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Yves Coirault (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070382346
Éditeur : Gallimard (01/06/1990)

Note moyenne : 4.27/5 (sur 43 notes)
Résumé :
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, fut l'un des favoris de la cour de Louis XIV. Grand seigneur, il eut le privilège de loger à Versailles et d'y observer les intrigues de palais. Durant plus de trente ans, Saint-Simon va être l'historiographe du roi et de la cour. SesMémoires, oeuvre colossale de plusieurs milliers de pages, ne sont pas une entreprise autobiographique, il s'agit en fait d'une gigantesque fresque historiographique. Le titre des Mémoires est tromp... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Woland
  08 juin 2011
L'édition de la Pléiade sur laquelle nous nous sommes appuyés comporte sept tomes d'épaisseur inégale et couvrant la période historique allant de la dernière décennie du XVIIème siècle jusqu'en 1723, date à laquelle, avec la mort de Philippe d'Orléans, le Régent, Saint-Simon décide de se retirer en ses terres.
Le premier tome évoque une décennie toute entière, de 1691, année où Saint-Simon prend son premier commandement dans l'armée, sous le maréchal D Humières, jusqu'en 1701 qui vit, selon le mémorialiste, finir "tout le bonheur du Roy." L'ensemble comporte pas mal de scènes militaires mais c'est la vie à Versailles, avec les intermèdes de Marly et de Fontainebleau, qui tient la vedette. En un cortège incroyable de vie, Saint-Simon ressuscite ce qu'il connaît du Grand Siècle, à savoir les années Maintenon, dont Louis XIV demeure toujours le centre. Mais ce n'est plus le Louis XIV fringant des grandes amours avec Melle de la Vallière, puis avec Mme de Montespan : le monarque n'a pas seulement mûri, l'homme aussi a vieilli - et pas en bien.
Très vite, le lecteur prend conscience des sentiments ambivalents que porte à ce roi si absolument royal un Saint-Simon qui l'admire pour son faste, son panache, son amour du grand et du beau mais ne peut en même temps lui pardonner d'avoir introduit la bourgeoisie aux conseils en "faisant" un Colbert et un Louvois et encore moins d'avoir tout fait pour placer ses enfants bâtards au-dessus, ou à tout le moins au même niveau, que les Princes du sang. Ce premier volume s'ouvre d'ailleurs pratiquement sur le mariage de Melle de Nantes, la dernière des filles que Louis XIV avait eues de Mme de Montespan, avec le duc de Chartres, fils de Monsieur, le duc d'Orléans, frère du roi, et d'Elizabeth-Charlotte, princesse palatine.
A partir de cet épisode, Saint-Simon prend son envol - et son style avec lui. Car ce premier tome, c'est aussi une prise de contact avec une manière d'écrire qui fait voisiner, avec une superbe indifférence, un langage archaïque, encore fixé au milieu du siècle, et un art proprement extraordinaire et des plus modernes de restituer des scènes d'un point de vue non pas historique (Saint-Simon me pardonne ! Wink ) mais indéniablement subjectif et littéraire.
Avec une humilité qui lui était plus habituelle qu'on ne le croit, Saint-Simon avouait lui-même "ne pas savoir écrire." Il est vrai que, si l'orthographe chez lui est relativement respectée, tout ce qui est accord, des verbes, des adjectifs, des pronoms, etc ..., se présente dans une débandade aussi somptueuse que fantaisiste. Pour résumer le style de son illustre prédécesseur, Chateaubriand dira : "Il écrivait à la diable pour la postérité." Et le lecteur ne peut qu'acquiescer tant l'image rend bien cette impression que l'on a très tôt d'être emporté en croupe par un Saint-Simon lancé au grand galop parmi les phrases qui n'en finissent plus de tourbillonner et les images saisissantes que l'on prend en pleine figure comme on prendrait des rafales de grand vent frais.
Saint-Simon ne savait peut-être pas écrire mais une chose est certaine : il aimait écrire et cet amour lui donne du génie. Il est d'ailleurs l'un des rares mémorialistes au monde qu'on lit aussi pour son style.
Comment rappeler tous les moments forts, tous les portraits incroyables que contient ce premier tome ? Vous en trouverez l'essentiel dans notre rubrique : "Ce Pays-Ci ou A La Découverte de Saint-Simon." Signalons cependant quelques passages qui peuvent interloquer, voire ennuyer le lecteur moderne : tous concernent soit les complexités de la généalogie, soit les distinctions du protocole, comme par exemple, presque à la fin du volume, l'explication en long et en large des différents degrés de grandesse en Espagne. A part cela, Saint-Simon reste un auteur incontournable, à lire absolument, au même titre qu'un Balzac ou un Proust, pour ne citer que ces deux grands noms de notre littérature. ;o)
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NMTB
  27 janvier 2016
Monsieur de Saint-Simon était un jeune homme bien fait de petite taille, ayant fort tôt embrassé une carrière militaire, son regard était doux, noir, pénétrant, un visage agréable que déparait à peine un nez tordu. Il avait de l'ambition, beaucoup d'esprit, des saillies plaisantes, sans toujours maîtriser son désir d'exhaustivité et, confus, il s'engageait parfois dans de longues dissertations qui, sans lui faire perdre le fil, l'emmenait loin de son sujet principal. Il lui arrivait aussi de radoter sur d'anciens faits d'armes ennuyeux. Son sens aigu de l'observation lui permettait de pénétrer toutes les arcanes de l'étiquette et les règles minutieuses de bienséance qui prévalaient à la cour. Doué d'une mémoire prodigieuse, il connaissait toutes les généalogies complexes des grandes familles européennes où se mêlaient consanguinité et bâtardise (Saint-Simon reprochait souvent à Louis XIV de favoriser ses enfants illégitimes), il avait lui-même un grand amour pour sa maison et ses parents. le souvenir de son père, fait duc par Louis XIII, lui était particulièrement cher. Il était l'unique héritier mâle de ce père qui le conçut fort âgé d'un second lit. Il fut choyé par sa mère qui prit grand soin de son éducation mais se retrouvait après la mort de son mari sans appui dans le monde. Soucieuse de l'avenir, elle craignait plus que tout une mésalliance de son fils. Heureusement, le désormais duc de Saint-Simon n'était point galant et ressentait trop la fierté de son nom pour se laisser entraîner dans une passion amoureuse qui eût été une impasse à sa carrière. Une anecdote mérite d'être relevée à ce sujet sur le prétendant un peu présomptueux qu'il fût. A la recherche du meilleur parti, il ambitionna dans un premier temps de s'introduire dans la famille du duc de Beauvilliers, s'adressa à lui pour courtiser l'une de ses filles, tenta tout pour le convaincre et, en désespoir de cause, lui avoua qu'il ne se sentait « point capable de vivre heureux avec une autre qu'avec sa fille », fille qu'il ne connaissait pas et n'avait jamais vu ! le duc de Beauvilliers, dont il resta proche, déclina poliment, et Saint-Simon se tourna alors vers la famille de Lorges et ses filles, l'aînée plutôt que la cadette, avec qui il se maria et réussit à vivre heureux, malgré tout.
Au reste, le duc de Saint-Simon n'était pas trop bavard sur sa vie intime, préférant relater celle des autres. Dans cet étrange petit monde qu'était la cour de Versailles, où tout était réglé dans les moindres détails et où la vie intime se limitait au strict minimum, les ragots allaient bon train et Saint-Simon en était friand, il les rapportait sans toujours bien les distinguer des faits. D'ailleurs, il n'était pas qu'un observateur de ce petit monde mais aussi un acteur, avec son tempérament, ses affinités et ses dégoûts, et il ne cherchait pas du tout à atteindre une impossible objectivité. Avec sa manière très particulière de brosser les portraits et les caractères, lapidairement, défauts et qualités enchevêtrés, il cherchait surtout à dévoiler les mesquineries et les petites intrigues des courtisans.
Imprégné de morale, il restait discret sur la religion, ne s'immisçant jamais dans les querelles qui agitaient la fin du dix-septième siècle, et elles étaient nombreuses, entre la petite crise religieuse de Louis XIV sous l'influence de Mme de Maintenon et du père de la Chaise son confesseur, la révocation de l'édit de Nantes, l'accession au pouvoir des protestants en Angleterre, les jansénistes, les quiétistes, les polémiques et les affrontements ne manquaient pas. Toutefois, sans bigoterie ni ostentation, il ne cachait pas sa profonde admiration pour Armand-Jean de Rancé, l'abbé de la Trappe, qui était pour lui une sorte de directeur de conscience, un homme intègre jusqu'à l'austérité. Aussi, contrairement à Louis XIV, Saint-Simon semblait éprouver de la sympathie pour les jansénistes et n'hésitait pas à dénoncer les manigances et les intrigues des jésuites.
Au niveau de la politique extérieure, cette fin de siècle était dominée par la grande rivalité de la France et du Saint-Empire. Entre la guerre de la ligue d'Augsbourg et la guerre de succession d'Espagne qui se dessinait, la paix signée par le traité de Ryswick ressemblait plutôt à une longue mais fragile trêve.
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Henri-l-oiseleur
  14 octobre 2015
Pour entrer dans l'univers de Saint-Simon, il n'est peut-être pas conseillé de s'acheter le premier volume de la Pléiade, et de l'ouvrir à la première page en espérant aller jusqu'à la dernière du dernier volume. Nous, lecteurs contemporains, nous n'avons peut-être plus les mêmes capacités d'attention soutenue que nos ancêtres, et le zapping est devenu une seconde nature. Il vaut mieux, pour ceux que cela concerne, se procurer un ou deux volumes d'extraits et de morceaux choisis, tels que les excellents publiés par Folio (Yves Coirault l'a composé) ou Garnier Flammarion, prendre le goût de la prose du mémorialiste, s'amuser aux anecdotes pour lesquelles il n'a pas son égal, et quand la température est prise, se lancer dans la lecture au long cours. Cette lecture n'est en rien un ennui, car si parfois la matière nous semble étrange, la langue, le souffle, le phrasé de l'auteur sont inimitables et c'est un parfait bonheur de s'entendre raconter par lui telle usurpation des bâtards du roi, telle intrigue ou telle cérémonie dont l'intérêt propre n'est pas toujours certain. le charme opère, il suffit de le laisser opérer.
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ClaireduMaine
  02 mars 2011
La plus belle des langues, pour un texte vertigineux
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pagelover
  12 août 2012
L'indispensable livre de chevet.
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Citations et extraits (85) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland   13 juillet 2012

[...] ... M. de Bryas, archevêque de Cambrai, était mort, et le Roi avait donné ce grand morceau à l'abbé de Fénelon, précepteur des enfants de France. ...

Fénelon était un homme de qualité, qui n'avait rien et qui, se sentant beaucoup d'esprit, et de cette sorte d'esprit insinuant et enchanteur, avec beaucoup de talents, de grâces et du savoir, avait aussi beaucoup d'ambition. Il avait frappé longtemps à toutes les portes, sans se les pouvoir faire ouvrir. Piqué contre les jésuites, où il s'était adressé d'abord, comme aux maîtres des grâces de son état, et rebuté de ne pouvoir prendre avec eux, il se tourna aux jansénistes, pour se dépiquer, par l'esprit et la réputation qu'il se flattait de tirer d'eux, des dons de la Fortune, qui l'avait méprisé. Il fut un temps considérable à s'initier, et parvint après à être des repas particuliers que quelques importants d'entre eux faisaient alors, une ou deux fois la semaine, chez la duchesse de Brancas. Je ne sais s'il leur parut trop fin, ou s'il espéra mieux ailleurs qu'avec gens avec qui il n'y avait à partager que des plaies ; mais peu à peu, sa liaison avec eux se refroidit, et, à force de tourner autour de Saint-Sulpice, il parvient à y en former une dont il espéra mieux.

Cette société de prêtres commençait à percer, et, d'un séminaire d'une paroisse de Paris, à s'étendre. L'ignorance, la petitesse des pratiques, le défaut de toute protection et le manque de sujets de quelque distinction en aucun genre, leur inspira une obéissance aveugle pour Rome et pour toutes ses maximes, un grand éloignement de tout ce qui passait pour jansénisme, et une dépendance des évêques qui les fit successivement désirer dans beaucoup de diocèses. Ils parurent un milieu très-utile aux prélats, qui craignaient également la cour sur les soupçons de doctrine, et la dépendance des jésuites, qui les mettaient sous leur joug dès qu'ils s'étaient insinués chez eux, ou les perdaient sans ressource : de manière que ces sulpiciens s'étendirent fort promptement.

Personne parmi eux qui pût entrer en comparaison sur rien avec l'abbé de Fénelon : de sorte qu'il trouva là de quoi primer à l'aise et se faire des protecteurs qui eussent intérêt à l'avancer pour en être protégés à leur tour. Sa piété, qui se faisait toute à tous, et sa doctrine, qu'il forma sur la leur en abjurant tout bas ce qu'il avait pu contracter d'impur parmi ceux qu'il abandonnait, les charmes, les grâces, la douceur, l'insinuation de son esprit le rendirent un ami cher à cette congrégation nouvelle, et lui y trouva ce qu'il cherchait depuis longtemps, des gens à qui se rallier, et qui pussent et voulussent le porter. En attendant les occasions, il les cultivait avec grand soin, sans toutefois être tenté de quelque chose d'aussi étroit pour ses vues que de se mettre parmi eux, et cherchait toujours à faire des connaissances et des amis. C'était un esprit coquet qui, depuis les personnes les plus puissantes jusqu'aux ouvriers et aux laquais, cherchait à être goûté et vouloir plaire, et ses talents en ce genre secondait parfaitement ses désirs. ... [...]"
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WolandWoland   13 juillet 2012
"... [...] Mme de Castries était un quart de femme, une espèce de biscuit manqué, extrêmement petite, mais bien prise, et aurait passé dans un médiocre anneau : ni derrière, ni gorge, ni menton ; fort laide, l'air toujours en peine et étonné ; avec cela une physionomie qui éclatait d'esprit et qui tenait encore plus parole. Elle savait tout : histoire, philosophie, mathématiques, langues savantes, et jamais il ne paraissait qu'elle sût mieux que parler français ; mais son parler avait une justesse, une énergie, une éloquence, une grâce jusque dans les choses les plus communes, avec ce tour unique qui n'est propre qu'aux Mortemarts.* Aimable, amusante, gaie, sérieuse, toute à tous, charmante quand elle voulait plaire, plaisante naturellement avec la dernière finesse, sans la vouloir être, et assénant aussi les ridicules à ne les jamais oublier ; glorieuse de mille choses avec un ton plaintif qui emportait la pièce ; cruellement méchante quand il lui plaisait, et fort bonne amie, polie, gracieuse, obligeante en général ; sans aucune galanterie, mais délicate sur l'esprit et amoureuse de l'esprit où elle le trouvait à son gré ; avec cela, un talent de raconter qui charmait, et, quand elle voulait faire un roman sur le champ, une source de production, de variété et d'agrément qui étonnait. Avec sa gloire, elle se croyait bien mariée par l'amitié qu'elle eut pour son mari ; elle l'étendit sur tout ce qui lui appartenait, et elle était aussi glorieuse pour lui que pour elle. Elle en recevait les réciproques et toutes sortes d'égards et de respect. [...] ..."
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WolandWoland   13 juillet 2012
"[...] ... Le dauphiné d'Auvergne était échu à Monsieur par la succession de Mademoiselle [la Grande Mademoiselle, duchesse de Montpensier], et aussitôt le cardinal en avait conçu une envie démesurée de l'avoir. Il en parla à Béchameil, qui était surintendant de Monsieur, au chevalier de Lorraine [grand favori et amant de Monsieur], et à tous ceux qui pouvaient avoir part à déterminer Monsieur à le lui vendre. A la fin, et à force de donner gros, le marché fut conclu, et Monsieur en parla au Roi, qui s'était chargé de son agrément comme d'une bagatelle* ; mais il fut surpris de trouver le Roi sur la négative. Monsieur insista et ne pouvait la comprendre : "Je parie, mon frère, lui dit le Roi, que c'est une nouvelle extravagance du cardinal de Bouillon qui veut faire appeler l'un de ses neveux prince-dauphin. Dégagez-vous de ce marché." Monsieur, qui avait promis et qui trouvait le marché bon, insista ; mais le Roi tint bon, et dit à Monsieur qu'il n'avait qu'à faire mander au cardinal qu'il [le Roi] ne le voulait pas.

Cette réponse lui fut écrite par le chevalier de Lorraine, de la part de Monsieur, et le pénétra de dépit. Ce nom singulier et propre à éblouir les sots dont le nombre est toujours le plus grand, et un nom que des princes du sang avaient porté, avait comblé son orgueil de joie : le refus le combla de douleur. N'osant se prendre au Roi, il répondit au chevalier de Lorraine un fatras de sottises, qu'il couronna par ajouter qu'il était d'autant plus affligé de ce que Monsieur lui manquait de parole, que cela l'empêcherait d'être désormais autant son serviteur qu'il l'avait été dans le passé. Monsieur eut plus envie de rire de cette espèce de déclaration de guerre que de s'en offenser. Le Roi d'abord la prit plus sérieusement ; mais, touché par les prières de M. de Bouillon, et plus encore par la grandeur du châtiment d'une pareille insolence, si elle était prise comme elle le méritait, il prit le parti de l'ignorer, et M. de Bouillon en fut quitte pour la honte et pour s'aller cacher une quinzaine dans sa belle maison de Saint-Martin de Pontoise, qu'il avait, depuis peu, trouvé moyen de séculariser par des échanges, et de faire de ce prieuré un bien héréditaire et patrimonial. ... [...]"
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NMTBNMTB   09 janvier 2016
Servons-nous donc des facultés qu'il a plu à Dieu de nous donner, et ne croyons pas que la charité défende de voir toutes sortes de vérités, et de juger des événements qui arrivent, et de tout ce qui en est l'accompagnement. Nous nous devons pour le moins autant de charité qu'aux autres; nous devons donc nous instruire pour n'être pas des hébétés, des stupides, des dupes continuelles. Nous ne devons pas craindre, mais chercher à connaître les hommes bons et mauvais pour n'être pas trompés, et sur un sage discernement régler notre conduite et notre commerce, puisque l'une et l'autre est nécessairement avec eux, et dans une réciproque dépendance les uns des autres. Faisons-nous un miroir de cette connaissance pour former et régler nos mœurs, fuir, éviter, abhorrer ce qui doit l'être, aimer, estimer, servir ce qui le mérite, et s'en approcher par l'imitation et par une noble ou sainte émulation. Connaissons donc tant que nous pourrons la valeur des gens et le prix des choses; la grande étude est de ne s'y pas méprendre au milieu d'un monde la plupart si soigneusement masqué; et comprenons que la connaissance est toujours bonne, mais que le bien ou le mal consistent dans l'usage que l'on en fait.
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WolandWoland   13 juillet 2012
"[...] ... La Vienne, baigneur à Paris fort à la mode, était devenu [celui du Roi] du temps de ses amours. Il lui avait plu par des drogues qui l'avaient mis en état plus d'une fois de se satisfaire davantage, et ce chemin l'avait conduit à devenir l'un des quatre premiers valets de chambre. C'était un fort honnête homme, mais rustre, brutal et franc, et cette franchise, dans un homme d'ailleurs vrai, avait accoutumé le Roi à lui demander ce qu'il n'espérait pas pouvoir tirer d'ailleurs, quand c'étaient des choses qui ne passaient point à sa portée. Tout cela conduisit jusqu'à un voyage à Marly, et ce fut là où il questionna La Vienne. Celui-ci montra son embarras, parce que, dans la surprise, il n'eut pas la présence d'esprit de le cacher. Cet embarras redoubla la curiosité du Roi et enfin ses commandements. La Vienne n'osa pousser plus loin la résistance : il apprit au Roi ce qu'il eût voulu pouvoir ignorer toute sa vie, et qui le mit au désespoir.

Il n'avait eu tant d'embarras, tant d'envie, tant de joie de mettre M. de Vendôme* à la tête d'une armée que pour y porter M. du Maine [Vendôme était très lié avec le duc du Maine] ; tout son application était d'en abréger les moyens en se débarrassant des princes du sang par leur concurrence entre eux. Le comte de Toulouse, étant amiral, avait sa destination toute faite ; c'était donc pour M. du Maine qu'étaient tous ses soins. En ce moment, il les vit échouer, et la douleur lui en fut insupportable. Il sentit pour ce cher fils tout le poids du spectacle de son armée, et des railleries que les gazettes lui apprenaient qu'en faisaient les étrangers, et son dépit en fut inconcevable. ... [...]
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Videos de Saint-Simon (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Saint-Simon
Que nous apprend Saint-Simon ? - Séminaire RDJ .Que nous apprend Saint-Simon ? le dimanche 5 mai 2013 à 11h, Avec Cécile Guilbert, romancière et essayiste, auteur de " Saint-Simon. L?encre de la subversion " Gallimard, 1994, 169 pages Une conversation animée par Alexis Lacroix.
Dans la catégorie : Louis XIV: 1643-1715Voir plus
>France : histoire>Les Bourbons: 1589-1789>Louis XIV: 1643-1715 (53)
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