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Ango Sakaguchi (Autre)Edwige de Chavanes (Traducteur)
EAN : 9782809714562
96 pages
Éditeur : Editions Philippe Picquier (17/10/2019)

Note moyenne : 3.7/5 (sur 15 notes)
Résumé :
La déchéance ? Un acte de provocation, de révolte, de rupture avec le monde établi et bien-pensant du Japon de l'après-guerre. C'est le défi de L'Idiote qui s'enfuit de chez elle, qui fuit la colère et la haine, celui du fou, son mari, qui a rompu tout lien avec le reste du monde et sa mesquinerie pour préserver ainsi l'intégrité de sa vie privée, et celui de la femme frigide du second récit : Je voudrais étreindre la mer, qui enfourche sa bicyclette pour obéir à so... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Osmanthe
  24 novembre 2019
Les éditions Picquier ont eu la bonne idée de réimprimer 20 ans après sa première édition en poche ces deux récits d'Ango Sakaguchi : L'idiote, et Je voudrais étreindre la mer. L'écriture de ces textes est d'une qualité rare, à tel point qu'on pourrait sans peine tirer une voire plusieurs citations de pratiquement chacune de ces 75 pages petit format.
Ces récits sont une totale immersion dans l'horreur de la guerre pour l'idiote, et du couple pour le second texte. A chaque fois, le thème est l'abîme de solitude sans fond qui étreint le coeur et l'esprit de l'homme, qui ne vaut décidément guère mieux que l'animal. Tout est vain en ce monde infernal, de déchéance de l'humanité.
Dans l'idiote, Tokyo est sous les bombes américaines en cette fin de seconde guerre mondiale. Un tapis de bombes incendiaires et explosives, qui menacent d'anéantir le Japon. Izawa vit dans ce qui n'est guère qu'une cabane en ce centre ville voué à la destruction, où l'on ne mange plus, on ne dort plus, on ne s'aime plus. Parmi ses voisins, un couple, lui est fou, elle est idiote. Un jour, Izawa la trouve réfugiée chez lui, dans un placard. Il veut la mettre au chaud dans son lit, sans intention dépravée. Mais son air affolé qui lui font rechercher à tout prix le placard ne traduisent rien d'autre qu'une terreur du rejet physique. Cette simple d'esprit, n'a pas d'autre état d'âme que la satisfaction de ses besoins primaires. Elle est finalement en cela plus libre qu'Izawa, qui comme humain se pose mille questions existentielles sur l'issue de la guerre : comment travailler, se nourrir, comment fuir, et protéger cet être dont il a désormais la responsabilité, et qui n'est qu'un tas de chair, telle une truie. Dans l'enfer de la fuite dans Tokyo en flammes, le constat est d'une noirceur absolue...Heureuse idiote qui ne pense pas lorsque l'homme subit la simple pensée comme une torture psychologique dès lors qu'il n'y a pas le moindre espoir de salut...
Dans Je voudrais étreindre la mer, c'est encore un homme qui se confronte cette fois à la femme. Dans ce très court récit à la première personne du singulier, une phase de dialogue révèle l'incompréhension qui règne dans ce couple. La femme est une ancienne prostituée. Devenue frigide, elle ne peut pourtant pas s'empêcher d'enfourcher son vélo pour aller retrouver des amants. C'est comme une drogue, qui ne lui procure plus aucun plaisir, mais est devenue un besoin impérieux du corps. A nous lecteur, lui concède bien qu'il n'est pas non plus un exemple de fidélité, mais qu'il est tellement tolérant pour les incartades de sa femme qu'elle ne peut pas le quitter. Il trouve le corps de "la femme", comme il l'appelle, très beau. Son plaisir est d'explorer cette oeuvre d'art en solitaire, puisqu'elle ne répond pas à son excitation. Et un jour, à l'occasion d'une sortie balnéaire avec elle, une hallucination le frappe comme une révélation.
Ces deux récits sont d'une puissance philosophique et littéraire intenses sur le tragique de l'existence humaine, sur la vaine quête du bonheur, sur l'incommunicabilité entre les êtres, et bien d'autres choses, y compris une véhémente critique des élites qui ont conduit l'empire au désastre. Je ne cacherai pas avoir eu quelques difficultés à bien saisir la pensée de l'auteur, tellement le sujet est ambitieux. Mais ces textes concentrent une esthétique littéraire absolument incomparable ! (je vous invite à vous reporter aux quelques citations que j'ai postées ici). Malgré ces climats si pesants, chaque phrase, presque chaque mot est un pur délice de lecture. Une expérience à tenter pour les otaku de littérature japonaise...mais attention, vous serez aux antipodes des douceurs d'une Ito Ogawa !
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mh17
  07 mai 2020
Le livre contient deux nouvelles parues en 1946 qui n'ont rien perdu de leur puissante force provocatrice.
1) L'Idiote
Le récit se déroule dans un quartier populaire de Tokyo sous les bombardements américains. Les gens et les animaux sont entassés pêle-mêle et survivent dans une promiscuité sordide. Le personnage principal est Izawa, un journaliste qui se méprise car il en est réduit à réaliser des films de propagande pour quelques sous. Un jour "l'idiote" se réfugie dans sa bicoque pour échapper à son "fou" de mari. Elle n'a pas de nom et ne semble pas avoir d'esprit, c'est un corps.
2) Je voudrais étreindre la mer
Récit à la première personne d'un homme qui entretient une liaison avec une femme frigide qui se prostitue. Il s'interroge sur la nature de son désir ( moi aussi). Le récit se termine par une hallucination.
Les deux récits sont dérangeants. Le second est sans doute métaphorique mais je n'ai pas tout compris.
L'Idiote est un récit marquant. D'abord c'est un témoignage saisissant sur la vie quotidienne en temps de guerre, sous les bombardements. On est loin de l'héroïsme ou des valeurs spirituelles ancestrales véhiculées par la propagande via des artistes dévoyés et compromis. On est dans le trivial, le bestial, les besoins primaires. Izawa se pose des questions, se méprise parce qu'il a renoncé à ses idéaux. Il trouve une manière de fuir en rencontrant l'idiote, une femme- animale, sans pensée. Il la méprise et se sert d'elle. Pourtant, il ne peut se résoudre à l'abandonner comme il ne peut se résoudre à mourir, à la fois par manque de courage et par instinct de survie.
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YoakeKonjiki
  27 octobre 2016
La littérature japonaise portant sur la seconde guerre mondiale est brillante, mais jamais je n'avais rencontré un récit aussi singulier sur ce thème que celui de L'idiote de Sakaguchi Ango. Si cette période vous intéresse, ce récit est pour vous ! L'auteur se saisit de cette période où la vie est suspendue sous les bombardements pour décrire la médiocrité de la société japonaise, mais aussi de manière encore plus troublante celle de l'homme en tant qu'individu prisonnier de ses besoins matériels qui l'empêchent de réaliser ses aspirations de liberté. Ce récit est un témoignage sur la violence de la guerre pour les populations civiles et le reflet de la vision désabusée que Sakaguchi Ango porte sur l'homme.
Les premières pages décrivent les habitant de ce quartier populaire insalubre dans lequel habite le personnage principal. On passe en revue une collection de personnages plus minables et pathétiques les uns les autres, dont Balzac n'aurait pas renié les portraits. Ceux qui paraissent les plus appréciables sont les fous voisins du personnage principal, car en dépit de leurs actions irrationnelles ils ont choisi de ne pas prendre part à la médiocre vie du quartier dans laquelle ils vivent, se réfugiant dans leur univers propre.
Un soir, le personnage principal voit débouler dans sa masure la femme de son voisin fou, une idiote qui sait à peine parler et tient davantage dans ses attitudes d'une bête craintive que d'une femme. Il décide de permettre à la femme de passer la nuit dans sa demeure. Face à cette femme qui se comporte de manière absolument instinctive et dépourvue de raison, le personnage principal s'interroge sur son existence. A-il finalement une vie plus raisonnable que cette folle ? le Japon en guerre semble promis à la destruction, noyées sous les bombes seront toutes les structures millénaires de sa civilisation, dévoyée par des intellectuels qui forme une élite sectaire et médiocre se moquant de l'art et préférant soutenir les yeux fermés la politique nationaliste fanatique du gouvernement. Au milieu de cette faillite collective, le héros aspire à l'art, à donner sens à son travail pour le bien commun, mais il ne peut quitter son travail, car le tenaille le besoin méprisable mais insurmontable de toucher sa paie à la fin du mois. Cette crainte de ne pas avoir d'argent, elle tenaille le héros au point qu'il ne peut pas la surmonter. Finalement, l'auteur nous montre la faiblesse de l'homme, qui même animé d'une aspiration à la liberté, ne peut jamais l'atteindre, piégé par ses besoins matériels. La folle elle ne se préoccupe pas de besoins matériels, mais elle ne peut pas effectivement profiter de son détachement aux choses de ce monde. Elle reste une coquille vide incapable de réflexion et soumises aux humeurs des autres. Pour l'auteur, il ne semble pas y avoir d'issue pour trouver cette liberté tant recherchée et jamais atteinte.
Le récit se conclut par la destruction annoncée, le quartier est bombardé pas des bombes incendiaires, et les maisons de bois se consument en un brasier dantesque. Les hommes fuient en un troupeau grégaire. le héros choisit de prendre la folle avec lui et ils s'enfuient dans les flammes, pour arriver dans un refuge provisoire où ils s'endorment. Seuls dans ce monde en ruine, ils peuvent aller où ils veulent, car rien ne les retient plus. Il veut aller loin, mais d'abord il doit vérifier que le train fonctionne encore…le matériel le rattrape déjà. Quant à la folle, elle dort, insouciante de tout et se laissera guider par l'homme comme la poupée qu'elle est.
Ce livre, violente charge contre la société japonaise de la seconde guerre mondiale, constatation désespérée de l'impossibilité de l'homme à connaître une liberté souhaitée et jamais atteinte, est magnifié avec une grande intelligence dans l'écriture et par cette association des plus singulière de la folie de la guerre mise en parallèle avec la folie clinique. Je vous conseille vivement cette lecture, d'autant plus qu'il y a un deuxième récit (chic, un bonus !) qui mérite aussi le détour (mais dont je ne vais pas parler ici, car cette critique est déjà bien trop longue, et n'ayant honnêtement pas très bien compris le sens de ce deuxième récit qui reste obscur pour moi !)
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
OsmantheOsmanthe   24 novembre 2019
La femme ignorait le plaisir des sens et dans cette ignorance, j'avais découvert ma patrie. Ce vide jamais comblé ne fût-ce que d'une ombre, purifiait toujours mon coeur. Je pouvais en toute quiétude succomber à la tentation de mon propre désir ; parce que rien, absolument rien ne lui répondait. Au coeur de cette virginale solitude, les jambes, les bras, les hanches de la femme m'apparaissaient parés d'une beauté plus grande encore.
J'avais compris que même le désir sensuel pouvait être solitude ; nul ne m'était désormais besoin de rechercher le bonheur. Il me suffisait simplement de rechercher le malheur.
Je m'étais depuis toujours défié du bonheur, désespérant de le voir si petit, sans pouvoir cependant lutter contre ma nostalgie. J'avais le sentiment d'être enfin parvenu à rompre les amarres qui m'y rattachaient.
C'était ça : je devais dès le départ rechercher le malheur et la souffrance, et ne plus rêver de bonheur ; le pouvoir d'apaiser réellement les coeurs ne lui appartenait pas. Il ne fallait pas, à aucun moment, aspirer au bonheur ; puisque l'âme humaine était vouée à une solitude éternelle. Cet acte de foi s'affirmait avec toujours plus de force dans mon esprit.

Extrait du récit "Je voudrais étreindre la mer"
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OsmantheOsmanthe   25 novembre 2019
Il avait perdu la force et le désir de se débarrasser de cette femme. Il n'existait pas en lui une once d'amour, ni le moindre attachement pour elle ; ni non plus, malgré cela, l'énergie de l'abandonner : l'espoir du lendemain avait quitté sa vie. Quand bien même il se déferait de la femme, où, en quel lieu trouverait-il, demain, un quelconque espoir ? Sur quoi s'appuierait-il pour vivre ? Aurait-il seulement un toit pour s'abriter, un trou pour dormir ? L'armée américaine allait débarquer et toutes les formes d'anéantissement possibles et imaginables seraient consommées sur cette terre ; l'immense amour de destruction de cette guerre trancherait tout. Il n'était plus nécessaire de penser.

Extrait de "L'idiote"
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mh17mh17   07 mai 2020
Vouououou. Le vrombissement des appareils américains qui traversaient le ciel était à peine perceptible, quasiment anodin ; comme si l'on était abattu par la hache énorme d'un monstre qui regardait ailleurs. Le mugissement étrangement lointain des détonations provoquait une angoisse d'autant plus insoutenable que la forme de l'agresseur était fantomatique. Et là avait commencé à grossir ce sifflement raide et cinglant comme une averse ; terreur des secondes dans l'attente de l'explosion ; la parole, le souffle, la pensée, tout s'arrêtait. Voilà, le moment de crever était arrivé ; seul demeurait un désespoir glacial au seuil de la démence.
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OsmantheOsmanthe   24 novembre 2019
Ils se grisaient de phrases chimériques non seulement dépourvues de toute élévation spirituelle mais aussi de tout sentiment de vécu et fabriquaient des films, intimement persuadés de peindre ainsi la guerre.
D'aucuns alléguaient qu'on ne pouvait rien écrire à cause de la censure militaire mais, en fait, ils n'avaient pas autre chose à dire, pas la plus petite phrase de vérité ; la vérité, le vécu d'une phrase sont des réalités indépendantes de toutes les censures du monde. Quels que fussent les temps, ces individus n'avaient somme toute rien dans le ventre ; c'était des êtres creux. Ils suivaient la mode, passant sans la moindre difficulté du noir au blanc, prenaient modèle dans les romans populaires, convaincus d'exprimer ainsi leur époque. "L'ère de la réalité" se réduisait à cette superbe et monstrueuse ineptie et l'on pouvait se demander quel rapport avait finalement cette guerre, cette débâcle qui faisait chavirer deux mille ans d'histoire du Japon, avec la vérité de l'homme. Certes, il fallait bien voir que la volonté superficielle des gouvernements et l'obéissance aveugle des foules étaient les seuls maîtres qui décidaient du destin d'un pays. Essayez donc de parler au directeur ou au chef de service de personnalité, de créativité ! Ils détournent la tête, vous faisant comprendre sans un mot que vous n'êtes qu'un pauvre con ; merci, soldats ! Ah ! quelle émotion devant le drapeau blanc et rouge ! On se sent malgré soi les yeux brûlants. O.K. ! Le métier de journaliste, c'est ça, uniquement ça ; l'époque elle-même, à vrai dire, c'est ça et rien d'autre.

Extrait du récit "L'idiote"
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OsmantheOsmanthe   24 novembre 2019
La lumière éteinte, une minute, puis deux s'étaient écoulées sans que la main de l'homme ne soit venue effleurer son corps et elle en avait naturellement conclu qu'il la détestait ; et la honte l'avait chassée de son lit. Etait-ce vraiment pour elle une si grave blessure ? Pouvait-il le croire ? Il ne savait que penser. Et pour finir, elle s'était enfermée dans le placard. Fallait-il interpréter ce geste comme un signe d'humiliation, de mortification ? Il n'avait pas même le secours des mots pour en juger et, quoi qu'il en fût, il ne restait qu'une solution : se mettre au même niveau que l'idiote. Au nom de quoi le bon sens humain serait-il à tout prix nécessaire ? En quoi serait-ce outrager la nature humaine que de faire sienne la naïveté de l'idiote ? Un coeur ingénu, candide comme celui de l'idiote, voilà ce qui lui manquait par-dessus tout. Il avait oublié le sien quelque part, ne faisant finalement que se salir dans la boue des idées mesquines de la race humaine, s'épuisant à poursuivre l'ombre d'une illusion.

Extrait du récit "L'idiote"
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