AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
EAN : 9782370550385
276 pages
Éditeur : Le Tripode (15/01/2015)
3.98/5   42 notes
Résumé :

« Un matin de printemps, deux amis, L'Adolescent et le Mathématicien marchent dans la rue ; le premier raconte au second une soirée d'anniversaire, à laquelle aucun des deux n'a assisté, mais dont le récit lui a été fait par un invité rencontré la veille.

Au cours de la promenade, ils croisent une autre connaissance, Le Journaliste, qui donne sa propre version des faits.

De ce prétexte extrêmement simple, l'Argentin Juan José S... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
3,98

sur 42 notes
5
9 avis
4
2 avis
3
3 avis
2
0 avis
1
0 avis

MarianneL
  23 décembre 2014
Les éditions le Tripode republient en janvier 2015 ce roman de Juan Jose Saer en reprenant son titre original (Glosa), dans la traduction originelle exceptionnelle de Laure Bataillon, un roman qui réussit la prouesse, à partir d'un événement anecdotique qui constitue le coeur du récit - une fête d'anniversaire -, à dire la fragmentation du réel, la fragilité de l'expérience humaine, dans un récit où tout est mouvement.
Le 23 octobre 1961, Angel Leto, sur un coup de tête, décide d'aller se promener en ville plutôt que de se rendre à son bureau. Il rencontre alors une vague connaissance, le Mathématicien. Tout en cheminant ensemble dans les rues, ils vont évoquer la fête d'anniversaire organisée pour les soixante-cinq ans de Washington Noriega, à laquelle ni l'un ni l'autre n'ont assisté, le Mathématicien étant alors en voyage en Europe et Leto n'ayant pas été invité.
Dans le mouvement de la promenade, au milieu de la circulation et de l'activité des rues, au récit initial détaillé de la fête d'anniversaire, relatée par le Mathématicien qui l'a entendu d'un dénommé Bouton, vont se superposer de nouvelles versions du même événement, la version d'un certain Tomatis, rencontré également ce matin-là, celle qu'un autre ami racontera au Mathématicien dix-huit ans plus tard dans les rues de Paris, cet événement n'étant finalement qu'un prétexte pour montrer que la vérité est toujours multiple et que le réel ne saurait être figé, alors que l'environnement, et les flammèches imprévisibles de la mémoire et des émotions viennent sans cesse assaillir les représentations humaines.
«Maintenant, depuis qu'ils se sont mis à parcourir ensemble la rue droite sur le trottoir à l'ombre, un nouveau lien, impalpable également, les apparente : les souvenirs faux d'un endroit qu'ils n'ont jamais vu, d'événements auxquels ils n'ont jamais assisté et de personnes qu'ils n'ont jamais rencontrées, d'une journée de fin d'hiver qui n'est pas inscrite dans leur expérience mais qui émerge, intense dans la mémoire, la tonnelle éclairée, la rencontre du Chat et de Bouton aux Beaux-Arts, Noca revenant de la rivière avec ses corbeilles de poissons, le cheval qui trébuche, Cohen qui remue les braises, Beatriz qui roule toujours une cigarette, la bière dorée avec un col d'écume blanche, Basso et Bouton bêchant au fond du jardin, ombres qui bougent confuses dans la tombée du jour et qu'ensuite la nuit engloutit.»
Rapporté par un narrateur distant, spectateur souvent ironique de ce que se joue, le roman se déploie, comme le flux de multiples courants de pensées, émotions et interactions qui s'entrecroisent, autour des différents récits de l'anniversaire, des incidents qui émaillent la promenade, et de la vie des protagonistes, révélant avec une infinie subtilité l'écart entre les événements et leurs représentations, les sensations de perturbation et de perfection fugaces qui se succèdent, et l'instabilité de la vie, permanente et chaotique dérive.
«Glose» est organisé en trois parties, découpage mathématique de la distance parcourue par les marcheurs (Les premiers sept cent mètres, Les sept cent mètres suivants, Les derniers sept cent mètres), qui donne l'illusion d'une promenade linéaire tandis que le roman, au fil des digressions sur le passé et l'avenir des personnages, s'assombrit en évoquant l'histoire de l'Argentine, la répression et la torture.
Construction littéraire parfaite et récit bouleversant, «Glose» est une joie et une expérience de lecture rarissime, comme le dit magnifiquement Jean-Hubert Gailliot dans la préface.
«Car attention, lectrice ou lecteur, l'objet qui est à présent entre tes mains appartient à cette infime minorité de livres capables, une fois qu'on les a lus, non seulement d'influer la suite de notre existence, mais de modifier rétrospectivement ce qu'on pensait avoir vécu «avant de les avoir lus». Jusqu'alors, peu de lectures avaient eu sur moi cet effet, et aucun avec cette force.»
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          241
Pirouette0001
  09 août 2015
Quelle drôle de lecture ! Deux amis se rencontrent en rue et s'entretiennent d'une soirée à laquelle ils n'ont pas assisté mais dont une tierce personne a parlé à l'un d'entre eux. Il ne se passe rien d'autre. Et pourtant quel livre ! Exercice de style ? Oui et non. Tout au long du livre, on ne ressent absolument pas qu'il ne se passe rien ou pas grand chose. J'ai été littéralement emportée par le récit des souvenirs de l'un et des impressions de l'autre. Véritablement étonnant ! Expérience à découvrir ! Une belle oeuvre sans conteste !
Commenter  J’apprécie          171
SophieChalandre
  03 décembre 2016
Véritable prouesse narrative, le roman Glose biaise son approche du Banquet de Platon et de l'Ulysse de Joyce et réussit une perspective littéraire qui marque l'oeuvre entière de Saer.
Deux jeunes gens déambulent et conversent le long de l'avenue centrale d'une ville de province argentine. Cette conversation reconstruit de façon mouvante et humoristique une fête d'anniversaire à laquelle aucun des protagonistes n'a assisté. Juan José Saer met en scène l'insaisissabilité du réel et de l'être, l'incertitude qui imprime tout récit, tout souvenir et toute tentative de connaissance du passé.
L'impossibilité narrative sous-tendue par l'intrigue centrale crée paradoxalement un récit ardent du destin individuel et collectif des humains, confirmé par l'évocation du futur qui les attend sous la dictature militaire des années 70.
Ironisant sur un discours philosophique et une perception mélancolique du monde qui caractérisent toute sa littérature, Juan José Saer réussit dans Glose une construction formelle d'une rigueur absolue, une sophistication inouïe de l'écriture dont se dégagent une émotion et un humour qui font de cet ouvrage une oeuvre maîtresse.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          130
Tricape
  07 novembre 2020
Ceci est un ouvrage de littérature, certes, mais s'agit-il d'un roman ? Sans doute si on pense au roman parfait auquel rêvait Flaubert, celui où il ne se passe rien ; toutefois, la plupart des lecteurs jugeront cette oeuvre inclassable.
L'histoire ? Rien, presque rien : quelque part dans une ville d'Amérique du Sud, en 1961, deux hommes parcourent à pied une longue rue (2 100 m précisément) en évoquant une fête à laquelle ils n'ont participé ni l'un ni l'autre, mais dont ils comparent le souvenir qu'ils en ont, souvenir créé par les récits que leur ont rapportés des personnes de leur connaissance, soit peu de temps après la célébration de l'anniversaire en question, soit dix-huit ans plus tard.
La forme du récit me fait penser à une spirale d'axe principal horizontal : prise dans son ensemble, elle progresse, mais à l'échelle de quelques pages, elle procède à des redites, comme si elle devait régulièrement prendre son élan pour se lancer de nouveau vers l'avant. Ajoutez à cela quelques digressions et libertés avec le calendrier ─le tout servi par des phrases souvent fort longues, mais judicieusement rythmées par un usage remarquable de la virgule─ et vous pourrez entrer dans l'univers mental des deux principaux protagonistes : Angel Leto et le Mathématicien.
Le fond porte sur la mémoire et les souvenirs. On sait que nous avons une mémoire sélective qui se manifeste entre autre par la propension à effacer inconsciemment les événements qui ne nous ont procuré que peu d'émotions et qu'en revanche les émotions fortes marquent durablement notre hippocampe.
Mais dans son ouvrage, Juan José Saer va plus loin : il prétend que l'on peut se souvenir d'avoir participé à des événements qui nous ont été rapportés par d'autres, autrement dit fabriquer ou recevoir des souvenirs à partir de récits. N'est-ce pas parfois le cas pour le spectateur d'un film ? le lecteur d'un roman ?
Je ne sais si vous avez déjà ressenti physiquement la décharge que vous transmet une canne à pêche quand un poisson plus gros que celui auquel vous vous attendez vient attaquer votre ligne. Un jour, cela m'est arrivé. Mon frère était à mes côtés. Alors qu'il avait les mains dans les poches, il m'a affirmé avoir lui aussi "senti" le poisson mordre. Quand J.J. Saer fait gloser ses personnages sur des événements auxquels ils n'ont pas participé, il s'appuie sur un mécanisme de transmission comparable.
J'admets que des lecteurs puissent considérer cette conversation comme de la bouillie presque sans queue ni tête, mais on peut aussi considérer avec intérêt le mélange permanent des souvenirs personnels avec ceux qui nous sont "offerts". Il faut également admettre que dans nos monologues intérieurs tout comme, souvent, dans nos conversations, le fil de notre pensée ne suit pas une ligne droite, ce qui justifie en quelque sorte l'adéquation du style dérangeant de l'auteur au sujet qu'il traite.
On pourrait vite refermer ce livre en se disant "tout ça, ce sont des causeurs !", mais si, comme ce fut mon cas, on est très rapidement intrigué par la relative simplicité avec laquelle est rendu le cheminement complexe de notre pensée, de notre perception de la réalité et du maelstrom de nos souvenirs, on ne peut suspendre sa lecture avant d'être arrivé, sain et sauf, au terme de deux kilomètres de trottoir parcourus au prix de nombreuses rues traversées.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
Ingannmic
  22 juillet 2017
J'aurais pu me contenter, pour vous donner une idée du contenu de cet inclassable ouvrage, de retranscrire ici la définition du mot "glose" proposée par le dictionnaire Larousse : "Explication de quelques mots obscurs d'une langue par d'autres mots plus intelligibles. Commentaire servant à l'intelligence d'un texte. Annotation très concise que contiennent certains manuscrits entre les lignes ou en marge et visant à expliquer au lecteur un mot ou un passage jugé obscur"... mais la crainte de vous effrayer, et de vous dissuader à jamais d'ouvrir ce roman indiscutablement original, m'incite à développer un peu...
"Glose" prend appui sur la conversation qu'entretiennent deux hommes, le temps d'un trajet à pieds dans les rues d'une ville d'Argentine, au début des années soixante, bien que cette dernière donnée n'ait guère d'importance.
"C'est, si l'on veut, le mois d'octobre, octobre ou novembre, de mille neuf cent soixante ou mille neuf cent soixante et un, octobre peut-être, le quatorze ou le seize, ou le vingt-deux, ou le vingt-trois peut-être, mettons le vingt-trois octobre mille neuf cent soixante et un - qu'est-ce que ça peut faire."
Leto descend du bus dans lequel il se rend au bureau avec quelques arrêts d'avance et décide de marcher. Il rencontre quelques instants plus tard le Mathématicien, qui revient d'un voyage de trois mois en Europe, et souhaite savoir ce qui s'est passé en son absence. Son intérêt se focalise notamment sur un événement que lui a rapporté Bouton, une de ses connaissances, quelques jours auparavant : l'anniversaire de Washington, un ami commun. Ce dernier a fêté ses soixante-cinq ans lors d'une soirée à laquelle n'a pas été convié Leto, et au cours de laquelle s'est engagé un débat sur la probabilité, compte tenu de son instinct, qu'un cheval trébuche.
Les deux hommes tomberont, au cours de leur progression, sur un troisième quidam qui aura, comme Bouton, assisté à cette fameuse soirée, et, les accompagnant sur quelques mètres, en alimentera le récit de sa propre version. Une version qui, jugée trop subjective, sera ensuite remise en cause par Leto et le Mathématicien.
L'épisode de l'anniversaire de Washington nous parvient donc porté par divers intermédiaires qui l'enrichissent de leurs perceptions. "Glose" est ainsi (entre autres) le récit des souvenirs d'un moment que n'ont pas vécu les deux protagonistes, et qui pourtant se dote peu à peu d'une dimension étonnamment palpable. Car si cette méthode narrative démontre la relativité des faits, elle met à l'inverse en évidence la réalité complexe et prégnante des émotions, des pensées qu'ils provoquent. En effet, bien plus que de ces faits, le roman de Juan José Saer se nourrit des associations d'idées, des digressions intérieures naissant de l'échange entre Leto et le Mathématicien. Ainsi, l'esprit de Leto divague régulièrement, au cours de la conversation, vers des souvenirs de son histoire familiale (le suicide de son père, l'omniprésence dans sa vie d'enfant de Lopez, l'ami fidèle secrètement amoureux de sa mère...).
L'auteur lui-même fait fréquemment entendre sa voix, se moquant des expressions rebattues qu'il utilise, exprimant son opinion quant à la futilité de ce qu'il nous raconte, répétant tels des leitmotiv certains détails a priori insignifiants, comme si tout cela n'était pas vraiment sérieux. Il nous invite parfois même à des incursions dans le futur, évoquant furtivement l'avenir de ses héros, laissant alors transparaître, en filigrane, la violence qui entachera l'histoire de l'Argentine.
Le lecteur a ainsi l'impression que le roman se construit sous ses yeux, au cours du trajet de deux-mille cent mètres que parcourent Leto et le Mathématicien, suivant à la fois le détail de leur progression dans la rue -les jeux d'ombres et de lumière, les vitrines des magasins, le flux automobile, la géométrie des rues du quartier...- et le cheminement de leur conversation comme de leurs pensées.
En exprimant les résonances de cette conversation sur ses personnages, la manière dont ils réagissent de manière apparemment imperceptible au comportement et aux paroles de l'autre, il démontre l'unicité des individus, l'impénétrabilité de leurs pensées et de leurs émotions, la décorrélation entre ce qu'ils laissent paraître et ce qu'ils ressentent.
Au fil de ses longues phrases à tiroirs, nous plongeant dans une sorte d'éternel présent dans lequel se dilatent réflexions et impressions, "Glose" nous imprègne de la fragilité, fluctuante, du réel. On pourrait craindre que l'exercice de style supplante le fond du récit, mais les deux sont ici inextricablement liés, et Juan José Saer maîtrise parfaitement cette osmose : c'est presque à notre insu que, de ce qui pourrait passer d'emblée pour de vaines tergiversations, émergent la densité et la complexité des destinées et des consciences individuelles.
Lien : https://bookin-ingannmic.blo..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30

Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
SophieChalandreSophieChalandre   03 décembre 2016
C’est, comme nous le savons déjà, le matin : et bien que cela n’ait aucun sens de le dire, étant donné que c’est toujours la même fois, une fois de plus le soleil, de même que la terre, à ce qu’il semble, tourne, a donné l’illusion peu à peu de monter, depuis cette direction dont ont dit qu’elle est l’Est, dans l’étendue bleue que nous appelons ciel, et peu à peu, après l’aube, après l’aurore, il est parvenu assez haut, mettons à la moitié de son ascension, pour que, à cause de l’intensité de ce que nous appelons lumière, nous appelions l’état qui en résulte, le matin – un matin de printemps où, une fois de plus, bien que, comme nous le disions, ce soit toujours la même fois, la température est montée, les nuages se sont dissipés, et les arbres qui, pour quelque raison, avaient perdu auparavant leurs feuilles se sont mis à reverdir, à refleurir une fois de plus, bien que, nous le disions, ce soit toujours la même, d’équinoxe en solstice, l’unique Fois, en la même, n’est-ce pas ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
Charybde2Charybde2   14 avril 2015
Le Mathématicien laisse persister un sourire indécis. Ses mocassins blancs semblent, de même que son bronzage, prématurés à Leto, mais il sait que le Mathématicien revient juste d’Europe courir les usines, les plages, les musées et les monuments avec la dernière promotion d’ingénieurs chimistes. Depuis qu’ils ont vu « La Dolce Vita », on peut plus les tenir, disait Tomatis la semaine précédente avec un dédain discret ; mais par ailleurs c’est Tomatis, selon ce que Leto a entendu dire par il ne sait plus qui, qui l’a surnommé le Mathématicien. Ce n’est pas un mauvais type, non, dit-il souvent, un peu snob tout au plus, mais, franchement, je ne sais pas quelle satisfaction malsaine il trouve aux sciences exactes. Tu as remarqué le ton qu’il prend pour te parler de la théorie de la relativité ? Déjà, de par sa taille, il a tendance à regarder le monde de haut. Mais après tout, comme je dis, c’est pas ma faute si en multipliant la masse d’un corps par le carré de la vitesse de la lumière on obtient l’énergie que donnerait la désintégration complète de ce corps ! Pendant quelques secondes, les deux jeunes gens, l’un bronzé, blond, grand, entièrement vêtu de blanc y compris les mocassins qu’il porte sans chaussettes, athlétique et massif, l’autre plutôt maigre, à lunettes, aux cheveux châtains abondants et bien peignés, dont on voit au premier coup d’œil que les vêtements sont de qualité moindre, demeurent silencieux à cinquante centimètres l’un de l’autre, sans froideur mais sans avoir non plus grand-chose à se dire, chacun plongé dans ses pensées comme dans un marécage intérieur qui contraste avec l’extérieur lumineux, et dont ils ne pourraient émerger que par un effort indescriptible, et où ils croient que l’autre ne risque pas de s’engluer ni jamais ne s’engluera, de par cette tendance à considérer ce qui nous est étranger à l’abri de nos impossibilités. Sans bien s’en rendre compte, Leto, qui, ne sachant que faire, porte la main à la poche de sa chemise pour en retirer ses cigarettes, sent qu’il est, pour quelque raison, exclu de beaucoup des mondes que le Mathématicien fréquente, que le Mathématicien est une espèce d’être solaire, appartenant à un système où tout est précis et lumineux tandis que lui, barbote dans une zone visqueuse et nocturne dont il peut rarement sortir, et cependant le Mathématicien, malgré sa tête élégante pleine de souvenirs récents et colorés de Vienne, d’Amsterdam, de Cannes, de Malaga et de Spoleto, regrette d’avoir été relégué dans les ténèbres extérieures pendant trois mois et que Leto, Tomatis, Barco, les frères Garay et les autres aient profité de son absence pour mener la grande vie. Enfin, et tout en se concentrant sur l’acte d’ouvrir son paquet de cigarettes de façon à ne pas être obligé de lever la tête, Leto murmure : Et alors, l’Europe ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
SophieChalandreSophieChalandre   03 décembre 2016
Pendant quelques secondes, les deux jeunes gens, l’un bronzé, blond, grand, entièrement vêtu de blanc y compris les mocassins qu’il porte sans chaussettes, athlétique et massif, l’autre plutôt maigre, à lunettes, aux cheveux châtains abondants et bien peignés, dont on voit au premier coup d’œil que les vêtements sont de qualité moindre, demeurent silencieux à cinquante centimètres l’un de l’autre, sans froideur mais sans avoir non plus grand-chose à se dire, chacun plongé dans ses pensées comme dans un marécage intérieur qui contraste avec l’extérieur lumineux, et dont ils ne pourraient émerger que par un effort indescriptible, et où ils croient que l’autre ne risque pas de s’engluer ni jamais ne s’engluera, de par cette tendance à considérer ce qui nous est étranger à l’abri de nos impossibilités.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
Charybde2Charybde2   14 avril 2015
C’est, comme nous le savons déjà, le matin : et bien que cela n’ait aucun sens de le dire, étant donné que c’est toujours la même fois, une fois de plus le soleil, de même que la terre, à ce qu’il semble, tourne, a donné l’illusion peu à peu de monter, depuis cette direction dont ont dit qu’elle est l’Est, dans l’étendue bleue que nous appelons ciel, et peu à peu, après l’aube, après l’aurore, il est parvenu assez haut, mettons à la moitié de son ascension, pour que, à cause de l’intensité de ce que nous appelons lumière, nous appelions l’état qui en résulte, le matin – un matin de printemps où, une fois de plus, bien que, comme nous le disions, ce soit toujours la même fois, la température est montée, les nuages se sont dissipés, et les arbres qui, pour quelque raison, avaient perdu auparavant leurs feuilles se sont mis à reverdir, à refleurir une fois de plus, bien que, nous le disions, ce soit toujours la même, d’équinoxe en solstice, l’unique Fois, en la même, n’est-ce pas ? comme je le disais, nous disons « une » car il nous semble qu’il y en a eu plusieurs, à cause des changements que nous croyons, nous qui donnons des noms, percevoir – un matin de printemps, lumineux, qui se préparait depuis trois ou quatre jours déjà, depuis les dernières pluies qui ont nettoyé, dans un ciel chaque fois plus tiède et plus transparent, les ultimes traces de l’hiver. Leto ne se sent ni bien ni mal ; il marche, insouciant, dans le matin, au centre d’un horizon matériel qui lui envoie, en ondes constantes, des bruits, des textures, des brillances, des odeurs. Il est plongé dans cet horizon et il en est, en même temps, le centre ; si, soudain, il allait ailleurs, ce centre changerait de place.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
Herve-LionelHerve-Lionel   23 octobre 2015
Est-ce toujours le même moustique qui, se remettant sans cesse du coup qui l'écrase contre le mur blanc, revient à la charge, soir après soir, ou sont-ce de nouvelles hordes d'individus, flambants neufs et également transitoires, qui surgissent tous les jours, avides, des marais, en quête du sang qui leur est nécessaire, afin de pouvoir, s'ils ont peu échapper à la gifle assassine, et après avoir été larves, nymphes, points volatils et bourdonnants, digérer bourgeoisement, décliner et mourir?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80

Video de Juan José Saer (3) Voir plusAjouter une vidéo

Juan José Saer : le fleuve sans rives
Olivier BARROT présente le livre de Juan-José SAER, "le fleuve sans rives"(JULLIARD). BT photos de l'Argentine.
autres livres classés : argentineVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Les classiques de la littérature sud-américaine

Quel est l'écrivain colombien associé au "réalisme magique"

Gabriel Garcia Marquez
Luis Sepulveda
Alvaro Mutis
Santiago Gamboa

10 questions
299 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature sud-américaine , latino-américain , amérique du sudCréer un quiz sur ce livre