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Jean Goulemot (Éditeur scientifique)
EAN : 9782080702142
186 pages
Éditeur : Flammarion (15/07/1998)
3.46/5   300 notes
Résumé :
Les Infortunes de la vertu est un conte philosophique de Sade, écrit en 1787. L'ouvrage est écrit entre le 23 juin et le 8 juillet 1787, alors que Sade est emprisonné à la Bastille. Justine ou les Malheurs de la vertu, publiée en 1791, est la seconde version de cette histoire, qui sera elle-même suivie d'une troisième version, La Nouvelle Justine ou les Malheurs de la vertu, publiée en 1799. Le prénom de l'héroïne, Justine, est celui qui avait été donné à Catherine ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (31) Voir plus Ajouter une critique
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lanard
  19 avril 2021
Maudire est un verbe performatif qui signifie faire le mal par la parole. de nos jours, on ne croit plus pouvoir invoquer des forces surnaturelles, on peut, par la parole, faire du mal à une personne en la diffamant par exemple ; bien des malédictions passent de nos jours par les réseaux sociaux ou la presse. Mais il est peut-être une autre façon de maudire, une façon qui consisterait à mal dire, dire avec des mots inadéquats, dans les termes d'un sophisme que les conventions nées de l'habitude de mal penser ont rendues invisibles. Or il y a quelque chose de maudit dans la postérité du marquis de Sade. Pas vraiment dans le sens où l'entendait Verlaine pour ses poètes maudits car il y a quelque chose de victimaire dans leur malédiction qui est étranger à l'aura de Sade.
Si Sade est pris dans une malédiction, ce n'est pas seulement du fait de sa réputation sulfureuse. C'est peut-être aussi du fait, qu'en son temps quelque chose était « mal dit » dans le domaine de la morale. Et si Sade est encore lu de nos jours, c'est que peut-être nous n'en avons pas encore fini avec ce mal dit. C'est dans ce sens qu'en matière de morale, nous sommes tous maudits et cette malédiction a beaucoup à voir (j'en fait l'hypothèse) avec un mauvais usage du verbe être. Ainsi nous nous débattons encore aujourd'hui avec des problèmes identitaires et les rapports de nos sociétés avec leurs minorités sont empoisonnées par ce que l'on appelle l'essentialisme, c'est-à-dire, le fait d'être réduit à une étiquette dans le regard social à une essence. Par exemple, comment quand on est musulman se départir de l'image de terroriste potentiel que le discours médiatique véhicule.
Si l'on n'y prend pas garde, ce verbe « être » forme une prison pour l'esprit. Si l'on n'y prend garde ce verbe nous enferme dans un regard social parfois capable d'oppression. Dans une morale élémentaire, le verbe être vous enferme dans la vertu ou le vice ; être vertueux ou être vicieux telle est la question.
On sait que Sade séjourna souvent dans des prisons d'État (la Bastille), ce fut sa malédiction sociale et politique. Mais Sade s'est aussi débattu dans une prison de langage. Les traces de cette lutte enragée, nous les trouvons dans son oeuvre. Sade, vivait en un temps où la Raison prenait une majuscule et cette Raison détrônait l'Esprit Saint dans les objets de dévotion des gens instruits. L'athéisme révolutionnaire allait plus tard s'accommoder d'un être suprême mais l'on adorait surtout les systèmes. L'élite cultivée de ce temps là regardait le monde d'une façon nouvelle et ce regard neuf, on l'appela Lumières. Ces lumières sont ce qu'on n'appelle pas encore les sciences : la philosophie naturelle découvre que le monde est fait de principes. Les Principes mathématiques de la Philosophie naturelle en étaient le modèle. Dans ces Principia Mathematica Philsophiae Naturalis, Isaac Newton dévoilait à la société lettrée un univers conçu comme une horloge. Avec tous les encouragements de son amant Voltaire, la Marquise du Châtelet, qui était aussi mathématicienne, les traduisit en français.
Je ne peux pas lire les outrances de Sade sans cet éclairage idéologique : son ignoble postérité m'aurait simplement dissuadé de le lire si de nos jours on n'avais pu lire cette oeuvre sans comprendre que le sadisme, comme le roman gothique anglais (Ann Radcliffe, Lewis, Walpole), constituait la face sombre des Lumières, l'ombre sans laquelle il n'est point de lumière. Une lecture trop simple de l'histoire des idées oppose les Lumières à l'obscurantisme médiéval. L'ombre sadique n'a rien médiéval, elle est consubstantielle aux lumières, elle en participe. Elle est une lumière crue projetée sur le problème du bien et du mal. Mais une lumière aveuglante qui brouille tout, éclairage faux de concepts mal foutus.
Dans cette société où l'on adorait les systèmes Sade romancier, enferma ses personnages de le vice ou la vertu. Juliette et Justine sont soeurs. Encore jeunes filles la banqueroute de leur père les abandonna à leur destin ; Juliette choisi le vice et Justine la vertu. C'est simple comme un conte. C'en est un justement, un conte philosophique. Sade en récrira par deux fois de nouvelles versions qui ne deviendront moins des contes que des romans. Je ne suis pas sûr de les lire un jour. Mais ce premier conte écrit en 1787 , est la première version d'un projet de flétrissement de la vertu. Il expose fort bien le noeud d'un problème philosophique que les versions suivantes (Justine ou les malheurs de la vertu, 1791 ; La nouvelle Justine, suivie des Aventures de Juliette, 1797) ne me semblent pas avoir su résoudre sinon en convulsions littéraires qui tiennent de l'exorcisme ou d'un art de la transe ; écrits pendant le paroxysme révolutionnaire, je me demande ce qu'ils ont pu garder de philosophique. Mais j'en parle ici sans les avoir lus.
Ce conte est une attaque en règle contre la morale traditionnelle qui loue la vertu et condamne le vice. La vertu, c'est quand nous défendons le bien d'autrui avant le notre. le vice est l'attitude contraire qui se satisfait soi avant tout autre voire au mépris de l'autre.
Or, Sade part du principe que le monde est corrompu dans sa totalité et que dans un tel contexte, vertu et vice se valant (d'un mal peut naître un bien, c'est dans Voltaire cité page 22) et la vertu exigeant toujours que l'on se fasse violence, alors « mieux vaut se laisser porter par le courant » et ne plus hésiter à faire violence à autrui. Sade ne cesse d'affirmer que la corruption du monde est un fait établi. Et ce terme même de corruption crée toute l'ambiguïté de son propos. Car on sent qu'il n'emploie pas tout à fait ce mot au sens aristotélicien pour le lequel corruption signifie « changement » sans qu'il y soit associé l'idée de décadence, de décrépitude et de perte. On est loin du principe bouddhiste d'impermanence de toutes choses. La corruption sadienne semble toujours contenir quelque nostalgie du bien. Comme malgré lui, sans qu'il en ait conscience Sade, en exaltant le vice, a toujours l'air de vouloir provoquer l'amour du bien. La fureur sadique me semble l'expression pathologique d'un sentiment d'impuissance à faire le bien qui cherche à se justifier en démolissant la morale traditionnelle (à défaut d'en fonder une autre par un processus d'inversions des valeurs tel que Nietzsche les décrira plus tard). Or c'est là qu'on retrouve l'idéologie des Lumières, à peine en filigrane. Sade donne aux principes immoraux de ses personnages une teinte de philosophie naturelle. Ainsi lorsqu'un personnage expose à la vertueuse Justine ses intentions matricides (pp. 65-67) il entend annuler toute portée morale au meurtre en expliquant que l'idée qu'on puisse détruire son semblable est chimérique : « le pouvoir de détruire n'est pas accordé à l'homme, il a tout au plus celui de varier des formes, mais il n'a pas celui de les anéantir » (p. 65). On croirait lire du Lavoisier ! Quand Justine lui rétorque que c'est tout de même sa mère « l'être qui l'a porté en son sein » qu'il entend assassiner l'odieux personnage lui répond « Songeait-elle à moi, cette mère, quand sa lubricité la fit concevoir le foetus dont je dérivai ? Puis-je lui devoir de la reconnaissance pour s'être occupée de son plaisir ? » (ajoutant – on croyait encore cela au temps des Lumières - que le sang de l'enfant doit tout à la semence du père et rien à la mère, simple récipient).
Ce n'est que cent plus tard, que Nietzsche proclama la mort de Dieu. du temps de Sade, ce « Gai savoir » était en gestation et le cadavre de Dieu bougeait encore (et probablement bouge t-il encore au XXIe siècle).
Quant aux cadavres et aux corps des humains, ils étaient en train de perdre toute valeur sacrée ; on oublie trop que la société des Lumières était une société esclavagiste. Les indignations ambiguës De Voltaire sont bien connues. Les Infortunes de la vertu nous donne un exemple de cette ambiguïté avec le docteur Rodin. Justine trouva dans sa maison de quoi de refaire de ses épreuves. Mais ce fut pour découvrir que l'aimable médecin s'adonnait à de sinistres expérimentations scientifiques sur le corps d'une petite fille. Révoltée Justine sauva l'enfant mais en causant sa propre perte. Vers la fin du roman, après d'autres mésaventures, Justine entend à nouveau parler du sinistre docteur Rodin ; c'est pour apprendre qu'il était devenu une sommité acclamée du monde de la médecine.
A plusieurs reprise, la morale est relativisée mais c'est toujours par la bouche des personnages ignobles. le récit de Justine est à la première personne ; elle est la principale narratrice. C'est un narrateur qui n'a pas part aux événements qui raconte l'histoire des deux soeurs. Il n'intervient que pour exposer dans les première pages ses intentions et il conclu le récit d'une manière qui très ironiquement fait semblant de sauver la morale ; quand Juliette, chargée de son passé de vices voit la pure Justine mourir foudroyée par le hasard d'un orage, « la femme mondaine et corrigée » fait repentance et se retire au couvent. Tout en reconnaissant à la vertu sa beauté (une beauté bien excitante au vicieux), le narrateur n'en annonce pas moins dès le début son inutilité ; il veut l'illustrer par ce conte.
On peut dire que la mécanique narrative de ce conte fait écho à l'image horlogère qui préside aux représentations newtoniennes de l'univers. L'action divine est remplacée par l'action de forces à l'équilibre délicat. « Il y a dans la constitution imparfaite de notre mauvais monde une somme de maux égale à celle du bien, il est essentiel pour le maintien de l'équilibre qu'il y ait autant de bons que de méchants, et que d'après cela il devient égal au plan général que tel ou tel soit bon ou méchant de préférence ; que si le malheur persécute la vertu, et que la prospérité accompagne presque toujours le vice, la chose étant égale aux vues de la nature, il vaut infiniment mieux prendre parti parmi les méchants qui prospèrent que parmi les vertueux qui périssent ? » (p. 22)
Même si l'oeuvre de Sade conserve aujourd'hui son pouvoir inquiétant, le lecteur cultivé a les moyens d'en être moins troublé. La métaphore horlogère est passée de mode, la physique moderne n'est plus aussi déterministe que celle de Newton (que l'on range sous le terme de « Classique » comme le Roi Soleil) et des docteurs en narratologie démontent les textes comme on démonte une horloge.
Nous pouvons lire Sade moins naïvement qu'aux temps de sa première réception. Il ne s'agit pas seulement de distinguer l'auteur de l'oeuvre. Un lecteur avisé sait distinguer un propos de personnage, un propos du narrateur et, s'il les connaît les opinions de l'auteur. Il sait aussi interpréter l'enchaînement des structures narrative et leur visées sur l'émotion du lecteur. En dehors de sa correspondance, les écrits de Sade qu'on lit aujourd'hui sont des romans et même La Philosophie dans le boudoir n'est pas un traité de philosophie.
Ce que l'oeuvre de Sade interroge, c'est donc moins les questions de morales que notre imaginaire de la morale. En faisant vivre par la fiction des personnages pervers qui s'affirment tels Sade se donne la possibilité de comprendre quelque chose à ses propres pulsions et aux injustices dont il a pu être témoin. La fiction Sadienne me paraît être une expérience de pensée de même nature que celles imaginées par un physicien pour comprendre le mouvement. Et la nécessité de sa démarche devait procéder de tourments intérieurs, d'une psychopathologie. Cette pathologie est certainement l'expression d'une époque et d'un contexte idéologique (celui du Siècle des Lumières et du déclin de la morale chrétienne).
La question n'est pas se savoir si Sade fut sadique. Bien sûr, fût-elle admirable, aucune oeuvre d'imagination n'excuse un comportement criminel. J'en sais peu sur la biographie de Sade. Je crois savoir seulement que l'aura de son oeuvre nous incline à lui prêter plus de mal qu'il n'en a fait mais que le peu qu'il aurait fait fut cependant très sinistre. En présentant ses oeuvres comme des expériences de pensée, je lui prête une démarche qui ne fut peut-être pas vraiment consciente comme ce fut le cas pour Einstein quand il réfléchissait sur la vitesse de la lumière. La mode néanmoins était aux conte philosophique et en cela Sade était vraiment contemporain du Voltaire de Candide.
Je crois qu'il est heureux qu'un certain relativisme moral qui voulait faire du sadisme une alternative crédible soit aujourd'hui passée de mode. Cependant les rituels sado-maso existent encore (il ne s'agit pas de les interdire, d'ailleurs j'ai l'impression font de plus en plus sourire). Mais que l'expression artistique de cette pathologie parle encore à notre époque devrait nous interroger. Car autant en son temps, les imaginations horrifiques de Sade pouvaient encore avoir quelque chose d'improbable, il semble que, par delà les rituels érotiques petits bourgeois, nous les trouvons aujourd'hui bien souvent incarnées dans le réel de nos actualités. Un réel qui est en train de dépasser l'imagination (affaire Esptein mais aussi toutes les violences des guerres modernes). Une société qui se représente comme une entreprise, où l'on gère sans sourciller des « ressources humaines », c'est-à-dire un monde où le prochain est traité en « objet » semble vouloir donner raison aux plus ignobles personnages sadiens. La malédiction que j'évoquais au début de ce texte, la malédiction du mal dire, frappe encore.
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JacobBenayoune
  04 décembre 2013
L'adjectif qu'il nous a légué est plus connu que son oeuvre, ainsi que lui-même (certains imaginent que c'est un personnage de la mythologie tout comme Narcisse).
Le titre du roman (qui aura d'autres versions) résume à peu près l'histoire. Une jeune fille naïvement vertueuse rencontre des mésaventures scandaleuses en voulant suivre opiniâtrement les chemins de la vertu. Sade par ces événements inopinés qui se succèdent comme dans une chaînes (comme dans les contes voltairiens) nous enveniment avec son sadisme et l'on se surprend parfois à maudire la naïveté exagérée de cette fille (voire apprécier sa punition pour sa confiance universelle). Peut-être qu'après tout, le marquis a voulu seulement donner libre cours à son imagination, sans avoir en tête la création d'idées philosophiques sur l'atrocité de l'être humain, avec ces religieux pervers notamment. L'être vertueux se trouve étranger, seul! il est entouré de loups, voilà peut-être l'idée trop religieuse qu'on peut tirer de ce roman.
Par ailleurs, Sade est un grand prosateur, j'ai adoré sa prose classique.
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rabanne
  09 décembre 2015
Notre prof de philo avait mis Sade, et cette oeuvre en particulier, dans la liste d'auteurs à découvrir... Osé, me direz-vous ?
La portée d'une telle pensée n'étant pas des plus aisée à analyser en fin de comptes à 17 ans...
Roman dichotomique sur le bien et le mal, le péché et la vertu.
Justine s'évertuera à suivre le "droit" chemin, mais en paiera le prix fort, subissant malheurs sur malheurs, tandis que sa soeur préférera suivre son instinct, ses propres intérêts, même si cela doit égratigner la morale.
Certains passages sont extrêmement crus, malgré le langage raffiné du XVIIIème siècle, les scènes explicites et assez violentes.
L'innocence sacrifiée sur l'autel de l'immoralité, à l'image d'une société pervertie. Une morale chrétienne bien écorchée au passage, les moines représentés ici comme vils, cupides et concupiscents.
Il s'agit bien de satire sociale, sur l'hypocrisie des bien pensants, dans un siècle des Lumières qui prône la liberté d'expression, mais aussi dénonce en filigrane la mainmise de l'Église sur la société.
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Slava
  15 mai 2015
Sade... Rien que ce nom qui a donné un mot pour désigner le plaisir à faire souffrir quelqu'un, le sadisme, un nom sulfureux, avec un parfum de scandale, de perversion, avec des romans très... dépravées. Donc, j'ai osé, osé je dis-je à lire les Infortunes de la vertu, avec ce mélange d'envie et de crainte, et... curieusement, et étonnamment, je n'ai pas été si heurtée que je le pensais.
L'histoire : deux jeunes soeurs orphelines quittent le couvent un peu trop tôt et prennent des chemins qui les séparent. L'une, Juliette, cède au vice et parvient à devenir une personne distinguée et mondaine tandis que sa soeur Justine décide de prendre la voie de la vertu. Quelques années plus tard, Juliette retrouve sa soeur justement (excusez-moi, c'est un spoiler vue qu'on ne l'apprend qu'à la fin qu'elle n'est que Justine mais bon, on s'en doute déjà au début ), bien désespéré et éprouvée. Justine lui raconte alors toutes ses horribles mésaventures...
Ecrit en quinze jours, ce récit se trouve en fait être une première de Justine, où les malheurs de l'infortune, qui sera suivit d'une troisième version, la nouvelle Justine (que là, j'ose pas vu que contrairement au premier et à la seconde version, celle-ci est hautement pornographique) et se trouve un peu soft et très philosophique.
En effet, tout au long du roman, il y a la réflexion autour du Mal et de la vertu qui y est posé et débattu, avec surtout une pensée de Sade qui est effroyablement vraie encore aujourd'hui : celui où la vertu est toujours punie et où le vice est récompensé... Il y est aussi réflexion de la religion, des rapports hommes-femmes mais surtout de la conception du Bien et du Mal, dont ce dernier remporte souvent.
Justine peut apparaître comme naïve, prude et écervelée mais elle nous touche parce que malgré les horreurs qui lui arrive, elle garde toujours tête; reprends courage et se voue toujours au Bien (ce qui est admirable tout de même). Et aussi parce qu'elle semble être la seule personnage véritablement voué au Bien vue que tout autour règne le vice.
Des vices, elle en rencontre ! Vol, meurtres... et abus sexuels aussi. Mais le miracle est que les viols qu'elle subit et autres perversions qu'elle assiste sont souvent suggérés où quand elles sont décrits, par une écriture et langue magnifique, splendide, précieuse, joliment prude et nous facilitant la vision des horreurs. Sade sait très bien écrire, quoi qu'on dit sur sa vie.
Bien que ce roman a l'aspect du conte philosophique avec ses paysages digne de conte de fées, il reste réaliste puisqu'on voit toutes les catégories sociaux : les moines, les marchands, les marquis...
En revanche, je l'ai trouvé un peu trop court, mais bon, il a été écrit en quinze jours donc...
Et que dire de la célèbre fin ? Tragique mais apportant aussi un curieux sentiment de soulagement. Qui porte un symbolisme...
Les infortunes de la vertu est en tout cas la version "soft" des mésaventures de Justine, je pense qu'elle peut être accessible à plein de gens puisque comme je le dit, les instants "sexys" sont souvent décrits avec suggestion et pudeur. Mais n'empêche, ses idées du Mal et du Bien nous restent en tête... Bien qu'évidemment, je n'oserais pas voir les autres oeuvres de Sade !
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Eve-Yeshe
  10 novembre 2013
je l'ai lu il y a très longtemps dans le cadre d'un séminaire de psychiatrie consacré aux "perversions sexuelles" en 1979 ou 1980.
Justine m'a plu par sa candeur initiale qui peu à peu se transforme mais la plume de Sade me touche peu.
certes, on ne nous demande pas d'éprouver du plaisir en lisant les frasques diverses du divin marquis mais j'avoue que je n'ai pas eu envie de lire autre chose, sauf peut-être "la philosophie dans le boudoir"....
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Citations et extraits (53) Voir plus Ajouter une citation
CielvariableCielvariable   11 mai 2013
Mme la comtesse de Lorsange était une de ces prêtresses de Vénus, dont la fortune est l’ouvrage d’une figure enchanteresse, de beaucoup d’inconduite et de fourberie, et dont les titres quelque pompeux qu’ils soient ne se trouvent que dans les archives de Cythère, forgés par l’impertinence qui les prend et soutenus par la sotte crédulité qui les donne.
Brune, fort vive, une belle taille, des yeux noirs d’une expression prodigieuse, de l’esprit et surtout cette incrédulité de mode qui, prêtant un sel de plus aux passions, fait rechercher avec bien plus de soin la femme en qui l’on la soupçonne ; elle avait reçu néanmoins la plus brillante éducation possible ; fille d’un très gros commerçant de la rue Saint-Honoré, elle avait été élevée avec une sœur plus jeune qu’elle de trois ans dans un des meilleurs couvents de Paris, où jusqu’à l’âge de quinze ans, aucun conseil, aucun maître, aucun bon livre, aucun talent ne lui avait été refusé. A cette époque fatale pour la vertu d’une jeune fille, tout lui manqua dans un seul jour. Une banqueroute affreuse précipita son père dans une situation si cruelle que tout ce qu’il put faire pour échapper au sort le plus sinistre fut de passer promptement en Angleterre, laissant ses filles à sa femme qui mourut de chagrin huit jours après le départ de son mari. Un ou deux parents qui restaient au plus délibérèrent sur ce qu’ils feraient des filles, et leur part faite se montant à environ cent écus chacune, la résolution fut de leur ouvrir la porte, de leur donner ce qui leur revenait et de les rendre maîtresses de leurs actions.
Mme de Lorsange qui se nommait alors Juliette et dont le caractère et l’esprit étaient à fort peu de chose près aussi formés qu’à l’âge de trente ans, époque où elle était lors de l’anecdote que nous racontons, ne parut sensible qu’au plaisir d’être libre, sans réfléchir un instant aux cruels revers qui brisaient ses chaînes. Pour Justine, sa sœur, venant d’atteindre sa douzième année, d’un caractère sombre et mélancolique, douée d’une tendresse, d’une sensibilité surprenantes, n’ayant au lieu de l’art et de la finesse de sa sœur, qu’une ingénuité, une candeur, une bonne foi qui devaient la faire tomber dans bien des pièges, elle sentit toute l’horreur de sa position. Cette jeune fille avait une physionomie toute différente de celle de Juliette ; autant on voyait d’artifice, de manège, de coquetterie dans les traits de l’une, autant on admirait de pudeur, de délicatesse et de timidité dans l’autre. Un air de vierge, de grands yeux bleus pleins d’intérêt, une peau éblouissante, une taille fine et légère, un son de voix touchant, des dents d’ivoire et de beaux cheveux blonds, telle est l’esquisse de cette cadette charmante dont les grâces naïves et les traits délicieux sont d’une touche trop fine et trop délicate pour ne pas échapper au pinceau qui voudrait les réaliser.
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AdrasteAdraste   22 août 2015
Et de quel droit, me dit le barbare quand ses passions furent satisfaites, est-ce parce que je veux bien passer un instant ma fantaisie avec toi ?mais vais-je à tes pieds exiger des faveurs de l’acquiescement desquelles tu puisses exiger quelque dédommagement ? Je ne te demande rien… je prends et je ne vois pas que de ce que j’use d’un droit sur toi, il doive résulter que je doive m’abstenir d’en exiger un second. Il n’y a point d’amour dans mon fait, c’est un sentiment qui ne fut jamais connu de mon cœur, je me sers d’une femme par besoin, comme on se sert d’un vase dans un besoin différent, mais n’accordant jamais à cet être, que mon argent ou mes forces soumettent à mes désirs, ni estime ni tendresse, ne devant ce que prends qu’à moi-même et n’exigeant jamais d’elle que de la soumission, je ne puis être tenu d’après cela à lui accorder aucune gratitude. Il vaudrait autant dire qu’un voleur qui arrache la bourse d’un homme dans un bois parce qu’il se trouve plus fort que lui, lui doit quelque reconnaissance de l’or dont il vient de le léser ; il en est de même de l’outrage qu’on fait à une femme, ce peut être un titre pour lui en faire un second, mais jamais une raison suffisante pour lui accorder des dédommagements.
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AdrasteAdraste   22 août 2015
Contre Raynal et la majorité des philosophes des lumières, il prouve que le commerce loin d’être un facteur de paix se fonde sur la violence et en vit. Plus qu’ailleurs, dans la société bourgeoise, l’homme est un loup pour l’homme. L’argent mine toutes les valeurs puisque tout s’achète et tout se vend : traitant qui fait l’aumône espère bien qu’il en sera immédiatement récompensé. La charité n’est qu’une des formes de l’échange : Dubourg le laisse clairement entendre à Justine : Le laisser-faire de l’économie ne peut que contaminer la morale. Les possédants vertueux sont les premières victimes de leurs pairs […]. Il ne peut être de bourgeoisie honnête qui ne cesserait à l’instant même d’être bourgeois ! Sans cesse menacés par ceux qui aspirent à leur succéder, les riches doivent se défendre par tous les moyens.

(Préface de Jean-Marie Goulemot)
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mimi574mimi574   24 mai 2012
Le remords ne prouve pas le crime, il prouve seulement une âme facile à subjuguer. Qu'il vienne un ordre absurde de t'empêcher de sortir à l'instant de cette chambre, tu n'en sortiras pas sans remords, quelque certain qu'il soit que tu ne ferais pourtant aucun mal à en sortir. Il n'est donc pas vrai qu'il n'y ait que le crime qui donne des remords ; en se convainquant du néant des crimes ou de la nécessité dont ils sont eu égard au plan général de la nature, il serait donc possible de vaincre aussi facilment le remords qu'on aurait à les commettre, comme il te le viendrait d'étouffer celui qui naîtrait de ta sortie de cette chambre d'après l'ordre illégal que tu aurais reçu d'y rester une fois.
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PhilochardPhilochard   25 août 2015
La respiration du moine était pressée et il s'arrêtait de temps en temps pour renouveler l'indécence de ses gestes. Enhardi par l'heureuse réussite de ses projets, il s'émancipa même au point de glisser une de ses mains sous mes jupes et me contraignant de l'autre pour que je ne pusse m'échapper, il me souilla d'attouchements déshonnêtes en plusieurs parties de mon corps [...].
- Oh ciel, je suis perdue, lui dis-je.
- Je le crains, me répondit le scélérat, mais il n'est plus temps de réfléchir.
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Vidéo de Marquis de Sade
Pendant toute la durée du Festival d'Avignon, la comédienne Isabelle Huppert se remémore un moment marquant de son histoire avec le plus grand rassemblement de théâtre au monde. On se souvient, en 2000, de son apparition magique dans la Médée d'Euripide. Dans l'obscurité grandiose de la Cour d'honneur du palais des Papes, Isabelle Huppert, dirigée par Jacques Lassalle, offrait à la matricide son calme souverain. Elle nous la rendait proche, presque familière, en faisait une femme déses-pérée comme une autre… À Avignon toujours, elle est même parvenue à nous faire sourire des terribles mésaventures de Justine, à travers ses lectures de Sade. L'égérie de Chabrol et de Haneke au cinéma sait au théâtre merveilleusement libérer les monstres et apprivoiser les détresses. Ses compagnonnages scéniques avec Peter Zadek, Claude Régy, Bob Wilson, Krzysztof Warlikowski et Luc Bondy l'ont forgée à la magie du plateau. Isabelle Huppert y rayonne comme personne, y attire la lumière. Dirigée par le Portugais Tiago Rodrigues, elle sera cette fois Lioubov Andréievna dans La Cerisaie, de Tchekhov…

ENTRETIEN FABIENNE PASCAUD
RÉALISATion PIERRICK ALLAIN BASILE LEMAIRE
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