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EAN : 978B00183Z4G8
Éditeur : (30/11/-1)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
Essad Bey est le fils d'un pétrolier du Caucase. Il est né et a été élevé à Bakou, la métropole du naphte russe, précisément à l'époque où la découverte de magnifiques gisements d'huile minérale transformait, comme en un conte de "Mille et Une Nuits", le destin de la petite ville des bords de la Caspienne et l'enrichissait prodigieusement. C'est dire que personne n'était mieux qualifié qu'Essad Bey pour décrire ce qu'il appelle "la splendide épopée de l'or liquide".... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Apoapo
  25 novembre 2017
En 1934, lorsque cet ouvrage fut publié, soixante-quinze ans environ s'étaient écoulés « depuis que le colonel Drake découvrit dans les plaines sauvages de la Pennsylvanie, les premiers puits de pétrole du monde », c-à-d. depuis la naissance de l'industrie pétrolière ; celle-ci, depuis le tournant du siècle, était devenue sans doute l'une des premières industries mondialisées de tous les temps. Au moment où ses pages furent rédigées, un nombre déjà impressionnant de guerres et autres catastrophes politiques internationales, tout comme de gigantesques fortunes et infortunes personnelles s'étaient produites pour le pétrole, d'autres étaient sur le point de survenir, dont les raisons véritables étaient toujours strictement opaques, occultées à l'opinion voire inconnues de l'historien du lendemain. Exactement comme aujourd'hui, quatre-vingt-trois ans plus tard.
Parmi celles qui m'ont marqué le plus :
1. le traité de Rapallo de mai 1922, première alliance entre l'Allemagne et l'Union Soviétique, en marge de la conférence de Gênes qui devait régler la question de la collectivisation bolchevik des puits pétroliers de Bakou, propriété à 40% des Français et des Américains qui n'entendaient pas y renoncer, et qui se solda donc par l'échec qui coûta au monde la Seconde Guerre mondiale (mais ça, Essad Bey ne le savait pas encore), et au Premier ministre britannique Lloyd George sa carrière, qui « venait de s'achever dans la boue du pétrole ».
2. La question de Mossoul : en mai 1916 « La main de Sykes promène un crayon. le crayon trace une ligne autour de la Syrie, de la Cilicie et de l'Anatolie orientale ; puis Sykes hésite un instant, regarde le Français d'un air interrogatif et le crayon finit par englober dans le grand cercle le petit vilayet de Mossoul. Picot est contant. » (p. 229). Mais la guerre n'est pas gagnée, les Turcs et les Allemands occupent Mossoul, et à l'armistice les Britanniques n'ont aucune intention de respecter l'accord. Sa Majesté soutient le roi Constantin de Grèce, par conséquent la France soutient en cachette Atatürk, le roi Feyçal n'a aucun pouvoir, et les Kurdes s'affrontent contre les Turcs aux portes de cette ville eldorado du pétrole. À qui appartiendra-t-elle ? Et la Turquie sera-t-elle placée aussi, comme l'Irak, sous mandat britannique ? Sauf que Poincaré occupera la Rhénanie et bientôt la Ruhr, Lloyd George se taira, donc il est bien normal que Mossoul revienne à l'Irak : la charbon allemand à la France contre le pétrole proche-oriental à l'Angleterre. Et bientôt, bien sûr, la Standard Oil (américaine) voudra sa part, ce qui conduisit à :
3. La question arménienne. L'Arménie était parmi les vainqueurs. Mais « le sort du peuple arménien fut tranché dans les conférences pétrolières. L'octroi de la concession Chester [à la Standard Oil, dont 21,5% de Mossoul, et le monopole sur Van, Bitlis et Erzurum] marqua le début d'une singulière amitié turco-américaine. La puissance yankee devait protéger la liberté et le naphte turc contre l'Angleterre. […] Mais il fallut bientôt se rendre à l'évidence : il était impossible de protéger simultanément des ennemis aussi acharnés que les Turcs et les Arméniens. le jour même où le président Wilson fixait pour toujours les frontières de l'Arménie, l'armée turque les franchissait. Kiasim-Karabékir-Pacha parcourut le pays, semant partout le fer et le feu. Un million d'Arméniens durent fuir le pays de leurs pères. À la même époque, venant du Nord, les hordes sauvages des bolchéviks envahirent l'Arménie. La lutte ne dura que quelques brèves semaines, et il ne fut plus question de la République arménienne. Il ne se trouva pas un seul soldat allié pour défendre la liberté du peuple arménien. » (p. 244) [Essad Bey ne le fait pas, mais en fait on pourrait dire exactement la même chose pour le peuple kurde.]
4. La fameuse, fort meurtrière, totalement inutile et oubliée guerre du Grand Chaco (1932-...). Immortalisée, par cette inestimable source qu'est l'album de Tintin et Milou : « L'oreille cassée ». Derrière la Bolivie et le señor Patino, de toute évidence, le vieux John D. Rockefeller ; derrière le Paraguay, probablement son rival de toujours, le Néerlandais naturalisé anglais Sir Henry Deterding de la Royal Dutch-Shell.
Cet ouvrage est précieux pour sa démarche et infiniment agréable à lire pour son style. Dans sa structure qui n'obéit pas à une simple chronologie (comme on aurait pu s'attendre d'une Histoire du pétrole), il privilégie deux axes : l'un géographique, qui laisse présager la naissance de la discipline allemande de la géopolitique (et rappelons qu'Essad Bey écrit en allemand depuis Berlin ou Vienne), l'autre biographique, qui accorde une importance fondamentale aux protagonistes de l'industrie pétrolière : Rockefeller, Deterding, Nobel, les Rothschild, Guelbékian, D'Arcy, Doheny, Sinclair, Cadman, etc. ; cet axe se pose sans aucun doute en antithèse avec l'approche marxienne du matérialisme historique.
Dans son style, la marque littéraire, je dirais romanesque transparaît aussi bien justement dans cette manière de poser les protagonistes en personnages, dans la dramatisation des scènes qui peut être aperçue jusque dans mes courtes cit. précédentes, mais surtout dans la description des lieux, qui tirent du récit de voyage ou carrément du roman d'aventures. Ainsi par ex. de l'exotisme du chapitre sur l'Iran (« Au pays du lion d'argent »), ou du sultan-calife Abdul Hamid « dernier grand souverain oriental » puisque « en Orient, la grandeur d'un homme se mesure au sang qu'il a fait répandre » (p. 236) ; mais un esprit tout aussi vif, primesautier, romanesque, provoquant une lecture haletante se retrouve dans les descriptions des Japonais à Sakhaline, ou des villages de Birmanie, de la politique roumaine et des forêts vierges d'Amérique du Sud. Loin de la prose d'un essai historique, ou même d'un reportage journalistique, le lecteur d'alors et d'autant plus d'aujourd'hui (grâce au recul du temps) est gratifié d'une plume littéraire, et de la meilleure trempe.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
ApoapoApoapo   25 novembre 2017
« Le pétrole est comme un explosif qui, imprudemment manipulé, peut faire sauter le monde. L'explosion peut subvenir sur bien des points de notre globe. Sources de pétrole, sources de guerre ! Jamais cette phrase célèbre n'avait été si vraie qu'aujourd'hui. Mossoul, la Russie, le canal de Panama sont les centres de la guerre menaçante. […]
La lutte finale, décisive, n'a pas encore commencé. Mais la crise mondiale marche déjà vers sa fin. Et alors, le sort de notre globe tiendra à un fil fragile, au bord duquel se trouvent des mains invisibles mais obstinées. » (p. 311)
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