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Jean-Didier Wagneur (Préfacier, etc.)
ISBN : 2020239825
Éditeur : Seuil (30/04/1996)

Note moyenne : 4/5 (sur 6 notes)
Résumé :
Ce coffret inclut les trois uniques romans écrit par Ernesto Sabato, l'une des plus grandes figures littéraires d'Argentine. 'Le Tunnel' (1948), salué par Albert Camus. 'Héros et tombes' (1961), considéré comme son chef-d' oeuvre et l'un des sommets de la littérature espagnole. 'l' Ange des ténèbres' (1974), prix du Meilleur Livre étranger, dans lequel Sabato se met en scène.
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Critiques, Analyses & Avis (1) Ajouter une critique
Goldlead
  16 mai 2015
« Très souvent, on m'a demandé comment je pouvais avoir débuté avec la physique et les mathématiques, puis continué en écrivant des fictions aussi démentielles que le Rapport sur les aveugles, pour finir par peindre. Je dirais que, s'il n'en avait pas été ainsi, j'aurais achevé mes jours dans un asile, comme cela a effectivement failli arriver. » Étrange confidence d'Ernesto Sabato qui nous alerte d'emblée sur les démons personnels qui hantent son écriture et lui assignent sa fonction ou sa mission thérapeutique de « catharsis ». Étranges entreprise et aventure littéraires aussi que cette trilogie d'un millier de pages en laquelle tient toute son oeuvre romanesque.
Le premier volet (le plus court : à peine 100 pages), intitulé LE TUNNEL, décrit de l'intérieur la logique implacable, infernale et obscure, qui conduit le peintre Juan Pablo Castel (le narrateur) à tuer Maria Iribarne, la femme qu'il aime et qui l'aime en retour, la seule qui sache le comprendre sans mots et rester toujours au diapason dans toutes ses sautes d'humeurs et de projets, l'âme soeur, sa semblable, sa jumelle, sa complice, sa moitié… À première vue, rien qu'une banale (mais paroxystique) histoire de paranoïa amoureuse, avec ses délires de jalousie, ses états de confusion et de contradiction, ses ratiocinations autojustificatives, etc. Ce qui explique le succès populaire de ce roman, mené de manière haletante en une succession de courts chapitres qui nous font tourner en cage (comme le lion fou qu'est le narrateur), dans une histoire bouclée d'avance, puisque tout y est dit dès la première phrase. Mais cette histoire, c'est aussi le drame de l'identité, de la similitude et de la répétition (la monotonie du tunnel), la solitude mortelle de celui qui ignore l'ouverture et la rupture de l'altérité (il rêvait Maria sur une voie « parallèle », chap. XXXVI), qui ne supporte pas tout ce qui diffère (surtout quand il s'agit de son alter ego) et qui, muré dans son in-différence (son incapacité à vivre la différence), préfère tout figer à jamais dans la mort plutôt que de se voir remis en question.
Quoi qu'il en soit, cette première histoire (à laquelle il sera fait une ou deux allusions par la suite) reste assez périphérique dans l'univers de Sabato, même si le personnage d'Allende, le mari aveugle de Maria, semble à deux doigts de faire in extremis des révélations bien plus centrales… Il en va tout autrement avec le second volet, HÉROS ET TOMBES, (400 pages foisonnantes) qui raconte, entre autres, l'histoire d'amour compliquée d'Alejandra et de Martin, et qui contient le Rapport obsessionnel, et visiblement psychopathe, de son père Fernando sur les aveugles et le monde de la nuit, des souterrains et des égouts. Histoire familiale trouble et marquée par un terrible destin, scellé dès l'origine (puisqu'on sait d'avance, là encore, par une « information liminaire », qu'Alejandra va tuer son père d'un coup de pistolet avant de mettre le feu à la maison et de s'immoler dans l'incendie), dans laquelle Martin est témoin impuissant bien plus que véritable acteur. Histoire individuelle, qui s'inscrit dans la grande Histoire, tourmentée et violente, de l'Argentine naissante, dans laquelle les ancêtres qui furent engagés dans les événements sont devenus, avec le recul, des héros mythiques… et parfois même des noms de rues. Ainsi les traumatismes politiques et militaires du passé nourrissent les complexes psychologiques des descendants, et, de ce point de vue, Alejandra et sa famille de dégénérés paient visiblement un lourd tribut au Minotaure. Alejandra est une jeune femme fascinante et mystérieuse, sur laquelle, comme Martin, son candide et malheureux amant, on se perd en hypothèses, sans jamais réussir à lever le secret, ni de sa vie ni de sa mort. Quant aux fantasmes de son père (incestueux) sur une prétendue Secte complotiste des Aveugles, qu'il consacre sa vie à débusquer, ils le conduisent à une enquête tellement systématique et à un rapport tellement circonstancié et cohérent qu'on en a froid dans le dos et qu'on ne sait plus trop ce qui est délire et expérience vécue, fiction et réalité. le nombre considérable des personnages qui se croisent dans ces histoires entremêlées, et dont il est difficile de retenir tous les noms, la multiplication et la superposition des points vue qui s'ensuivent (entre autres, celui, récurrent, de Bruno, l'ami et le confident des uns et des autres, dont le regard semble traverser les lieux et les temps comme le seul fil capable de recoudre tout cela ensemble), l'entrelacement des différentes époques avec chacune ses strates d'événements et de protagonistes, tout cela ne fait qu'ajouter à notre perplexité et à l'emprise troublante de ce roman.
Pourtant, ce n'est rien encore comparé à ce qui se passe quand on aborde le troisième volet, L'ANGE DES TÉNÈBRES (400 pages à nouveau, encore plus touffues et décousues), où on a surtout la surprise de voir Sabato lui-même et ses proches (parfois sous une simple initiale) surgir à l'improviste et évoluer au milieu des personnages de fiction, dont, à l'occasion, ceux des précédents romans. le brouillage se trouve donc à son comble entre fiction et réalité, d'autant qu'on découvre alors, rétrospectivement, que des personnages antérieurs (comme Oscar Dominguez et Victor Brauner) ont réellement existé, connu et fréquenté Sabato à Paris, comme cela est raconté dans la fiction pour Fernando. Il n'est donc pas si étonnant que (selon les déclarations de Sabato) des lecteurs en viennent à s'interroger sur la réalité du complot des Aveugles, malgré son caractère délirant. La vie réelle de Sabato et son univers romanesque se mélangent ainsi inextricablement, et dans les deux sens, comme il le revendique lui-même en plein milieu du livre (p. 760), dans une soudaine mise en abyme du roman dans le roman, qui ne fait sans doute que nous plonger dans les profondeurs de l'officine où opèrent toutes les forces et matières à l'oeuvre dans l'alchimie littéraire. Sabato va même jusqu'à se dédoubler (S et Sabato se croisant et se superposant), comme si, tour à tour romancier, autobiographe, philosophe, critique littéraire, journaliste d'enquête ou historien, prophète ou psychopathe halluciné, il finissait par se perdre lui-même dans tout ce patchwork ou ce dédale… À défaut d'une histoire qui entrainerait tout cela dans son sillage (seulement une balise temporelle, placée en 1973, pour délimiter un avant et un après), y a-t-il au moins une thématique, une problématique, voire une signalétique qui permette de s'y retrouver ? Disons d'abord que c'est noir ; très noir… Dans les convulsions d'un monde au bord de l'apocalypse (cf. les coupures de presse que collectionne Nacho), il y a ceux qui se battent et se sacrifient en vain (Le Che, Marcelo, Nacho, les guérilleros...), il y a les agents du mal qui rôdent (Schneider), plastronnent (Pérez Nassif) ou besognent dans l'ombre (les tortionnaires), il y a les idéalistes qui voudraient s'élever et témoigner par la littérature et par l'art (Sabato, Bruno). Mais, collectivement ou individuellement, objectivement et subjectivement, finalement tout est gangrené par le Mal : la violence, la cruauté des hommes et du temps, la mort toujours et partout, qui décapite, qui rabat, qui nivelle… et ne laisse d'autre espoir que l'éternité entropique dont l'auteur rêve aux dernières pages pour épitaphe :
« ERNESTO SABATO
a voulu être inhumé en cette terre
avec ce seul mot sur sa tombe
PAIX ».
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Citations & extraits (2) Ajouter une citation
nadejdanadejda   23 novembre 2010
Et quand nous nous proposons avec une énergie systématique, de parvenir à une fin entrant dans les possibilités d'un monde déterminé, quand nous mobilisons non seulement toutes nos forces conscientes mais en outre celles encore plus puissantes de notre subconscient, il finit par se former autour de nous un champ de forces télépathiques qui imposent notre volonté aux autres êtres, et même il se produit des événements fortuits en apparence, mais qui peuvent avoir été suscités par ce pouvoir invisible de notre esprit.
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GoldleadGoldlead   03 avril 2015
Plus nous nous approchons de la mort, plus nous nous rapprochons de la terre, non point de la terre en général, mais du lopin, du coin de terre minuscule mais tant aimé et regretté où s'est écoulée notre enfance, où nous avons eu nos jeux et connu l'irrécupérable enchantement de nos jeunes années. Alors, nous nous souvenons d'un arbre, d'un visage ami, d'un chien, d'un ruisseau, d'un sentier poussiéreux en été dans la chaleur de midi, avec le crissement des cigales, de bien d'autres choses encore ; pas de grandes choses, de petites, de très modestes choses, mais qui dans le moment qui précède la mort prennent une importance inimaginable.
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Ernesto Sabato : Avant la fin
Depuis le Centre culturel de "La Recoleta" à Buenos Aires, Olivier BARROT présente le livre d'Ernesto SABATO "Avant la fin".
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature espagnole et portugaise>Romans, contes, nouvelles (822)
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