez inclassable. On traîne de grill en taverne, on parie sur les courses de chevaux ou aux jeux de cartes, on s'éternise en interminables palabres de poivrots ou en joutes verbales trop arrosées. L'essentiel est là, dans ces moments de rencontre de gens de presque rien, des arsouilles pour la plupart qui tuent le temps.
Les hommes trouvent leur place, même bancale, dans cet entre soi rassurant.
Les femmes sont serveuses de bar ou mères au foyer, déprimées, rongées par l'échec de leur mariage avec des maris partis ou violents.
Empli d'empathie et de rejet pour ce Mohawk et pour ce père qui semble en être la parfaite incarnation, Ned va faire revivre ce petit peuple et lui donner sa dignité et son humanité. Il va éviter le règlement de comptes avec son passé, privilégiant à l'inverse les silences et les ambiguïtés.
Un passé foutraque, une famille cabossée, un roman sincèrement émouvant. Tout sonne juste, jamais simple.
Richard Russo abordait déjà la question récurrente qui hante son oeuvre : comment faire pour survivre et passer à autre chose quand ce monde s'acharne à broyer ce qui a du sens et fait lien.

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Citations et extraits (44) Voir plus Ajouter une citation
GeorgesSmileyGeorgesSmiley   17 février 2020
"Cet homme est si bon pour moi. Si au moins je pouvais l'aimer.
_ Ca, il est fou de toi, ai-je répondu avec la nonchalance feinte d'une expression soigneusement choisie.
_ Je sais. C'est affreux.
_ C'est affreux d'être aimé ?
_ Oui, a-t-elle dit en regardant ailleurs. Moi, je voudrais ... un amour qui me ressemble."
Un amour qui lui ressemble. Il y avait là un mélange de simplicité, d'impudeur et d'arrogance qui m'a coupé le souffle. Cela paraissait ce jour-là et aujourd'hui encore, un voeu légitime, mais qu'il fallait être idiot au dernier degré, ou d'une naïveté sans borne, pour formuler.
"Ne t'inquiète pas. Je ne suis pas tout le temps comme ça. Je peux remercier ton grand-père."
La remarque m'a pris au dépourvu, bien qu'elle n'aurait pas dû.
"Tu ne te souviens pas ? m'a-t-elle demandé avec un sourire tordu, les yeux mi-clos, comme si elle contemplait une horreur.
_ Non." J'avais pourtant une idée.
"La Fête foraine, Mange-ta-dinde, l'Hiver, a-t-elle prononcé.
_ Tu oublies le Quatre-Juillet.
_ Non. Parce qu'il n'y en a plus. Depuis longtemps."
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tamara29tamara29   22 décembre 2017
Je ne résidais nulle part, de toute façon, jamais comme une multitude d’Américains errants, nombreux à laisser un Mohawk derrière eux. Mohawk dont le souvenir nous propulse à peu près n’importe où, pourvu que ça soit loin. Certes, nous revenons, mais seulement le temps de recharger nos batteries pour un nouveau départ, plus loin ou plus longtemps, jusqu’à ce que ce lien soit assez distendu, et que plus rien ne nous attire chez nous.
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   13 février 2020
Quand je reviens sur cette période avec un minimum de recul, je suis frappé, même assez horrifié, par la facilité avec laquelle j'ai réussi à effacer ma mère, à la reléguer dans un coin reculé de ma conscience. La plupart du temps, tout simplement, je n'y pensais plus.
Tout ce que je peux dire pour ma défense, c'est que je n'étais en cela ni spécialement désinvolte ni spécialement insensible. Je l'aimais, c'est certain, et j'avais peur pour elle. Je l'avais chassée de mes préoccupations quotidiennes pour des raisons, voire une nécessité analogues à celles qui m'avaient permis, en dormant, d'ignorer les assauts nocturnes de mon père, quand j'étais plus petit. Je m'étais forcé à dormir parce que, à l'époque, je n'avais simplement pas les moyens d'y prêter attention. Je n'étais pas davantage capable, quelques années plus tard, de considérer l'état lamentable dans lequel elle se trouvait, encore moins de réfléchir à ce qu'elle allait devenir.
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   10 février 2020
Quatre-Juillet. Fête foraine. Mange-ta-dinde. Et l'Hiver. Je n'ai compris tout le cynisme du mot de mon grand-père qu'à l'âge adulte. L'été qu'il réduisait à une journée. L'automne à une panoplie d'attractions foraines de troisième zone, entre la ménagerie puante, la boue et le purin. Puis Thanksgiving, obligatoire et carnivore, qu'il qualifiait d' "infecte coutume". Le reste, Hiver avec une majuscule. Voilà quelles furent les saisons de ma mère après qu'elle eut vraiment compris ce que désignait mon père par "concurrence". Comme elle travaillait pour la compagnie du téléphone, elle connaissait tous les endroits où il faisait meilleur. A la fin de sa journée, elle me parlait des autres opératrices avec qui elle bavardait, situées elles à Tucson, dans l'Arizona. A Albuquerque, au Nouveau-Mexique. A San Diego, en Californie. Tous Etats où le mot Eté prend une majuscule. "Un jour... disait-elle sans finir sa phrase. Un jour..."
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   12 février 2020
Je ne me ferais pas l'avocat du pari mutuel, pourtant son principe n'est pas dénué d'intérêt, loin de là. J'ai souvent pensé, et même maintenu devant de prétendus éducateurs, qu'il faudrait enseigner l'art du pari à l'université, au même titre que la composition écrite et la civilisation occidentale. Hormis la vie elle-même, rien n'est aussi complexe qu'une course de chevaux, et les innombrables facteurs à prendre en compte forment un excellent exercice intellectuel, à condition que le candidat veuille bien comprendre que, même s'il les maîtrise parfaitement, il n'en tirera aucune garantie de succès. Si avisés soient-ils, les parieurs ne courent pas à la place des chevaux (Untemeyer avait bien sûr raison), mais leur oeil entraîné les rend sensibles à des subtilités qui échappent au commun des mortels. Savoir peser, analyser un vaste ensemble d'informations, pour l'ensemble insignifiantes, et en tirer des conclusions intelligentes, même si elles sont fausses, est une haute forme d'art. Depuis mon intronisation au Mohawk Grill, j'ai rencontré de grands parieurs devant l'Eternel, et aucun n'a jamais confronté d'ayatollah en duel, ni jugé indispensable de se convertir à quoi que ce soit. Le parieur est un homme habité par une foi et une conviction inébranlables: il va y avoir une nouvelle course dans vingt minutes.
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