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ISBN : 2070110141
Éditeur : Gallimard (22/09/1987)

Note moyenne : 4.6/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, fut l'un des favoris de la cour de Louis XIV. Grand seigneur, il eut le privilège de loger à Versailles et d'y observer les intrigues de palais. Durant plus de trente ans, Saint-Simon va être l'historiographe du roi et de la cour. SesMémoires, oeuvre colossale de plusieurs milliers de pages, ne sont pas une entreprise autobiographique, il s'agit en fait d'une gigantesque fresque historiographique. Le titre des Mémoires est tromp... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
NMTB
  07 août 2016
1718 est une année de rupture dans la Régence. le duc d'Orléans siffle la fin de la récréation. Il affermit son autorité, s'entoure de deux ou trois personnes de confiance et tout le système de Conseils mis en place au début de la Régence n'est plus qu'une façade à son gouvernement qui rencontre de plus en plus de difficultés politiques et économiques.
Le premier évènement important à retenir est celui du lit de justice de 1718. Face aux réticences du parlement pour enregistrer des lois sur les finances, le duc d'Orléans convoque dans le plus grand secret un lit de justice en plein mois d'août aux Tuileries pour exiger du parlement son obéissance et aussi pour écarter du pouvoir le duc du Maine (devenu une sorte de chef de l'opposition), en annulant de surcroît toutes les prétentions à la dignité de princes de sang que les enfants légitimés avaient obtenues de Louis XIV, et ce pour la plus grande joie de Saint-Simon.
Le récit de la journée du 26 août 1718 est un de ces morceaux de littérature saisissant qui récompensent le lecteur des nombreuses pages qu'il a dû avaler pour bien s'imprégner de la situation et des personnages. Sur la vingtaine de personnalités qui composait alors le Conseil de la Régence les trois-quarts n'étaient pas au courant de ce qui allait se passer, n'ayant appris la tenue du lit de justice que le matin même. Tout le monde se regardait en chien de faïence, Saint-Simon adopte aussi un point de vue d'observateur, à la différence que lui savait tout et avait participé à l'organisation, qu'il s'agissait pour lui de s'installer confortablement et de jouir de la déconfiture de ses adversaires. Avec le luxe de détails qui le caractérise il décrit minutieusement les petites scènes faites de conciliabules, d'entretiens privés, où tout se passe à voix basse, dans une ambiance pesante.
« Contenu de la sorte, attentif à dévorer l'air de tous, présent à tout et à moi-même, immobile, collé sur mon siège, compassé de tout mon corps pénétré de tout ce que la joie peut imprimer de plus sensible et de plus vif, du trouble le plus charmant, d'une jouissance la plus démesurément et la plus persévéramment souhaitée, je suais d'angoisse de la captivité de mon transport, et cette angoisse même était d'une volupté que je n'ai jamais ressentie ni devant ni depuis ce beau jour. Que les plaisirs des sens sont inférieurs à ceux de l'esprit, et qu'il est véritable que la proportion des maux est celle-là même des biens qui les finissent. » Il continu dans ce registre tout au long de la journée, sur un petit nuage.
Quelques semaines plus tard la conspiration de Cellamare est révélée et met un point final aux intrigues du duc du Maine et de sa femme. Mais à partir de ce moment, Saint-Simon avoue que ses Mémoires contiennent des lacunes car l'abbé Dubois revenu d'Angleterre avait mis la main sur toutes les affaires et ne laissait rien transpirer, il était devenu un ministre tout-puissant et inaccessible. Aussi, le duc de Saint-Simon décrit le Conseil de la Régence comme une usine à gaz qui s'enfle démesurément, avec de plus en plus de conseillers mais sans plus de réel pouvoir. le duc d'Orléans délivrant des grâces et des charges à tout bout de champ et la situation financière s'envenimant. Tout cela participant à l'effondrement du système de Law en 1720. Ce système comprenait deux parties : Une banque que Saint-Simon jugeait une bonne idée en soi mais difficilement applicable à la monarchie absolue française et des actions sur le Mississippi (c'est-à-dire sur l'installation d'une colonie en Amérique) qui connurent une spéculation excessive et provoquèrent la chute du système. Ceci dit, il répète plusieurs fois au cours de ses Mémoires qu'il ne comprenait pas grand-chose aux finances et que ça ne l'intéressait pas. C'est d'ailleurs l'une des raisons qu'il donnait sur son refus de diriger les finances comme lui avait proposé le duc d'Orléans au début de la Régence.
J'en profite pour m'arrêter sur un point qui me paraît problématique au sujet du duc de Saint-Simon, lui qui était si prompt à condamner Louis XIV pour avoir écarté du pouvoir les grands seigneurs et la noblesse d'épée. Très souvent il se présente comme quelqu'un d'absolument pas carriériste, très peu enclin à accepter des postes de pouvoir. C'était déjà le cas sous Louis XIV, lorsque celui-ci avait envisagé de le nommer ambassadeur à Rome, ou quand le duc de Beauvilliers avait envisagé de le faire précepteur du dauphin. de même, il avait tout fait pour que sa femme évite de devenir dame d'honneur de la duchesse de Berry. Encore plus sous la Régence, il a refusé plusieurs fois le poste de gouverneur du roi, qui était le meilleur moyen d'assurer son avenir. Il a donc aussi refusé de diriger les finances et enfin de devenir garde des sceaux. Les raisons qu'il donne à ses refus sont toujours excellentes, mais si toutes ces propositions d'emploi sont vraies (on est obligé de le croire sur parole), avec son obstination à les refuser, à hésiter de prendre des responsabilités ou à traîner des pieds, il a sabordé lui-même sa carrière.
En ce qui concerne les évènements géopolitiques et la guerre qui oppose l'Espagne aux autres puissances européennes. Elle est intéressante dans ses conséquences pour l'histoire de l'Italie mais ce que retient surtout le duc de Saint-Simon c'est la grande victoire diplomatique de l'Angleterre et l'aveuglement d'Alberoni et Dubois. Il n'est pas loin de les rendre responsables de l'hégémonie commerciale de l'Angleterre au XVIIIème siècle. Alberoni, qui avait réussi à reconstruire une flotte espagnole importante, avait surestimé ses forces ou alors il s'était trompé dans les alliances qu'il espérait conclure, en tout cas il n'avait aucune chance de gagner la guerre en 1719 contre l'Autriche, l'Angleterre, la France et les Provinces-Unies. Résultat : toute la flotte et les infrastructures portuaires de l'Espagne ont été détruites par l'Angleterre avec l'aide de la France, et l'Angleterre signe des accords commerciaux très avantageux lors des négociations de paix, leur laissant une voie royale pour se développer en Amérique.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
NMTBNMTB   17 juillet 2016
Grand Dieu ! Ajoutai-je avec dépit de ne trouver que de la filasse pour ne pas dire du fumier, grand Dieu ! Quel précieux présent avez-vous fait à ce prince [le duc d'Orléans] de la plus difficile vertu du christianisme, de cette vertu tellement surhumaine, si contraire à la nature et à la plus droite raison quand elle n'est pas miséricordieusement éclairée et entraînée par votre grâce toute-puissante, cette vertu, l'écueil des plus grands hommes, le plus dur et le plus continuel combat des plus grands saints, cette vertu toutefois à qui vous prescrivez des bornes pour la conservation des Etats et des hommes, enfin ce pardon des ennemis, sans lequel, ô mon Dieu, nul ne vous verra ; et vous l'accorderez à un prince qui vit comme un homme, qui compte pour rien le bonheur éternel de vous voir. Ô profondeur immense de vos jugements terribles qui, par l'usage et en même temps par le mépris d'un présent si rare et si exquis, va faire tout ce qui le peut conduire aux plus redoutables malheurs, et le va faire non-seulement sans éprouver en soi la plus légère violence qu'éprouvent si fortement en ces occasions les personnes les plus à Dieu, mais avec l'incurie, la facilité, l'insensibilité la plus prodigieuse, la plus incroyable, la plus unique !

[Fin, quelque peu enthousiaste, d'un discours de Saint-Simon au régent pour le convaincre de se montrer plus sévère avec le duc du Maine après la conspiration de Cellamare]
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SZRAMOWOSZRAMOWO   28 mai 2015
Le duc du Maine, outre l’aîné La Billarderie, lieutenant des gardes du corps qui l’avoit arrêté, fut conduit et gardé à Dourlens par Favancourt, maréchal des logis des mousquetaires gris et qui étoit sous-brigadier de mon temps dans la brigade où j’étois ; il m’avoit toujours vu depuis de temps en temps, et néanmoins il fut chargé de ce triste emploi sans que je le susse et sans même que j’eusse pensé à personne pour cela. Je n’eus aussi aucun commerce avec lui direct ni indirect pendant tout le temps qu’il le garda, et il fut auprès de lui jusqu’à sa sortie. Quoique gentilhomme de Picardie, il étoit fin et désinvolte à merveilles, et s’acquitta si bien de son emploi qu’il satisfit ceux qui l’y avoient mis et en même temps le duc du Maine, qui a depuis particulièrement protégé sa famille.

Au retour de Favancourt, je fus curieux de l’entretenir à fond. Il me conta que la mort étoit peinte sur le visage du duc du Maine pendant tout le voyage depuis Sceaux jusqu’à Dourlens ; qu’il ne lui échappa ni plainte, ni discours, ni question, mais force soupirs. Il ne parla point du tout les premières cinq ou six heures et fort peu le reste du voyage, et dans ce peu presque toujours des choses qui s’offroient aux yeux en passant. À chaque église devant quoi on passoit, il joignoit les mains, s’inclinoit profondément et faisoit force signes de croix, et par-ci, par-là, marmottoit tout bas des prières avec des signes de croix. Jamais il ne nomma personne, ni Mme la duchesse du Maine, ni ses enfants, ni pas un de ses domestiques, ni qui que ce soit. À Dourlens il faisoit ou montroit faire de longues prières, se prosternoit souvent, étoit petit et dépendant de Favancourt comme un très jeune écolier devant son maître, avoit trois valets avec lui avec qui il s’amusoit, quelques livres, point de quoi écrire ; il en demanda fort rarement, et donnoit à lire et à cacheter à Favancourt ce qu’il avoit écrit. Au moindre bruit, au plus léger mouvement extraordinaire, il pâlissoit et se croyoit mort. Il sentoit bien ce qu’il avoit mérité et jugeoit par lui-même de ce qu’il avoit lieu de craindre d’un prince qu’il avoit pourtant dû avoir reconnu plus d’une fois être si prodigieusement différent de lui. Pendant le voyage et à Dourlens il mangea toujours seul.
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NMTBNMTB   05 août 2016
Entre tant de profondes plaies que le ministère de Mazarin a faites et laissées à la France, le gros jeu et ses friponneries en fut une à laquelle il accoutuma bientôt tout le monde, grands et petits. Ce fut une des sources où il puisa largement, et un des meilleurs moyen de ruiner les seigneurs qu'il haïssait et qu'il méprisait, ainsi que toute la nation française, et dont il voulait abattre tout ce qui était grand par soi-même, ainsi que sur ses documents on y a sans cesse travaillé depuis sa mort jusqu'au parfait succès que l'on voit aujourd'hui, et qui présage si sûrement la fin et la dissolution prochaine de cette monarchie.
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NMTBNMTB   15 juillet 2016
Ce fut là [le lit de justice de 1718] où je savourai avec toutes les délices qu'on ne peut exprimer, le spectacle de ces fiers légistes [les membres du parlement], qui osent nous refuser le salut, prosternés à genoux, et rendre à nos pieds un hommage au trône, tandis qu'assis et couverts, sur les hauts sièges aux côtés du même trône, ces situations et ces postures, si grandement disproportionnées, plaident seules avec tout le perçant de l'évidence la cause de ceux qui, véritablement et d'effet, sont "laterales regis" contre ce "vas electum" du tiers état. Mes yeux fichés, collés sur ces bourgeois superbes, parcouraient tout ce grand banc à genoux ou debout, et les amples replis de ces fourrures ondoyantes à chaque génuflexion longue et redoublée, qui ne finissait que par le commandement du roi par la bouche du garde des sceaux, vil petit gris qui voudrait contrefaire l'hermine en peinture, et ces têtes découvertes et humiliées à la hauteur de nos pieds. La remontrance finie, le garde des sceaux monta au roi, puis, sans prendre aucun avis, se remit en place, jeta les yeux sur le premier président, et prononça : "Le roi veut être obéi, et obéi sur-le-champ."
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NMTBNMTB   14 juillet 2016
Je veux bien vous avouer que ma passion la plus vive et la plus chère est celle de ma dignité et de mon rang, ma fortune ne va que bien loin après, et je la sacrifierais et présente et future avec transport de joie pour quelque rétablissement de ma dignité. Rien ne l'a tant et si profondément avilie que les bâtards, rien ne me toucherait tant que de les précéder.
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