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Jean-Jacques Villard (Traducteur)
ISBN : 2020281376
Éditeur : Seuil (21/11/1996)
Résumé :
"Sobre héroes y tumbas" (1961) traduit en français sous le titre "Alejandra" puis sous le titre "Héros et tombes".

Ce roman d'Ernesto Sabato appartient à un genre des plus suspects : celui des romans dont la lecture se termine souvent à quatre heures du matin... J'ai passé en Argentine vingt-quatre ans de ma vie. Je ne connais aucun livre qui introduise mieux aux secrets de la sensibilité sud-américaine, à ses mythes, phobies et fascinations... »
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Sachenka
  17 mars 2018
Héros et tombes (ou Alejandra, selon la version) est un roman déroutant, envoutant et mystérieux. Tout à fait dans l'esprit des romans d'autres grands noms de la littérature argentine de la première moitié du XXe siècle, par exemple Roberto Arlt et Adolfo Bioy Casarès. Ces romans à l'atmosphère glauque, peut-être vaguement gothique ou fantastique, dans tous les cas sombres et troublants. On aime ou on n'aime pas. Avec ce roman, l'auteur Ernesto Sabato nous livre un petit chef d'oeuvre dans lequel il exploite les thèmes qui lui sont chers (à lui comme à ses collègues), dont les sectes secrètes, l'amour impossible ou difficile sinon unilatéral, puis surtout ce rapport ambigu face au passé, à l'histoire. Tant individuelle que collective.
Héros et tombes, c'est le récit de Martin, un jeune homme de dix-sept qui tombe éperdument amoureux d'Alejandra. Mais cette jeune femme, farouche et indépendante, aime s'entourer de mystère et laisse le pauvre garçon dans l'expectative. Avec le temps, elle se laisse apprivoiser et, au fur et à mesure de leurs rencontres, Martin lève le voile sur le passé et surtout l'histoire familiale d'Alejandra. Cette histoire se perd et se mélange avec ses ancêtres et les bouleversements qui ont touché l'Argentine, de la guerre d'indépendance au début du 20e siècle. Son père Fernando, fou, son grand-père, etc. Toute cette lignée de héros a contribué (à sa façon) à la naissance de la nation mais qui représente aussi sa décadence et sa ruine prochaine.
Puis, tout d'un coup, on fait un retour dans le temps, on passe à son père Fernando, qui erre dans Buenos Aires. Une histoire imbriquée dans une autre, un énième élément caractéristique du style des auteurs mentionnés plus haut. J'admets avoir eu de la difficulté, parfois, à suivre le pauvre Fernando dans ses errances et, surtout, dans ses élucubrations. Il voue une haine à des groupes de personnes, se sent persécuté, cherche à déjouer un complot probablement inexistant. En effet, ce qu'il voit et expérience, est-ce la vérité, son inconscient qui lui joue des tours ou sombre-t-il dans la folie ? À vous de décider. Dans tous les cas, c'est troublant et effrayant.
Le dernier personnage de Héros et tombes, c'est la ville de Buenos Aires. Dès le début, Martin fait le tour des grandes artères animées et des lieux publics, toujours à la recherche d'Alejandra. Cette dernière, à travers les chroniques qu'elle raconte, en fait une visite historique, virtuelle, celle d'une ville qui n'est plus. Puis, Fernando déambule de nuit dans les quartiers sombres, présente un aspect surréaliste de la cité. Les mystères de Buenos Aires ? Pourquoi pas. Moi, ça m'a donné l'envie de visiter cette grande ville.
Enfin, le roman se termine sur le coup d'État de Peron. Coïncidence ? La décadence de la famille d'Alejandra est-elle le reflet de la ruine possible du pays ? L'actualité politique a toujours été une grande source d'inspiration pour les écrivains du sud du continent américain… Les héros sont dans la tombe, chanceux. Tout ce qu'il reste à faire, c'est oublier ou s'enfuir, essayer de se purifier, un peu comme Martin qui prend le chemin de la Patagonie. J'écris cela comme si c'était l'évidence même, d'autres pourront y lire autre chose. Je dois admettre que plusieurs zones grises persistent, je n'ai pas tout compris. Et c'est correct, même plusieurs jours après en avoir terminé la lecture, ce roman continue à m'habiter. C'est souvent le signe d'une oeuvre magistrale.
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cprevost
  06 octobre 2013
Ernesto Sabato vous prend dans ses rets et bien malin est celui qui peut dire de quoi sont faites les mailles du filet. L'envoutante, la mystérieuse, la contradictoire histoire de « Héros et tombes » ne justifie pas à elle seule l'enthousiasme ressenti à la lecture de ce livre. C'est le récit syncopé, multiple d'un poète qui s'offre à nous.

La naissance sanglante et fratricide de la jeune nation argentine, la persistance des douleurs et des contractions post accouchement, sous la forme incessante de la domination militaire, traversent tout le roman. le temps historique d'un passé récent a marqué durablement les personnages, ils sont pour la plus part frappés de démesure et de folie. le présent du roman quant à lui est celui du populisme péroniste et des prolégomènes des dictatures sanglantes des années soixante-dix.

Dans ces pages, il est éminemment question de Buenos Aires, la ville fourmillante, multiple qui entoure, qui cerne, qui s'insinue. Les héros errent, se débattent dans un décor proliférant, tentaculaire. Nous sommes aux prises avec leurs passions, leurs envoutements, leurs perversions, leurs fantasmes. le roman est un véritable traité des sentiments. Fernando fou, paranoïaque hait incompréhensivement les aveugles et hante, conscient et inconscient, les sous-sols, les caves. Alejandra, dernier rejeton d'une lignée d'aliénés et de héros, se joue du jeune Martin. Au gré d'errance urbaine, elle retrouve, repousse son improbable amant. L'auteur relie l'inconscient au monde extérieur, les cauchemars à notre réalité, le passé et le présent, la passion, la trahison et l'abjection.

Le roman d'Ernesto Sabato communique une émotion qui n'est pas réductible aux seuls sens ou au message délivré. L'auteur propose dans « Héros et tombes » une véritable poétique de l'art du roman. Paul Eluard écrivait : « le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré. » Ce grand livre nous ouvre à la sensibilité argentine, à ses phobies, à ses fascinations, il nous fait entendre les battements du coeur de la ville de Buenos Aires.
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SophieChalandre
  14 février 2017
L'histoire de Héros et tombes se situe à Buenos Aires, pour l'essentiel pendant les années 1950, bien que de nombreuses rétrospections évoquent les années 1920 ainsi que certains épisodes historiques du 19ème siècle. A la façon d'un texte d'Edgar Allan Poe, le roman s'ouvre sur un article de journal qui relate comment la jeune Alejandra a tué son père, Fernando Villar Olmos, avant de se laisser mourir à son tour dans l'incendie de sa chambre.
La première partie du récit, reculant de plusieurs mois à partir de l'article de journal, se focalise sur Martin qui semble relater son histoire à Bruno, un ami d'Alejandra, tout en laissant un doute sur l'identité du narrateur. le jeune homme complexé et solitaire fait la connaissance d'Alejandra dans de singulières circonstances qui prêtent au personnage féminin une aura magique. A la passion du jeune homme, Alejandra répond par une distance cruelle. Cette descendante d'une famille totalement déchue de l'oligarchie habite un palais en ruine, entre un oncle fou et un arrière grand-père sénile. Entrecoupée par l'évocation des guerres du 19ème siècle auxquelles participèrent héroïquement les ancêtres d'Alejandra, cette première section narrative s'achève avec la rupture entre elle et Martin, au moment où éclate le coup d'Etat de 1955 contre Peron.
Le deuxième mouvement narratif est composé d'un rapport sur les aveugles de Fernando Villar Olmos, père sans doute incestueux d'Alejandra, où il verse de façon très documentée son délire au sujet d'un complot universel ourdi par les aveugles. La paranoïa du narrateur donne lieu à des passages hallucinés habités par un gothique souterrain, traversés par des images surréalistes.
Le troisième mouvement de ce roman est produit par la narration de Bruno qui s'adresse à un locuteur non identifié (l'auteur, le lecteur ?). le dernier mouvement renoue avec le début du récit et décrit comment Martin, à la mort d'Alejandra, décide de partir vers le Sud pour un voyage d'oubli purificateur, clôturant ainsi le roman, en guise de confirmation initiatique.
Habités par une sexualité morbide et destructrice, mêlant frustrations et déchainements orgiaques, Fernando et sa fille Alejandra imposent à leur entourage une relation suicidaire et dominatrice et sont le duo central de ce récit qui explore les tréfonds les plus sombres de l'âme humaine. L'auteur leur oppose la candeur romantique de Martin, dont la naïveté rend attachant un texte à la noirceur appuyée.
Ce passionnant roman illustre également les préoccupations sociales de l'auteur, à travers l'évocation des milieux anarchistes des années 20 (que Sabato a lui-même fréquentés), et surtout à travers la description de la lutte des classes exacerbée des derniers mois de la présidence de Peron. de même, le rappel des guerres civiles argentines procure au récit une profondeur historique et suggère les pathologies destructrices des personnages.
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Albounet
  19 septembre 2014
Certains personnages romanesques parviennent à vous dérouter.
L'insaisissable Dolorès de Vladimir Nabokov , la Cecilia d'Alberto Moravia ou encore la tendre Eliane d'Emmanuel Bove sont de ceux-là.
Mais à la lecture de Héros et tombes, j'ai rencontré un nouveau type de personnage.
Il reste aussi énigmatique que les trois susnommées mais a cela de plus qu'elle vous intimide, vous fascine et vous effraie.
Le candide Martin s'éprend d'elle et saisit la période tourmentée à laquelle il est destiné.
Trois parties composent ce récit:
La première relate, sur le mode de la confession, la relation chaotique de Martin et Alejandra.
La deuxième, plus sombre, nous présente les pérégrinations du père d'Alejandra, Fernando, qui nous emmène dans ses délires oniriques ou ses crises d'aliénation (le lecteur peine à s'y retrouver) le poussant à croire en l'existence d'une Secte d'aveugles conspirationniste.
Cette deuxième partie est particulièrement dense et se lit plus laborieusement.
La troisième partie nous narre les états d'âme de Bruno, ami auprès de qui se confesse Martin, et la déréliction dans laquelle se perd ce dernier.
Comme vous pouvez le deviner, ce roman est très dense. Il nous emmène à travers les dédales d'une Argentine meurtrie au milieu du XXe siècle.
Je me retiendrai de vous présenter les personnages truculents qui fleurissent ce texte et me contenterai de vous encourager à lire ces trois parties qui permettent la parfaite concrétion d'un roman signé par l'un des plus grands noms de la littérature sud-américaine.
+ Lire la suite
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Albounet
  10 septembre 2014
Certains personnages romanesques parviennent à vous dérouter.
La Dolorès de Vladimir Nabokov , la Cecilia d'Alberto Moravia ou encore la tendre Eliane d'Emmanuel Bove sont de ceux-là.
Mais à la lecture d'Alejandra, j'ai rencontré un nouveau type de personnage.
Il reste aussi énigmatique que les trois susnommées mais a cela de plus qu'elle vous intimide, vous fascine et vous effraie.
Le candide Martin s'éprend d'elle et saisit la période tourmentée à laquelle il est destiné.
Trois parties composent ce récit:
La première relate, sur le mode de la confession, la relation chaotique de Martin et Alejandra.
La deuxième, plus sombre, nous présente les pérégrinations du père d'Alejandra, Fernando, qui nous emmène dans ses délires oniriques ou ses crises d'aliénation (le lecteur peine à s'y retrouver) le poussant à croire en l'existence d'une Secte d'aveugles conspirationniste.
Cette deuxième partie est particulièrement dense et se lit plus laborieusement.
La troisième partie nous narre les états d'âme de Bruno, ami auprès de qui se confesse Martin, et la déréliction dans laquelle se perd ce dernier.
Comme vous pouvez le deviner, ce roman est très dense. Il nous emmène à travers les dédales d'une Argentine meurtrie au milieu du XXe siècle.
Je me retiendrai de vous présenter les personnages truculents qui fleurissent ce texte et me contenterai de vous encourager à lire ces trois parties qui permettent la parfaite concrétion d'un roman signé par l'un des plus grands noms de la littérature sud-américaine.
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
SachenkaSachenka   11 mars 2018
Après, je me mettais à méditer sur le sens général de l'existence, pensant à nos propres inondations, à nos séismes. Et c'est ainsi que j'ai élaboré une série de théories, car l'idée d'un Dieu tout-puissant, omniscient et bienveillant me semblait tellement contraire à tout, que je ne croyais même pas qu'on pût la prendre au sérieux. [...] j'avais déjà conçu les possibilités suivantes :
1- Dieu n'est pas.
2- Dieu est et est une canaille.
3- Dieu est, mais dort parfois ; ses cauchemars sont notre existence.
4- Dieu est, mais a des crises de folie ; ces crises sont notre existence.
5- Dieu n'est pas omniscient, il ne peut être partout. Il s'absente parfois. Dans d'autres mondes? pour d'autres choses?
6- Dieu est un pauvre bougre en face d'un problème trop compliqué dépassant ses forces. Il lutte avec la matière comme un artiste avec son oeuvre.
7- Dieu a été vaincu, bien avant l'Histoire, et par le Prince des Ténèbres. Vaincu, mué en un présumé diable, il a doublement perdu son prestige puisqu'on lui a attribué cet univers de calamités.
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SachenkaSachenka   14 mars 2018
- Ah, vous allez peut-être me démontrer que l'homme d'aujourd'hui vit plus mal qu'un Romain?
- Ça dépend. Je ne crois pas, par exemple, qu'un pauvre diable qui travaille huit heures par jour dans une fonderie, contrôlé électroniquement, soit plus heureux qu'un berger grec. Aux États-Unis, paradis de la mécanisation, les deux tiers de la population sont névrosés.
- J'aimerais savoir si vous préféreriez voyager en chariot plutôt qu'en chemin de fer.
- Certainement. Le voyage en diligence était plus beau et plus paisible. Voyager à cheval était encore mieux, on prenait l'air et jouissait du soleil, on contemplait à son gré le paysage. [...]
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SachenkaSachenka   08 mars 2018
"J'ai participé à cent cinq combats pour la liberté du continent. J'ai combattu au Chili sous le général San Martin, au Pérou sous le général Bolivar. J'ai lutté ensuite contre les forces impériales sur les terres du Brésil. Et après, pendant ces deux années de malheur, dans toute notre infortunée patrie. Peut-être ai-je commis de grandes erreurs, et la plus grande a été de fusiller Dorrego. Mais qui est seul à détenir la vérité? Je sais seulement que cette terre inhumaine est la mienne et que je devais combattre et mourir ici. Mon corps pourrit sur mon cheval de bataille, c'est tout ce que je sais."
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SachenkaSachenka   13 mars 2018
- En 1933, l'Allemagne était un des peuples les plus alphabétisés du monde. Si les gens ne savaient pas lire, au moins ils ne pourraient pas etre abrutis jour après jour par les quotidiens et les périodiques. Malheureusement, même s'ils étaient analphabètes, il subsisterait encore d'autres merveilles du progrès, la radio et la télévision. Il faudrait percer les tympans aux enfants et leur arracher les yeux. Mais cela représenterait déjà un programme plus compliqué.
- En dépit de tous vos sophisme, la lumière l'emportera toujours sur l'obscurité, le bien sûr le mal. Le mal, c'est l'ignorance.
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SachenkaSachenka   15 mars 2018
Avec l'âge, j'ai pu constater combien de fois il arrive que des gens servant simplement d'intermédiaires conduisent l'un vers l'autre des êtres destinés à se lier d'une façon profonde et définitive, comme ces légers ponts de fortune que les armées construisent et retirent une fois l'abîme franchi.
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Ernesto Sabato : Avant la fin
Depuis le Centre culturel de "La Recoleta" à Buenos Aires, Olivier BARROT présente le livre d'Ernesto SABATO "Avant la fin".
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