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Critique de NMTB


NMTB
  23 avril 2016
En 1713 la paix conclue à Utrecht mettait fin à la guerre de succession d'Espagne, avec cette clause importante négociée par les Anglais : la renonciation pour les fils de France à prétendre au trône d'Espagne et réciproquement celle de Philippe V et de ses descendants au trône de France.
Cet accord intervenait alors que la cour de France, dans une ambiance délétère, au milieu des épidémies de variole et de rougeole, connaissait une véritable hécatombe. Pas moins de quatre princes de sang disparaissaient en l'espace de quatre ans, dont trois Dauphins. D'abord Monseigneur en 1711, fils du roi âgé de 49 ans. Et Saint-Simon ne cachait pas son soulagement à cette nouvelle, car Monseigneur lui était hostile, alors qu'il était devenu un conseiller officieux du duc de Bourgogne, le nouveau Dauphin. Mais dix mois plus tard il connaissait un grand désenchantement, puisque le duc de Bourgogne (donc le fils aîné de Monseigneur, âgé de seulement 29 ans) mourrait à son tour, quelques jours après sa femme (la charmante duchesse de Bourgogne, adorée par Saint-Simon) et quelques jours avant son fils aîné, le duc de Bretagne (5 ans). Avec ce couple (et plus tard la mort des ducs de Beauvilliers et de Chevreuse), tous les espoirs qu'il avait mis en ce futur roi, c'est-à-dire une monarchie plus libérale et parlementaire (en tout cas attentive aux états-généraux), moins vouée aux bourgeois, aux financiers et autres usurpateurs, disparaissaient.
Le duc de Bourgogne, sa femme et son fils, étaient tous morts avec des symptômes proches de la rougeole, mais quasiment tous les médecins étaient persuadés de l'empoisonnement. de cette famille il ne restait plus que le petit duc d'Anjou (à peine 2 ans), le futur Louis XV, réchappé de justesse à la mort, par un traitement différent des autres membres de sa famille, c'est-à-dire qu'on lui avait administré un contrepoison. Deux ans plus tard le duc de Berry, autre petit-fils de Louis XIV et frère du défunt duc de Bourgogne, mourrait à son tour. Officiellement d'un accident de chasse, mais là-encore Saint-Simon écrivait qu'un apothicaire du roi lui avait dit que les symptômes dont il souffrait étaient étrangement semblables à ceux de son frère et de sa belle-soeur deux ans auparavant.
Saint-Simon était donc convaincu de l'empoisonnement de toutes ces personnes de la famille royale, même s'il restait très prudent et ne portait pas directement d'accusation. Mais à qui aurait pu profiter tous ces crimes ? Après cette série macabre et la fameuse clause dans la paix d'Utrecht, la situation en 1714 était la suivante : Il ne restait plus en France que deux princes de sang, le petit Louis XV et le duc d'Orléans, neveu du roi. Naturellement les soupçons se portèrent sur ce dernier, puisque toutes ces morts l'avaient incroyablement rapproché du trône. Saint-Simon ne croyait pas un seul instant à sa culpabilité et prétendait que les rumeurs étaient colportées par la « cabale de Meudon » et en particulier le duc du Maine. Après avoir donné toutes les raisons pour lesquelles il était persuadé de l'innocence du duc d'Orléans, il écrivait : « Que l'on compare maintenant ensemble l'intérêt de M. le duc d'Orléans, dont le rang et l'état, au moins de lui et des siens ne pouvait être susceptible de péricliter en aucun cas possible, et sans charge ni gouvernement à lui ni à son fils ; qu'on le compare à l'intérêt du duc du Maine, et que l'on cherche après l'empoisonneur. » (De loin sa phrase la plus accusatrice et, peut-être, écrite dans l'emportement de sa défense du duc d'Orléans.)
Le duc du Maine, la grande figure machiavélique de ces Mémoires, était un fils bâtard de Louis XIV et de Mme de Montespan, son fils chéri, élevé par Mme de Maintenon, qui ne l'aimait pas moins. En 1714, deux autres évènements venaient se rajouter à tout cela : Louis XIV élevait ses bâtards et leur descendance à la dignité de princes de sang, c'est-à-dire susceptibles de régner, et rédigeait un testament que tout laissait supposer favorable à ces mêmes bâtards. Voilà pour la situation dynastique quelques mois avant la mort de Louis XIV, où selon Saint-Simon la vieille loi salique était pour plusieurs raisons mise à mal, et qui n'était pas loin de ressembler à une guerre politique en prévision de la succession de France.
D'un autre côté, commençait l'affaire qui amena à la constitution Unigenitus, abhorrée par Saint-Simon, et selon lui entièrement fomentée par le père Tellier, le confesseur jésuite du roi. Dans une conversation rapportée avec celui-ci, il raconte s'y être opposé à cause du pouvoir excessif que cette bulle donnait au pape, et notamment, dans la situation de la France et des possibles problèmes de succession, le pouvoir qu'elle lui donnait par le biais de l'excommunication de choisir le roi de France en cas de conflit.
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