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EAN : 9782373090161
256 pages
Éditeur : Editeur distribué par Belles Lettres (22/10/2016)

Note moyenne : 3.78/5 (sur 18 notes)
Résumé :
Berceau des technologies numériques (Google, Apple, Facebook, Uber, Netflix, etc.), la Silicon Valley incarne l’insolente réussite industrielle de notre époque. Cette terre des chercheurs d’or, devenue après-guerre le cœur du développement de l’appareil militaire et de l’informatique, est aujourd’hui le lieu d’une frénésie innovatrice qui entend redéfinir de part en part nos existences à des fins privées, tout en déclarant oeuvrer au bien de l’humanité.
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Rodin_Marcel
  17 avril 2020
Sadin Eric – "La silicolonisation du monde : l'irrésistible expansion du libéralisme numérique" – L'échappée, 2016 (ISBN 978-2-3730901-6-1)
– Format 21x14cm, 293p.

Un livre si important et décisif sur la question qu'il est d'ores et déjà en train de devenir un "classique" incontournable dès que qui que soit aborde le thème de l'invasion des technologies numériques dans la vie quotidienne des gens aujourd'hui. Et ce, bien que son auteur soit tombé dans l'ornière de la parade sur les plateaux de télévision des bobos...

La quatrième de couverture constitue une première présentation quelque peu réductrice mais correcte de l'ouvrage ; par ailleurs, on trouve sur le Web, en libre accès, le texte de l'entretien fleuve que l'auteur a accordé au quotidien "Le Figaro", publié dans son édition du 6 janvier 2017, un texte de six pages qui résume de larges aspects de son ouvrage.

Pour ma part, je me limite donc à quelques remarques, formulées après lecture et re-lecture de ce livre.

- le style, l'écriture, la construction de ce pamphlet relèvent d'une certaine excellence académique incluant un vaste savoir dans lequel l'auteur n'hésite pas à piocher, certains pourront trouver qu'il en étale un peu beaucoup. Par ailleurs, de nombreux propos sont formulés un peu hâtivement, mais reconnaissons que les développer eut exigé un triplement du nombre de pages.

Un certain nombre de lacunes subsistent tout de même.

- Rien par exemple sur l'addiction phénoménale consciemment provoquée et entretenue surtout auprès des adolescent(e)s, qui se trouvent – par leurs propres communications sur les réseaux dits sociaux – mis à nu, poursuivis, harcelés de "propositions" les enfermant encore plus dans leur écran, détruisant leur relation à leur entourage, court-circuitant l'intervention d'adultes au point de l'annihiler. le foyer familial devient un lieu de combat incessant contre cette addiction.
Troublante analogie avec les drogues : aucun gouvernement n'entreprend quoi que ce soit de sérieux contre ce phénomène, bien au contraire..

- Rien non plus sur les caractéristiques essentielles des trois quarts (si ce n'est plus) des contenus sciemment relayés et véhiculés sur ces réseaux, à savoir l'imbécillité la plus crasse, la pornographie la plus salace, la médiocrité la plus abyssale, le tout dissimulé derrière deux arguments : le Web donne accès à tout plein de "bon" savoir (la preuve : Babelio ou Wikipedia, entre autres), et surtout, surtout, la pseudo totale "liberté d'expression" qui se doit d'y régner. Ces deux arguments servent à dissimuler les torrents d'ordures circulant dans ces égouts, servant de support à un véritable harcèlement publicitaire et à une profonde désinformation générale.

- Pas un mot non plus sur le lien historique entre ce point d'arrivée et l'instauration de la télévision grand public dans les années soixante du vingtième siècle, préliminaire indispensable à l'abrutissement généralisé via l'écran. Une imbécillisation massive qui ne pouvait se faire qu'auprès de populations largement urbanisées, dé-responsabilisées, passivisées, disposant chaque jour de nombreuses heures de désoeuvrement après avoir effectué un travail de moins en moins intéressant mais fatiguant, ou avoir vécu une journée de chômage et d'inactivité forcée, tout aussi paralysante.

- Pas une ligne non plus sur l'effarante standardisation que ces techniques et procédés assènent au niveau mondial : le Web, c'est le pendant, le complément, du jean, basket, mac-do, block-buster, tube international, etc.

- Je termine par un point essentiel à mes yeux : pour moi, qui ait participé à l'informatisation professionnelle puis personnelle dès les premières vagues, il conviendrait d'insister sur le fait que nous sommes confrontés à deux phénomènes bien distincts : d'une part (dans un premier temps) l'avènement de l'ordinateur individuel, formidable outil de travail décuplant les possibilités de tout un chacun, d'autre part (dans un deuxième temps) la mise en réseau généralisée qui a immédiatement engendré des phénomènes d'espionnage plus ou moins discret des utilisateurs, donc leur mise sous influence.
Cette distinction n'est plus exposée, au contraire, tout est fait pour confondre ces deux dimensions, ce contre quoi il convient (à mon humble avis) de s'élever.

Pour ce qui concerne notre doulce France, la prise de pouvoir par la nomenklatura regroupée autour du Macron n'augure vraiment rien de bon, fascinée qu'elle est par cette idéologie de la "start-up" si bien décrite ici, s'ajoutant à une arrogance phénoménale et un mépris abyssal envers le "petit" peuple.
Le quadrillage généralisé de la population va encore s'accentuer, car nos politicards et commerciaux de tout bord exploitent sans vergogne aucune des phénomènes comme cette pandémie de corona-virus actuellement en cours. La Chine montre le chemin, avec par exemple sa reconnaissance faciale étendue à des millions de personnes, son emprisonnement d'une population entière (les ouïgours), son espionnage systématisé de toute correspondance privée etc. Toute chose dont se vantent déjà les sites commerciaux qui ne visent bien sûr qu'à "mieux vous connaître" pour "mieux vous satisfaire"...

Il me semble que l'auteur aurait pu renoncer à certaines pages de pur baratin (mais bon, il est philosophe et a le goût d'un style littéraire fleuri) pour inclure ces dimensions dans sa réflexion.

Ceci étant, c'est un ouvrage absolument incontournable, qu'il faut lire et faire lire, même si la catastrophe est déjà tellement avancée et consommée qu'il n'est plus permis de douter de la fin de la civilisation qui fut engendrée par l'Europe.
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de
  10 octobre 2016
Merlin l'enchanteur accoutré du costume de Superman
Dans son introduction, « le temps des catastrophes », Eric Sadin souligne, à propos des subprimes, « l'abstraction mathématique, la complexité hasardeuse des montages et l'irresponsabilité institutionnalisée ». Des éléments que nous retrouverons dans les développements des logiques algorithmiques et de la silicolonisation du monde. L'auteur aborde, entre autres, le contexte hautement sismique, la surveillance indiscriminée à l'échèle mondiale, l'état de la biosphère, l'entrée dans le temps des catastrophes (encore que les siècles précédents : colonisations, traites négrières, génocides, camps de concentration, guerres mondiales, camps d'extermination, guerres contre les décolonisations, féminicides…), les contes et légendes sur l'avenir radieux technologique, « l'horizon radieux du pacifique », les mythes étasuniens…
USA, le droit à la propriété privée comme « axiome juridique cardinal », les fissures crées dans le « marais du Vietnam », les émeutes du quartier de Watts à Los Angeles en 1965, la dérégulation prônée par Milton Friedman et les Chicago Boys, San Francisco et les années 60, le fracassement des utopies, l'informatique personnelle, la Silicon Valley, « La génération exponentielle de données, particulièrement favorisée par la dissémination actuellement en cours et tous azimuts de capteurs, et la sophistication sans cesse croissante de l'intelligence artificielle », le fantasme de l'infini, l'« accompagnement algorithmique de la vie », les logiques computationnelles, le techno-libéralisme…
Il convient donc d'analyser les fondements et développements de : l'« économie de la donnée », l'« esprit » de la Silicon Valley, la « vérité économico-entrepreneuriale de l'époque », l'architecture techno-scientifique, le nouveau TINA (there is no alternative) et l'expansion d'une doxa, la siliconisation du monde…
Il sera donc question dans cet ouvrage, outre les dimensions déjà évoquées, de dessaisissement du pouvoir délibératif collectif, de désistement de l'« autonomie de jugement », de numérique et de gestion de données construits avec « une aptitude interprétative et décisionnelle », de modèle « civilisationnel »…
Eric Sadin souligne, me semble-t-il à très juste titre, « la licence concédée à des systèmes computationnels de suggérer des solutions ou d'engager des actions de façon autonome », le guidage algorithmique de nos quotidiens, les organisations à vocation automatisées d'éléments de nos sociétés, les pouvoirs « hors-norme » et asymétriques de celles et ceux qui créent (gèrent et développent) ou façonnent de nouvelle fonctions « silicolonisatrices »…
A l'infini déterminé mathématiquement, « l'absorption sans cesse croissante de la res publica par le secteur privé et du triomphe d'une forme extrême du libéralisme », l'opacité techno-scientifique, il convient d'opposer la critique contextualisée, la mesure, les débats publics et « la fabrication d'instruments de compréhension et d'action portant des germes d'espérance »…
Sommaire :
Genèse et essor de la Silicon Valley : des Grateful Dead à Google X
La Silicon Valley : une « vision du monde »
Le technolibéralisme : un monde sans limites
Psychopathologie de la Silicon Valley
Une politique de nous-mêmes
Conclusion : Gloire de la limite
Je ne souligne que quelques éléments.
Le rétrécissement du champ de l'expérience, le complexe militaro-industriel, l'interconnexion globale, le libéralisme et le libertarisme, les stratégies totalisantes, les manies sécuritaires, l'utilisation de termes indéfinis, le dressage de cartographies détaillée et évolutives des pratiques via les adresses IP, l'« interprétation industrielle des conduites », l'étude des comportements, la « suggestion personnalisée », les régulation algorithmiques, les géolocalisations, les prémices de « l'accompagnement algorithmique de la vie », « la substitution d'une utopie numérique à dimension culturelle et relationnelle à dimension strictement économique », l'extension des objets connectés dans les environnements personnels et professionnels, l'exploitation en temps réel de données ultra-détaillées…
Le messianisme technique, les technologies de l'exponentiel, la puissance fantasmée surnaturelle de l'intelligence artificielle, le guidage des décisions humaines et la fiction de la « complémentarité », le techno-libertarisme, l'encadrement d'actions humaines, les connections et les développement de la sphère de consommation marchande, les « protocoles automatisés d'ingénierie organisationnelle », les disqualifications des jugements subjectifs…
Une « industrie de la vie », l'« automatisation personnalisée de la gestion de nos besoins », la marche inversée des produits et des consommateurs/trices, « C'est le produit qui dorénavant va vers le consommateur, et s'infiltre discrètement dans son existence », les start-up et leurs fonctions dans les chaines économiques (dont l'externalisation de la recherche), les logiques entrepreneuriales et le contournement des droits des salarié-e-s, la vie quotidienne comme peuplée de manques, l'irresponsabilité instituée, l'« ubérisation du monde », les capteurs et les automatisme non-dits, la sauvagerie entrepreneuriale et les non-droits des salarié-e-s dans les usines de production, un « grotesque idéal supposé », la propagande et son visage d'« anticonformisme jovial », les exaltations technophiles, les auto-affranchissements de toutes limites…
Le fantasme de la transparence et de la neutralité technique, l'organisation « algorithmique orchestrée en temps réel », les approches réductionnistes à la « cause unique », les compulsions connectives, la perte de présence de l'autre et les manies d'utilisation/addiction des smartphones, les selfies, les likes, les « personnalités disloquées »…
Sans partager l'ensemble des analyses et des propositions, je souligne la partie « Une politique de nous-mêmes ». Eric Sadin ne se contente pas de faire des analyses et des critiques, il propose des axes de contre-offensive contre la numérisation du monde et les dénis de la place essentielle des participations démocratiques. Revalorisation des décisions, « refus simple et catégorique de ces protocoles de mesure de vie que vous élaborez et que vous voulez nous faire acheter », refus des systèmes de connections (comme le compteur électrique Linky), revalorisation du livre imprimé contre « la numérisation des pratiques éducatives », mises en doute de la légitimité ou de l'intérêt de la robotique dite « sociale », interrogations sur la responsabilité des ingénieur-e-s, intégration de la pluralité des enjeux, usage délibéré et revendiqué de nos sens…
En fin de conclusion, l'auteur rappelle « la richesses irréductible et inépuisable de chaque vie humaine ».
Au delà de formules naturalisantes, de points de vue quelquefois psychologisants, de fondements philosophiques ou d'éléments discutables, de l'absence de contradictions inhérentes aux processus sociaux, un livre pour reprendre main sur notre futur, nos conditions de pensée, l'ouverture des possibles – non réductibles aux calculs algorithmiques et aux constructions technologiques, dont l'« intelligence » artificielle. Rien ne saurait remplacer la dispute démocratique…
Lien : https://entreleslignesentrel..
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ErnestLONDON
  11 février 2018
La Silicon Valley est cette terre de pionniers permanents, depuis la fondation de San Francisco en 1848 par les chercheurs de la ruée vers l'or, terreau d'un imaginaire contre culturel. On y invente aujourd'hui le futur, un meilleur des mondes, garanti par l'accompagnement algorithmique de la vie, grâce à la génération exponentielle des données, particulièrement favorisée par la dissémination actuellement en cours et tous azimuts de capteurs, et la sophistication sans cesse croissante de l'intelligence artificielle.
Éric Sadin décrit cette nouvelle colonisation, cette silicolonisation du monde, encouragée par la classe politique, qui nous dessaisit de notre pouvoir de délibération, de notre autonomie de jugement, car après « l'âge de l'accès », le développement de l'économie numérique s'est tournée vers l'aptitude interprétative et décisionnelle, « l'ère de la mesure de la vie » fondée sur le postulat techno-idéologique de la déficience humaine fondamentale.
(...)
Sans tomber dans une quelconque théorie du complot, Éric Sadin dévoile le modèle civilisationnel que tente sournoisement de nous imposer la silicolonisation qu'il décrit et analyse longuement, sous couvert de gadgets et de services censés améliorer notre quotidien. À lire tant qu'il est encore temps.
Article très complet en suivant le lien.
Lien : https://bibliothequefahrenhe..
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Coutu
  29 septembre 2018
je n'ai pas adhéré à 100% mais ça m'a bien fait prendre du recul sur une évolution de la société qu'on n'est pas obligé de subir sans réfléchir. Phrases un peu complexes parfois mais de bonnes idées.
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
deuxquatredeuxdeuxquatredeux   15 février 2017
En France, a été ouverte, en 2013, l'École 42. Ses salles ne sont garnies que de rangées répétées de longues tables, sur lesquelles les étudiants, installées les uns à côté des autres, « tapent du code » jour et nuit face à leurs écrans de façon quasi autiste. Apprentissage de la programmation façon Les Temps Modernes. Ici nul professeur, seulement un « encadrement pédagogique » , nul livre, ni bibliothèque, seules prévalent l'illumination des pixels et l’« idée » de chacun que « l’école » va permettre de développer. Modèle éducatif qui, selon son fondateur, Xavier Niel, procède d'une « rupture » et vise tout autant à favoriser la « rupture » : « Que sortent de l'École 42 dix ou vingt king coders qui vont cracker le système ». Telle est l'ambition ouvertement déclarée, d'esprit anarcho-capitaliste donc, entendant « former » de jeunes individus affranchis de toute limite : « 42, c'est no-limit! » On mesure l'écart abyssal avec l'Université humaniste qui, elle, ne cherchait pas à « cracker » quoi que ce soit, mais à ériger patiemment, par la réflexion, l'échange, les livres, le savoir et la culture, une civilisation fondée sur la responsabilité, la politique et le droit.
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ErnestLONDONErnestLONDON   11 février 2018
C’est toute une philosophie du managérial qui est à l’oeuvre, laissant croire en l’avénement d’un nouveau monde de l’entreprise, non plus fondé sur des structures pyramidales tendanciellement prescriptives et coercitives, mais sur le génie de chacun, libre de s’exprimer et de s’enrichir de celui des autres, sur fond de bien-être, d’échanges et de convivialité partagés. 
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   02 décembre 2016
Plus tard, on se souviendra des deux premières décennies du XXIe siècle comme d'un moment de l'histoire ayant érigé, dans toutes les démocraties, le social-libéralisme en tant que principe unique et indépassable de gouvernement. En d'autres termes, et plus confusément, comme le temps de la démission du pouvoir politique.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   28 novembre 2016
L'obsolescence de l'homme, théorisée par Günther Anders, est parachevée par les banderilles de la Weltanschauung siliconienne, qui entend instituer une marche automatisée du monde à de seules fins de profits, et œuvrer au bien de l'humanité, en bannissant à jamais son ennemi : l'être humain et ses intolérables limites et vulnérabilités.
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ErnestLONDONErnestLONDON   11 février 2018
Deux pathologies aujourd’hui coexistent. Celle de Daesh et celle du technolibertalisme. L’une comme l’autre promettent la suppression de toutes des imperfections de monde et de la vie. Toutes deux relèvent du millénarisme. 
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