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EAN : 9782070376575
160 pages
Gallimard (14/06/1985)
3.78/5   186 notes
Résumé :
Françoise Sagan n'a voulu se souvenir que des moments heureux et que des gens qu'elle a aimés.
C'est ce qui rend ce livre si sympathique et ce qui a fait son succès auprès du public et de la critique. Billie Holiday, Orson Welles, Jean-Paul Sartre, Carson Mc Cullers, Marie Bell, Rudolf Noureev, Tennessee Williams... Autant de portraits et d'histoires inoubliables.
Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
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Voici typiquement le genre de livre que j'adore lire en été, attablée à une terrasse ou allongée sur l'herbe, quand d'autres livres me font relever la tête sans que je ne puisse dépasser la première page, pour suivre des yeux je ne sais quelle réjouissance ou distraction ! Mais après tout cette désinvolture est-elle condamnable quand l'astre soleil nous réchauffe le coeur ?

Inutile de présenter Sagan dont les affres ont autant défrayé la chronique que ses livres à succès. Cette écrivaine dont Angelo Rinaldi avait écrit que « le succès commercial de Madame Sagan est à ce point automatique désormais que la critique en vient à ne plus examiner ce qu'elle publie. Elle jouit d'une rente de situation. »

A ce titre, ce livre autobiographique nous raconte les belles rencontres que son succès a semées sur sa route. Et elle s'attache à nous raconter les liens qu'elle a entretenus justement avec ceux extrêmement doués de sa génération dont elle admirait profondément le talent, et qui n'ont pas eu le succès mérité, et pour beaucoup fini dans une misère totale : la fragile, éclatante et géniale Carson McCullers, Tennessee Williams avec qui elle partageait l'amour de la littérature à corps perdu, l'oeil alourdi par la bouteille, le coeur embrasé par le sentiment de perte et d'isolement que l'écriture exhale. La peur de la solitude. Et bien sûr la chaleur de la douce flamme destructrice que deux poètes qui se comprennent aiment voir se consumer dans des nuits sans fin. Sartre, bien sûr, dont elle admirait la droiture et l'honnêteté intellectuelle. le colosse Orson Welles également fait partie de ce grand théâtre des géants du XXème siècle, lui qui la soulevait des pieds pour la sauver de la clameur hostile d'un tapis rouge à Cannes ou du trafic automobile à Paris. Elle dépeint admirablement bien la jeunesse dorée qui filait sur la nationale 7 pour rejoindre le Saint Tropez des années 60 avant que Wadim et Bardot ne convertissent le village en un temple de l'argent ostentatoire où l'avidité, l'habilité et l'opportunisme organisent depuis le paysage. Quelques pages auparavant, elle qui a toujours affectionné les bolides, raconte comment la vitesse a toujours été pour elle, ni une provocation ni un défi, mais un élan de bonheur car elle rejoint, le jeu, le hasard et le « bonheur de vivre ».

C'est délicieusement léger et outrageusement généreux au regard de l'agitation, de la mesquinerie et du cynisme du microcosme parisien qu'elle a côtoyés, avec cet apparent détachement et la désinvolture qui la caractérisent, riche de son expérience de la fréquentation des salons bourgeois parisiens. Mais c'est aussi d'une élégante lucidité, entendez par là qu'elle n'écrit pas de façon explicite qu'elle a bâclé telle ou telle écriture, mais le laisse entendre par exemple quand elle raconte son parcours dans l'écriture de ses pièces théâtrales.

Un petit délice que cette plume élégante et subtilement désenchantée. Elle nous touche même quand elle nous raconte ses déboires et évoque « ses crises d'inspiration subites et suspectes. »

4.25/5

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Encore un livre formidable lu en ce début d'année, j'ai de la chance.

Cette fois, il est de Françoise Sagan, une romancière que j'aime énormément, dont les romans, au ton souvent impertinent et caustique, cachent derrière leur ironie, leur désinvolture, une vision cruelle, impitoyable de la vie et des gens.

Ici, en forme d'autobiographie, Sagan a choisi dans ses souvenirs

ce qu'il y avait de meilleur, et c'est d'une acuité merveilleuse, c'est souvent drôle, et souvent incroyablement émouvant.

Ainsi en est il de ces rencontres magiques avec Billie Holiday, qu'elle alla écouter toutes les nuits, pendant 15 nuits de suite, dans le Connecticut, avec Michel Magne (le grand compositeur de musique contemporaine, mais aussi de musiques de films, vous savez, celle des Tontons flingueurs, c'est lui).

Il y a aussi les émouvants rendez-vous avec Tennessee Williams, accompagné de Carson Mac Cullers déjà très malade, et la gentillesse magnifique dont il fit preuve à son égard lorsqu'elle adapta son « Sweet Bird of Youth ». Mais aussi l'histoire de sa fin misérable.

Parait encore devant nous Orson Wells dont elle raconte avec humour leurs différentes rencontres, dont elle a vu et revu tous les films, et dont elle analyse avec admiration le génie, et avec tendresse l'incapacité à gérer son argent et sa carrière.

Elle fait un portrait absolument saisissant de Rudolph Noureev, dont elle nous fait partager son ressenti sur ce qui anime ce prodigieux danseur.

Il y a enfin, et c'est pour moi le chapitre le plus émouvant intitulé Lettre d'amour à Jean-Paul Sartre, le récit des déjeuners qu'elle fit avec le grand homme, durant les derniers mois de sa vie, alors qu'il était presqu'aveugle et très diminué physiquement, mais sûrement pas intellectuellement. Elle nous fait partager son admiration pour cet esprit flamboyant et cet homme d'une grande gentillesse.

Se mêlant à ses portraits de femmes et d'hommes admirés et aimés, d'autres chapitres jubilatoires sont consacrés aux deux grands défauts de l'auteure, son addiction au jeu et sa passion pour la vitesse. Elle raconte ainsi avec une bonne dose d'autodérision sa vie dans les casinos, et ce n'est pas triste.

Dans le même registre, un chapitre drôle et piquant, qui appuie là où ça fait mal, sur l'évolution de Saint-Tropez. L'évolution des gens, moeurs, commerces, pratiques, Sagan raconte tout cela depuis le début des années 50, ça fait rire et grincer des dents.

Enfin, deux chapitres fort différents sont dédiés au « métier » de l'auteure. Celui sur le Théâtre raconte avec beaucoup d'ironie et toujours son merveilleux sens de l'autodérision, l'histoire de ses créations théâtrales, de ses succès et de ses bides. Elle y livre aussi la façon dont elle aborde l'écriture des pièces et, là encore, son admiration pour les comédiennes et les comédiens, on y trouve des pointures, Philippe Noiret, Claude Rich, excusez du peu.

Le dernier chapitre du livre, intitulé Lectures est passionnant. Parmi les quatre livres qui l'ont « foudroyée », comme elle l'écrit, j'ai eu la surprise d'apprendre que parmi les oeuvres qui ont définitivement décidé de sa vocation, se trouve celle que je place au sommet de toute la littérature poétique, Les Illuminations d'Arthur Rimbaud, et puis La recherche du Temps perdu de Proust débutée par la lecture d'Albertine disparue.

Et je ne résiste pas à vous citer quelques lignes formidables de l'avant-dernière page du livre:

« Je découvris aussi en lisant Proust, en découvrant cette superbe folie d'écrire, cette passion incontrôlable et toujours contrôlée, je découvris qu'écrire n'est pas un vain mot, que ce n'était pas facile, et que, contrairement à l'idée qui flottait déjà à l'époque, il n'y avait pas plus de vrais écrivains que de vrais peintres et de vrais musiciens. Je découvris que le don d'écrire était un cadeau du sort, fait à très peu de gens, et que les pauvres nigauds qui voulaient en faire une carrière ou un passe-temps n'étaient que de misérables sacrilèges. Qu'écrire demande un talent précis et précieux et rare…….La littérature ..fait de ceux qui osent la toucher, même du bout des doigts, des infirmes impuissants et amers- et ne leur accorde rien- sinon parfois, par cruauté un succès provisoire qui les ravage à vie. »

Et toute la fin du chapitre est un hommage vibrant à la littérature et se termine par ceci, qui est aussi, je pense, notre Credo de lectrices et lecteurs:

« Et il fallut que je laisse vivre quelqu'un à ma place, que je le lise, bref, pour que mon existence propre me fût, enfin, parfaitement sensible. »

Pour terminer, j'ajoute que ce beau livre est aussi un bijou d'écriture.

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L'image de Françoise Sagan, image bobo, bohème, drogue, alcool, jeu, images véhiculées par les médias ...images superficielles ne m'incitait pas trop à mieux la connaître. J'avoue humblement et avec honte que je n'avais lu aucun de ses titres.

Par hasard, j'ai découvert "Avec mon meilleur souvenir".

140 pages pour une dizaine de textes ou de portraits de personnages connus croisés par Françoise Sagan

Un livre qui est nullement une biographie. Non seulement - et c'est beaucoup ! - un livre de coups de coups de coeur pour des personnes célèbres rencontrées, de passions irrépressibles et intemporelles lui apportant le bonheur, de passion, voire d'addiction pour la vitesse, le jeu, la lecture, le théâtre...des images un peu bohème parfois, collant à la personnalité de Françoise Sagan, images d'une période révolue, rouler à 160 km/h, stationner en bord de plage à Saint-Tropez...les plus âgés, comme moi retrouveront des images, des sensations, des personnages qui ont fait notre jeunesse.

Un petit coté superficiel, "Paris-Mach" parfois quand elle nous parle du festival de Cannes, de Juliette Greco, du Saint-Tropez qu'elle a connu, et dont elle a contribué à assurer la perte, mais de ça, elle n'en parle pas...

Elle évoque quelques bon moments, quelques belles rencontres, mais occulte en partie cet accident qui faillit lui coûter la vie, la rendit dépendante de la drogue, de l'alcool, de la cigarette, toutes ces images qui viennent malheureusement à l'esprit quand on évoque son nom

Si ce livre parle aux plus anciens et rallume leur nostalgie pour ces personnes disparues, je ne suis pas certain qu'il passionne les plus jeunes en quête de nouveauté...Sauf s'ils veulent découvrir un peu plus la vie de leurs parents, les années 60, 70 et cette auteure.

Par contre certains textes raviront tous ceux qui aiment les livres et la lecture

Pour ma part, je vais tenter de rattraper mon retard de lecteur, et je reparlerai sans doute de Françoise Sagan


Lien : https://mesbelleslectures.co..
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Souvent présenté comme une forme d'autobiographie, ce livre permet effectivement d'approcher une Françoise Sagan sincère, mais aussi plus complexe que le portrait superficiel habituel.

Certes le jeu, la vitesse (" de même qu'elle rejoint le jeu , le hasard, la vitesse rejoint le bonheur de vivre et par conséquent, le confus espoir de mourir qui traîne toujours dans ledit bonheur de vivre").

Un portait via des portraits. Souvent admiratifs, leur seule liste évoque l'éclectisme des intérêts multifacettes de F Sagan: Billie Holiday, Tenesse Williams, Orson Wells, Rudolf Noureev, Jean Paul Sartre.

Bien sur on retrouve un chapitre sur Saint Tropez.

Mais le chapitre le plus attachant est le dernier:"lectures".

" Les Nourritures terrestres fut la première de ces bibles écrites de toute évidence pour moi, le premier livre qui m'indiquât ce que j'étais profondément et ce que je voulais être: ce qu'il m'était possible d'être".

Et peu après l'homme révolté: "à défaut de Dieu, il y avait l'Homme, me disait ce doux rêveur, et l'un remplaçait l'autre".

Je vais finir par citer tout le chapitre!.

Juste pour conclure: "je découvris que cet être humain était mon seul gibier, le seul qui m'intéressât, le seul que je n'arriverais jamais à rattraper, mais que je croirais frôler, peut être, parfois, dans un de ces grands moments de bonheur que donne la faculté d'écrire"

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Quel plaisir de lire que Françoise Sagan était amie avec Tennessee Williams, Orson Welles, Billie Holiday, Rudolf Noureev et qu'elle avait une grande admiration pour Jean-Paul Sartre. Elle en parle tellement bien !

Ces chroniques thématiques regroupées au sein du livre publié en 1984 intitulé "Avec mon meilleur souvenir" est bien mieux qu'une autobiographie. Avec intelligence et souvent avec humour Françoise Sagan témoigne de rencontres avec des personnes qu'elle a appréciées et avec qui elle a partagé de bons moments. Elle évoque aussi ses addictions au jeu ou à la vitesse que je ne partage pas. Pourtant elle sait être convaincante et j'ai compris son point de vue. Et puis elle parle aussi de son oeuvre notamment théâtrale que je découvre.

J'ajoute que j'ai fait une expérience particulière avec ce livre. Je l'ai emprunté en version papier à la bibliothèque mais je l'ai également écouté en version audio, lu par Françoise Sagan elle-même dans un enregistrement qui date de 1986 dans l'excellente collection Des femmes Antoinette Fouque. Elle est rayonnante et attachante avec ses défauts de diction qui deviennent des qualités; j'en garderai un excellent souvenir.

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Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
Quelqu’un avait écrit cela, quelqu’un avait eu le génie, le bonheur d’écrire cela, cela qui était la beauté sur la terre, qui était la preuve par neuf, la démonstration finale de ce que je soupçonnais depuis mon premier livre non illustré, à savoir que la littérature était tout. Qu’elle était tout en soi, et que même si quelque aveugle, égaré dans les affaires ou les autres beaux-arts, l’ignorait encore, moi du moins, à présent, je le savais. Elle était tout : la plus, la pire, la fatale, et il n’y avait rien d’autre à faire, une fois qu’on le savait, rien d’autre que de se colleter avec elle et avec les mots, ses esclaves et nos maîtres. Il fallait courir avec elle, se hisser vers elle et cela à n’importe quelle hauteur : et cela, même après avoir lu ce que je venais de lire, que je ne pourrais jamais écrire mais qui m’obligeait, de par sa beauté même, à courir dans le même sens. (P. 145)
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Je découvris ainsi en lisant Proust, en découvrant cette superbe folie d'écrire, cette passion incontrôlable et toujours contrôlée, je découvris qu'écrire n'est pas un vain mot, que ces n'était pas facile
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"Quelqu'un avait écrit cela, quelqu'un avait eu le génie, le bonheur d'écrire cela, cela qui était la beauté sur la terre, qui était la preuve par neuf, la démonstration finale de ce que je soupçonnais depuis mon premier livre illustré, à savoir que la littérature était tout. Qu'elle était tout en soi, et que même si quelque aveugle, égaré dans les affaires ou les autres beaux-arts, l'ignorait encore, moi du moins, à présent, je le savais. Elle était tout : la plus, la pire, la fatale, et il n'y avait rien d'autre à faire, une fois qu'on le savait, rien d'autre que de se colleter avec elle et avec les mots, ses esclaves et nos maîtres. Il fallait courir avec elle, se hisser vers elle et cela à n'importe quelle hauteur : et cela, même après avoir lu ce que je venais de lire, que je ne pourrais jamais écrire mais qui m'obligeait, de par sa beauté même, à courir dans le même sens." Quel joli hommage a la littérature !!!
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"Les parents reprochant aux enfants d'être jeunes, les enfants reprochant aux parents de ne plus l'être et de vouloir faire comme s'ils l'étaient encore."
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Parlant de Jean-Paul Sartre :
Ce qu'il aimait entre nous, me disait-il, c'est que nous ne parlions jamais des autres et de nos relations communes : nous nous parlions, disait-il, comme des voyageurs sur un quai de gare... Il me manque. J'aimais le tenir par la main et qu'il me tînt par l'esprit. J'aimais faire ce qu'il me disait, je me fichais de ses maladresses d'aveugle, d'admirais qu'il ait pu survivre à sa passion de la littérature.
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Videos de Françoise Sagan (104) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Françoise Sagan
Lorsque paraît Bonjour Tristesse, en 1954, Sagan n'a pas 20 ans. D'emblée, elle s'impose comme un phénomène, orchestré par l'éditeur René Julliard, et tête de pont d'une génération de jeunes écrivaines moquant les convenances, dans le sillage de Simone de Beauvoir. Un “charmant petit monstre”, selon les mots de Mauriac, est né. Mais cette figure de jeune fêtarde argentée, sinon cynique, fait oublier sa réelle mélancolie et son ancrage littéraire. 
Françoise Sagan et tous les grands auteurs sont sur www.lire.fr
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