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ISBN : 2749912644
Éditeur : Michel Lafon (01/01/2010)

Note moyenne : 3.67/5 (sur 9 notes)
Résumé :
Haïti Kenbe la ! (= redresse-toi !), sous titré : 35 secondes et mon pays à reconstruire. Rodney Saint-Éloi, Haïtien, écrivain, éditeur-fondateur des éditions Mémoire d'encrier vit au Québec. Pour le festival Étonnants voyageurs, il retourne dans son pays d'origine en janvier 2010. Le soir de son arrivée, un terrible tremblement de terre a lieu, réduisant en poudre les maisons, palais de la Présidence, tuant des milliers de personnes pendant que des milliers d'aut... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Tiboux
  01 novembre 2010
« Haïti, Kenbe la » est un magnifique témoignage du drame qui a bousculé Haïti le 12 janvier 2010. Rodney, un Haïtien expatrié à Montréal nous relate en 10 chapitres tout ce qu'il s'est passé puisqu'il était sur place au moment du drame. En effet, l'auteur était de retour dans son pays natal afin d'assister à la seconde Édition du Festival Etonnants Voyageurs, rassemblant une cinquantaine d'écrivains d'horizons divers durant une semaine. Au moment où l'auteur prenait un petit repas avec son ami Dany Laferrière, les chaises, tables, plafonds et planchers se sont mis à bouger, à trembler. « On se retrouve tous, je ne sais trop comment, projetés à plat ventre, regardant vaciller la terre qui secoue les tripes, qui balance tout, et qui tremble, et qui tremble… » L'auteur décrit avec précision ce qu'il s'est passé mais aussi ce qu'il a ressenti, ce qu'il a également vu, les réactions des uns et des autres… « Il est 17 heures. Tout le monde se met debout. Je ne sais qui a nommé le premier le goudou-goudou. Quelqu'un dans la foule crie le mot séisme d'une voix cassée. » Chacun a pris le temps qu'il fallait pour se remettre de ses émotions, et surtout prendre conscience de ce qui venait de se passer… Et les pensées partent vers les proches, la famille, les amis, les entourages, comment savoir si tout le monde va bien ? Comment savoir et rassurer également ? Beaucoup se sont posés ce genre de questions. Un séisme de magnitude 7,3 venait de frapper Haïti, pays le plus pauvre des Amériques…

« Je l'ai serrée tendrement sur mon coeur, sans un mot… » Une phrase, que Rodney prononce dans le second chapitre, que j'affectionne et qui m'a marqué intérieurement. Pas facile d'avoir des marques d'affection, des gestes de tendresse face à autrui quand ces personnes ont tout perdu. Comment aider les sinistrés au lendemain de ce calvaire, de cet enfer ? Et lorsqu'on croise une personne de son entourage, qui a survécu, doit-on s'en réjouir ou au contraire pleurer les morts ? « Sur la route, j'ai croisé la romancière Kettly Mars. Quel bonheur, un visage connu ! Vivant… le mot a pris un autre sens le premier matin des décombres. L'évidence. Se lavi. C'est la vie. On nous a appris à répéter cette profession de foi. Pour accepter la vie comme elle vient. Pour ne pas forcer le destin. Pour être capable de tout accueillir d'un même élan : bien ou mal, peine ou joie, bon temps ou mauvais temps. On répète d'une même voix tranquille Se lavi. C'est la vie. La rose est la rose. L'épine aussi fait partie de la rose. Au matin des décombres, Se lanmò, la seule évidence, c'est la mort. le mot vivant est plus clair que le jour. » Je cite Rodney car certaines phrases me parlent dans mon coeur, et me touche profondément.

Il est vrai que je n'ai pas vécu personnellement ce séisme puisque je n'étais pas sur place mais l'auteur nous relate tellement bien les faits qu'on a l'impression d'y être et de le ressentir dans nos tripes. C'est douloureux de voir autant de morts, et d'être impuissant face à cet enfer. Je plussoie Rodney lorsqu'il affirme que Haïti n'avait pas besoin de ce goudou-goudou, qu'il avait bien assez de malheurs déjà dans ce pays. Doit-on blâmer quelqu'un ? Certains errent dans les rues tandis que d'autres essaient de se rendre utile. Tandis que les secours se mettent en place, parallèlement, Rodney plonge dans ses souvenirs d'enfance, et nous narre aussi l'histoire de son pays natal. Les différents pays s'organisent également pour venir en aide aux Haïtiens. Doucement, les personnes possédant des passeports étrangers sont expatriés vers leurs pays respectifs…
Quant à l'auteur, il est resté sur place une semaine, avant d'être reconduit par les militaires à Montréal, le lundi 18 janvier vers cinq heure du matin. « Une ville dans la nuit, morte, agenouillée, défaite. Les rares immeubles debout rappellent tristement le temps d'avant. La pénombre amplifie les méfaits du goudou-goudou… La voiture roule à toute allure entre les rangées de murs aplatis, les chutes de pierres, les corps trébuchés, les débris de voitures sur les trottoirs. » Pas facile de retrouver une vie normale, de retourner à son train-train quotidien après avoir caresser la mort d'aussi près. L'auteur en a fait la touchante expérience. Dès son retour, son entourage proche est venu lui apporter son soutien en déposant des plats, de la nourriture et aussi dans un sens, des voeux de condoléances. Ses premières nuits étaient peuplés de cauchemars ; l'odeur des cadavres qui emplissaient les rues, ces derniers gisants sur les trottoirs, la tristesse, le désarroi, le désespoir… « A chaque réplique, j'ai appris à taire en moi les larmes pour faire semblant d'être plus fort que le séisme. Chaque réplique me rapprochait de la faille, de ma faille, confirmant que cette terre ramollie, limon, bourbe, était désormais capable de s'en aller sous nos pieds. »

« Franketienne m'a rendu l'espérance… Franketienne écrit. Il monte des pièces de théâtre qu'il joue. Il chante. Il peint. Il attend le prix Nobel. Dans cette effervescence, il reconstruit sa maison. Un sacré rappel à l'ordre. » Franketienne est également un auteur qui continue de croire, de rêver, il a espoir que le pays se relève de ce drame. Il le montre dans ses gestes, dans ses paroles, rien que pour cela, je vous conseille de lire ce témoignage pour y découvrir la leçon d'espoir de Franketienne. Ce passage m'a particulièrement plu, le goût de l'espérance sur les lèvres pour un monde peut-être meilleur… A la fin du roman, Rodney publie une lettre qu'il a écrite à son éditeur au moment il avait terminé l'écriture de « Haïti, Kenbe la ! » Il nous révèle comment ce livre a vu le jour, même si au début, il était contre l'écriture de ce dernier. « Depuis ces six derniers mois, je n'ai fait qu'écrire. J'écris tous les jours et je fouille sous les décombres pour dénicher la moindre lumière qui permettait de rejoindre, là-haut, une petite étoile. L'étoile de la chance capable de changer la vie au pays. le séisme a besoin de voix pour le contraindre à arrêter sa route. J'ai écrit se livre pour accompagner d'une berceuse ce cri goudou-goudou enraciné dans les entrailles de tous les Haïtiens. C'est une blessure avec laquelle ils seront obligés de vivre. »

267 pages d'émotion qui se lise rapidement. Rodney Saint-Eloi a une plume magnifique, simple, poétique par moment, mais surtout juste ! Cet homme partage son temps entre l'écriture et l'édition. En 1991, il a fondé les Éditions Mémoire à Port-au-Prince, puis à Montréal, en 2001, les Éditions Mémoire d'Encrier qui publient de nombreux ouvrages d'auteurs Haïtiens, Caribéens et Africains. La lecture de ce témoignage m'a donné envie d'en apprendre davantage sur ses Maison d'Editions ainsi que les auteurs qui publient. En voici quelques-uns : René Philoctète, René Bélance, Anthony Phelps, Serge Legagneur, Félix Morisseau-Leroy, Roland Morisseau, Jean Price-Mars, Yanick Jean, Davertige, Franketienne, René Depestre, Jean-Claude Fignolé, Justin Lhérisson…
Ce n'est guère facile d'écrire une chronique sur un témoignage. Je n'ai pas envie de juger ou noter un homme, écrivain soit-il, relatant simplement un drame qui a marqué son existence. Toutefois, je vous conseille ce roman si vous êtes amateur de ce genre littéraire.
Se lavi…
Lien : http://bookmetiboux.blogspot..
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Aproposdelivres
  16 février 2020
Le titre de ce livre en créole signifie Haïti, redresse-toi ! Ce livre est le témoignage de Rodney Saint-Eloi qui était à Haïti, le 12 janvier 2009 lors du séisme. Vivant d'ordinaire à Montréal, il était là avec Dany Laferrière et d'autres écrivains venus à Port au Prince à l'occasion du Festival Étonnants Voyageurs.
On donne des noms aux tempêtes et aux cyclones, mais pas aux tremblements de terre, alors Rodney Saint-Eloi le nomme goudou-goudou («pour nommer, par les sons, les vacillements et les balancements, la terre qui a tremblé.») et en 35 secondes le pays bascule dans l'horreur.
Pour exorciser sa peur après le tremblement de terre, Rodney Saint-Eloi nous raconte les cinq jours qu'il passe au milieu d'un pays en ruines. Il décrit la terre qui vacille, qui balance, qui tremble, qui se crevasse, les bâtiments qui se fendillent et qui s'ouvrent et s'affaissent... Et puis c'est le silence. Puis les appels aux secours. Il raconte que c'est grâce à un transistor qu'il apprend l'ampleur de la catastrophe : un séisme de magnitude 7,3 qui a frappé Haïti. Les communications sont coupées avec le pays mais aussi avec le monde entier. Mais naturellement, l'entraide s'organise. Il raconte la souffrance, l'espérance, la dignité du peuple haïtiens.
Au fil de son récit, Rodney Saint-Eloi revient sur l'histoire de son pays, sur la violence de la société haïtienne, sur le passé colonial, sur la pauvreté matérielle du pays et la particularité de sa richesse culturelle.
J'ai lu d'une traite ce livre fort et bouleversant que je conseille à ceux qui veulent connaître un peu plus Haïti.
Lien : http://aproposdelivres.canal..
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zazane
  15 octobre 2010
Tout commence avec le séisme qu'a essuyé dernièrement Haïti. L'auteur nous retrace ce qu'il voit, ce qu'il entend, les odeurs, impressions et sentiments qu'il ressent lors de ces moments terribles. Il nous décrit ici un Haïti pauvre où richesse cotoie misère extréme mais aussi un peuple, attanchant, plein d'espoir et de vie...
On y croise des personnalités extravagentes, touchantes, parfois même dérangeantes... le temps d'une brèves rencontre, l'espace d'un instant... J'ai regretté plusieurs fois ne rien savoir de plus sur les personnages que l'auteur à rencontrer lors de ce marasme... J'aurais parfois aimé connaitre les personnes dont il nous relate sa vision... Mais peut on lui en vouloir ? Monsieur SAINT ELOI nous relate ce qu'il a vu et il ne pouvait pas connaitre toutes les personnes croisées à Haiti !!
Au détour de sa vision du "goudou goudou" l'auteur nous dépeind un Haiti meurtri par son histoire politique, par ses mercenaires, ses enlèvements tout en laissant une jolie place à son peuple et sa culture.
Je n'ai pas profiter pleinement de l'écriture poétique, riche et intelligente de l'auteur parce que la culture et la vie politique qui entour Haïti m'est étrangère... de plus, ce n'est pas vraiment le genre de lecture que j'affectionne, la lecture pour moi étant un moment d'évasion, de détente ... Ici, ce fut un moment de réflexion... Un peu trop dense pour moi ...
Rodney SAINT ELOI signe ici une oeuvre qui ne peut pas laisser de marbre, un roman engagé...peut être un peu trop engagé pour la lectrice que je suis.
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Lencreuse
  16 octobre 2010
L'auteur Rodney Saint-Eloi vient d'arriver à Haïti, son pays natal, dans le cadre du festival Etonnants Voyageurs lorsque le terrible séisme se produit. Nous sommes le 12 janvier 2010, la terre vient de faire goudou-goudou. Il aura fallu trente-cinq secondes pour ébranler un monde, celui d'Haïti et de ses habitants.
« le soleil se cache, phtisique, en arrière des collines et perce timidement sous les toits des quelques maisons qui tiennent encore debout. La seule chose dont je me souvienne c'est ce que je ne veux plus avoir de souvenirs. M'arracher les yeux, les oreilles. Pour ne plus voir. Pour ne plus entendre. Ces voix, ces sanglots, ces hurlements, ces râles qui montent de la terre fendillée. » C'est le tableau terrible juste après la catastrophe que relate Rodney Saint-Eloi : l'angoisse avant d'apprendre si untel a survécu, le soulagement de retrouver les amis vivants, les peines difficiles à partager. Et la découverte d'un pays dévasté dans lequel l'auteur tente de renouer avec les souvenirs, un pays que brusquement il ne reconnaît plus, un pays qui vient de perdre tous ses repères. Si le récit de Rodney Saint-Eloi a forcément une valeur documentaire, il ne se résume pas pour autant à un état des lieux du pays après le séisme mais plutôt l'état des lieux d'un homme haïtien après le séisme. On déambule à ses côtés dans la ville de Port-aux-Princes dévastée, dans les quartiers, dans les réflexions et les souvenirs de l'auteur. Récit personnel, Haïti Kenbe la ! (Haïti, redresse-toi !) est aussi le cri de résistance de tout un peuple : « Les malheurs n'ont pas de klaxon. Tout le monde le sait. Mais en Haïti, on a tellement l'habitude de se coucher et de se réveiller avec qu'on finit par prendre le malheur pour le mauvais rhume des jours de pluie. […] On tombe. Puis on se relève, aidé d'un proverbe quelconque, répétant d'une voix vigoureuse Vye nèg pa vye chen, « Les vieux Nègres ne sont pas des chiens galeux », espérant que la chance fleurisse un jour sous nos fenêtres. »
Lien : http://lencreuse.over-blog.com
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editionsparoles
  18 septembre 2010
ce livre est magnifique. L'auteur Rodney Saint-Éloi y met du coeur, du talent et surtout de l'espoir. L'auteur nous a beaucoup appris sur le pays. Moi qui ne connaissais rien de ce pays, je me vois désormais porté à la défense de ces millions d'êtres qui montrent à l'humanité ce que c'est être vivant et ce que veut dire le mot espoir... Bravo à l'auteur... Haïti kenbe la! est simplement un livre à lire...
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
AproposdelivresAproposdelivres   16 février 2020
- Ça va ?
- Oui... Ça va... Maman est sous les décombres.
- Attention... Les trous pour les cadavres, ça doit aller jusqu'à huit pieds.
C'est au milieu de ses voix atones que je me réveille. On réapprend à parler bref. L'expression est pressante et grave. On emploie les termes exacts. On évite paraphrases et hyperboles. La parole est transparente, sans anicroches ni détours. Pas de mais. Pas de si. Pas de quoique. Aucune incise n'est permise. On touche à la chair des mots.
- Ça va... Maman est sous les décombres. La maison s'est effondrée.
- Il ne reste plus de pays.
- La terre nous a trahis.
- La terre a fait goudou-goudou.

Goudou-goudou pour nommer, par les sons, les vacillements et les balancements, la terre qui a tremblé.
Les voix sont lourdes de chocs et de violences.
La terre a fait goudou-goudou.
Plus rien !

Et la nuit a été si longue...

Trente-cinq secondes.
Trente-cinq secondes.
Et tout tremble avec la terre.
Trente-cinq secondes de saccage.
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LencreuseLencreuse   16 octobre 2010
A chaque réplique, j’ai appris à taire en moi les larmes pour faire semblant d’être plus fort que le séisme. Chaque réplique me rapprochait de la faille, de ma faille, confirmant que cette terre ramollie, limon, bourbe, était désormais capable de s’en aller sous nos pieds.
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TibouxTiboux   24 octobre 2012
Tant que le lion n’aura pas son historien, les histoires de chasse glorifieront toujours le chasseur. (Proverbe africain)
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HildeHilde   22 septembre 2010
L'histoire du pays est une succession de séismes. Séismes naturels. Séismes humains.
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TibouxTiboux   24 octobre 2012
Nous n’avons pas l’habitude de laisser notre chagrin nous réduire
au silence. (Edwidge Danticat)
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Videos de Rodney Saint-Éloi (8) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Rodney Saint-Éloi
Rodney Saint-Éloi et Dany Laferrière, en manière d'hommage, retracent le parcours de l'écrivain et professeur Maximilien Laroche, décédé le 27 juillet 2017, à l?âge de 80 ans, à Montréal. Originaire du Cap-Haïtien, Maxi est arrivé au Québec en 1960. Après des études à l?Université de Montréal et l?Université de Toulouse-Le Mirail, il a connu une grande carrière en enseignement et recherche en littérature comparée. En plus de son travail de professeur à l'Université Laval, il a écrit de nombreux essais sur des auteurs de la Caraïbe, d?Amérique latine, d?Afrique et du Québec.
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