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Philippe Bataillon (Traducteur)
EAN : 9782020334983
240 pages
Éditeur : Seuil (27/01/1999)
3.67/5   9 notes
Résumé :
Argentine, 1804 : le docteur Weiss, adepte de la nouvelle psychiatrie parisienne, fonde une maison de santé pour malades mentaux. Les « aliénés » y sont traités avec humanité et l’établissement acquiert une réputation aux quatre coins de la Vice-Royauté du Río de la Plata. Son disciple, Real, reçoit une mission déraisonnable : convoyer de Santa Fe à Buenos Aires une caravane de fous. Il y a un jeune homme mélancolique, une nonne nymphomane, un dandy maniaque et deux... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
5Arabella
  25 octobre 2020
Dans la torpeur d'un mois d'août caniculaire à Pairs, Pigeon Garay, un personnage récurrent de Saer, reçoit un manuscrit d'Argentine, un récit "qui pourrait s'intituler" Les nuages. le livre que nous allons lire, et dont nous ne saurons jamais s'il est une fiction, un témoignage, une invention, un récit authentique transformé en fiction...
Un certain Real, médecin formé à Paris, mais originaire d'Argentine, raconte une expérience tentée avec son mentor, le docteur Weiss, rencontré en Europe et qui a décidé d'installer dans le pays natal de Real une maison de santé réservé aux malades mentaux. Une maison révolutionnaire dans ce tout début du XIXe siècle, où il s'agit de soigner, sans réprimer ni faire souffrir, l'âme (ou l'esprit) étant aussi pris en compte que l'aspect purement médical. Une sorte d'utopie dans ce siècle qui va beaucoup en produire. Qui va prendre fin dans la violence, tant cette problématique et l'approche iconoclaste de Weiss éveillent de la suspicion et de l'inquiétude et heurtent les mentalités, dans un pays violent, en proie aux changements de régimes, aux guerres. Mais le moment essentiel de cette sorte d'épopée moderne de la science, est un voyage que Real a entrepris pour amener à la maison de santé 5 malades, qu'il est allé chercher dans sa région d'origine. Un voyage qui va prendre l'allure d'une sorte d'épopée, d'un mythe, d'une métaphore.
Saer, comme à son habitude, fait semblant de s'adonner à un (des) genre(s) qu'il détourne, subvertit, dont il fait une lecture en faisant des pas de côtés. Récit de voyage, roman d'aventures, presque une sorte de western, roman scientifique, évoquant la psychiatrie du début du XIXe siècle etc. La construction est bluffante, l'auteur joue en permanence avec son lecteur, l'égare dans des méandres, provoque une sorte de frustration, en arrêtant la narration en cours pour partir à un autre moment, sur une autre thématique... le coeur du récit sont les 5 malades, leur rencontre avec Real, leur histoire, le diagnostic et leur comportement pendant le voyage où rien ne se déroule comme cela devait se dérouler.
Dès la quatrième de couverture, le lecteur est prévenu : la frontière entre la normalité et la folie va être floue, questionnée. J'ai surtout eu la sensation que les malades étaient des sortes de métaphores, qu'ils poussaient à l'extrême des comportements, des attitudes liés aux domaines jugés essentiels par les hommes depuis qu'ils existent. Trois d'entre eux me semblent relativement clair : la soeur Teresita représente le discours et le rapport à la religion, au mysticisme, à la foi, Troncoso se réserve le politique, le pouvoir, la direction des hommes, Prudencio le savoir, la philosophie, la quête de la sagesse, sans oublier deux frères dont le rapport au langage est perturbé et perturbant. Leur supposée maladie n'empêche pas les deux premiers d'avoir un certain aura auprès d'un certain nombre de personnes, et on se dit qu'ils auraient peut-être pu, au lieu d'aller rejoindre la maison de santé du docteur Weiss, avoir leurs partisans et fonder leur église ou leur état. D'ailleurs, à quel point leurs visions du monde sont différentes de l'entreprise qui se révèle chimérique des docteurs Weiss et Real ?
Les étranges aventures du voyage ne ressemblent à aucun moment à ce que le lecteur s'attend à lire, par exemple la rencontre que l'on pressent avec le dangereux bandit Josesito. le passage final, dans lequel le choix du titre trouve une justification, sinon une clarification univoque, est une vraie splendeur, et questionne le rapport de l'homme au monde, à la nature, aux éléments, à la culture. Qu'une maison de « fous » apparaisse dans le dénouement comme un havre de paix et de normalité, montre le sens du second degré de Saer.
Comme toujours avec l'auteur, un livre à relire pour essayer d'en saisir un peu plus, et pour profiter de cette écriture splendide, baroque et précise à la fois.
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MarianneL
  30 janvier 2015
En ce début de mois de juillet parisien, alors qu'une «vague de chaleur fait rissoler la ville», un an après le voyage de Pigeon Garay en Argentine relaté dans «L'enquête», celui-ci entame la lecture d'un manuscrit sans titre reçu d'Argentine, dont son expéditeur dit qu'il pourrait s'appeler «Les nuages», et dont Tomatis, autre personnage récurrent de l'oeuvre de Saer, se demande s'il s'agit d'un témoignage historique ou d'une oeuvre de fiction.
L'histoire se déroule en Argentine au début du dix-neuvième siècle. le narrateur originaire du Río de la Plata, le docteur Real, «spécialiste des maladies qui affligent non pas le corps mais l'âme», a établi avec le docteur Weiss, qu'il a rencontré dans les hôpitaux de Paris, la première institution psychiatrique argentine à Buenos Aires, une institution utopique ou en tous cas avant-gardiste, où les fous ne sont pas enfermés et vivent avec le personnel soignant. Après une installation relativement aisée, leur projet va se heurter à de nombreux obstacles, l'ingérence de l'Eglise se prétendant compétente pour soigner les fous, et les conséquences tragiques de l'instabilité politique de l'Argentine, des guerres d'indépendance et des aventures du séduisant docteur Weiss avec des femmes mariées.
Ce roman de Juan Jose Saer est une oeuvre à multiples couches et temporalités, où l'on progresse vers le coeur du livre, le récit d'un voyage en 1804, où le narrateur doit acheminer en convoi cinq malades des environs de sa ville natale jusqu'à la maison de santé de Buenos Aires, en traversant le désert. Grand illusionniste, Juan Jose Saer a conçu ici une folle épopée aux allures de western, après son roman soi-disant policier «L'enquête». La grande traversée de la pampa est ralentie par la crue démesurée du fleuve cette année-là, le comportement dément des membres de cette caravane, et la menace d'un groupe d'Indiens rebelles. Finalement dans le désert, immensité vide hors du temps et des règles établies, les comportements des fous qui se replient sur eux-mêmes ou se stabilisent, et celui des sains d'esprit qui semblent perdre la raison, deviennent encore plus difficile à distinguer voire s'inversent.
«Ainsi, en quelques heures, nous nous mimes à pénétrer dans la partie la plus plate, la plus déserte et la plus pauvre de la plaine. Un vent du sud, persistant et glacé en dépit du ciel limpide où l'on apercevait aucun nuage, nous battait sur notre flanc gauche tandis que nous nous dirigions vers l'intérieur des terres alors qu'au ras du sol il faisait bouger les herbes grises et sèches que l'hiver avait peu à peu raréfiées. Nous avançâmes une journée entière en nous éloignant de l'eau vers le pur désert, et quand au crépuscule nous installâmes le camp en face d'un soleil rond, rouge et bas, énorme, qui touchait déjà presque la ligne d'horizon, soulignant d'un halo rougeâtre et brillant le contour des choses, j'eus l'impression, plus triste qu'effrayante, que c'était au centre même de la solitude que nous étions parvenus.»
Avec une traduction remarquable de Philippe Bataillon, ce roman magnifique publié en 1997 apparaît comme une parabole de l'exil des européens en Argentine, de l'idéalisme de leur mission dite civilisatrice, des menaces de barbarie et de destruction, et de l'impossibilité de comprendre et de raconter cette histoire aujourd'hui de façon non équivoque.
Un autre chef d'oeuvre de Juan Jose Saer.
«En entrant dans la fête, en traversant le patio, j'eus l'impression curieuse que la maison avec ses habitants et ses invites, et alentour la ville gagnée par la pénombre, étaient une minuscule bouchée entre les mâchoires d'une gueule illimitée, le fleuve et la plaine immense, humides et noirs, le firmament interminable, une bouchée posée dans une cavité noire et avide, prête à être dévorée.»
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Milleliri
  25 avril 2021
"Les Nuages" de Juan José Saer est un roman qui m'a laissé perplexe un long moment. Sa couverture présente un poney bouboule aux courtes pattes sur lequel est perché un homme en camisole de force et haut-de-forme, et c'est l'histoire d'une caravane de fous qui s'achemine dans les plaines d'Argentine. Je m'attendais donc à un truc drôle et/ou absurde, comme "Ce qu'ici-bas nous sommes" de Jean-Marie Blas de Roblès, les QR codes en moins.
Du coup il m'a fallu attendre la moitié du roman pour reconnaître que je n'étais pas hermétique à l'humour de Juan José Saer mais plutôt qu'il n'y en avait pas à la base, de l'humour. Ça m'a donc un peu gâchée la lecture car j'ai cherché des éléments qui ne s'y trouvaient pas, avec une impatience et une frustration croissantes - étais-je débile au point de ne pas reconnaître un humour même bancal?? Heureusement ça s'est décanté et j'ai pu mieux apprécier ce que je lisais.
A mon sens, presque tout le propos du roman tient dans cette seule citation :
"Le voyage, en se prolongeant plus que prévu, nous avait poussés, de manière imperceptible, à créer nos propres normes de vie et les caprices du climat, qui faisaient se succéder les saisons inadaptées avec la rapidité à laquelle se succèdent les jours et les heures ajoutés à la singulière composition de notre caravane, nous avaient poussés à nous créer un univers particulier, de plus en plus différent, à mesure que passait le temps, de celui que nous avions habité avant le départ.
Et au passage, cette citation illustre aussi parfaitement le style dense et compliqué de l'auteur. Si seulement le Tripode avait compensé par une mise en page plus aéré... Déjà qu'il n'y a aucun chapitrage puisqu'on est censé lire le mémoire perdu du narrateur... Heureusement le livre compte seulement 225 pages. Mais il faut quand même s'accrocher un peu, quitte à relire certaines phrases.
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mercure
  21 décembre 2009
D'un écriture dense et très élaborée, "Les nuages" nous entrainent au coeur d'un pays où la folie n'est pas encore objet de soins médicaux. Nous sommes en 1804, le projet quasi utopique de créer une maison de soins se heurte à l'instabilité politique. L'essentiel du roman raconte le transfert de trois nouveaux pensionnaires dans des conditions difficiles. On explore ici les limites de la normalité ( qui est fou ? qui ne l'est pas ? ) et l'on apprend que Zénon avait décrit les 4 étapes de la connaissance à l'aide de la main :
- doigts étendus : représentation ( visum)
- doigts repliés : assentiment ( assensus)
- poing fermé : compréhension
- main gauche vers le poing droit fermé : science.
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Yalimapo
  01 janvier 2021
L'accroche du livre: un voyage à travers l'argentine avec des fous n'intervient qu'à la fin du livre. le véritable sujet semble la place du fou dans la société et le degré d'acceptation de ses troubles. Une critique de la bonne société qui eloigne ses malades en payant pour ne plus l'avoir dans le tableau familial
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
5Arabella5Arabella   25 octobre 2020
C'est dans cette ville que j'ai compris pour la première fois, du fait d'y être revenu après bien des années, que la part du monde qui perdure dans les lieux et les choses que nous avons désertés ne nous appartient pas, et que ce que nous appelons de manière abusive le passé n'est rien de plus que le présent coloré mais immatériel de nos souvenirs.
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5Arabella5Arabella   22 octobre 2020
Une poignée de médecins qui étaient aussi des penseurs affirmaient, comme quelques philosophes de l'Antiquité l'avaient entrevu, que de certaines maladies de l'âme, même si des facteurs corporels pouvaient parfois être déterminants, la cause devait être recherchée non pas dans le corps mais dans l'âme elle-même.
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5Arabella5Arabella   23 octobre 2020
Mais une des prétentions majeures des puissants, celle précisément sur quoi ils entendent fonder la légitimité de leur pouvoir, est d'incarner la raison, de sorte que, dans leur entourage, la folie constitue pour eux une véritable incommodité.
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MarianneLMarianneL   30 janvier 2015
Les multiples activités commerciales de monsieur Parra, qui lui avaient permis d’acquérir une fortune considérable, ne l’empêchaient pas de se cultiver lui-même tout en cultivant son potager et son jardin, et sa modestie naturelle était injustifiée si l’on tient compte de la fermeté de ses idées générales, trait rarissime chez un homme fortuné car il m’a été plus d’une fois loisible d’observer, pour les avoir fréquenté sur les deux continents, que les riches s’entretiennent dans une haute opinion d’eux-mêmes et que, par une inexplicable transposition, ils sont convaincus que leur adresse à gagner de l’argent les autorise à pontifier sur de nombreux sujets dont ils sont ignorants, qu’il s’agisse d’art, de politique ou de philosophie.
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5Arabella5Arabella   22 octobre 2020
Ce que nous percevons du passé comme véritable n'est pas l'histoire, mais notre propre présent qui s'objective de lui-même et que nous contemplons de l'extérieur.
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