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ISBN : 2915830940
Éditeur : L'Echappée (14/03/2015)

Note moyenne : 3.12/5 (sur 12 notes)
Résumé :
La vie algorithmique, critique de la raison numérique examine les multiples effets de la numérisation progressive du monde, qui entraîne une extrême rationalisation des sociétés ainsi qu’une quantification et une marchandisation intégrales de la vie.
Le mouvement de numérisation à l’œuvre depuis une trentaine d’années gagne aujourd’hui des pans de plus en plus étendus de la réalité via l’extension des capteurs et des objets connectés. Dorénavant, les flux de ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Luniver
  22 juin 2015
L'époque où on stockait péniblement une dizaine de documents texte sur une disquette est bien lointaine. Disposant d'une capacité de stockage croissant de manière exponentielle, les entreprises sont désormais entrées dans l'ère du « Big data », ces données en tout genre en quantités tellement colossales qu'il a fallu développer des outils spéciaux pour en extraire les tendances intéressantes.
Disposer d'autant d'informations permet des prédictions d'une précision jamais atteinte. Quel que soit le phénomène étudié, il y a désormais un nombre presque illimité de précédents auxquels se référer. Les futurologues nous prédisent des « compagnons » s'occupant de nos besoins du moment : en rentrant du travail, un programme vous avertit du chemin à prendre pour éviter les bouchons, vous conseille un repas léger en vue du mariage de ce week-end, passe lui-même la commande en fonction du meilleur rapport qualité/prix des magasins des environs et vous propose quelques tenues de bon goût qui vous irait parfaitement bien.
L'auteur de cet essai nous met pourtant en garde contre cette situation. Mais pourquoi exactement ? Défendrait-on le droit à rester coincé dans les embouteillages, à une santé défaillante et à perdre son temps à éplucher des articles qui ne nous intéresseront pas ? Pas vraiment ! On peut dégager trois arguments principaux.
Tout d'abord, il existe un décalage énorme entre ce que l'utilisateur pense offrir comme données sur lui, et ce que les entreprises peuvent réellement en tirer. Prenons la carte de fidélité de votre magasin préféré : vous pensez qu'elle n'indique que votre goût pour les biscuits au chocolat et le thé au citron. le magasin peut cependant connaître votre état de santé en fonction des produits que vous achetez/évitez, votre situation familiale (achat régulier de lange, de jouets), votre fidélité amoureuse (achat soudain de préservatif ou produits de séduction), votre situation financière (tendance à se rabattre sur des produits discount, ou au contraire de plus grande qualité, …), etc., etc. Et comme personne ne peut être hors-norme dans tous les domaines, vous finirez quoi qu'il arrive dans la bonne case. Est-ce que ce sont des informations que vous auriez données si on vous les avait demandées à l'inscription ? Probablement pas.
Les entreprises utilisent-elles vraiment ces données personnelles, ou se contentent-elles d'en tirer des tendances générales ? Difficile à dire. Quelques unes ont attiré les foudres du public en déduisant un peu trop bien des choses qu'on aurait voulu tenir secrètes. D'autres les dévoilent par accident, comme ce comparateur de consommation d'énergie/eau entre amis, qui a été retiré en catastrophe quand quelques personnes ont réalisés que leur conjoint était à la maison pendant ses supposées heures de travail, pour une activité qui nécessitait une consommation d'eau équivalente à une douche pour deux personnes. Mais dans tous les cas, même si ce n'est pas utilisé aujourd'hui, les idées finiront bien par éclore, et les données seront à disposition, car la philosophie du Big Data est « dans le doute, stockons tout, on en aura peut-être besoin un jour. »
Deuxième argument, l'enfermement dans la moyenne. Une fois que les algorithmes auront déterminés qui vous êtes, ils ne vous proposeront que ce que vous êtes censés aimer (c'est-à-dire, ce que la majorité de votre groupe socio-culturel aime) et rendent ainsi invisibles tout le reste. On pourrait alors assister à une normalisation des individus, bien rangés dans le bon compartiment.
Dernier point, même si l'aspect désincarné de ces programmes les font passer pour neutres, c'est loin d'être le cas en réalité. Les aspects de la vie quotidienne à optimiser, la manière dont on va procéder, les informations jugées pertinentes pour déterminer la meilleure solution, tous ces éléments sont des choix arbitraires des concepteurs. Ces choix sont souvent invisibles pour l'utilisateur, qui ne les remettra donc jamais en cause.
L'ère du Big data ouvre la voie à plein de possibilités passionnantes, mais a besoin de garde-fous qui peinent à se mettre en place. Côté utilisateur, on ne réalise pas ce qu'on fournit comme information et on n'a pas encore pris conscience du principe « Si vous utilisez un service gratuitement, c'est que le produit, c'est vous. » Les quelques dérives constatées font scandale sur le moment, mais sont vite oubliées. Et du côté politique, on n'est un peu dépassé par les événements, d'autant que le problème nécessite une solution internationale : une entreprise américaine peut récolter des données sur des clients européens et les stocker en Asie, toute initiative locale est donc vouée à l'échec.
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elfythecow
  31 décembre 2016
Ce livre commence par la description de la journée d'un individu, de son levé à son coucher. Cette petite histoire pourrait bien correspondre à celle que chacun de nous vit quotidiennement s'il n'y avait toute cette technologie qui lui « facilite » la vie. On se fait vite la remarque que cette histoire, qu'il y a trente ou quarante ans s'apparenterai à de la science-fiction, pourrai être envisageable dans un avenir pas si lointain. Cette histoire attire donc le lecteur vers la suite de l'essai. Cependant l'écriture lourde, parfois technique et le vocabulaire soutenu peuvent facilement perdre le lecteur, voir le faire décrocher. de plus, de nombreuses références bibliographiques et citations jonchent l'ouvrage. Même si ces références sont intéressantes et pertinentes, le fait de devoir, à chaque fois, aller à la fin de l'ouvrage pour en connaitre les détails brise le rythme de lecture.
Le sujet du numérique étant large, l'auteur le traite largement : surveillance, commerce, smart city, santé, éducation sont abordés dans cet essai... Pour illustrer ses propos, Eric SADIN n'hésite pas à utiliser des exemples qui parlent au plus grand nombre. Ainsi, Amazon ou Google sont souvent cités. Plus généralement, ce sont les entreprises basées sur le numérique et le traitement de données qui sont ciblées et critiquées, notamment pour l'opacité des méthodes employées et la monétisation des données collectées parfois à l'insu des individus. Les politiques sont également critiqués, surtout pour la lenteur de leurs réactions par rapport aux innovations technologiques qui croissent de façon exponentielle. Toutefois, il s'agit d'une critique donc peu de solutions théoriques sont apportées. Les principales qui sont données concernent le rôle de l'Europe qui, selon l'auteur, devrait affirmer son soutien au droit de l'Homme sur ces questions pour contrer les États-Unis qui privilégient les entreprises. Ainsi, il propose une protection totale et internationale des lanceurs d'alerte comme Edouard SNOWDEN sans qui les surveillances faites par la NSA ne seraient toujours pas connues.
Eric SADIN, par cet essai très critique envers les entreprises, montre qu'il est anticapitaliste, surtout si cela touche aux libertés individuelles et à la vie privée. Malgré tous, il pense que les gouvernements peuvent intervenir, ensemble ou séparément, pour empêcher l'humanité de se faire submerger par les nouvelles technologies et le numérique, notamment en passant par l'éducation.
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critiques presse (1)
NonFiction   04 mai 2015
Une analyse socio-philosophique des conséquences de la numérisation de nos sociétés contemporaines.
Lire la critique sur le site : NonFiction
Citations et extraits (3) Ajouter une citation
LuniverLuniver   18 juin 2015
[N]ous continuons de penser la collecte des données en termes de surveillance, suivant une configuration binaire, en nous offusquant au gré des événements de certains procédés à l'œuvre, sans saisir que ce qui contribue à l'instauration d'un nouveau paradigme tendanciellement totalisant, c'est l'entrecroisement fatal entre le témoignage passif du quotidien, via des capteurs à terme omniprésents, et le dévoilement intentionnel des individus de tous les pans de leur existence. Composé corrosif qui redéfinit la tension liant le citoyen et le corps social, notamment fondée sur l'agrément partagé octroyant à chacun une part située en retrait, au profit d'une socialité qui prend son fondement même dans l'affichage régulier des actes de la vie, recouvrant nombre de dimensions qui étaient supposées, pour le respect de l'intégrité de tous, relever de l'inviolable.
[...]
Attitude schizophrène des individus, qui d'un côté prétendent à juste titre vouloir bénéficier du droit inaliénable à vivre une part de leur existence à l'abri des regards, et qui d'un autre côté adossent des pans de cette même existence à des systèmes conçus pour la divulguer sous diverses modalités aux yeux du monde.
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LuniverLuniver   06 juin 2015
La marque américaine de distribution Target cherche à identifier les femmes enceintes, dans l'objectif de leur proposer avant l'accouchement des produits pour nouveau-nés. Un système traite des masses d'informations récoltées via les navigations Internet, l'usage des cartes de crédit et de fidélité, et repère des corrélations à valeur significative. Par exemple, l'ouverture d'une liste de cadeaux dédiée à la naissance et parallèlement l'achat d'une crème sans parfum conseillée dès le quatrième mois de grossesse, ou de certains suppléments alimentaires appropriés aux différents stades, établiront par recoupement un «diagnostic automatisé». Modalités qui ont été à l'origine d'un scandale, dû à ce qu'un père découvre des publicités de produits pour nourrissons envoyées à sa fille mineure, et qui se révéla être effectivement enceinte.
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LuniverLuniver   05 juin 2015
En 2009, un article paru dans la revue scientifique Nature suscita un étonnement planétaire. Ses auteurs exposaient la façon dont Google avait réussi à identifier et à suivre l'évolution d'une épidémie de grippe par la seule analyse de mots clés tapés lors de requêtes sur son moteur de recherche, opérée par un système dédié nommé Google Flu Trends. Les termes de «médecin», «médicament», «pharmacie», «congé maladie», ou ceux se rapportant à différents symptômes ou remèdes de fortune, s'ils correspondaient au registre de vocables préalablement indexés, revêtaient par leur récurrence une valeur significative. En outre, tous étaient conjugués à leur localisation via les adresses IP, permettant de dresser une cartographie des foyers de contamination. Cette stratégie de repérage et de suivi renvoyait initialement à une hypothèse, à une sorte de pari scientifique, qui dans les faits s'avéra non seulement fiable, mais de surcroît plus efficace que les procédés utilisés par les instituts de veille sanitaire.
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