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ISBN : 207011001X
Éditeur : Gallimard (22/09/1983)

Note moyenne : 4.58/5 (sur 12 notes)
Résumé :
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, fut l'un des favoris de la cour de Louis XIV. Grand seigneur, il eut le privilège de loger à Versailles et d'y observer les intrigues de palais. Durant plus de trente ans, Saint-Simon va être l'historiographe du roi et de la cour. SesMémoires, oeuvre colossale de plusieurs milliers de pages, ne sont pas une entreprise autobiographique, il s'agit en fait d'une gigantesque fresque historiographique. Le titre des Mémoires est tromp... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Woland
  13 juillet 2011
Nul n'ignore la haine prodigieuse que le duc de Saint-Simon vouait à la bâtardise. D'une naissance dénuée de toute tache, cet aristocrate était bien trop intelligent pour ne pas avoir compris que les mésalliances, légitimées par le mariage ou non, entre la bourgeoisie et la noblesse ne pouvaient que saper une société élitiste telle que l'avait voulue la féodalité.
Hélas ! à l'époque de Saint-Simon, la féodalité est remisée dans les oubliettes de la mémoire collective de son milieu. Les nobles servent encore à l'armée mais s'ils peuvent jouir d'une charge ou deux qui ne nécessitent aucun effort de leur part, ils ne font pas d'embarras et l'acceptent des mains de ce Roi qui les veut tous serrés autour de lui, telles des fourmis dociles réunies autour de leur reine. A moins qu'ils ne l'achètent après en avoir revendu une autre, qui ne leur convient plus. le plus souvent d'ailleurs, il faut bien le dire, la puissance financière est aux mains de la bourgeoisie et celle-ci achète des titres à ses enfants en les mariant à tel héritier désargenté mais avide de pouvoir mener grande vie. Quant à la bâtardise pure, elle ne s'est jamais aussi bien portée, pas même sous Henri IV.
Des enfants qu'il a eus de Melle de la Vallière, Louis XIV a conservé une fille et, de ceux que lui a donnés Mme de Montespan, il lui reste deux garçons et trois filles. Tous et toutes, sans exception, ont épousé des princes et princesses du sang. Tout ceci par la volonté royale : quel père, quelle mère oserait se rebeller contre le désir du Roi de devenir le beau-père de sa fille ou de son fils ? Madame, Elisabeth-Charlotte d'Orléans, princesse Palatine peut-être. Mais Monsieur, lui, n'aura pas ce courage et le duc de Chartres, leur fils, finira par devenir, pour son malheur, le gendre ultime de Sa Majesté qui est aussi, rappelons-le au passage, son oncle.
Les "bâtardeaux" royaux, comme il les appelait, Saint-Simon les a haïs même si, comme tout le monde en ce pays-ci, il a bien été obligé de s'incliner devant eux, ne fût-ce que par politesse. Il est vrai qu'ils étaient si près du trône qu'il eût été suicidaire de se comporter autrement. Par un effet de contre-poids, le mémorialiste semble, dans ce deuxième tome, passer toute sa rage et sa frustration sur un autre bâtard de sang royal, Louis-Joseph, duc de Vendôme, parfois appelé, en raison de ses réelles qualités militaires, "le Grand Vendôme", et qui, par son père, est le petit-fils De César, premier duc de Vendôme, bâtard légitimé du roi Henri IV et de Gabrielle d'Estrées. César de Vendôme ayant été officiellement reconnu par son père en 1595, son petit-fils représente, aux yeux de Saint-Simon, la continuation d'une coutume que, à vrai dire, peu de rois de France ont suivie avec autant d'éclat et de constance que Henri IV et Louis XIV, à savoir la légitimation de leurs enfants bâtards.
Si le procédé est issu d'une louable intention d'équité, les excès auxquels vont le porter, en une sorte de sombre et délirante apothéose, la volonté d'acier d'un Louis XIV et son faible avoué - encouragé notamment par Mme de Maintenon - envers le duc du Maine ne tarderont pas à révéler le gouffre qu'il peut ouvrir en cas, entre autres, de minorité de l'héritier légitime du trône. Fin politique et même politique d'une étonnante acuité - certaines des pages qu'il consacre aux analyses sur ce thème auraient pu être écrites par un moderne - Saint-Simon est obsédé par ce danger qu'il estime aussi périlleux pour l'Etat et la monarchie que l'abus de complaisance envers la bourgeoisie.
Par ricochet, le duc de Vendôme, en dépit, répétons-le, de qualités qu'on ne peut lui contester même si Saint-Simon, de son côté, goûte une véritable jouissance à les lui dénier, prend ici une superbe volée de bois-vert qui, au-delà de l'individu, vise la Bâtardise et sa légitimation dans leur ensemble. Ce tome, qui reprend l'une des périodes les plus noires du règne de Louis XIV, celle durant laquelle l'Empereur et les pays d'Europe s'unissaient contre lui après l'acceptation de la couronne d'Espagne au bénéfice de son petit-fils, le duc d'Anjou, devenu Philippe V d'Espagne par la volonté du testament de Charles II, est, on peut le dire, littéralement hanté par la silhouette énorme, hautaine, mal embouchée du duc de Vendôme, à qui l'auteur, par la magie de son écriture, confère des allures d'Ogre prêt à déchirer à belles dents, au milieu, faut-il le préciser, des autres bâtards, ses frères et cousins, une monarchie française considérablement affaiblie à l'extérieur et sclérosée, proche de la putréfaction, à l'intérieur.
Et l'Histoire continue à avancer, à petits ou à grands pas, vers ce mois de septembre 1715 qui verra Louis XIV faire ses adieux à son public de Versailles - et au monde. Mais cela n'aura lieu qu'au cinquième tome des "Mémoires" et, comme on dit , "cela est une autre histoire ..."
A bientôt pour la suite et n'oubliez pas : LISEZ Saint-Simon ! ;o)
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NMTB
  27 février 2016
Le siècle commençait mal, pour la France, pour le roi et pour Saint-Simon. Il concluait ses mémoires de l'année 1701 par : « Ainsi finit cette année et tout le bonheur du roi avec elle. »
Louis XIV engageait une nouvelle fois la France dans une guerre harassante contre quasiment toute l'Europe, sous prétexte de défendre la couronne de son petit-fils en Espagne. Saint-Simon était très critique sur la manière dont cette guerre s'était déroulée (surtout en Italie sous les ordres de M. de Vendôme, qu'il ne cessait de dénigrer en cherchant constamment à atténuer la portée de ses victoires). A part quelques succès, la France connaissait aussi de lourdes défaites (bataille d'Hochstedt, de Turin), la guerre l'épuisait et le roi s'entêtait à vouloir la continuer. En même temps, il devait faire face dans le Languedoc et les Cévennes à une nouvelle insurrection des protestants, ainsi qu'à des révoltes de paysans asphyxiés par les impôts.
Quant à Saint-Simon, il entrait dans une petite période de disgrâce auprès du roi, alors qu'il était plutôt bien vu jusqu'ici. Après avoir quitté son service et la carrière militaire, à cause de contrariétés dans son avancement, l'opposition de son orgueil d'aristocrate à l'autorité royale allait connaître son apogée à la fin de 1703, lors d'une ridicule affaire de protocole mais que le duc prenait très à coeur. Il faudra une entrevue avec le roi et un habile discours de Saint-Simon pour calmer les choses. C'est un passage court mais qui permet de bien comprendre la psychologie de Louis XIV et son rapport à l'aristocratie, si l'on n'oublie pas non plus les spécificités du caractère de Saint-Simon.
Il n'était pratiquement rien à l'époque, un jeune homme d'une trentaine d'années, sans plus de fonction (sauf qu'il semble s'être occupé de quelques problèmes d'héritage, de succession ; par la suite il s'engage dans la politique et fut même pressenti pour être ambassadeur à Rome en 1705). Il était quand même un duc et extrêmement fier de son rang, très à cheval sur les règles aussi, sur la morale, d'où sa passion pour l'étiquette de la cour de Versailles, le cérémonial, son respect de l'institution du mariage, son mépris des usurpations de titres, son hostilité aux enfants illégitimes, sa défiance envers les parvenus. D'où, aussi, ses réserves sur certaines décisions du roi, mais encore plus sur Mme de Maintenon et son influence néfaste. Véritable symbole de la mésalliance, de la petite naissance parvenue au sommet de l'Etat, « des aventures galantes plâtrées après de dévotion », il la détestait. Et cette détestation était réciproque, puisqu'il disait avoir eu vent qu'elle le « haïssait parfaitement », avant même de le connaître et sans jamais l'avoir fréquenté. Quant à lui, il la détestait cordialement, sans grande démonstration, simplement en la mêlant à des intrigues pas toujours propres et en lançant quelques piques. La même manière qu'il employait pour critiquer le roi, sans attaquer frontalement. Et pourtant, vis-à-vis d'autres personnalités, il pouvait dresser des portraits à charge, comme celui de M. de Vendôme, par exemple, présenté comme un sodomite, débauché, paresseux, incapable, malhonnête, sale, écoeurant, grossier, une véritable destruction, violente et truculente. C'est ce qu'il y a de plus fascinant dans ses Mémoires, tous ces personnages que rend Saint-Simon, sans omettre aucun défaut, dans une gamme très étendue, de la légère insinuation à la hargne la plus féroce. A part sa femme et quelques proches, il était rare qu'il fût exclusivement élogieux et il lui arrivait même de juger sévèrement ceux qu'il disait avoir été ses amis.
C'était le cas de Mme des Ursins. Sous la fonction de simple camarera-mayor de la reine d'Espagne, elle s'était arrogé un rôle important, faisant et défaisant les hommes d'Etat. Elle fut un temps la protégée de Mme de Maintenon, un personnage clé, à la carrière mouvementée. Saint-Simon jugeait son action en Espagne très mauvaise, allant jusqu'à la qualifier de dictatoriale. Il développe longuement ses agissements pour les dénoncer, et on reste étonné quand, plus tard, il dévoile aussi qu'il la considérait comme une amie. Dans ces années, il tisse aussi tout un réseau de relations parmi les ministres les plus importants : Véritable ami du duc de Beauvilliers, il entretenait plus curieusement de bonnes relations avec le chancelier Pontchartrain et avec Chamillart, ministre un peu oublié par l'Histoire mais le plus puissant de l'époque, qui cumulait à lui seul les anciennes fonctions de Colbert et de Louvois (il le répétait souvent, comme pour l'excuser d'une charge trop lourde). Il renoue aussi avec un ancien ami d'enfance, le duc d'Orléans, le futur régent, dont il s'était éloigné à cause de ses débauches. D'un autre côté, il avait ses ennemis, la maison de Lorraine, M. et Mme du Maine et leur cour, tout ce qui pouvait sortir de là-dedans lui était automatiquement antipathique.
Il faut enfin noter qu'il fait à la fin de ce volume une comparaison entre le gouvernement de Castille et d'Aragon, l'un étant entièrement sous la domination du roi d'Espagne, l'autre dirigé par un « justice » indépendant, terme espagnol désignant le chef d'une assemblée ; la Castille ressemblant donc au régime centraliste français et l'Aragon au régime parlementaire anglais. Philippe V, en bon roi d'origine française, met fin à cette exception aragonaise. D'autre part, au sujet de l'Angleterre, un peu plus avant, au début de l'année 1707, il s'étonnait de la facilité avec laquelle les Ecossais avaient abandonné leur souveraineté au profit du parlement anglais. Toutes ces considérations sur la formation de certains aspects des Etats européens encore en vigueur aujourd'hui sont évidemment très intéressantes. Malheureusement, je n'ai pas l'impression que Saint-Simon en sentait bien toute la portée, car il n'aborde tout ça que rapidement, préférant dérouler ses longues, emberlificotées et assommantes généalogies.
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Henri-l-oiseleur
  08 décembre 2015
Les années de ce second volume des Mémoires sont surtout occupées par la guerre de Succession d'Espagne, où s'opposent les partisans et les adversaires européens de l'avènement du petit-fils de Louis XIV, Philippe V, au trône d'Espagne dont il a hérité. La chose est vue de Versailles, du milieu de la Cour et au milieu des intrigues, des portraits, des affaires, minuscules et grandioses, qui remplissent la vie des courtisans. Ainsi, la grande affaire du droit de s'asseoir dans un fauteuil devant tel ou tel prince sera débattue avec autant de passion qu'une victoire militaire. Que cela ne décourage pas le lecteur : Saint-Simon nous emporte au grand galop de sa langue magnifique, jamais compassée, jamais ennuyeuse, mais toujours pleine de surprises et de trouvailles, d'anecdotes, de choses vues et de calomnies perfides.
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
NMTBNMTB   23 février 2016
La duchesse de la Ferté alla lui demander l’audience, et, comme tout le monde, essuya son humeur. En s’en allant elle s’en plaignait à son homme d’affaires, et traita le premier président de vieux singe. Il la suivait et ne dit mot. A la fin elle s’en aperçut, mais elle espéra qu’il ne l’avait pas entendue ; et lui, sans en faire aucun semblant, il la mit dans son carrosse. A peu de temps de là, sa cause fut appelée, et tout de suite gagnée. Elle accourut chez le premier président et lui fait toutes sortes de remerciements. Lui, humble et modeste, se plonge en révérences, puis, la regardant entre deux yeux : « Madame, lui répondit-il tout haut devant tout le monde, je suis bien aise qu’un vieux singe ait pu faire quelque plaisir à une vieille guenon. »
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gavarneurgavarneur   15 décembre 2016
Dans la fin de cette campagne, les grands airs de familiarité que le maréchal de Villeroi se donnait avec M. de Savoie lui attirèrent un cruel dégoût, pour ne pas dire un affront. M. de Savoie, étant au milieu de tous les généraux et de la fleur de l'armée, ouvrit sa tabatière en causant et en allant prendre une pincée de tabac : le maréchal de Villeroi, qui se trouva auprès de lui, allonge la main et prend la tabatière sans mot dire. M. de Savoie rougit, et à l'instant renverse sa tabatière par terre, puis la donne à un de ses gens à qui il dit de lui rapporter du tabac. Le maréchal but sa honte sans oser proférer une parole, M. de Savoie continuant toujours la conversation, qu'il n 'interrompit même que par ce seul mot pour avoir d'autre tabac.
Page 49
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gavarneurgavarneur   04 janvier 2017
Il mourut alors un vieux évêque qui, toute sa vie, n'avait rien oublié pour faire fortune et être un personnage : c'était Roquette, homme de fort peu, qui avait attrapé l’évêché d'Autun […] C'est sur lui que Molière prit son Tartuffe, et personne ne s'y méprit. L’archevêque de Reims passant à Autun avec la cour, et admirant son magnifique buffet : « Vous voyez là, lui dit l'évêque, le bien des pauvres. -Il me semble, lui répondit brutalement l'archevêque, que vous auriez pu leur en épargner la façon. »
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NMTBNMTB   23 février 2016
Le roi lui demanda qui il menait en Espagne. M. le duc d’Orléans lui nomma parmi eux Fontpertuis. « Comment, mon neveu, reprit le roi avec émotion, le fils de cette folle qui a couru M. Arnauld partout, un janséniste ! je ne veux point de cela avec vous. – Ma foi, sire, lui répondit M. d’Orléans, je ne sais point ce qu’a fait la mère ; mais pour le fils être janséniste ! il ne croit pas en Dieu. – Est-il possible, reprit le roi, et m’en assurez-vous ? Si cela est, il n’y a point de mal ; vous pouvez le mener. » L’après-dînée même, M. le duc d’Orléans me le conta en pâmant de rire ; et voilà jusqu’où le roi avait été conduit de ne trouver point de comparaison entre n’avoir point de religion et le préférer à être janséniste ou ce qu’on lui donnait pour tel.
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NMTBNMTB   12 février 2016
Mais c’était un prince [Louis XIV] très-aisé à prévenir, qui donnait très-rarement lieu à l’éclaircir, qui revenait encore plus rarement, et jamais bien entièrement, et qui ne voyait, n’écoutait, ne raisonnait plus dès qu’on avait l’adresse de mettre son autorité le moins du monde en jeu, sur quoi que ce pût être, devant laquelle justice, droits, raison et évidence, tout disparaissait. C’est par cet endroit si dangereusement sensible, que ses ministres ont su manier avec tant d’art, qu’ils se sont rendus les maîtres despotiques en lui faisant accroire tout ce qu’ils ont voulu, et le rendant inaccessible aux éclaircissements et aux audiences.
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Videos de Saint-Simon (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Saint-Simon
Le jeudi 28 juin 2018, la librairie Charybde (129 rue de Charenton 75012 Paris - www.charybde.fr ) recevait Mathieu Larnaudie pour un exercice aussi passionnant qu'inhabituel : autour de son dernier ouvrage en date, "Les jeunes gens", il présentait une série d'ouvrages lui faisant écho, ayant pu servir de source ou d'inspiration, ou établissant des parallèles fructueux, nous parlant ainsi de Roland Barthes, de Walter Benjamin, de Bossuet, de Saint-Simon et de Dominique Manotti.
Dans la catégorie : Louis XIV: 1643-1715Voir plus
>France : histoire>Les Bourbons: 1589-1789>Louis XIV: 1643-1715 (53)
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