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Edwige de Chavanes (Traducteur)
ISBN : 2877304302
Éditeur : Editions Philippe Picquier (23/04/1999)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 8 notes)
Résumé :
La déchéance ? Un acte de provocation, de révolte, de rupture avec le monde établi et bien-pensant du Japon de l'après-guerre. C'est le défi de L'Idiote qui s'enfuit de chez elle, qui fuit la colère et la haine, celui du fou, son mari, qui a rompu tout lien avec le reste du monde et sa mesquinerie pour préserver ainsi l'intégrité de sa vie privée, et celui de la femme frigide du second récit : Je voudrais étreindre la mer, qui enfourche sa bicyclette pour obéir à so... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
YoakeKonjiki
  27 octobre 2016
La littérature japonaise portant sur la seconde guerre mondiale est brillante, mais jamais je n'avais rencontré un récit aussi singulier sur ce thème que celui de L'idiote de Sakaguchi Ango. Si cette période vous intéresse, ce récit est pour vous ! L'auteur se saisit de cette période où la vie est suspendue sous les bombardements pour décrire la médiocrité de la société japonaise, mais aussi de manière encore plus troublante celle de l'homme en tant qu'individu prisonnier de ses besoins matériels qui l'empêchent de réaliser ses aspirations de liberté. Ce récit est un témoignage sur la violence de la guerre pour les populations civiles et le reflet de la vision désabusée que Sakaguchi Ango porte sur l'homme.
Les premières pages décrivent les habitant de ce quartier populaire insalubre dans lequel habite le personnage principal. On passe en revue une collection de personnages plus minables et pathétiques les uns les autres, dont Balzac n'aurait pas renié les portraits. Ceux qui paraissent les plus appréciables sont les fous voisins du personnage principal, car en dépit de leurs actions irrationnelles ils ont choisi de ne pas prendre part à la médiocre vie du quartier dans laquelle ils vivent, se réfugiant dans leur univers propre.
Un soir, le personnage principal voit débouler dans sa masure la femme de son voisin fou, une idiote qui sait à peine parler et tient davantage dans ses attitudes d'une bête craintive que d'une femme. Il décide de permettre à la femme de passer la nuit dans sa demeure. Face à cette femme qui se comporte de manière absolument instinctive et dépourvue de raison, le personnage principal s'interroge sur son existence. A-il finalement une vie plus raisonnable que cette folle ? le Japon en guerre semble promis à la destruction, noyées sous les bombes seront toutes les structures millénaires de sa civilisation, dévoyée par des intellectuels qui forme une élite sectaire et médiocre se moquant de l'art et préférant soutenir les yeux fermés la politique nationaliste fanatique du gouvernement. Au milieu de cette faillite collective, le héros aspire à l'art, à donner sens à son travail pour le bien commun, mais il ne peut quitter son travail, car le tenaille le besoin méprisable mais insurmontable de toucher sa paie à la fin du mois. Cette crainte de ne pas avoir d'argent, elle tenaille le héros au point qu'il ne peut pas la surmonter. Finalement, l'auteur nous montre la faiblesse de l'homme, qui même animé d'une aspiration à la liberté, ne peut jamais l'atteindre, piégé par ses besoins matériels. La folle elle ne se préoccupe pas de besoins matériels, mais elle ne peut pas effectivement profiter de son détachement aux choses de ce monde. Elle reste une coquille vide incapable de réflexion et soumises aux humeurs des autres. Pour l'auteur, il ne semble pas y avoir d'issue pour trouver cette liberté tant recherchée et jamais atteinte.
Le récit se conclut par la destruction annoncée, le quartier est bombardé pas des bombes incendiaires, et les maisons de bois se consument en un brasier dantesque. Les hommes fuient en un troupeau grégaire. le héros choisit de prendre la folle avec lui et ils s'enfuient dans les flammes, pour arriver dans un refuge provisoire où ils s'endorment. Seuls dans ce monde en ruine, ils peuvent aller où ils veulent, car rien ne les retient plus. Il veut aller loin, mais d'abord il doit vérifier que le train fonctionne encore…le matériel le rattrape déjà. Quant à la folle, elle dort, insouciante de tout et se laissera guider par l'homme comme la poupée qu'elle est.
Ce livre, violente charge contre la société japonaise de la seconde guerre mondiale, constatation désespérée de l'impossibilité de l'homme à connaître une liberté souhaitée et jamais atteinte, est magnifié avec une grande intelligence dans l'écriture et par cette association des plus singulière de la folie de la guerre mise en parallèle avec la folie clinique. Je vous conseille vivement cette lecture, d'autant plus qu'il y a un deuxième récit (chic, un bonus !) qui mérite aussi le détour (mais dont je ne vais pas parler ici, car cette critique est déjà bien trop longue, et n'ayant honnêtement pas très bien compris le sens de ce deuxième récit qui reste obscur pour moi !)
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raton-liseur
  07 mars 2013
L'idiote, publiée dans l'immédiat après-guerre, est une des nouvelles les plus célèbres d'Ango Sakaguchi. Situé à Tokyo, alors que la ville était sous le feu des bombardements américains et des grands incendies qui en résultait, cette nouvelle est avant tout une réflexion sur la guerre et sur l'attitude du Japon pendant cette période. Très critique vis-à-vis du patriotisme triomphant de ses compatriotes, Ango Sakaguchi apparaît bien plus désabusé et fataliste que ce à quoi les productions littéraires ou culturelles sur le Japon nous ont habitué.
Etrangement, sur ce thème de la guerre et de la décadence du Japon (j'ose ce mot car il est souvent associé à l'oeuvre de Sakaguchi), se greffe l'histoire d'une femme simple, ou idiote, et de celui qui devient sans véritablement le vouloir, son chevalier servant.
Etant peut-être un peu catégorique, j'ai l'impression que cette juxtaposition de ces deux thèmes est l'expression même de la spécificité de la littérature japonaise. Beaucoup auraient pu écrire des pages similaires à celles de Sakaguchi sur la gloriole de l'héroïsme et la vanité patriotique. Mais qui autre qu'un auteur japonais aurait eu l'idée d'y agréger un tel personnage, faisant entrer une thématique tout autre dans ce court récit ? C'est dans cette alliage improbable et dans le malaise qu'il provoque que se trouve, me semble-t-il, une clef de la littérature japonaise (vue de mon angle très européen et très néophyte, je tiens à le préciser).
Une nouvelle étrange, donc, qui me laisse dans l'idée que mon ignorance du Japon ne m'a pas permis d'en comprendre tous les sous-entendus et les non-dits.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
DanieljeanDanieljean   17 novembre 2015
Des mots pleins d'une étrange gravité coulaient de ses lèvres mais, de toute façon, il ne pouvait s'attendre à être compris, et du reste, qu'était-ce donc que les mots ? Quelle espèce de valeur possédaient-ils ? Et l'amour humain lui-même, rien ne saurait jamais prouver qu'il était la seule et unique vérité ; où pouvait-il d'ailleurs exister une quelconque vérité capable d'assumer une passion à l'état pur ; tout n'était que l'ombre du mensonge.
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StockardStockard   25 décembre 2015
Mais, en quoi les fous étaient-ils différents du commun des mortels ? Si différence il y avait, il fallait la chercher dans cette profonde et immense pudeur qui les caractérisait.
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DanieljeanDanieljean   17 novembre 2015
Ah ! l'être humain était doté d'une raison. À quelque moment que ce soit, il conserve toujours en lui un dernier soupçon de maîtrise de soi, de résistance. Quand il est dénué de cette ombre de raison, de maîtrise se soi, de résistance, quelle chose misérable !
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YoakeKonjikiYoakeKonjiki   18 octobre 2016
Ah! Le Japon allait perdre! Ses frères tomberaient, l'un après l'autre, comme des poupées d'argile. Des milliers de jambes, de têtes et de bras seraient propulsés dans le ciel au milieu d'un fatras de débris de béton et de brique, et il ne resterait plus qu'un cimetière vide et plat, sans un arbre ni une maison.
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DanieljeanDanieljean   17 novembre 2015
Nul n'est jamais que le premier passant venu pour les autres. La communion parfaite et totale dans le couple, tu parles d'une superbe ineptie !
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