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ISBN : 2918767492
Éditeur : Asphalte (03/09/2015)

Note moyenne : 4.2/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Villa Gesell est une station balnéaire argentine à 400 kilomètres de Buenos Aires. Débordant d’activité en été, elle se vide de ses touristes à la basse saison, laissant en vase clos ses habitants et leurs secrets.
Le moindre fait divers est minutieusement retranscrit par Dante, l’unique rédacteur de la gazette municipale El Vocero. Et l’hiver lui donne bien du travail : une rumeur d’abus sexuels dans un établissement scolaire chic de la ville provoque une v... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
tynn
  23 août 2015
Un village de bord de mer en Argentine retourne à son quotidien à la fin de la saison touristique.
On imagine une quiétude retrouvée, et on est loin du compte.
Par une centaine de petites histoires concernant les habitants autochtones, c'est une plongée plus que glauque dans une réalité sociale faites d'adultères, de meurtres, de scandales et corruptions en tous genres, de clientélisme et politiques corrompus inféodés au crime organisé, de vols, intimidations et violences sur fond de pauvreté, de relents de racisme, d'antisémitisme sur terreau d'implantation de criminels nazis... La liste pourrait continuer ...
Je suis fort partagée sur ce roman de 500 pages dans lequel je suis entrée comme en course de fond, portée par une construction en chapitres courts et percutants. le ton acide, ironique, incorrect est étonnant, très accrocheur. Les destins personnels se racontent en articles de presse, en interview, en conversations de coin de bars, en ragots et bruits de comptoirs.
Mais, mais mais... J'avais présumé de ma capacité de nageur de fond, noyée par les dizaines et des dizaines de noms (quand ce ne sont pas aussi des surnoms) dont les parcours s'entrelacent.
Il m'a fallu dès le départ prendre des notes pour m'y retrouver! Et à la moitié du livre, j'ai lancé une balise de détresse... à une autre livre. Colossale erreur car je n'ai jamais pu reprendre.
Un roman noir ambitieux, un puzzle original qui aurait beaucoup gagné à être complété d'un index de personnages.
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MarianneL
  22 septembre 2015
Portrait ravageur d'une station balnéaire dévorée par l'ennui, la violence et la corruption. Roman explosif et monumental.
«Cette nuit, hypocrite lecteur, mon semblable, à l'heure où tu commences la lecture de ce livre, roman, nouvelles ou chronique, appelle comme tu voudras ces proses, ces rebuts du néant, en cette nuit gelée où la mer semble si proche et si distante, tout près d'ici, dans cette Villa, en mai, juin, juillet, août, septembre, qu'importe le mois de cette morte-saison australe, dans sa demeure du quartier résidentiel El Pinard el Norte, quelqu'un, un géomètre progressiste, nique son gamin, quelqu'un, un ouvrier mécanicien, dans son baraquement en tôle de la Virgencita, dérouille sa nana, quelqu'un, un péon ivre, en étrangle un autre au cours d'une partie de cartes dans un hangar, quelqu'un, à la gare routière, un veilleur de nuit chaussé d'espadrilles, une fois le dernier bus parti, prend un maté, ce bifteck des pauvres, quelqu'un, un malade du sida, se passe une corde autour du cou dans sa tanière du sud, quelqu'un, un contremaître d'une fabrique de ciment, enterre le cadavre de sa fiancée sur le terrain d'un chantier, quelqu'un, un jeune officier du commissariat, applique la gégène à un jeune voleur à la tire, quelqu'un, un paumé, enfoui sous des cartons, crève de froid à la porte d'un immeuble proche du quai, quelqu'un, un chauffeur de taxi, baise sa belle-soeur pendant que son frère, agent de sécurité, assure son service de nuit dans un entrepôt, quelqu'un, un lascar, file sur les sentiers du bord de mer pour échapper aux flics, quelqu'un, un conseiller municipal, sniffe un rail tandis que la partie de poker s'éternise, quelqu'un, une vieillarde apeurée, lâche ses chiens dans la nuit, quelqu'un, un animateur de radio, passe du Pink Floyd et se roule un joint, quelqu'un, derrière un temple, un évangéliste possédé, une hache à la main, fend le crâne de sa promise, pauvre pécheresse, quelqu'un, un caissier employé à la Banco Provincia, sort du casino après y avoir perdu, en plus de son salaire, une somme qu'il sera incapable de justifier, quelqu'un, le traiteur de la rue voisine, ôte sa ceinture et entre dans la chambre de son fils où son ombre se projette, quelqu'un, ton voisin, entrepreneur dans le bâtiment, se branle devant des films porno, quelqu'un, le meneur d'une des bandes d'El Monte, deale du crack à des gamines et à des gamins qui, encagoulés, viennent juste d'empoisonner ton rottweiler et vont maintenant pointer leurs armes sur toi, et ta femme devra les sucer, ils serreront ta fille, et mieux vaut cracher où tu planques ton fric parce que t'imagines pas ce qu'ils peuvent leur faire à elles, avec ce fer à repasser gagné grâce à tes points fidélité au supermarché, un fer qu'ils ont branché et qui chauffe déjà sacrément.»
Lorsque la Villa Gesell, la station balnéaire imaginée par Guillermo Saccomanno, entre dans la saison morte, les monstres du passé de cette ville qui servit de refuge à de nombreux officiers allemands et autrichiens fuyant la débâcle nazie ressurgissent, en même temps que l'angoisse du chômage, de la pauvreté et qu'une violence inouïe.
Derrière la promesse de bonheur des étés en bord de mer, la Villa – où s'opposent deux mondes, les façades tape-à-l'oeil des hôtels du front de mer et le centre bourgeois, encerclés par un océan de misère qui ne cesse de s'étendre – révèle sa vraie nature, «tel un tableau de Jérôme Bosch», lieu de perdition marqué par les heures sombres du nazisme et de l'Histoire argentine, comme un concentré des dérives des sociétés contemporaines.
«De plus en plus de sans-abri dorment là où la nuit les surprend : sur un chantier abandonné, dans le fond d'un hangar, sur un banc de la gare routière. On sait ce qu'est la nuit hivernale sur la côte Atlantique : le gel, la pluie de neige fondue, un froid qui fend l'âme. Arno est différent. Pas seulement à cause de sa résistance physique malgré son âge. Mais parce qu'il appartient à une autre race. Supérieure. Il doit avoir dans les quatre-vingt ans. Il parle un allemand qu'on comprend mal. Et, à la Villa, ce qui est allemand fait encore autorité. Ce n'est pas vraiment un blason, mais on te regarde différemment si tu es d'ascendance germanique. C'est pourquoi Arno se distingue de tous les autres clodos et sans-abri qui traînent dans la ville. Et qui parfois s'en prennent à lui. Simplement parce que ce sont des aigris. Salauds de « negros ».»
Familles brisées par l'inceste, les violences conjugales ou la pédophilie, trahisons et vengeances sanglantes, abus sexuels, vols avec torture, racisme, misère, exploitation économique, corruption, litanie de suicides, préadolescents ruinés dès douze ans par la drogue et l'alcool, et dont les nuits sanglantes évoquent le «Moscow» d'Edyr Augusto : Qu'importe les meurtres et les scandales, ils seront le plus souvent étouffés, gommés pour que la saison touristique brille de tous ses feux, et pour que ceux qui en accaparent les profits continuent de prospérer sans gêne. Qui se sacrifierait en élevant la voix ?
Dante, rédacteur du journal local El Vocero et pivot du roman, tente, malgré ses marges de manoeuvre réduites dans un organe de presse sous contrôle, de gratter la surface du miroir et de révéler la nature véritable de cet enfer.
Dès sa première phrase, le roman choral de Guillermo Saccomanno, qui embrasse la foule entière d'une ville, entraîne le lecteur dans les grandes profondeurs vers l'épicentre du mal, à la manière d'un Roberto Bolaño, avec des dizaines de récits se succédant comme la houle, tableau des faiblesses d'hommes qui tous rêvent d'être purs, confrontés à la violence et à des inégalités sociales insupportables, récits qui prennent parfois un tour comique, mais qui, page après page, font mourir l'espoir de l'héroïsme et de la rédemption.
«Bermúdez, le jardinier, on l'appelle le Cyclope parce qu'il n'a qu'un oeil. Enfin, il a ses deux yeux, mais il ne voit qu'avec le gauche. le droit n'est qu'une fente grise. Si tu lui demandes ce qui lui est arrivé, il raconte qu'il a eu un accident de la route. Et il le détaille avec précision. Comme s'il le revivait. Pourtant, la vérité est tout autre. Dante la connaît. le Cyclope, on lui a crevé son oeil dans un centre de torture clandestin. Il militait au PRT. Après toutes ces années, tu dois te demander pourquoi il continue de dissimuler la vérité. Non, il n'a pas honte. Il a simplement peur que les bourges d'El Pinar del Norte ne lui donnent plus de boulot parce qu'il est de gauche.»
Retrouvez la note de lecture de ce roman sur mon blog ici :
https://charybde2.wordpress.com/2015/09/22/note-de-lecture-basse-saison-guillermo-saccomanno/
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nathalie_MarketMarcel
  12 avril 2016
Le roman s'organise par courts passages de quelques lignes ou quelques pages et passe d'un personnage à l'autre de façon à parcourir toute la ville : les trois familles qui la tiennent, les riches, les pauvres, les prostituées, les femmes de ménage, la coiffeuse… Cet envers du décor n'a rien de reluisant : corruption, meurtres, bavures policières, drogue, pédophilie, adultères, règlements de compte, dégringolades diverses et variées. C'est qu'il s'agit de tenir bon jusqu'au retour des touristes qui sont les vaches à lait de l'endroit. Par dessus tout cela flottent les fantômes de la Villa : un enfant mort, des nazis réfugiés en Argentine fondateurs de la ville, les corps des disparus de la dictature…
La structure très particulière de ce roman produit des effets contrastés. L'absence de fil narratif stable peut entraîner une lassitude, même si cela n'a pas été trop mon cas. J'ai eu plus de mal à me retrouver au milieu du nombre d'habitants dont il est question, même si l'auteur fait évidemment exprès de perdre son lecteur. Je me suis attachée à plusieurs des personnages, grands ou petits dans leurs drames. J'ai moins goûté les considérations générales sur le destin de la ville. La réussite de l'écriture apparaît quand, au bout d'un moment, la Villa finit par nous coller aux pieds comme de la boue, car tous ces secrets sont bien poisseux et le lecteur se sent un peu gluant.
Le lecteur hésite également entre plusieurs positions : s'agit-il d'un hiver spécial pour la Villa où les violences sont particulièrement nombreuses et remarquables ? Ou est-ce un hiver ordinaire avec ces petits scandales habituels ? Tout cela s'effacera-t-il après un nouvel été ? C'est fort probable, car le récit de cette année-là condense des événements plus anciens comme si la photo mettait côte à côte des personnes et des actions qui n'auraient pas pu se côtoyer. Ces événements qui sont le coeur du roman doivent en réalité se répéter d'année en année.
J'ai pris un grand plaisir à ma lecture. Saccomanno dresse le portrait collectif d'une ville quand elle vit sans la lumière des projecteurs, sans le soleil et sans l'argent des touristes. C'est la Basse saison et chacun a pour but de tenir bon jusqu'au retour de la haute – sachant que l'été revenu, le soleil noiera tout et autorisera à tout oublier.
Lien : http://chezmarketmarcel.blog..
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
asphalteasphalte   22 juin 2015
Vue sur un plan, la Villa est une amibe aux quadrillages irréguliers qui s’étend le long de la côte.
Qui la visite en mai trouvera une cité tranquille, un lieu de villégiature désert, ravagé par le vent, le gris et le froid. Le matin, marcher sur les petites dunes près de la jetée, voir les résidences de vacances fermées, les bars de plages murés, les immeubles hauts du bord de mer aux volets baissés, les écriteaux qui perdent leurs couleurs et se tordent à force de tempêtes, tout fait penser à une cité fantôme et vous trouble. La Villa est enterrée dans la solitude. Et sa faible activité se limite à quelques pâtés de maisons dans le centre, les succursales de deux ou trois banques, un bureau de change, une pâtisserie, l’Hôtel de Ville et les rares bars où les commerçants discutent affaires en se plaignant, comme toujours, de la dernière saison touristique.
Il y a aussi quelques épiceries et boutiques ouvertes où presque personne n’achète car, hors saison, personne n’a le moindre centime.
En particulier ceux qui vont au casino.
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asphalteasphalte   01 juillet 2015
En hiver, particulièrement les jours où la température passe au-dessous de zéro et que le ciel est gris, nous pleurons d’une tristesse qu’on ne peut imputer à personne. C’est la peine de nous-mêmes. Alors le mieux est de descendre à la plage et de marcher contre le vent glacé. Et si jamais tu croises quelqu’un, il n’y a pas de honte à avoir. Au-dessous de zéro, avec un vent contraire, nous pleurons tous de froid.
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asphalteasphalte   22 juin 2015
D’après nos statistiques, la population stable environne les vingt mille âmes. La plupart vit sur le boulevard, loin de la plage. Et au-delà, il y a l’autre ville : le bidonville. Autour du centre : des pavillons silencieux. Le claquement d’une persienne mal accrochée. Un aboiement. Car on voit actuellement beaucoup de chiens affamés renifler les poubelles. Une mouette par-ci par-là. On peut entendre ses propres pas sur le sable.
Si, après avoir longé le quai, le sud n’offre que des constructions basses, dépareillées, qui alternent avec des immeubles d’habitation, le nord conserve au moins le charme de la forêt, des chants d’oiseaux dans les feuillages qui se déversent au-dessus des toits à double pente qui évoquent quelque construction alpine. Même si, de temps à autre, émerge une demeure prétentieuse, au style californien, qui sent le nouveau riche et l’argent facile.
En été, lorsque la saison bat son plein, environ un million de touristes passent par la Villa. Engager une conversation entre habitants devient alors impossible. Chacun vaque à ses occupations. Au contraire, en ce moment, en plein hiver, les jours, bien que raccourcis, semblent éternels.
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nathalie_MarketMarcelnathalie_MarketMarcel   12 avril 2016
J’ai l’espoir que Godot, ce soir, apparaisse dans ma vie. L’amour, moi, je l’appelle Godot. Nous attendons tous Godot. Toujours. Et ce soir, mais il s’était interrompu. Cecilia n’en revenait pas : elle, tous les deux seuls au Café de la Mer, là, en train de demander à Bacigalupo : Puis-je t’appeler Godot.
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nathalie_MarketMarcelnathalie_MarketMarcel   12 avril 2016
Après la Semaine sainte, le dernier week-end prolongé, le dernier râle de l’été austral, le dernier geste du désespéré qui n’a pas trouvé le salut pendant la haute saison, il pleut toujours. Et en mai, autour de six heures et demi du matin, s’il ne pleut pas à verse, il crachine. On a parfois un jour ensoleillé, mais la menace de tempête, venue du sud, domine. Ce ciel gris, opaque, annonce ce qui vient. Le froid, la bruine, le salpêtre. Le dernier touriste parti, les restaurants, les bars et les magasins ferment. La Villa devient une cité fantôme.
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Video de Guillermo Saccomanno (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Guillermo Saccomanno
Rentrée littéraire 2015 / éditions Asphalte .Claire Duvivier et Estelle Durand, éditrices des éditions Asphalte vous présentent l'ouvrage de Guillermo Saccomanno "Basse saison". Rentrée littéraire automne 2015. Retrouvez l'ouvrage : http://www.mollat.com/livres/saccomanno-guillermo-basse-saison-9782918767497.html Notes de Musique : ?The returning? (by Jelsonic). Free Musique archive. Retrouvez la librairie Mollat sur les réseaux sociaux : Facebook : https://www.facebook.com/Librairie.mo... Twitter : https://twitter.com/LibrairieMollat You Tube : https://www.youtube.com/user/Librairi... Dailymotion : http://www.dailymotion.com/user/Libra... Vimeo : https://vimeo.com/mollat Instagram : https://instagram.com/librairie_mollat/ Pinterest : https://www.pinterest.com/librairiemo... Tumblr : http://mollat-bordeaux.tumblr.com/ Soundcloud: https://soundcloud.com/librairie-mollat Blogs : http://blogs.mollat.com/
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