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ISBN : 2070110133
Éditeur : Gallimard (11/09/1986)

Note moyenne : 5/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, fut l'un des favoris de la cour de Louis XIV. Grand seigneur, il eut le privilège de loger à Versailles et d'y observer les intrigues de palais. Durant plus de trente ans, Saint-Simon va être l'historiographe du roi et de la cour. SesMémoires, oeuvre colossale de plusieurs milliers de pages, ne sont pas une entreprise autobiographique, il s'agit en fait d'une gigantesque fresque historiographique. Le titre des Mémoires est tromp... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
NMTB
  20 juin 2016
La guerre, toujours la guerre, même en temps de paix… le récit que fait Saint-Simon de la Régence est sensiblement différent de celui du règne de Louis XIV, il est beaucoup plus tourné vers les affaires étrangères (et beaucoup recopié sur les mémoires de Torcy). Finies les anecdotes de cour (d'ailleurs toute la vieille cour n'existait plus, le château de Versailles ayant été déserté au profit de Paris, du Palais-Royal et du Louvre), beaucoup moins de portraits piquants, de petites histoires, à part peut-être les multiples brimades que Saint-Simon se plaisait à faire subir au duc de Noailles et surtout à raconter. Il était au travail et ça se ressent puisqu'il n'est quasiment plus question que de diplomatie. C'est un incessant ballet d'ambassadeurs, des manigances d'agents, d'interminables négociations entre les différents pays européens, des marchandages, des doubles discours, des demi-vérités, des manipulations diverses pour gagner du temps ou envenimer les choses.
Sans rentrer dans les détails - car Saint-Simon en donne beaucoup, c'est au jour le jour qu'on suit l'évolution de la situation -, le problème qui crispe toute l'Europe est l'adversité entre le Saint-Empire et l'Espagne. L'empereur n'ayant pas renoncé au trône d'Espagne et l'Espagne voulant reconquérir des territoires en Italie aux dépens du Saint-Empire. Autour de ce problème, Saint-Simon décrit les attitudes d'une bonne douzaine de pays, plus ou moins impliqués, cherchant sincèrement à établir la paix, souvent parce que leurs intérêts économiques ou difficultés politiques ne leur permettaient pas de soutenir une guerre, ou cherchant au contraire des alliés pour les entraîner dans un conflit. C'est extrêmement compliqué puisqu'en plus de chaque relation entre ces pays, Saint-Simon s'attarde aussi sur les dissensions qui existaient à l'intérieur de quelques-uns de ces pays et aussi sur les intérêts particuliers de leurs ambassadeurs ou dirigeants. Albéroni pour l'Espagne, sorte de premier ministre tout-puissant et va-t'en guerre, ainsi que Dubois pour la France, sorte d'ambassadeur en Angleterre, sont particulièrement décrits par Saint-Simon comme animés par leur ambition personnelle, celle d'accéder au cardinalat ; le comble de l'indignité pour lui qui voyait une frontière infranchissable entre le pouvoir spirituel et temporel.
En ce qui concerne la France, la mode était à l'Angleterre, sous l'impulsion de Dubois. Une triple alliance avait d'abord été signée entre la France, l'Angleterre et les Provinces-Unies, un changement radical de politique par rapport à Louis XIV , qui éloignait la France de l'Espagne. Suite à cela, l'Espagne tenta un coup de force en envahissant la Sardaigne, alors que le Saint-Empire était occupé par une guerre contre les Turcs. La triple alliance pesait de tout son poids pour maintenir la paix entre l'Espagne et le Saint-Empire en cherchant un accord, mais elle ne trouvait un consentement que de la part de l'empereur, Albéroni prétendant que cet accord était inacceptable pour le roi d'Espagne.
La situation intérieure de la France est un peu moins développée dans ce tome, mais elle n'était pas fameuse. Elle connaissait des problèmes financiers, des troubles en Bretagne, des oppositions judiciaires entre les princes du sang et les légitimés, entre la noblesse de robe et les ducs et pairs, la bulle Unigenitus ravivait les tensions entre jésuites ou molinistes et jansénistes, et le parlement dans toutes ces oppositions cherchait à affirmer son pouvoir face à l'autorité royale. Hors ces histoires dans lesquelles il était parfois personnellement impliqué, le duc de Saint-Simon se montre assez impartial sur la politique extérieure et cherche à rester dans le rapport des faits puisqu'il était aussi bien hostile au rapprochement avec l'Angleterre pro-habsbourgeoise qu'à la politique menée par Albéroni.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
NMTBNMTB   03 juin 2016
Par un événement extrêmement rare, un employé aux mines de diamants du Grand-Mogol trouva le moyen de s'en fourrer un dans le fondement, d'une grosseur prodigieuse, et, ce qui est le plus merveilleux, de gagner le bord de la mer, et de s'embarquer sans la précaution qu'on ne manque jamais d'employer à l'égard de presque tous les passagers, dont le nom ou l'emploi ne les en garantit pas, qui est de les purger et de leur donner un lavement pour leur faire rendre ce qu'ils auraient pu avaler, ou se cacher dans le fondement. Il fit apparemment si bien qu'on ne le soupçonna pas d'avoir approché des mines ni d'aucun commerce de pierreries. Pour comble de fortune, il arriva en Europe avec son diamant. Il le fit voir à plusieurs princes, dont il passait les forces, et le porta enfin en Angleterre, où le roi l'admira sans pouvoir se résoudre à l'acheter. On en fit un modèle de cristal en Angleterre ; d'où on adressa l'homme, le diamant et le modèle parfaitement semblable à Law, qui le proposa au régent pour le roi.
[…]Ce diamant fut appelé le Régent. Il est de la grosseur d'une prune de la reine Claude, d'une forme presque ronde, d'une épaisseur qui répond à son volume, parfaitement blanc, exempt de toute tache, nuage et paillette, d'une eau admirable, et pèse plus de cinq cents grains. Je m'applaudis beaucoup d'avoir résolu le régent à une emplette si illustre.
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NMTBNMTB   03 juin 2016
Le grand nombre de ces gens de toutes qualités étaient menés par le nez, comme il arrive toujours, par le chef ou les chefs, et le petit nombre de leurs confidents, qui détachent des émissaires, et qui tournent les esprits, sous divers prétextes, à faire tout ce qui leur convient, et ce qui ne convient qu'à eux ; et qui se rient et se moquent de ce grand nombre d'instruments dont ils font la même sorte de cas qu'un artisan et un ouvrier font de leurs outils, dont tout le travail n'est utile qu'à eux, et est inutile aux outils mêmes, qui, après avoir bien servi leurs maîtres, deviennent usés, ébréchés, cassés, et ne sont plus de nul usage, ni ramassés par personne.
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PilingPiling   29 octobre 2009
L'excès de la joie, le sérieux du spectacle, l'inquiétude d'une dispute imprévue, firent sur lui une étrange impression. Vers le milieu du conseil, je le vis pâlir, rougir, frétiller doucement sur son siège, ses yeux qui s'égaraient, un homme en un mot fort embarrassé de sa personne. Quoique sans aucun commerce avec lui que celui qu'on a avec tout le monde, la pitié m'en prit; je dis à M. le duc d'Orléans que je croyais que M. de Tallard se trouvait mal. Aussitôt il lui dit de sortir, et de revenir quand il voudrait. Il ne se fit pas prier, et s'en alla très vite. Il rentra un quart d'heure après. En sortant du conseil, il me dit que je lui avais sauvé la vie; qu'il avait indiscrètement pris de la rhubarbe le matin, qu'il venait de mettre comble la chaise percée du maréchal de Villeroy, qu'il ne savait ce qu'il serait devenu sans moi, ni ce qui lui serait arrivé, parce qu'il n'aurait jamais osé demander la permission de sortir. Je ris de bon coeur de son aventure, mais je ne pris pas le change de sa rhubarbe; il était trop transporté de joie pour avoir oublié le conseil, et trop avisé pour avoir pris ce jour-là de quoi se purger.
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Julian_MorrowJulian_Morrow   10 avril 2017
Le prince de Léon était un grand garçon élancé, laid et vilain au possible, qui avait fait une campagne en paresseux, et qui, sous prétexte de santé, avait quitté le service pour n'en pas faire davantage. On ne pouvait d'ailleurs avoir plus d'esprit, de tournant, d'intrigue, ni plus l'air et le langage du grand monde, où d'abord il était entré à souhait ; gros joueur, grand dépensier pour tous ses goûts, d'ailleurs avare ; et, tout aimable qu'il était, et avec un don particulier de persuasion, d'intrigues, de souterrains et de ressources de toute espèce, plein d'humeur, de caprices et de fantaisies, opiniâtre comme son père, et ne comptant en effet que soi dans le monde.
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PilingPiling   29 octobre 2009
En même temps mourut un homme avec l'acclamation publique d'en être délivré, quoiqu'il ne fût pas en place ni en passe de faire ni bien ni mal, étant conseiller d'État sans nulle commission extraordinaire. Ce fut Harlay, fils unique du feu premier président, digne d'être le fléau de son père, comme son père d'être le sien, et comme ils se le firent sentir toute leur vie, sans toutefois s'être jamais séparés d'habitation. On a vu en son lieu quel était le père. Le fils, avec bien moins d'esprit et une ambition démesurée nourrie par la plus folle vanité, avait un esprit méchant, guindé, pédant, précieux, qui voulait primer partout, qui courait également après les sentences qui toutefois ne coulaient pas de source, et les bons mots de son père, qu'il rappelait tristement. C'était le plus étrange composé de l'austère écorce de l'ancienne magistrature et du petit maître de ces temps-ci, avec tous les dégoûts de l'un et tous les ridicules de l'autre. Son ton de voix, sa démarche, son attitude, tout était d'un mauvais comédien forcé; gros joueur par air, chasseur par faste, magnifique en singe de grand seigneur. Il se ruina autant qu'il le put avec un extérieur austère, un fond triste et sombre, une humeur insupportable, et pourtant aussi parfaitement débauché et aussi ouvertement qu'un jeune académiste.

On ferait un livre et fort divertissant du domestique entre le père et le fils. Jamais ils ne se parlaient de rien; mais les billets mouchaient à tous moments d'une chambre à l'autre, d'un caustique amer et réciproque presque toujours facétieux. Le père se levait pour son fils, même étant seuls, ôtait gravement son chapeau, ordonnait qu'on apportât un siège à M. du Harlay, et ne se couvrait et ne s'asseyait que quand le siège était en place. C'était après des compliments et dans le reste un poids et une mesure de paroles. À table de même, enfin une comédie continuelle. Au fond, ils se détestaient parfaitement l'un l'autre, et tous deux avaient parfaitement raison.
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>France : histoire>Les Bourbons: 1589-1789>Louis XIV: 1643-1715 (53)
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